‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 216 sur 225 · Acte decharité le plus pariait, parceque le plue giMAl sacriSoe que · texte numérisé non relu

Acte decharité le plus pariait, parceque le plue giMAl sacriSoe que

J>£ L'OBËISSANCË DE JÉSÙS-CHRIST, etc. 7&i

je piîtee faire k Dien , c'e^t eelui de ma tolonté ; et qu'il n'y à que le plus pur amonr de Dieu qai puisse me porter à me dépouiller ainsi de moi-même et de ce que j'ai de plus précieux parmi leâ biens naturek 9 qui est Ina liberté. Quel fonds de consolation pour une ame religieuse et soumise ! quel mérite de Tobéissancè ! Hais an contrail*e quand je me rends diffidie aux ordres de mes supéKeiirs , et que je ▼eux n/y soustraire , quel renversement et quel sujet de thittit powr moi ! Ce iieii point vous , disoit Dieu à Samdël , parlant de^ Jitifé, qttF demandoient d'être gouvernés par un autre que ce prophète, ce n'ent. point vous quHb Ont ir^jtiéi étti moi-fnême {i . Rois, 8); Aiiisî, en désobéissant à un Supérieur , c'est à Dieu mêitie que je désobéiîi , c'est contre Dieu même que je m'élèye , t'est de Kèu même que je nlre èé^' pare , et de Tolouté, et d'action. Or qu'est-ce que de désobéir à D!eu, de se révolter contre Dieu , de se séparer de Dieu ?

Second point. Autant que l'obéissance de Jésus-Christ fut sainte dans son principe, autant devoit-elle être pénible dans rèxécràîon. De quoi s'agissoit-il ? De quitter dès les premiers jôur^ de sa naisaance son propre pays , et d'être transporté dans û'n |)ays étranger ; de s'exposer, tout enfant et tout foible qu'il étoit , aux feitîgiiés et aux périls d'un rude voyage; de partir dès I^niiit même bù fordhe ëif donné k Joseph, et de se mettre en chemin sans délai, sàn's'prgbâiri. tife, sans proHsiôns ; d'allef en Egypte, parmi un peuple iftfidète d ennemi des Juifo ; d'y vivre obsèur et înèonnu , dans unte pauvreté extrême et dans un besoin absolu de toutes choses; enôn, d'y demctai-er' jusqu'à ce que la Providence l'en' retirât : car l'ange ne marqué point pour cela d'antre temps, ni ne fixe pdînt de terme. Quelle épituvé!

et jamais l'obéissance religieuse eiit-elle de pareilles difBcidtés à surnionter?

Cependant le père, la mère, l'enfiatit, toute celte sainte fàïàSiAé obéit. Point de reurdements , point d'excusés ni de replrésentaiîobs. Incontment Joseph se leva, prit Cefifânt, et fénfuif éû Êgyptt (MATTHçi 2). A examiner la chose selon les vues humaines , jrtlr ou H lié m'est que trop ordinaire de me conduire , inille raîsonà devbreiil arrêter une obéissance si prompte et si rigouréiise. Le'mdyéfa qu'Ùri exkfaùt, encore an berceau , pût soutenir une telle marclkét éottiment l'emporter au milieu des ténèbres, et de tant de risqués quTïy àVoîl à courir sur la route? CKi trouver de quoi fournir à sa subsistance, et Dieu ne pouvait-il pas autrement le Sauver de la p^wécù'tloti d'ttârt>de? Voilà comment on raisonne jusque dans la fefigioû, et H'ést-ce ]p^s' ainsi que j'ai hisonné dioi-rifiêmé sur fftîlle sujeis^ à\hÛ ii'éloîf pii' qoestion à beaticoop près,. pour acd^tnplFr ma réglé et pour satisfai^ie' à ce qu'exigertent des bersohYîefe ktihéçihÙTes , de prendre autant sut^^ irtôi, ni de m<> faine la teême violeâté? Lé moindre effort m'étdniie; * W mmre obèt4cl6 tod tetîfeiJi; iôM 'iriè devient ûBpossîble, et féî

756 DE L'OBÉISSANCE DE lÉSU&CHRIST, ETC.

toiyoun des prétextes à allëguer, ou de foiblesse^ d*ii d'infirmité, ou d'opposition naturelle et d'aversion, onde quelque sorte que ce soit. Que ià-dessus nn supérieur ne se rende pas à mes remontrances, et qu'il ne croie pas devoir m'écouter, c'est assez pour me jeter dans le trouble et pour m'indisposer contre lui. Je le reg^urde comme un homme intraitable , et sa fermeté , toute sage qu'elle peat être, me parott rigueur ontrée et dureté. Me m'en suisje pas expliqué bien des fois en ces termes, on du moins ne l'ai-je pas ainsi pensé?

Ce qu'il ; a de plus étranig^e, et ce que je ne pnis trop de fois me reprocher à moinnéme , ni trop reoonnottre à ma' condanination , c'est que la plupart des choses sur lesquelles je murmure avec plus d'amertume , et contre lesquelles je me récrie plus hautement , ne me paroîssent insoutenables que dès qu'elles me sont enjointes par l'obéissance. Du moment qu'on les laissèroit à ma liberté, je ne les tronveroîs plus au-dessus de mes forces, et je n'en aurois (dus tant d'éloignement. Si je veux me juger de bonne foi , tel est l'état de ;mon cœur, et c'est ce que j'ai pu remarquerdans une infinité de rencontres. Qu'un véritable esprit d'obéissance me Caciliteroit de devoirs, et qu'il me les adoudroit même ! Car voilà ce qui me manque. Avec cet esprit obâaaant, il n'y a point de victoire, selon la parole de l'Écriture, que je ne fusse en état de remporter : mais sans ce même esprit , il n'y a rien de si léger qui ne me semble un joug insupportable.

