SDR LA PAIX AVEC LE PROCHAIN
par h oonâolatioii qu'on a de pouvoir présenter à Dieu un sacrifice qui loi est si agréable !
n. Se désister volontairement de toutes ses prétentions , dès qu'il 7 ^ de la paix , et abandonner sans résistance tous ses droits , qui «du reste sont si peu de chose dans Tétat religieux. Car de quoi pour l'ordinaire s'agii-it dans les contestations qu'ont entre elles les épouses mêmes de Jésus-Christ? d'un léger intérêt qu'on s'est lait , et sur lequel , ou par opiniâtreté , ou par une fausse gloire , on ne veut point •se rdâcher. En vérité, ne doitron pas rougir de honte, quand on vient À considérer d'un sens rassis de quoi Ton s'inquiète tant et à quoi Ton .'s'arrâte avec tant d'obstination ; et comment peut-on soutenir les reproches de sa consdénoe , lorsque malgré soi on se dit intérieurement : Si j'avois assez de vertu pour reculer d'un pas » et que je voulusse ne plus penser à cela, qui dans le fond n'est rien, la paix aussitôt seroit rétablie? Il ne tient donc qu'à moi de pacifier tout , d'éteindre le feu 4e la division , qui n'est déjà que trop enflammé , et de calmer les esprits. Si je ne le lEads pas , lorsque je le puis si aisément et à si peu de Iras , ne serai-je pas bien condamnable, et qui me disculpera auprès de Dieu ? Jésn^hrisl a versé son sang pour la paix : à quoi ne doi»* je pas préférer un bien que mon Sauveur a tant estimé , et qu'il a acheté si cher?
IIL Ne s'attacher point trop à son propre sens. Car on ne se brouille souvent dans les communautés que parcequ'on s'entête , que parceqn'oB suit certains préjugés dont on ne veut point revenir, que parcequ'onne consulte que soi-mémeet qu'on ne s'en rapportequ'à soi-même, ne prenant aucun conseil et ne déférant à aucun avis. Dans les affaires les plus importantes , les gens du monde choisissent un tiers , sage et désintéressé, et consentent, en vue de la paix, d'en passer par son jugement. Dans les commtmautés divisées, on écoute qui que ce soit. On se prévient contre ceux qui par zèle et par charité voudroient s*eatremettreet ménager quelque accommodement. On se persuade que ce sont des gens gagnés, et dont on doit se défier. On les prend à partie eox-mèaies, à moins qu'ils n'entrent aveuglément dans nos pensées, et qu'ils ne se déclarent pour nous. Que la docilité seroit alors d'un grand usage , et qu'elle épargneroitù toute une maison de démêlés et d'embarras !
IV. Sacrifier même, s'il est nécessaire, sa propre raison. H est vrai, vous n'avez pas tort, et la rai^n est certainement de votre côté ; maïs si vous ne cédez, vous n'aurez jamais la paix , et la guerre sera élenieUe. Or il vaut mieux, en de pareilles conjonctures , renoncer, pour parler de la sorte , à la raison , et retourner en arrière , que de tenir terme et de vouloir aller plus avant. En mille rencontres, il est de la souveraine raison de condescendre, contre la raison même , aux faîMesses et aux imaginations de quelques esprits qui ne sont pas raisonnables. Maïs , dites-vous , on agira iqal a propos : il n'importe ^
S8 ièuk LÀ PAIX aVec le prochain.
lé tiiû qui en pourra arriver sera moindre que lé bruit et les rupture^ où la maison se trouveroit exposée par une inflexible fermeté. (Cette règle f au reste ^ n*est pas générale ; mais elle demande beaucoup de discernement , et ne peut être appliquée qu'aux choses qui ne blessent )[)oint la conscience , et où il n'y a point d'offense de Dieu.
V. Préférer une sage et religieuse simplicité à une envie dangereuse et immodérée de savoir. On n'a que trop éprouvé dans les monastères de filles les pernicieux effets de cette malheureuse démangeaison d'apprendre, et de vouloir passerpour savante. Désordre plus commun dans ces derniers temps qu'il ne Tétoit autrefois. Les premières religieuses âè contentoient d'être bien instruites des points les plus essentiels de l'Évangile et de la foi; de bien étudier leur règle, leurs observances., leurs devoirs , et de les bien remplir. De là , soumises à TÉ* glise, elles s'en tenoient à ses décisions, sans raisonner , sans contester, et sans prétendre prononcer sur ce qu'elles voyoient assez n'être pas de leur compétence et de leur ressort. Elles mgntroient en cela leur humilité, leur prudence , leur droiture d'espritet de cœur, et elles en goùtoient le fruit solide, qui etoit une sainte paix. D'où vient que les supérieures de communautés les plus habiles dans le gouverne- Inent ont soin encore , autant qu'il leur est possible , d'écarter de leur maison livres, écrits, directions, tout ce qui pourroit y fsûjre naître des questions très nuisibles , ou du nioins très inutiles.
