SEPTIÈME JOUR
PREMIÈRE MEDITATION
BB LA CRàRITÉ de JÉSUS-CHRIST DANS SA YIB AGISSANTE.
Hoc têt j^œteplum meum, «1 dUigatU iwAcem , tieui éUexi mm. Toilà mon oommandeinent : c'est que vous tous aimiez les uns les autres , comme Je votts ai aimés. JiAH, chap. x?.
Paeuier point. Après avoir passé trente années dans Tobscnritéde la retraite, Jésus-Christ enfin se montra an monde ponr y prêcher son Évangile, et voilà ce que nous appelons sa vie agissante. H eut à traiter avec toutes sortes de personnes, et c'est là sans doute qu'il trouva de quoi exercer toute sa charité. Car celte vertu est plus né* cessaire qu'aucune autre pour converser avec les hommes, et sans elle il n'y a poiot de société qui puisse subsister. Or la charité de Je- Rus-Christ dans le cours de sa prédication eut surtout trois qualités , qui doivent me servir de modèle. Car ce fut une charité douce, une charité bienfaisante, et une charité universelle. Telle doit être la mienne envers le prochain, et s'il y manque un seul de ces caractères, ce n'est plus une charité chrétienne et religieuse.
Ce fut donc d'abord une chari^ douce que celle de Jésus-Christ, et cette douceur parut en tout : dans ses manières extérieures, dans sa retenue et sa modération inaltérable. Que n'eut-il point à endurer de la part d'un peuple grossier et incrédule, à qui il annonçoit ses divines vérités? Avec quelle condescendance ménageoît-il tant d'esprits opposés, et s'y acoommodoit-41 pour les persuader et pour les gagner? Combien de rebuts essuya-t-il sans se plaindre, combien de résistances et de contradictions? Qu'étoit-ce que ses apôtres? de pauvres pécheurs, des hommes sans nom , sans éducation , sans élude, sans intelligence. Que ne lui en coûta-t-il ptiint ponr les former? Souvent ils ne coroprenoient pas ce qu'il l^ur disoit, et pour se faire mieux entendre à eux il leur répétoit plusieurs fois les mêmes choses , et les leurexpliquoit tout de nouveau. Souvent ils avoient ensemble des contestations et des disputes , et il s'employoit à les apaiser : vivant avec eux malgré le dégoût qu'ils lut dévoient causer, se communiquant à eux, et, bien loin de se tenir importuné de leur présence, voulant sans cesse les avoir auprès de lui.
Ainsi il a bien pu nous dire ce qu'il dit en effet dans son Évangile : Apprenez de moi combien je suis doux et pacifique (Matth., il); et en même temps apprenez comment vous devez l'être vous-mêmes. L'aije appris jusques à présent ? Ai-je appris à supporter les foiblesses des autres? 11 faut bien ({u'ils supportent les miennes; et n'est-ce pas une des plus grande^ injustices, quand je veux qu'ils me fassentgràce sur une infinité de choses qui m'échuppçpti et que Je ne leur ~ B.S. 49
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grare sur riea? Ce soot lears manvaises qualités qui doneaC acfffii i perfectionner et à parîfièr iaz chaKië, an Ueà de l'afibiblir. Car si je n'étois obligé d'avoir de ia charité et de la doaceiir que pour des gesi accomplis et i qui rien ne manqne, tont ee qne j'en aurois ne seroit de nui mérite: ou poor mieux dire, je n'enanrdsponr peraoue, puisqu'il n'y a personne sans début. Si je n'atois à yirre qu'avec des anges ou avec des hommes Impeccabiës, bètlê dulrité douce ^ patiefate ne nie seroit pas nécessaire, parcequ'elle ne me semît de ■■! usage. Hais j'ai à vivre avec des esprits qui ont leurs idées particuliè» res, comme nous stoos chacun les nôtres ; qui ont lears humeurs, leurs caprices, leurs pr^ugés, leurs erreurs. D'entreprendre de les changer, c'est ce qni ne m'appartient pas, et de quoi je ne tiendrois pas à bout. Il ne me reste donc, pour le bien de ia paix et pour l'entretien de la eharKé, que de m'aceommoder à eux autant qu'il est possible, et de les gagner par ma douceur.
Bienheureux lei Hébonnaireij pareequ'ih poMtéierant toute ta terre (Marm., 5), c'est-à-dire (ju'ils se concilieront tous les cœurs. Suis-je de ce nombre i ou plutAt, combien là-dessus ai-je de reproches à mè hirét Combien de fois, au lien d'user envers le prochain d'eue cbarîtable indulgence, lui ai-je fait ressentir mes dédains et mesbauteurst Combien à son égard m'est-il échappé et m'échappe-t-il sans cesse de paroles aigres, de manières brusqhés, de mépris? SouTettt même je n'y fiais nulle attentioD« et je ne crois pas qd'il y ait rien en toiit cela dont ondoive s'offenser.Ge seroit bien pissi jetenois, oonime quelques uns, à m'en applaudir et à m'en savoir bon are. Voilà ce qni trouble toute une communauté; foilà ce qui y fiait naître les divisions, et ce qui y cause les différends et les démêlés i Un peu plus d'empfre sur soi-même préviendroit tous ces maux, et qu'y a-t-il qiie je he dos^ sacrifier pour les arrêter?