Quand le Fils de Dieu obéissoit à son Père en s'éloignant de sa patrie et se retirant chez des idolâtres, il étoit dès-lors, selon la pr^iaration de son cœuv^ obâsiont juiques à la mort de la croix (PUi.,2); c'est-à-dire que dès-brs il étoit disposé à être nn jour crucifié , et à mourir par obéissance. Voilà, si mon obéissance est aussi parfaite qu'elle devroit l'être, la disposition où elle me doit mettre. U ne s'agit point actuellement d'endurer la mort pour me soumettre à lobéissabce, puisque je n'en ai pas l'occasion. Mais ce que je ne pois iisire maintenant , faute d'occasion , je dois toujours être prêt à le fùre si elle se présentolt. Or ai-je lieu de croire que je sois ainsi préparé, lorsque Tobéissance dans les plus petites choses me fut tant de peine? rai bonne grâce de me plaindre des ordres qu'on me donne et des rè> gles qu'on m'impose. Ai-je obéi jusqu'au prix de mon sang, jusqu'au sacrifice de ma vie?

TnQisiiME POINT. L^obéissance de Jésus-Christ fut bien réoompatsée par les merveilleux eifets qu'elle produisit. Jamais il n'en fiit de plu3 salutaire. 1. Ce divin Sauveur porta avec lui ces grâces de salat qui sanctifièrent l'Egypte , et se répandirent dans la suite des années sur tant de solitaires et de péniteius dont les déserts furent remplis « et dont la vie angélique a fait l'édification ^ fadmiration de tout le ntoncls chrjétien. % Sa fuite le^préserva de la fureur d'Hérode» et

DE L'OBÉISSANCE DE JÉSUS-CHRIST, etc. 757

le déroba à^k yiolenoe de œ penécatenr» qui cherchoit à le perdre. Tellement que » malgré toates les mesures de ce roi barbare et impie» il échappa par son obéissance à cet horrible massacre oii Hérode , parmi tant d'innocents , prétendoit F en velopper.

Si je comprénois tons les avantages de Tobéissance religieuse , bien loin de regarder la sujétion où elle me réduit comme un joug pesant^ et de m'en plaindre » je m'y soumettrois avec joie» et je ne vondrois rien faire qu'elle n'eût réglé et ordonné. C'est cette obéissance reli* gîeuse qui relève toute» nos actions, même les plus indiflérentes. Quoi que je fasse, dès que je lofais par obéissance, fût-ce la chose la plus basse en elle-même et la plus servile y mon obéissance la consacre, et lui donne un caractère particulier de sainteté. C'est cette même^béissance religieuse qui attiire sur nous les grâces de Dieu; Du moment que j'agis par Tordre du Seigneur, ce que je fois est proprement scm œuvre , et par-là il se trouve engagé à m'acoorder son secours et i récompenser ma fidélité. De là vient que les entreprises où nous sommes employés par Tobéissance sont coïumunément celles que Dieu bénit davantage et qui réussissent le mieux, soit pour Tédificatioii et le bien du prochain , soit pour notre propre avancement et notre propre consolation.

' C'est encore cette obéissance religieuse qui nous préserve da'|dns dangereux ennemi qne npus ayons^à craindre dans la voie du salut et de la perfection , qui est notre volonté propre. Comme c'est une vo^ lonté aveugle^ et portée par sa pente natnrdle au relldianent, il lui feut un guide qui la conduise et un frein qui la retienne. Or l'obéis* «ittce lui sert de l'on et de l'autre, en là tenant étroitement liée à la volonté divine. Sons la conduite el la din ction de cette volonté de Dieu , toujours droite et toujours sainte, je suis en sûreté, parceqoe je ne puis m'égarer tant qne Je marche dans le diemin où Dieu m'aj>pelle, et qu'il m'a lui-mte|(e marqué. Aussi n'y a44l point dé verta moins suspecte ni plus solide , que celle qui est fondée sur Tobéi*» sance : mais toute vertu qui s'en écarte n'est plus qu'une vertu spp^b' rente et qu'une ilhision.

Sont-ce là les avantages dont je suis touché , et que je me propose dans l'obiiissance que je rends à mes supérieurs , on que je reconnoîs devoir ^Hr rendre? S^ils disposent de moi d'une manièrc^Muforme à mes vues et à mes désirs , et si, dans les réglementa qu^ils fbnt et les ministères où ils m'emploient , je trouve de quoi flatter ma vanité et de quoi contenter mon amonr«*propre, Voilà par où Tobéismnoeme platt. Mais qu'elle n'ait point d'autre bien pour moi que de m'éproiiver et de me perfectionner selon Dieu et sdon mon état ; que je n'aie point d'autre fruit à en retirer qne d'acquérir devant Dieu de nouveaux mérites , et de me procurer de sa part une plus grande abondance de grâces toutes spirituelles; que je n'y voie qu'une occasion fovoraUe et un moyen très efficace de rompre nia volonté, de l'as-

7«9 DE VOBÉK^AlfqE m JÉSUS-GQRIST, bi^.

8q9ttîr el <)<B p9 vietfre en gsNrd« c^lre 8(^ p'^ii fgmlf^ m^ peu S0wl^i^, ef ce <}ui ne fait gjuère d'impresMii snr n)f»ll cqsur. Qu'e^uce n^i^mpins que toii(e mon obéissanoe , si œ n'esi pas Jà ce qui l'anîme? jQue me «^tril id'en avoir fait le yoea » et lUiirJe ^ f^rp p^ 4'^^tres motift qf|# peui^-Ii ? Quand ïy cherchejùà^ pacie^s avantages, î/9 1^ y troiiveroî ; mw dès que j'y chercherai tome autre i^%9, p;^r un juste châtiment de Dieu, je n'y tnwvevai point oe q«è je cherche; et souvent n'y trouverai-je qne die sujM ifàjm» ^ des on^onv de pëchtf, que je ne eherchois

ComumiON. C'est pap une prondence toute sp^le sur moi, moa Dieu, que yous voulez p^endr^ soin de toute U disposition de ma vie, et me éëelarer sur chaque cb^e» par Torganede mes supérieurs, vos divines vdontés. Soit que vous me parliez immédi^ement on que voua me pariies par eux» c'est toujours vou«» Seigneur, qui me parlez, et ^eus qui me eonduisiez. Qr qui peut mieux me conduire que vous, et à qui pnis'je pins sArement ate confier qu% vous-mtee ?