VI. Hais de tous les moyens , le plus efficace et le plus puissant est la sainte et fréquente communion ; car le sacrement de nos autels est le sacrement de l'unité , le mystère de la charité , et par conséquent le nœud de la paix. Dans la communion , nous sommes tous nourris du même pain céleste, nous sommes assis à la même table de Jésus- Christ , nous lui sommes tous unis comme à notre chef: que de raisons pour nous lier étroitement ensemble! Gomment cet adorable sacrement sera-t-il pour nous le sacrement de Tunité, si nous nous séparons les uns des autres? comment sera-t-il le sacrement de la charité , si nous nous soulevons les uns contre les autres? et comment ne ferons-nous qu'un même corps avec Jésu&Christ et en Jésus-Christ, si nous ne demeurons attachés les uns aux autres ?
VIL Une des dispositions les plus essentielles à laxonumunion est donc que nous conservions la paix entre nous. C'est pourquoi le Fils de Dieu , avant que d'instituer ce grand mystère et d'y admetre le$ apôtres , leur donna la paix. Sans cela , quoique purs d'ailleurs , il ne les eût pas jugés dignes de son sacrement : ainsi toutes les autves préparations que nous pouvons et que nous devons y apporiei? Supposent celle-là , et c'est aussi par-là que nous nous metHÙis «b état d'accomplir le dessein du Sauveur du monde , qui a été, en nou» incorporant avec lui, d'établir parmi nous la plus parfaite société » et de faire de nous un même troupeau et une même Eg^e.
YIIL Au contraire , un des plus grands obstacles à la communion,
esl que dods ne soyons pas en paix avec nos frères » ni nos frères avec nous : car aiors Jési^s-Ghrist veut que nous quittions l'autel et le sacrifice, beaucoup plus la communion , puisqu'il Eaut bien plus pour approcher de la communion que pour offrir simplement le sacrifice. Un pécheur, même en état de piéché , peut assister à la messe, et, dans la vue ^'apaiser Dieu , lui offrir le sacrifice ; mais il ne peut communier, s'il ne s'est réconcilié et avec Dieu et avec le prochain. C'est donc à nous de nous éprouver là-dessus nous-mêmes avant que de recevoir le Saint des saints , et d*écouter notre cœur pour savoir s'il n'a rien à nous reprocher sur un point de cette conséquence.
DL Daigne le Seigneur, dans la participation de son corps et de soà précieux sang , nous réunir tous ! C'est lui , selon le mot de l'Apôtre p pii esl notre paix ( Ephes.f i)^ et c'est dans la communion que cette pardie se vérifie à la lettre, puisque c*est là qu'il veut être lui-inéme le médiateur de toutes nos réconciliations. Il a bien eu le pouvoir de réconcilier le ciel et la terre: notre réunion est-elle plus difficile ? Dans les siècles passés, on a vu plus d'une fois des ennemis irréconciliables, à ce qu'il sembioit, déposer toute Jeur haine à la sainte table , et en sortir dans une sincère et pleine intelligence. Aujourd'hui , et quelquefois dans les maisons religieuses , on voit des personnes divisées sorûr de cette table de Jésus-Christ avec la méqie aigreur, et en remporter les mém^ animo^tés. Puissions-nous éviter ce malheur , et nous préservée d'une telle malédiction !
INSTRUCTION
Ce que voi|S avez particulièrement à considérer touchant là charité est compris dans son précepte et dans sa pratique. En vous expliquant ce qui regarde le précepte de la charité , je vous ferai voir la nécessité indispensable de cette yertu , et vous pourrez tirer de là de puissants motifs pour vousexciter à l'acquérir. Et en vous apprenant quelle en doit être la pratique , je vous en Aarquerai les divers caractères, qui pourront vous servir de règieS pour vous juger vousmême, et pouf connoitre comment vous avez accompli jusques à présent un des devoirs tes plus essentiels de la vie chrétienne.