Sbconî) point. La fnémë charité qui fit supporter à Jésos-Chrlit atec tant de douceur et taht de patience tes iinperfiections de cent avec qui il eut à converser et à traiter, lut fit encore employer son pouvoir tout divin à les combler de ses grâces. Car ce fut une charité bienfaisante, //ponrottroit let villee et les bourgadet en foitant du êien à iout ie monde (Aet.^ I0)| chassant les démons , consolant les aCHigéS| guérissant les malades , ressuscitant les morts , annbnçant le royaume de Dieu, et travaillant sans relâche au salut des âmes.
Je ne suis pas en état de faire, comme Jésus-Christ, des miracles eu fiaveur du prochain. 11 ne dépend ^s de moi de rendre, comme ce Dieu Sauveur, la vue aux aveugles^ l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la santé aux paralytiques et aux moribonds. Mais, du reste, il y a chaque jour, surtout dans une communauté, mille oocasibns de se rendredes services mutuelle de s'entrobli^r et de s'entr'aider. Or iroiià œ que Ihit la charité çbrétieaitéi I plus forte raison la cbarité
&B LA CBÀRltÊ DE lÊSUS-CHRIST; etc. Ili
religieuse. Ài-je là-cie^ds tôât te zète et toute rafdetir nécessaire? Nft suis^je point de ces âmes indifMrentes, qtit ae sont occupées ctue d'eiles-métnps, et qol ne teuleiit se gétter en rien pour foire plaisir aut autres? Si par mon office je nie trèute danii une obligation particulière de leut^ prêter secours et dé pourvoir à leurs besoins, comment est-tie que je ni'en acquitte? Le fiiis-je àTéc exactitude^ le fais^^Jè Vo« lonti^s et àtec «ffectlon? Du ftuoiils suis-je a^z chariublé pôtii' leur touhaiter le bien qne je ne puis leur procurer? le suisjé assez potti* preud^e part à celui qui leur arrive^ et pouf In'en réjouir? lé suis-je àssé^ pour compatir à leurs maux et poui' entre!* dans leurs peines, lorsqu'il leur survient quelque affliction et quelque disgracef Cai* la charité exige tout cela de moi.
Hais n'est-ee pas en tout celA que je l'ai mille fois blessée et que j« la blesse encore? Je n'ai que trop de vivacité quand il s'agit de moiinéme^ et je ne porte que trop loin les devoirs de la charité, quand j« demande qu'on l'exerce à mon égard et que je civis qu'on ttié la te^ fuse. Je ne lui prescris point alors de bornés, et je suis si tou<ihé éé ne la trouver pas toujours disposée & me servir! Ëst-ee aitisi qne Je la pratique envers les personnes k qui je la dois partant de titrer f Tout me ooftte, dès qu'il est question d'autrui. Au lieu de leur ftirë tout le bien qui est en mon pouvoir» peut-^tre enviéjè celui qu'ott leur Mii et peut-être en certaines rencontres voudrois- je le traverse^ €t y mettre obstacle. Au lieu de les prévenir sur les choses mêmes oâ nul devoir propre et personnel ne m'engage, combien peut-être datis mes foUdioDs et mes emplois me suis*je rebdu difficile à leur accorder ce qui éloit de ma règle et de mon ministère? Au lieu de m'iméresset* daas leurs peines et de cherchei^ à les adoucir, n'en ai-je point eu peut-être une joie maii^ine , et n*en aî«je point même été quelquefois le sujet? Jésus-Christ nous a expressément avertis que nous seriûna traités de son Père comme nous aurions traité nos fkrèréS et les siékis. Suivant cette mesure» qu'aurois-jê à espérer de Dieu» et avec quelle assurance pouirois-je le prier de répandre sur moi l'abondance de se& graoes, si j'avois toujours un cœur aussi resserré que je l'ai eu à l'égard de ses membres et de ses enfants?
TnoisiÈuit PotMTk ËB quoi la charité de Jésus-Cbriét fut enân plut» admirable » cVst dans son étendue : car ce fat une dharité universelle. Comme il avoit été envoyé de son Père pour tous les bommes» et quec'étoitea y«e de son Père qu'il les aimoit, il se partageoit également entus tousi et leur donnoit à tous ses soins , sans acception tte ^ptrson&ei luifs et Gentils recevoieiit de lui les mêmes ipstructions éi les mêmes guérisonst tant de l'ame que du oorps. On ne le vit Jamaia, ni ne rebuter de la misère ei de la pauvreté des uns^ ni se laisser pi^oœupef eu taveur «les antrcapar tour éclat et leur èptttence. Ceuxlà mêmes qui se déctoroient le t^ua ouvertêmeut «ri avec t^às d%jus«