C'est donc, mon Dieu, sous votre conduite qne je ^m me rangmr tout de nouveau : mais pour me confirmer dans cette voie de VobâisaMfe oè je veux désormais rentrer, h d'oh Je ne veux plus sortir, donneanniDi , Seigneur , toute la simplicité el toute la docilité des enjhms^: tonte leur simplicité daps l'esprit , et toute leur docilité dans le eosur. Car «oBi le modèle que vous nous avea proposé dans votre Évségiley et sur lequel nous devons nous former. Avec cette simplicité ^Fnn entot, je ne raisonnerai pbis tant sur ce qui me sera commandé, l'obéirai , et je vous bisserai examiner les vues et les iatenliopa des personnes à qui j'obéis. Avec cette dodiitë d'un enfant , je ii'4uirai plas tint de difficultés k opposer, ^i tant de représenuilions k frire sor ce qu'on souhaitera de moi. Quand même , dans le secret de moncœnr, j'aturois peine k l'approuver, j'agirai loutelbis sans mnr> RHprp, et je me tiendrai dans' le respect et dans le silence.

Peut-être la prudence de la chair me ferarfr*clle entendre qne de se Fendte si dépendant, c'est s'ezposer dans une maison k être chargé de tout ce qu'il y a dépens difficile et de phu pénible. Mais quoi que ce sbit. Seigneur, que m'importe, pourvu que mon obéissanotfPvDus ho* nore, qu'eue me maintienne dans une ^ainte pua , qu'elle contribue i la satisisctioQ^de ceux que vous avei établis peur me gouverner en ?otre nom, qu'eUe serve à f'edification et au bon ordre delà conmiunauté, qu'elle me porte à vons et qu'elle m'y attache ? ▲ une ame obâttapte et amiment religieuse , tout est égal, 6 mon Dien, dès que vous Fagréiem et que vous deignez nous en tenir compte.

DE LA Vip CACHÉE D^ JÉSUS-CHRIST, etc. 799 TROISIÈME MÉDITATION.

DE LA TIE CACHÉE DE lisOMïHRIST JDSQO'aII VBHP8 Ut SA railMCATION.

Et descondU eum illis , et venit H/anareth , et erat ««MiftM iUU. S'étant mis en chemia avec Harie et Xoseph , n alla à 5azareth, et 11 lear étoit BOomU. Luc, chap.n.

Premier point. Voici san3 douteundesplus grands mystèresdela vie de Jésus-Christ ; et quelque obscur que ce mystère puîs^se être, je nç dois pas moins l'admirer que ceux qui ont le plus éclaté aux yeux des hommes. C'e^t la retraite où vécut ce divin maître, jusqu'au temps de sa prédication. Cet Hommie-Dieu, qui étoit rempli de tous les trésors de la sagesse et de la science , qui possédoit dans un suprême degr^ tous les dpns de la nature et de la grâce , qui pouvoit briller dans le . monde, e) s'attirer Ft-stime et la vénération de tous les peuples; cet Homme- Dieu, qui , jusqu à l'Age de trente ans , eût pu opérer tant d'œuvres merveilleuses ppur la gloire de son Père , s'il eût pris soin de se faire connottre; qui eût pu convertir tous les pécheurs , tous les idolâtres, et répandre T^vangile par toute la terre; cet Bomme-Dieu' qui n'éioit môioe envoyé que pour cela , et qui pour cela seul étoit descendu 4u ciel^ s'est réduit toutefois ^ une vie cachée, et de trentetrois ans qu'il avoit à demeuper parmi nQus, en a passé trente dans le silence et la solitude, et n'en a réservé quç trois pour se produire en piiblic et pour apnoncer le royaume de Dieu. ' '

Qu'a-t-i| fait durant ges trjçn^e ans d*une vie particulière et retiré^? // étoit Mom^U à Marie et à Joseph (Luc, 2) : voilà ce qti'on nous eiji dit. Nous ne savons rien de tout le reste, et il a voulti l'enseyetir dans les ténèbres, en sorte qu'il n'y eût que Dieu qui en fût témoin. Conduite qui semble d'abord bien surprenante, mais dc^qt le secret néanmoins n'est pas difficile à découvrir. Il a prétendu par-là rq)rimer ^n nous ce desir de paroitre, q^i nous est si naturel, et qui cause tant de désordres dans les maisons religieuses. Il n'est pas possible qu'up religieux soit solidement à Dieu, si c'est un homme tout extérieur; et rien n'étoil plus capable de modérer cet empressement de &p nionfr^j* au monde et de s y distinguer, que l'exemple d'un Dieti solitaire et volontairement ignoré du mopde*

Car cet exemj)le pi'ôte tous les prétextes que je pourrois avoir , ^ que Tamour-prôpre sait si adroitc^ment nous suggérer, en nous persuadant qu il y va de la gloire de Dieu, et que le salut du prochain y est engagé; me c'est une nécessité en telles et telles conjonctures ; que la bieps6.ance le veiit ainsi ; que cela sert a entretenir la charité ; qu'il faut de la. société dans la vie ; qu'une si grande retraite nous rend inutiles, et ppus ejmpéche àe faire valoir )es talents que nous avons reçus. Spécieuses raisons, noais dont je voudrois en vain m'autoriser. Supje plus en état que Jésus-Cbrist de contribuer à la gloire de Dieu? aoi^je pli)3 pi'mtéresser que {ui au salift 4u prochain? Le