§ I. Le précepte et C obligation de la ckarité.
I. La charité n'est point seulement un conseil évangélique, mais un précepte ; et le Sauveur du monde l'a eu tellement à cœur, ^u'il en a fait son précepte particulier. Car voici mon commandement , disoit-il àsesapôtres : c'est que voiuvous aimiez k$ uns les autres (Joaii ., 15). Hotif admirable dont se servoit saint Jean, le bien-aîmé de Jésus- Christ fit Tapâtrede la charité, lorsque,'parcourànt les Églises d'Asie, dont il étoit le patriarche et te fondateur » il répétoit sans cesse dans
to éuR LA PAIX AVEC LE PRÔCHAÎli.
le nkâl qni en pk)urra arriver sera moindre que lê bruit et lés rupture^ où la maison se trouveroit exposée par une inflexible fermeté. Cette réglé y au reste , n*est pas générale ; mais elle demande beaucoup de discernement , et ne peut être appliquée qu'aux choses qui ne bles- ^nt )[)oint la conscience , et où il n'y a point d'offense de bien.
V. Préférer une sage et religieuse simplicité à une envie dangereuse et immodérée de savoir. On j^'a que trop éprouvé dans les monastères dé filles les pernicieux effets de cette malheureuse démangeaison d'apprendre, et de vouloir passerpour savante. Désordre plus commun dans ces derniers temps qu'il ne Tétoit autrefois. Les premières religieuses Sè contentoient d'être bien instruites des points les plus essentiels de l'Évangile et de la foi; de bien étudier leur règle , leurs obser* Vances., leurs devoirs , et de les bien remplir. De là , soumises à TÉ* ^se, elles s'en tenoient à ses décisions, sans raisonner , sans contester, €t sans prétendre prononcer sur ce qu elles voyoient assez n'être pas de leur compétence et de leur ressort. Elles mgntroient en cela leur humilité, leur prudence, leur droiture d'espritet de cœur , et elles en goûtoient le fruit solide , qui etoit une sainte paix. D'où vient que les supérieures de communautés Içs plus habiles dans le gouverne- Inènt ont soin encore , autant qu'il leur est possible , d'écarter de leur maison livres , écrits , directions, tout ce qui pourroit y fai^ e naître des questions très nuisibles , ou du moins très inutiles.
VI. Hais de tous les moyens , le plus efficace et le plus puissant est la sainte et fréquente communion ; car le sacrement de nos autels est le sacrement de l'unité , le mystère de la charité , et par conséquent le nœud de la paix. Dans la communion , nous sonunes tous nourris du même pain céleste, nous sommes assis à la même table de Jésus- Christ , nous lui sommes tous unis comme à notre chef: que de raisons pour nous lier étroitement ensemble! Gomment cet adorable sacrement sera-t-il pour nous le sacrement de Tunité, si nous nous séparons les uns des autres? comment sera-t-il le sacrement de la charité , si nous nous soulevons les uns contre les autres? et comment ne ferons-nous qu'un même corps avec Jésu&Christ et en Jésus-Christ, si nous ne demeurons attachés les uns aux autres ?
VIL Une des dispositions les plus essentielles à la'conununion esl donc que nous conservions la paix entre nous. C'est pourquoi le Fils de Dieu , avant que d'instituer ce grand mystère et d'y admetre les apôtres , leur donna la paix. Sans cela , quoique purs d'ailleurs , il ne les eût pas jugés dignes de son sacrement : ainsi toutes les auti*es préparations que nous pouvons et que nous devons y apporiefr supposent celle-là , et c'est aussi par-là que nous nous mettons ea état d'accomplir le dessein du Sauveur du monde , qui a été , en nous incorporant avec lui , d'établir parmi nous la plus parfaite société , et de faire de nous un même troupeau et une même E^^se.
VUL Au contraire , un des plus grands obstacles à la communion.
est qu8 nous ne soyons pas en paix avec nos frères» ni nos frères avec nous : car alors Jésus-Christ veut que noas quittions l'autel et le sacrifice, beaucoup plus la communion , puisqu'il faut bien plus pour approcher de la communion que pour offrir simplement le sacrifice. Un pécheur^ même en état de péché , peut assister à la messe» et, dans la vue ^'apaiser Dieu » lui offrir le sacrifice ; mais il ne peut communier, s'il ne s'est réconcilié et avec Dieu et avec le prochain. C'est donc à.Dousdenous éprouver là-dessusnous-mémes avant que de recevoir le Saint des saints , et d*écouter notre cœur pour savoir s'il n'a rien à nous reprocher sur un point de cette conséquence.
