SUR LÀ PAIX AVEC L£ PROCHAIN
parfait accord > et s'il pe leur écliappe rien qui les puisse déconcertera ^t certes^ s*il y a quelque chose en quoi paroissent plus sensiblement U sagesse et la force de Tesprit de Dieu , c'est de savoir assortir et concilier des cœurs à qui la nature àvoit donné des inclinations et des qualités qui sembloient les plus incompatibles.
II. Là diversité des intérêts et des prétentions ne cause pas moin^ de troubles que la diversité des humeurs et des tempéraments. Tous les sujets qui composent une communauté ne devroient proprement iivojr qu'un seul intérêt : c'est celui de la conmiunauté même. Si ce\^ i^toit , on y verroit une pleine correspondance et un concours général à s'aider mutuellement et k se prêter la main , parcequ'on n'auroit en vue que le bien commun. Mais ce bien commun n'est pas toujours ce qu'on "se propose; et il y a un bien particulier et personnel qui nous occupe beaucoup plus, et sur quoi l'on n'a souvent que trop de viva- /cité. Car quoiqu'on ait renpncé au monde » on ne laisse pas dans la profession religieuse de se faire mille intérêts propres, qui , pour être ' d'un .autre genre , n'en attachent pas moins le cœur; et si Ton n'y prend garde» on nourrit dans le cloître les mêmes passions qu'on auroit eues dans le siècle , et il n'y a de différence que dans les objets. On se met en tête d'avoir une telle charge , on veut obtenir une telle permission, on prétend que telle préférence nous est due, et l'on s'obstine. à l'emporter. Il faut pour cela des patrons, il faut des suffrages. De là les intrigues pour réussir; de là les jalousies et les dépits si l'on ne réussit pas ; de là les vains triomphes qui piquent les autres et qui les aigrissent, si l'on a l'avantage sur elles. C'est assez pour partager toute la niaison. Les uns approuvent, les autres cou* damnent : les esprits s'échauffent , et de cette sorte l'on n'a que trop vu de fois des bagatelles et des affaires de néant devenir des affaires sérieuses et bouleverser des communautés entières. . III. Un autre obstacle à la paix, encore plus dangereux et plus pernicieux, c*est la diversité des sentiments et des opinions en matière 4e doctrine. U n'est rien de plus étrange, ni rien de plus déplorable 4]ue dé voir des filles religieuses, et souvent de jeunes tilles sans expérience et sans connoissances , vouloir entrer dans des questions que non seulement elles n'entendent pas , mais qu'elles n'entendront jainais et qu'elles ne peuvent entendre, parcequ'elles n'ont pas là-dessus les principes nécessaires. Cependant an esprit de présomption, un esprit de curiosité , un esprit de vanité et de singularité les préoccupe tellement, qu'elles veulent connoitrede tout, parler de tout, juger de tout* S'élève-t»il des disputes dans l'Église sur des matières très subtiles et très abstraites , il faut qu'elles en soient instruites : et à peine en ont-elles la teinture la plus foibleet la plus superficielle, qu'elles se croient anssi éclairées que les plus habiles théologiens. Du moins s'expliquent-elles d'un ton plus assuré et plus décisif que les docteurs mêmes : et paroeque tout ce qui est extraordinaire et nou-
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veaa donne un certain air de distinction , c'est là conuniuiënient ce
qui leur platt ^ et à quoi elles s'attachem , se flattant en secrot et se
gtorifiant de n'être pas de ces génies bornes qui ne pénètrent rien » et
gui s'en tiennent purement et simplement aux premières idées dont
on les a prévenus. Encore si elles en restoient là » et qu'elles se con-
feotassent de ne pas penser comme les autres : mais elles vont plus
loin » et voilà le plus grand désordre. Elles se mettent en tète de foire
penser les autres conune elles pensent : elles étalent leur science ; eltes
dogmatisent, à propos ou mal à propos* Qu'arrive-t-îl de là ?, c'est
que toute une communauté ne se trouvant pas assez docile pour re«
cevoir leurs leçons, il y en a une partie qui se tourne contre elles, el
une partie qui se joint à eUes. Or, du moment qu'il commence à y
avoir de la difîsion entre les esprits, il esi immanquable qu'il y ta
aura bientôt entre les cœurs. Qu'a-t-il fiallu davantage pour allumer
i^ ^fuerrès ttitestines dans lés empire^ mêmes et dans lés royaumes?