760 bË LA VI£ CACHÉE DE JÉSUS-GURIST, etc.

monde a-t-il pins besoin de moi, et y suis-je pins nécessure? Gonnoisje mieax ce qui convient et oé qui ne convient pas ? Ai-je plos de zèle pour Tentreiien de la société et de la charité? Ai-je des talents plas relevés» et dont il y ait plus de fruit à espérer? Ame vaine, apprends k te détromper et à te confondre* Au lieu de ces maximes que m'in* spire» jusque dans la religion , un esprit mondain , mon Sauveur est venu m*enseigoer une route toute contraire, et à laquelle je dois m'en tenir : c'est d'aimer à être inconnu, à être délaissé, et délaissé même, non seulement du reste des hommes , mais de la communauté où je vis, n'y étant chargé d'aucun autre emploi que de l'observation de ma règle, et n'y entrant dans aucune affaire, bien loin de m'embarrasser et de m'intriguer dans les affaires du siède.

Telle doit être ma disposition, sans préjudice néanmoins de l'obéissance, que je dois à mes supérieurs. S'ils veulent se servir de moi , soit au-dedans, soit au-dehors, il faut leur obéir, et m'acquitter le plus parfidtement que je pourrai des ministères où ils me destineront. Mais quand j'agirai de la sorte, et quand surtout je ne me produirai au-debors que lorsque mes supérieurs me l'ordonffcront et qu'autant qu'ils me Fordonneront, j'y parottrai beaucoup moins; et y paroissant moins. Dieu n'ai sera que plus glorifié , le monde que plus édifié , les bienséances de mon état que mieux gardées , et toutes mes fonctions que plus fidèlemelitet plus saintement exercées. Je n'ai donc qu'à attendre en paix les ordres de la Providence ; et tant qu'elle me permettra de rester dans l'obscurité, je dois m'en réjouir, chérir ma retraite, et dire comme lé Prophète royal : Toi choisi d'être abjecty et le dernier dtau Ia maison de mon Dieu {Ps. 83).

SxGoiin pomr. Quelles étoient les occupations de Jésus-Christ dans sa vie c9diée?Si nous en jugeons par les apparences, ce n'étoit que des occupations basses en elles-mêmes, communes et serviles. Il travailloit avec Joseph; il partageoit avec Marie les soins nécessaires pour le bon ordre de cette sainte famille ; il exécutoit ponctuellement ce que l'im et Tautre lui prescrivoient , sans rien omettre ni rien négliger des moindres offices. Qu'étoit-ce là pour le Messie, pour l'Envoyé de Dieu, pour le Fils unique de Dieu ? Or Dieu cependant tiroit autant de Ivoire de ces actions, que de tout ce que le Sauveur des hommes devoit ftiredansla suite de plus grand. Dieu les agréoit; et le voyant adonnéi detelsexerdces, il disoitdéjadelui, quoique avec moinsdesolennité et moins d'éclat qu'au jour de son baptême : Voilà mon Fils bien aiméy en quij'aimismes complaisances (BIatth., 3). Pourquoi cela? paroeqn en toutes ces actions Jésus-Christ se conformoit au bon plaisir de son Père; paroeqne toutes ces actions étoient animées J'un esprit intérieur , et relevées par des vues toutes divin». De là vient qu'eUes étoient si méritoires devant Dieu et si agréableK à ses yeiïx.

Il y avoît en ce temps-là des princes sur h terre et des empereurs.

D£ LA VIE GACHÉK DE JÊSD&CHRIST, etc. 761

U y avoit de fameux conquérants qai remplissoient le monde de leor nom et du bruit de lenn actions héroi^iies. On parloitde leurs desseins^ de leurs entreprises» de leurs fiaits mémorabfes. On lespubUoit par* tout, et on les exàltoh : mais dans Testime* de Dieu ce n'ëtmt rien ; et n*en étant ni le principe, ni la fin, il n'y aroit nul égard. Au contraire, on ne parloit point de JësuspChrist, on ne* le connoissoit point, on ne savoit ni son nom, ni sa naissance , ni sa demeure, ni comment il vi- Toit, ni à cpioi il s'employoit. Il étoit dams un coin de la Judée comme s'il n'y eât point été; mais Dieu tenoit ses regaMs sans cesse attachés sur ku, et n'en retiroit pas un moment les yen. G'étoit un objet digne de l'attention de tout le del , et il ne Csisoit pas une action qui ne fttt d'un prix infini.

Quel soutien et quel sujet de confiance pour une personne religieuse, qui, dans son état, n'est employée qu'à des exercices dont le monde ne tient nul compte! SouTent même sont<» les dernières fonctions d'une maison , et les plus humiliantes. Mais ce qui la console , et ce qui est en effet bien consolant pour elle, c'est la parole de TApdtre qu'elle s'applique à elle-niéme : Vous êtes morfs, et votre vie en cachée avec Jéiw-Ckrut en Dieu (Colou. , 3). Car dès que c'est une vie cachée en Dieu* c'est une vie selon le gré de Dieu » par conséquent une vie toute sainte ; et puisque c'est une vie caehée avec Jésu8U;:hrist,^'«st donc une vie toute conforme à la vie de Jésns-Ghnst, à son esprit et à ses sentiments. Or quelle vie est plus à souhaiter pour moi que celle qui m'unit de la sorte à mon Dieu , et qui me donne des raf^ports si étroits avec mon Sauveur et mon modèle? C'est là proprement iâ vie intérieure; et dans une telle vie y a^^-il rien de si vil en apparence et de si méprisable, que je ne doive estimer au-dessus de lodt? Ce se* roit bien dégénérer de ma profession, si je réglojs autrement l'estime que je fais des choses, que par la sainteté qui y est attachée, et par Û volonté de Dieu que j'y acoomplis;^Avec l'un et Tautre, tout est d'une valeur inestimable, tout est grand.