IX. Daigne le Seigneur, dans la participation de son corps et de soà précieux sang , nous réum'r tous ! C'est lui , selon le mot de l'Apôtre ^ fui est notre ptûx ( Ephes.^ i)^ et c'est dans la communion que cette parole se vénfie à la lettre , puisque c'est là qu'il veut être lui-même le médiateur de toutes nos réconciliations. Il a bien eu le pouvoir de réconcilier le ciel et la terre: notre réunion est-elle plus difficile ? Dans les siècles passés, on a vu plus d'une fois des ennemis irréconciliables, à ce qu'il sembloit , déposer toute leur haine à la sainte table , et en sorUr dans une sincère et pleine intelligence. Aujourd'hui , et quelquefois dans les maisons religieuses , on voit des personnes divisées sortir de cette table de Jésus-Cbrist avec la même aigreur, et en remporter les mém^ animosités. Puissions-nous éviter ce malheur , et nous préservée d'ime telle malédiction !
INSTRUCTION
St)R LA CHARITÉ.
Ce que voi|S avez particulièrement à considérer touchant la charité est compris dans soii précepte et dans sa pratique. En vous expliquant ce qui regarde le précepte de la charité , je vous ferai voir la nécessité indispensable de cette yertu , et vous pourrez tirer de là de puissants motifs pour vousexciter à l'acquérir. Et en vous apprenant qaelle en doit être la pratique , je vous en Aarquerai les divers caractères, qui pourront vous servir de règleS pour vous juger vousméffle, et pouf connoitre comment vous avez accompli jusques à présent on des devoirs tes plus eissentiels de la vie chrétienne.
§ L Le précepte et CobRgation de ia charité.
1. La charité n'est point seulement un conseil évangélique, mais un précepte ; et le Sauveur du monde l'a eu tellement à cœur, ^t^'il en a lait son précepte particulier. Car voici mon commandement , disoit-il iz»Sif6lTes: c'est quevou$,vou8 aimiez ks uns les autres {ioAk.^iSj. Motif admirable dont se servoit saint Jean , le bien-aimé de Jésus- Chris^ fi Tapôtrede la charité, lorsque,' parcourant les Églises d'Asie, dont il étoil le patriarche et le ibndateûr » il répétoit sans cesse dans
les assemblées des fidèles ces paroles : Mes chers enfanu , otmex-voiu Us uns les autres (Hieron. ) Sur quoi ses disciples lui ayant lrepré> sente qu*il leur préchoit toujours la même chose» en lui demandant par quelle raison fl rëduisoit toutes ses instructions et toutes ses exhortations à ce seul devoir, il leur fit cette réponse si remarquable r Parceque c*est le précepte de notre maUre; et que n votis le gardez , \t suffit pour vous rendre parfcits sebn Dieu (Idem). Voilà , à l'exemple de ce grand apôtre , ce qu'on ne devroit jamais cesser de dire , non seulement dans les assemblées chrétiennes , mais dans les communautés religieuses ; je dis même dans les communautés les plus régulièreS) les plus austères , les plus éloignées du monde ; et si vous vous lassiiBz d'entendre toujours cette leçon , je vous répondroîs : Plaignezvous plutôt de ne l'entendre pas assez : pourquoi ? parceque c'est le commandement du Seigneur (Idem ), qui tous doit être plus cher que tout le reste ; parceque c'est un commandement pour lequel vous de* vez avoir une vénération , une soumission toute singulière , puisque Jésus-Christ a voulu lui-même se l'adapter et en être spédalement le législateur.