IV. De cet obstacle précédeni, il en suit un de même espèce let tout seinblable : c'est la diversité des directions et des conduites. Car chacune veut avoir im directeur qui soit dans les mêmes sentimantft
Ja'elle, et qui l'y confirme. Souvent c'est ce directeur qui. les lui a l'abord inspirés, et qui par-là se l'est attachée. Gomme donc parmi les premiers chrétiens, les ims étoient pour Apollo, les autrea pour Pierre, d'autres pour Paul, et que c'étoit là ce qui les divisoit ; de même entre les personnes religieuses , les unes sont pour oelui-ci > les autres pour celui-là ; et il n'est pas moralement possible que cette variété ne soit la source de mille discordes. Hé ! mes Frères . disoit saint Paul aux Corinthiens* n'est-ce pas un seul Dieu que nous servons, et on seul Jésus-Christ? est-ce au nom de Pierre que vous avez été baptisés? est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? voilà l'exemple^ qp'on devroit s'appliquer, et ce qu'il faudroit se dire à soi-même*. Pourquoi tant se mettre en peine d'un homme, quoique ^linistre de VÈ^i&e , et quelque saint qu'U paroisse , si la paix en est endommagée?' Et quel malheur, si ceux qui devroient nous sanctifier par leur ministère, et être pour nous des anges de paix, ser voient à nous désunir, et par-là même à nous dérégler !
V. Un dernier obstacle , ce sont les liaisons et les amitiés particu-' Gères que forment quelquefois certains esprits qui aiment à éx^ùimrt^ et à se faire dans une maison comme chefs de parti. Amitiés <^oat tout le fruit est de s'assembler en particulier, et cela, pourquoi ? pour-s'en^* tretenir de la commimauté ; pour se rapporter de part et tt*aiitre.toilt> oequi se passe, tout ce qui se foitr tout ce qui se dit; pour «'dpanohet* en de vaines railleries^ eu des plaintes ambres, en des disMurs rem-^ plis de fiel ; pour tenii; conseil contre des sapérieurs, ou contre d'oi»» très , de qui l'on n'est pas (Çfti^teql et dont m aecroît nMi(râitâi AmMés que tous les sainitsi instituteurs ont.|oi4Cwrs-étrQiteitieBt.f]éfaii^^ parcequ'ell^ dégénèrent très aisément en cabales» et qu'elles font
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dans une même communauté autant de communautés diflïrentes qu'il y a de ces sortes d'unions et de ligues.
YL Anathèniesnr ceux qui sèment ainsi la zizanie dans le champ du père de famille et dans la maison de Dieu ! Car ce sont des enfants d'iniquité. Saint Paul souhaitoit qu'on les retranchât du corps des fidèles ; mais sans porter la chose si loin y il est bien à souhaiter que, ' dans la juste crainte d'un si terrible anathème » ils prennent une conduite toute nouvelle , et qu'ils réparent tous les désordres dont ils ont été jusqu'à présent les auteurs. Bienheureux an contraire les pacifiques 9 ces enfants de Dieu qui gardent la paix avec tout le monde, qui du moins la désirent , qui y travaillent de tout leur pouvoir» et n'omettent pour cela aucun des moyens qu'ils jugent les plus convenables et les pins assurés , quelque gênants d'ailleurs et quelque mortifiants qu'ils puissent être. En voici quelques uns.
§ IIL Les moyens les plus propres à maintenir la pcix avec le produùtu
h S'accoutumer de bonne heure à vaincre son humeur. Ce n'est pas l'affeire d'un jour : mais si dès les premières années qu'on est entré dans la religion , on s'étoit fait certaines violences , on se seroit peu à peu rendu plus maître de soi-même, et Ton auroit appris à se posséder davantage, et à mieux réprimar les saillies de son naturel. Or cette victoire sur soi-même consiste en deux choses : l'une intérieure, et l'autre extérieure. La première et la plus parfaite, c'est de corriger tellement en soi le fond de l'humeur, et d'acquérir un tel empire sur son tempérament , qu'on n'en ressente plus même dans Tame les atteintes secrètes, et que le cœur n'en reçoive aucune altératioi». Gela demande une souveraine vertu ; et ce degré est si rare , qu'on ne le peut guère proposer pour règle. Les Saints néanmoins y sont parvenus, et nous pourrions, aida de la grâce, y parvenir comme eux , si nous voulions l'entreprendre avec la même résoluticm et le même courage. Hais avant que nous soyons arrivés à ce point de per* fection, l'autre chose à quoi noutf devons nous étudier, et qu'il faut au mois gagner sur nous, regarde l'extérieur. C'est de savoir si bien renfermer au-dedans tout ce qu'il s'élève de troubles et de mouvements involontaires dans le cœur, qu'il n'en paroisse rien au-dehors; et qu'on ne laisse pas échapper le moindre geste, le moindre signe, la moindre parole qui fasse connottre l'agitation où l'on est, et qui puisse dioquer personne. Ce n'est là ni dissimulation, ni h3fpocri8ie, quand on n'y a en vue que le bien de la paix ; et l'effort qu'on est alors obligé de faire n'est pas devant Dieu d'un petit mérite. Ainsi, malgré l'orage dont i'ame est assaillie , la paix avec le prochain se maintient et ne court aucun danger, parcequ'on se comporte comme si l'on ne sentoit rien, et qu'on fit dans l'assiette la plus tranquille. O que cela eo6ie dans la pratique ! mais que cela même attire aussi de bénédfctionde la part du âel, et qu'on en est bien récompensé dès cette vie.