TRoisiàm PoniT. De quel repos étoit accompagnée la retraite de Jésus-Christ, et quelle paix n'y goùtoit-il pas? Inconnu au monde , il n'étoit point exposé à ses discours, ni sujet à ses contradictions. Dans l'étroite enceinte d'une maison pauvre où il se tenoit renSormé, et où U 86 bornoit à son travail, il n'avoit point de part à tous les mouvements qui agitoient le reste des hommes. Il jouissoit trapqnillement du silence et du calme de sa solitude ; et s'il s'entretenoii , c'étoit , dans le secret de son ame, avec son Père, dont il recevoitles plus sen* sibles et les plus douces ooBunimications.

De tous les biens que notis pouvons désirer sur la terre» il est constant qu'un des plus précieux c^est la paix : mais il n'est pas moins certain que de tons les moyens pour acquérir cette paix» ou intériewe ou extérieure, un des iilus assurét» c'ost une vie retirée et cachée. Le

762 DE LA VIE CACHÉE DE JÉSUS-CHRIST, etc.

monde e9t comme nne mer oragenie; air lieii que la retraite est- comme im port et qb a^ile» où loa est àcouvert de tous les orages. Voilà par où les geos du ménde estioieiit eiw-mémes la profession religieuse; et voilà ce qui leur Mt dire en- tant de reocontres qn'un bon religieux , une bonne religieux , sont mille fois plus oonteots dans leur cellule , qu'on ne l'est dans le tumulte et les embarras du siècle.

Les i^us mondains lé disent» et en cela ils disent encore plus vrai que peut-être ils ne le pensent. Hais ils le diroient bien autrement, s'ils aToient en effet â>nnn par quelque épreuve les douceurs solides que goûte une ame accoutumée à vivre seule , efr qui sait se borner à cette vie particulière. Elle a ses oànq>ations, qui lui ont été marquées par Tobéissance , ou qu'elle s'est tracées elle-même. Ce ne sont point des fonctions d'éclat, et c'est par-là justement qu'elles lui plaisent davantage. Elle s'en acquitte avec fidélilé , mais du reste sans vouloir s'ingérer en iiucune autre chose. Ainsi elle est peu troublée de tout ce qui se passe dans le monde , et de mille événements qui sont pour tant d'autres une source d'inquiétudes et de chagrins. Souvent même n'en est-elle pas instruite, ni ne veut-dle pas s'en instruire. £t comment s'inquiéteroit-eUede tout ce qui arriTe an-dehors, puisqn'i peine eUe sait une partie de ce qui se feii auprès d'elle et dtos rimérieur de la c9)Dmunauté?Dès que les choses ne la r^ardent point, et qu'il ne s'agit ni de la charité ^ ni du bien conunun de la maison, elle ne s'informe de rien , ni ne s'entremet en rien : car la retraite rdigieose va jusque là. *

Ah ! que de religieux anroient mené dans leur état et y mèneroient une vie paisible, s'ils avoient pris de bonne heure cet esprit de retraite, et s'ils savoient se renfermer dans eux-mêmes ! Mais il semble que nous nous soyons à chargea nous*mêmes , et que nous ne paissions demeurer avec nou»-mêmes. On vent.se mêler de tout* Pour cela il faut se trouver partout. Si Ton est arrêté, c'est une peine : et si l'on peut suivre son impétuosité naturelle et aller où elle nousomporte, c'est encore le principe d*un plus grand mal. Car il n'est pas possible que la diversité 4^8 objets, que les différents intérêts où l'on entre, n'excitent bien des désirs et bien des passions dont la paix dn oœar est altérée. La clôture et la cellule s'adoucissent à mesure qu'on les garde: mais c'est en les quittant trop souvent et trop long-temps, qu'on 86 les rend insupportables. Il y fout néanmoins revenir, et voilà ce qui cause les dégoûts et les ennuis. N'esuce pas peut-être ce cpû m'en a causé une infinité à moi-même? Pourquoi sur la terre (Aercber si loin ipon bonheur et hors de moi, lorsqn'avec Dieu et avec sa gmœ. je puis le trouver dans moi et au miheu d^ moi?

Conclusion. Soyez éternellement béni, Seigneur» de la miséricorde que vous m'aves foite, en me retirant daps votre sainte maison. Ge n'est pas seulement pour la vie futoreet pow* mon aakil an Vma de

sAreté, maÎBc'est p^nr toutle oears de cette vie présente une demenre de pan. Il est vrUi» Seigneur, qu'il y faut avoir un certain attrait et un ceriain goût; et œ goût de la retraite n'est pas une des moindres grâces que puisse recevoir de vous une atne religieuse. Vous me raccorderez 9 cette grâce , puisque je vous la demande^ et que vous savez combien elle m'est nécessaire.

Détachez mon cœur de tous lee vains amusements qui peuvent le distraire et le dissiper» et qui neTont en effet que trop dissipé et que trop distrait jusqu'à cette heure. Faiiea-Je rentrer au-dedans de lui-même, et inspirez-lui» cet esprit intérieur» qui seul est capable de le ttnir dans le recueillement et dans le calme. Toute antre chose où je voadrois établir mon repos en ce monde peut me manquer ; mais ma retraite ne me manquera point , et loe sera toujours ma ressource et mon refuge.