II. Aussi l'observation de ce précepte est-elle la marque spécifique et certaine des vrais chrétiens. Car c'est à cela , ajoutoit le Fils de Dieu, que vous vous ferez reconnottre mes disàples (Joan.» 15). Ce ne sera pointprécisémentpar les dons sublimes d'oraison et de contemplation : sans ces faveurs extraordinaires, on peut être chrétien, et solidement chrétien. Ce ne sera point non plus par de rudes pénitenoes el de rigoureuses austérités du corps : elles soutbonnes, elles sont louables, elles sont saintes; mais ce n'est point après tout ce qui nous discerne de ces sectes d'infidèles, où Ton voit pratiquer des macérations et des mortifications de la chair beaucoup plus étonnantes que dans le christianisme. Ce n'est donc point par*là que nous serons avoua de J^us-Christ dans le jugement dernier, mais par la charité. Et n'estce pas par la charité que les païens eux-mêmes, ennemis dédarés de la religion dirétienne, distinguoient ceux qui la professoient? N'estce pas encore par la charité que nous jugeons si Tesprit de Dieu règne dans une famille, dans une maison religieuse ? Tout autre signe est équivoque ; mais quand nous y voyons la charité bien établie, et que nous n'y apercevons rien qui la puisse blesser, neus disons avec assurance que c'est une maison de Dieu. Et en cela nous ne nous trompons pas : car il n'y a que Dieu et que l'esprit de Jésus-Christ qui puissent former dans les cœurs une charité parBtite et l'y entretenir.
III. C'est dans le commandement de la charité que sont contenus tous les autres, et c'est h celui-là. qu'ils se rapportent tous : tellement que saint Paul l'appelle la plénitude de ta loi {Rom.^ iS). En vain donc Je prétendrois garder tous les autres préceptes, si je manquois à celui de la charité. Sans cette charité envers le prochain , je ne puis
mêo^e avoir l'amour de Dieu , qui es( néanmoins le premier et le
plus grand de tous les commandements. Car aimer Dieu et aimer son prochain sont deux oonunandements inséparables, ou plutôt ce n'est qu'un même commandement qui nous oblige à aimer le prochain dans Dieu, et Dieu dans le prochain. Et en eflfet, c'est proprement dans le prochain que nous aimons Dieu d'un amour solide et pratique : hors de là, tout notre amour pour Dieu n'est qu'en spéailation et qu'eu idée. Théologie divine que tout l'Évangile, que tous les écriu des apôtres, que tous les saints livres nous enseignent, et qui est comme le précis de tous nos devoirs.
IV. Si je n'ai pas pour mon prochain la charité que Jésus-Christ me commande, quand je parierois le langage des anges et des plus éclairés d'entre les hommes, je ne serois, selon les expressions figurées de saint Paul , qu'un airain soneant et qu'une cymbale retentis* santé. Quoi que je pusse dire à Dieu pour lui témoigner les sentiments de mon cœur, il ne m'entendroit pas, et il ne voudroit pas même m'entendre. Quand je ferais des miracles, que je transporterois les montagnes, que je ressusciterois les morts, ou ce «croient de bux miracles, on, malgré ces miracles, quoique vrais, je ne laisserois pas d'être réprouvé de Diea : car Dieu peut, par le ministère même d'un réprouvé, opérer des miracles ; mais ces miracles n'empêchent pas que celui par qui il les opère ne puisse absolument devenir et être actuellement à ses yeux un sujet de damnation. Quand je livreroîs mon corps au fer et au feu, c'est-à-dire quand je m'exposerois au martyre le plus rigoureux , tout ce que je pourrois endurer de supplices et de tourments seroit perdu pour moi , et ne me serviroit de rien anprès de Dieu. Je serois, comme martyr, confesseur de la foi , mais indigne confesseur, parceque je serois en même temps apostat de la charité. Car, dans une telle supposition, on peut être l'un et l'autre, et Ton en a vu des exemples. Témoin celui dont parle Eusèbe dans son Histoire de l'Église, qui, allant souffrir la mort à laquelle il avoit ëié condamné pour la foi , ne voulut jamais pardonner à un autre chrétien son ennemi, quoique prosterné à ses pieds il lui demandât grâce, et le conjurât de vouloir Ùen se réconcilier avec lui, Maissaqs remonter si haut, ne voit-on pas tous les Jours des âmes religieuses martyres de leur règle, pour ainsi parler^ n'avoir avec cela nulle charité pour ceux ou pour celles qui ont eu le malheur de s'aiiirer leur disgrâce et leur aversion? Ne voit-on pas dans le monde tant de personnes dévotes, martyres de la pénitence et de la mortification, être néanmoins les plus vives dans leurs ressentiments et leurs animosités? Appliquons-nous ceci, et disons-nous à nous-mêmes : Quand je m*immolerois comncie une victime, et que je prailquerois toutes sortes d'austérités; quand je passerais loute ma vie ou en oraisons, ou en d'autres saints exercices, tous mes exercices, toutes mes oraisons, toutes mes austérités, sans la charité, me deviendroient inutiles. Grande leçon pour nous, et capable de (aire trembler une infinité
de gens, soit dans le siècle, soit dans le cloître» qui , sévères à Texc^ sur les antres points de la morale chrëtieonéy vivent dans un rdftcliëment , 6u , ponr mieux dire» dans une licence extrême à Tëgard de la charité.