Vous surtcnit f mon Dieu , vous ne me manquerez point dans la vie la plus crf)Sonre et la plus cachée. Je vous y trouverai , et qn'ai-je à souhaiter de pins? C'est là que Tame s'entretient avec vous» qu'elle vous parie et qa'eUe vous entend» qu'elle vous possède et qu'elle vous goAte. Mais vous n^étes point dans le bruit : du moins vous ne vous y élites guère oonnoltr^, ni guère sentir. O mon Dieu» où seroisje bien sans vous» et 011 puis-je être mal avec vous? Que m'importe d'être connu du monde» honoré dans le monde » ou de ne TéCre pa^; si je vous ai toujours pour témoin» et si vous m'honorez de totre présence? Vous seul me tiendrez lieu de toutes choses ; et dans mon obscui'ité et mes ténèbres » je serai pins en état de vous dire sans cesse » avec la même consolation que vous le disoit nnde vos pins fidèles serviteurs : Mon Dieu et num tout,

CONSIDÉRATION Spn LSS COIfVBaSiTlOIfS av^is ^.b frochaim.

Il y a peu d'ordres religieux où tout commerce avec le prochain soit absolument interdit. Dans la profession religieuse comme ailleurs» on a certaines heures où Fon peut converser ensemble; et il n'est point même défendu d^avoir quelques connoissancesau-dehors, ni de les entretenir. Mais il est vrai du reste que dans lés conversations avec le prochain il se glisse bien des abus oii nous tombons très commune* ment » et dont nous ne pouvons mieux nous garantir que par trois refiles {générales, qni sont pour nous d'une extrême conséquence. La prenoière, que nos conversations soient toujours accompagnées d'une modestie religieuse et d'une sage retenue; la seconde, qu'elles soient solides et' utiles ; et la troisième, que la charité y règne, et qu'elle en éloigne tout ce qui est contraire à l'esprit d'union et de paix.

Prbiiibr point. Conversations accompagnées 4'une sage retenue et d'une modestie religieuse : car» de même qu'il y a pour les personnes

764 S15ft LES CONVERSATIONS AVJSC LE PROCHAIN.

da moade des UeDsëanoes do monde, 0 y a, pour les religieax, des biensétnoes reHgieases; et, par rapport à la manière de ooD^ener, il est constant que mille choses oi l'on ne tronye point à dire dans un homme du monde demnnent pen saintes dans .on rAgleux^ et aont même tont-à-fâit r^réhensibles, Cest donc particulièrement aux religieux que oonvientramderApôtre, lorsqo'fl disoitaux premiersfidèies ^Fosles voir en toui votre modesûe (PldUp. , 4). .£Ue parolt dans l'air, dans le maintien, dans le geste, dans le ton de la voix , dans les termes et les expressions, dans tout rextérieor. Ce n'est pas qu'elle ait rien d'affecté, ni de trop étudié : ^affectation n*est bonne nulle part; mais, sans aucune contrainte ni aucune gtee, ele éviiectrtains airs trop évaporés, certains mouvements trop prédpités, oa*taîns gestes trop peu mesurés, certains éclats de ^x trop élevés, certaines paroles et certaines expressions trop familières, surtout avec des séculiers.

C'est une erreur dont se laissent prévenir bien des religieux , de se persuader que, par des conversations toujours ^jouées et peu réservées, ils se rendent plus agréables au monde, ers'en attirent plus aisément l'estime et la confiance. Le monde est au contraire le cen* aeur le plus éclairé et le plus sévère que les personnes rdifpeuaes aient à craindre. U sait parfaitement qudles mesures elles doivent Igarder, et quels égards elles doivent avoir à la sainteté dcleur profession : il y jEÎit une réflexion particulière , et tout libertin, tout déréglé qu'il est, il exige de leur part une régularité et une drconspectaon qu'il porte même quelquefois jusques au scrupule.

Ainsi, dans les entretiens d'un religieux, le monde veut voir de h gravité , du recueillement, de la modération, de la discrétion, de h sagesse; et s'il en rencontre quelqu'un où il remarque tous ces curao* tères, c'est de cèluirlà qu'il s'édifie et en celui-là qu'il se confie. Tout autre ne lui est bon que pour l'amusement On peut dire même qull n'est presque bon à nen autre chose dans l'intérienr d'une coDiminamé : on le laisse parler et discourir tant qu'il lui plait , et comme il lui platt ; maîsees discours, souvent sans ordre et sans r^le* font peu d'impression, et Ton n'y donne qu'une attention très légère.

Selon la maxime ordinaire, la boudie parle de l'abondance du oœon et c'est encore une vérité, que le coeur se répand par la bondie. De là donc on peut conclure d'une personnis religieuse trop vive et trop mondaine dans ses façons de parier, qu'elle est déjà fort dissipée andedans d'elle-même, et que dans la suite elle ne fera que se dissiper toujours davantage. Une ame recueHUe , et qui porte partout la présence et la vue de Dieu , ne s'abandonne point de la sorte à ses ^vacités naturelles. Elle est honnête et afiable, mais sans s'^Muachcr tant an-déhors , ni entrer en de si grandes agitations : elle n'est ni saavage ni mélancolique ; mais fu milieu de sa joie, et dans les démonatrationi qu'elle en donne, elle ne perd rien de tout le sérieux qui la dMl

përer : elle ne demeure pdnt dans un triste et mprne ttlenoe,.' mm elle ne cherche pofait anssi i tenir seule la conTenation, ni à mahriser tous ceux avec qui elle traite x elle dit simplement ce qu'elle pense , ee laisse à chacun le loisir de s'expliquera son tour, n'interrompant jamais, et toujours plus prête à écouter qu'à se faire entendre. Qu'en éviteroit de ftutes dans la soctétë, si l'on se formoit sur ce modèle , et si l'on ne s'ëcartoit jamais du respect chrétien et religieux qu'on se doit les uns tux autres!

Sbconb point. Conversations solides et utiles. Ce n'est pas à dire qu'elles doivent toujours rouler sur des matières spirituelles et de pure piété : cela seroit à souhaiter parmi des. religieux ; mais, ^près tout, comme la religion accorde quelques heures d'entretien pour récréer l'esprit et pour le relâcher , elle donne là^dessus un peis plus de liberté, et ne défend point de mêler dans la conversation des sujets moins relevés et moins importants : c'est une tolérance raisonnable et très convenable.

Biais ce qui ne conviendroit en aucune sorte, ce seroit, i* qu'entre des personnes rdigieuses on ne s'entretint ordinairement que de bagatelles, et qu'on employât des temps considérables en de puérils et de vains discours; 2* qu'on ne pariât que des affaires du monde, et de ce qui s'y passe ; qu'on ne s'assemblât que pour contenter sur cela sa curiosité, et pour entendre le récit de tous les bruits qui courent el de tontes les nouvelles qui se répandent ; 3* qu'aux heures mêmes où le silence est ordonné, on se réunit plusieurs ensemble , en des lieux particuliers et contre la r^le, pour se rapporter mutuellement tout ce qui se fiiit dans une communauté , et pour en raisonner fort inutilement; 4* que dans toutes ces conversations, soit particulières, soit publiques, on ne dit pas peut-être un mot de Dieu, ni qui pût porter à Dieu ; mais qu'on n'y débitât que des maximes toutes conformes à l'esprit du monde et à jses sentiment^ ; K* qu'on laissât tomber l'entretien dès que quelqu'un commenceroit à lé tourner sur les choses du del , et à y jeter qudques paroles d'édification ; qu'on en conçût du dédain, et qu'on en témoignât du dégote et de l'ennui. Voilà , encore une fois, ce qui ne peut s'accorder avec la sainteté de Téiat religieux.

Quand, après une conversation où l'on ne s'est rempli l'esprit que d'idées frivdes , on se trouve devant Dieu et dans la prière sans goût, sans onction, sans attention, y a-t-il lieu d'en être surpris? Une bonne réflexion qu'mi eût entendue dans un entretien plus solide eût noorri l'ame, et eût allumé tonte sa ferveur; car souvent il n'en feut pas davantage. Ces deux disciples à qui Jésus-Cbrist ressusdtéise joignit sur le chemin d'Emmaûs se sentoient tout brûlants de zèle, pendant qu'il conversmt avec eux et qu'il leur, expliquoit les divines Écritures. Hais que remporte-t-on de la plupart des conversations? un

766 SUR LES CONVERSàTIOMS AVEC LE PROCHAIN.

oOeor yide , une imagiBatioii égarée^ beancovp d'iodiiléraice et de sécheresse dsns le scrme de D^o. Jl n'y a que trop de persoioies re» lîgieiuses qui pourroient eil rendre tànoignage.

Ce qui parott encore plus à déplorer, c*est que des reltgienx aient quelquefois de longs entretiens, même avee des séculiers, sans jamais leur rien dire des Térliés du cbrbtianisnie, ui qui regarde le saint. On craint de les rebuter par ces sortes de discours, et qniis n^en fussent bientôt fatigués. U est vrai qu'il y faut de la (ImdèDee, et qu'on ne doit pas foire de la conversation une prédication perpétuelle. Mais d*aiiieurs trois choses sont certaines ; 1. Les sëeuliers ne se rebutent point si aisément qu'on le pense de ce que leur dit une personne religieuse pour les édifier et leur inspirer des sentiments chrétiens. Si c étoit un homme engagé comme eux dans le monde qki leur itnt de pareils discours , peut-être en seréient-ils étonnés et en feroiént-tb quelques railleries : mais ils ne reçoivent {Mis de même ce qui vient de la bouche d'un religieux. Ils y font plus d'attention, et ils n'en ont que plus de respect pour lui, voyant qu'il parie conformément à son état, et qu*il s'acquitte en cela de son devoir. S. Non seoiement ils ne s'en rebutent point, mais plusipurs même en sont touchés : ils s'y affectionnent et en profitent ; et s'ils avoient à se scandaliser, œ seroit plutôt qu un homme aussi étroitement dévouée Dieu que l'est on religieux par sa profession, neies fit jamais souvenir de leurs obitgairons envers ce premier maître^ et du soin qu'ils doivent prendre de le servir et de se sauver. 3. Enfin, supposé que de semblables conversations ne les accommodent pas, ce qui s'ensuivra de là, c*est qu'on les verra moins, et c'étoit l'excellent principe de saint Ignace de Loyola. Ou les gens du monde, disoit»il, m'écorneront volontiers quand je leur parlerai sur des sujets édifiants, et alors Dieu en sera glorifié et j*aurai ce que je demande; ou, dégoûtés de telles matières, ils s'éloigneront de moi, et alors ils me feront moins perdre de temps, et l'en irai moins perdre avec eux.

Et qu'est-il nécessaire, en effet, d'être tant dans le monde et avec le monde, si toutes les visites qu'on lui rend ou qu'on en reçoit ne eontribuent ni à sa sanctification ni à la nôtre? Est-ce à cela que des personnes religieuses doivent passer presque toutes leurs journées? Autunt et beaucoup mieux vaudroit-il demeurer dans la retraite, et, selon l'expression de Jésus-Christ, Imser la morts enseveUr ieurs morts (Hatth., 8). Les apôtres parcouroient le monde, mais pour y enseigner, pour y catéchiser, pour y annoncer le royaume de Dieu. Voir autrement le monde, c'est, malgré le renoncement qu'on a fait au monde, être encore tout mondain, et plus peut-être qu^on ne Tedt été dans le monde même.

Troisième point. Conversations charitables et sans oflBènse de personne. Le Sage a dit, en général, que cehii qui nepècbè point daa

ses paroles est un homme parfoit : mais on pîeut dire en particulier an regard de lâchante, que c'est une grande perfection et une vertu bien rare, de^ne la blesser jamais dans les entretiens. Car Toilà, dans les maisons même religieuses, le plus commun et le plus dangereux ëcueil qu'elle ait à craindre. Elle s'y trouve altérée en diverses ma* nières» dont les plus ordinaires sont :

i. Les impatiences naturelles et les chagrins de certains esprits colères et brusques, qui ne savent s'exprimer sur rien en des termes de douceur. On ne peut presque Içur parler, sans s'exposer à une réponse désagréable; et Ton a beau prendre toutes les précautions possibles, il y a toujours de leur part quelque rebut à essuyer.