y. Si je n*aime pas mon prochain aussi parfaitement qne Jésus- Christ me rordonne» il e3t de la ibi qne je n*ai pas la vie de la grâce : Celui qui n'aime pas son frère est dans un état de mort (1. Joani^ 3). Il est de la foi que je suis dans le plus déplorable aveuglement : Cehu qui n'aime pas son frhre marché dans les ténèbres {\, Joan.» 2). 11 est de la foi que je me rends coupable d'une espèce de meurtre : Celui qui n*aime pas son frire est homicide (1. JoÂii.» S). Trois malédictions marquées par saint Jean » et d'autant plus à craindre qu'elles sont plus communes. En voici le sens et Texplication.
VI. Si je n'aime pas mon firère, je suis dans un état de mort » c'està-dire dans Fétat du péché môriel ; car il n*y a' que le péché mortel qui puisse causer la mort à mon ame. Or le péché mortel où tombent plus aisément les personnes mêmes qui font profession de piété» et les âmes religieuses» c'est celui qui attaque et qui blesse la charité» puis-' que» pour pécher grièvement en ce point , il ne faut qu'un secret sentiment de haine ou de vengeance» volontairement conçu et entretenu. Péché qui se forme si prompteroent dans le ccbur» que sans une grande précaution il est très difficile de l'arrêter. Péché qui se tourne très aisément en habitude, et où l'on demeure quelquefois des années entières. Il y a certaines conditions qui par elles-mêmes nous mettent assez à couvert des autres péchés» de l'ambition» de Tavarice» de l'impureté : mais il n'y a point de condition où Von né soit exposé à celuici. C'est Souvent dans les plus saints étals quil règne avec plus d'empire et plus d'impunité.
VII. Si je n'aime pas mon frère» je marche dans les ténèbres. Mais pourquoi eh commettant ce péché suis-je plutôt dans les ténèbres» qu'en commettant les autres? En voici la raison^ qui est évidente i c'est que les péchés contre la charité sont ceux où il est plus ordinaire et plus facile de se faire une fausse conscience» iine conscieiice peu exacte» une conscience selon ses vues» selon ses desseins, selon ses inclinations; selon ses antipathies : or rien n'est plus sujet à rillusiori que nos vues et nos idées particulières, que nos antipathies et nos Inclinations naturelles. Cest que l'article de la charité est celui où Ton se flatte davantage» et où l'on trouve plus de spécieuses excuses pour se justifier» quelque criminel que l'on. soit. C*est' qu'il arrive même tous les jours. qii*on érige en vertus (es actions» les sentiments» les discours où la charité est le plus visiblement offensée. On appelle zèle de la gloire de Dieu » zèle du salut des âmes» zèle de la vérité et de la pure doctrine, ce qu*il y a dans la médisance de plus outrageux et de plus calomnieux. Bien loin d'en avoir quelque peine, on s'en fait un mérite devant Dieu , et Ton s'en glorifie devant les hommes.