3. Les contestations qui naissent, et les disputes où l'on s'échauffe de part et d'autre. Cela vient surtout de deux sortes de caractères très fiftcheux dans le commerce de la vie. Les premiers sont contredîdisants, et les seconds sont opiniâtres. D'où il arrive que les uns, par un esprit de contradiction, formant toujours des difficultés snr ce qu'on leur dit, «I les autres, par un esprit d'opiniâtreté , ne voulant jamais céder, ni reconnoitre qu'ils se soient trompés , on s'échappe en bien des paroles dont les cœurs sont piqués et ulcérés.

3. Les railleries, soit qu'on soit trop libre à les faire, oo qu'on soit trop délicat à s'en offenser. Car il y a des esprits d'une telle foiblesse, qu'il ne iisiut qu'un mqt pour les choquer : comme il y en a aussi qui se laissent tellement aller à une envie démesurée de railler de tontes choses et de quiconque, qu'ils le font sans ménagement et sans égard. Pourvu qu'ils se contentent , ils n'examinent rien davantage, et ne s'inquiètent guère si quelqu'un en a de la peine. Cette peine toutefois n'est que trop réelle; et quoiqu'elle puisse être mal fondée, et que souvent dans celui qui la ressent ce ne soit que l'effet d'une trop grande sensibilité, il y faudroit néanmoins prendre garde; et non seulement la charité religieuse, mais la seule humanité le demanderoit. Bien loin de cela, on prend plaisir à se jouer d'une personne. On en fait tout le sujet de l'entretien ; et à ses dépens, on se donne une récréation et un divertissement peu sortable.

4. Les jugements et les murmures, «ou contre des supérieurs, ou contre ceux qui se trouvent chargés de quelque office dans la communauté, ou contre des particuliers. Dès qu'où n'approuve pas une chose (et combien y en a-t-ilqui soient approuvées de tout le monde?)^ quoi qu'il en soit, dès qu'une chose déptatt, on ne peut s'en taire. Du moins si Ton en parloit dans la vue de quelque utilité qin en dût révenir : mais on sait assez que tout ce qu'on dira ne produira rien. Pourquoi donc entre-t-on là-dessus en de si longues explications? par une maligne satisfaction qu'on goûte à ttéclarer ses sentiments, et par un secret penchant à condamner et à censurer.

5. Les médisances. Ce point est plus important, et les religieux n*ont pas moins â se précautionner lù-dessos que les gens du monde.

Sar font autre artidey on a oommnnëaieiit dans la^reUgion la cassdeDoe plus timorée et plus étroite; mais sur Uartide de la médisance, les plus réguliers et les plus sévères ont quelquefois une pcmdoite et des prindpes bien larges. 11 y a peu deoonversattons oA il ne soit parié du prochain; et par un malheureux enchaînement» quand une foison a commencé» on ne cesse point qu*on n'ait dit tout ce qu'on prétend savoir» et qu'on devroit tenir secret

La charité doit corriger tout cela» et bannir tout cela des conversa» lions chrétiennes» à plus forte raison des conversations rdîgtenses. Point d'amertume dans les paroles» ni de brusqueries. On n'est pas toujours maître d'empêcher que certains mouvements ne s'élèvent dans le cœur : mais au moins iaut-il avoir assez d'empire sur soi pour les tenir cachés au-dedans » et pour n'en rien foire paraître. Prâit de contradictions trop fortes » ni d'altercations. Chacun a sa pensée» et chacun peut la produire» quoique contraire à la pensée des autres. Haïs du moment que la question commence à d^nérer dans une espèce de différend» et qu'on le remarque» il vaut inoomparaUement mieux se renfermer dans le silence et ne pas poursoi vre » que de s'obstiner par une fonsée gloire à ranporter un vain STanUge» et d'être par-là un sujet de discorde. Point de traits raillears et piquants. Un mot assaisonné d'un certain sd et dit agréablement n'est pas ton» jours condamnable» pourvu que personne n'y soit intéressé, ou que celui qui pourrait y avoir quelque iiitérét prenne bien la chose» et n'en témoigne aucun déplaisir. Mais après tout ime raillerie trop fréquente a souvent de fort mauvais etfets. Et il ne fout point alléguer pour excuse, qu'il n'y a rien en ce qu'on dit que d'indifférent et que d'innocent. Ce n'est pins une raillerie indifférente ni innocente» dès que U charité en souffre; or il n'est presque pas possible qu'die n'en souffre par l'extrême délicatesse de la plupart des esprits, qui s'offensent aisément, et ressentent très vivement les moindres attdntes. Point de murmures ni de plaintes» du moins dans les entretiens publics. Si Ton voit qudque chose à reprendre, on peut en secret s'en expliquer avec une personne de confiance» soit supérieure, ou autre : mais de s'en dédarer hautement et devant ioute une assemblée» c'est une espèce de révolte» ou c'est en quelque manière vouloir l'exdter. Enfin» point de médisances : car d la m^sance est un péché grief dans des séculiers» qu'est-ce dans des religieux? Parlons bien de tout le monde; ou si nous n'avons rien de bon à dire» taisons-nous. En gardant ces règles, on se préserve d'une infinité de désordres; on rend la sodété religieuse é^lement édifiante et douce, et c'est ainsi que se vérifie la parole du Prophète royal : Quel avmiuage et quel bonheur pour des frhru » de vivre ememUe et dam une $amte tmim {Ptabn. 132)!

DE LA CHARITÉ DE JÉSUS^CUtltST, Et<!. 7(19

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