Vni. Si je n'aime pas mon frère, je suis honddde : et ^e qni ? de moi-même, de la chartté'et du prochain. De moi-mènoie, pui$(^uè je tàe mon ame par une des blessures les plus mortelles qu'dte puisse ï*ecë- Toîr. De la charité, puisque j'éteins, autant quH est en moi, ce principe de toute société : de la société l^umaine, de la société chrétienne, et surtout de la société religieuse. Du prochain, puisque je le faîa mourir en quelque sorte dans mon cœur, où il deyroit vivre, et où jé devrois le porter. Quiconque saura bien pénétrer toutes ces véritÀ, qu'il se trouvera redevable à la justice de Dieu , qui est l'auteur de là charité, et qui doit prendre un jour sa cause en main, et venger s! hautement ses intérêts ! ' '
IX. Ce qui doit encore sur cela redoubler notre crainte, c'est de voir combien cette charité, qui nous est si expressément commandée, court néanmoins de risques partout et dans tous les états. Rien dé plus difficile à conservé!*; rien de plus rare que de la maintenir pure et entière. C'est un trésor que nous portons dans des' vases fraj^iles : si nous venons à la perdre, tout est perdu poiir nous. T a-t-il donc at-^ tèntion que nous ne devions avoir, y à-t-il'circonspiection dont nous ne défions tiser,. y a-t-iî mesures que nous ne devions prendre? Et làdessus ne pensions poiiltà nous prévaloir de la sainteté de notre profession. JLa retraité religieuse peut nous préserver de tous les autres dangers du monde ; mais la charité n'y est pas toujours pins en asstirance qu'ailleurs, et combien y.a*t-ellë fait de tristes naufrages? -
X. Rien de plus exposé (jue la charité à 'de violentes tentations. Comme c'est Tame du christianisme et le nœud qui soutient toutes lei sociétés, il n'y a point d'efforts que le démon ne fasse poiir l'arrache^ de nos cœurs, et c'est contre eUe qu'il emploie tout ce qu'il a d'arti« fice et de pouvoir. En quoi il n'est que trop secondé par nos dispositions intérieures, par notre âmour-propre, par noire orgueil , par notre sensibilité et notre extrême délicatesse, par lés contradictions des autres, par tous les événements qui allument nos passions et qui sont contraires à nos désirs. 11 nous faut donc une charité assez solide et assez ferme pour n'être point ébranlés de tous ces assauts, pour réprimer les mouvements les plus vifs, pour nous endurcir contre les traits les plus perçants, pour triompher de tout ce qui pourroit liii donner quelque atteinte et l'afïoiblir.
§ II. Xa pratiqua et les caraclères de la charité.
I. Afin que notre charité soit aussi solide et aussi parfaite qu'elle doit Fêire, îl faut qu'elle ait tous les caractères que saint Paul nous a si bien décrits, et dont il nous a fait un détail si exact et si instructif. La eharitéy dit ce grand apôtre, est patiente, elle est pleine de bonté. La charité n'est point jalouse, elle ne s'enfle points elle n'est point am^ hi^etue, elle ne cherche point ses propres intérêts, elle ne s'emporte point , elle ne pense mal de personne; elle n'a point de joie de l'injus*
tice, maii elle en Aie ia vérité; eUe etidurejUiut, elle croit tout^ elle et* père lotti, elle supporte toui (1 . Cor. i3). Excellentes qualités de la cha-* rite qui en comprennent toute la pratique» et qui lui sont teliement né* cessaires» que si une seule lui manque, non seulement ce n'est plus^ une charité complète» mais elle n^est pas même suffisante pour satisfaire à l'obligation absolue que Jésus-Christ nous a imposée. Repr&» nous donc par ordre ces différents caractères, et considérons-les chacun en particulier, pour nous les- bien imprimer dans l'esprit et dans le cœur.
II. La charité est patiente. C'est par-là qu'elle se soutient et qu'elle ae purifie. Car de la manière que nous soinmes tous faits, il n'est pas possible qu'il ne se rencontre mille choses dans la vie qui nous déplaisent, qui nous piquent , qui nous choquent, dont nous nous sentons rebutés , et qui nous porteroient naturellement aux révoltes et aux éclats. Si nous nous modérons et que nous prenions patience» dans un moment tout est étouffé, tout tombe, et l'on n'en parle plus» Mais si nous suivons le premier mouvement qui s'élève, et que la chaleur nous emporte, combien les suites en sont-elles fâcheuses, -et que n'en coùte-t-ii pas à la charité? De plus, c'est par la patience que notre charité «e purifie : comment cela? parceque dans les occasions où nous avons besoin de patience et oii nous la pratiqucms, il n'y a que la pure charité ]^ui nous retienne. Ce n'est point la nature, ce n'est point l'indination, ce n'est point le goût, mais la seule vue de Dieu, dont nous voulons garder le précepte, et le seul zèle de la charité que nous ne voulons pas détruire.
III. La charité est pleine de bonté. Elle est honnête , prévenante» complaisante , obligeante. Ce qu'elle a de plus merveilleux , c'est qu'elle rend tels des gens qui d'eux-mêmes sont des esprits rudes» aigres, sauvages, impraticables. D'où vient que, selon le monde mtene» U n y a point de personnes plus sociables, plus civiles, piusacoommodantes, autant qu'il est permis par la loi de Dieu , que les personnes vraiment dévotes et vertueuses: et si au contraire l'on en voit de cha-« grines, de farouches, d'inaccessibles, et, pour ainsi dire, de barbares dans toutes leurs manières, c'est à elles-mêmes, et non point à la dévotion, qu'il fout 8*en prendre. Car la vraie dévotion est charitable ; et ce que fait le monde par un esprit profane, la charité le fait par un esprit chrétien, qui est d'adoucir les mœurs et de les polir.
IV. La chanté n'est point jalouu. En voici la raison : c'est que la charité consiste daus une bonne volonté et dans une sincère affection pouç le prochain. Or, dès qu on est touché de cette affection sincère et qu'on a cette bonne volonté , on souhaite au prochain le bien qu'il n'a pas , et l'on n'a garde , par conséquent , de lui envier celui qu'il possède. Mais du reste, on peut dire et il est certain que la charité n'a pas d'ennemi plus puissant et plus à craindre que cette malheureuse jalousie qui nous infecte de son poison, et dont il n'y a que les esprits
fermes et les âmes droites qui sachent bien se défendre. Jaloasie des avantages d'auirui, des talents dautrui, des vertus d'aotrui, et des âoges qu'on lenr donne. C*est assez pour rompre des amitiés qui sembioient devoir durer jusqu'à lu roort« Deux hommes avoient entre eux la liaison la plus étroite ; mais que dans une même profession où la Providence les emploie, Tun vienne à l'emporter sur l'autre» que l'un réussisse et soit applaudi , tandis que Tautre demeure on arrière et qu'il n'en est fait nulle mention, cela suffit pour lesdiviser^et pour les ràluire à ne se pins connoitre : pourquoi? parceque la jaloasie s'empare du cœur de celui-ci* et qu elle lui inspire des sentiments a veclesquels une véritable union ne peut subsister. On ne peut comprendre combien de ravages cette passion si lâche et si honteuse a cauisës jusque dans les étals les plus saints et les plus consacrés à Dieu.
y. La charité nagii point mal à ffropos. G'est-à-diré qu'elle nous rend vigilants , circonspects, attentifs sur nous-mêmes et sur les antres : sur nous-mémesy pour prendre garde à tout ce que nous disons et à tout ce que nous faisons ; sur les autres, pour connoitre ce qui les offense et pour s'en abstenir. Et en effet , puisqu'il faut si peu de chose pour blesser la charité, et qu'une parole indiscrète, qu'une plaisanterie mal placée, qu'un ton de voix trop élevé est capable d'aigrir certaines personnes, avec quelle précaution ne devons-nous pas ménage leur foiblessé ? C'est une erreur de croire qa'ii:fi'y a que ce qui attaque la réputation qui puisse être contre la charité. Ce n'est pas une moindre erreur de penser que la charité ne soit violée, que lorsqu'on parle ou qu'on agit avec réflexion et de dessein prémédité. Ce sont souvent les indiscrétions, les imprudences, les légèretés qui excitent les plus grands troubles. Il est vrai, ce n'est point par malice que vous dites ceci ou cela ; les choses vous échappent avant que vous les ayez bien considérées, et sans que vous y entendiez aucun mal ; mais après tout, avec votre ingénuité prétendue, ou plutôt avec cette ingénuité trop précipitée et trop.aveugle, vous .fei tes sur ceux qui votis écoutent de très vives impressions , et vous leur portez des coups très douloureux. Votre inconsidération vous excuse-t-elle? non sans doute. Que n'avez- vous plus de retenue? que ,'ne réprimez- vous votre impétuosité? pourquoi vous donnez-vous une telle liberté de déclarer si aisément toutes vos pensées , et que ne mettezpvous un frein à votre langue pour la régler?
YL La charité ne i enfle potni. Tous ne sont pas dans les mêmes rangs, n'ont pas les mêmes prérogatives, ne vivent pas dans la même direction ni les mêmes honneurs : mais quiconqu^se trouve au-dessus des autres n'a pas droit pour cela de les mépriser, ni de les traiter avec hauteur. Ouy;ie que ces airs hautains et dédaigneux ne con^ viennent qu'à des^sprits vains et frivoles, rien neieur attire plus l'envie et ne leur suscite plus d'affaires. Qu'on voie dans l'élévation un homme sans faste , sans orgueil , en usant bien avec tout le monde - B. 5. 3
«« SUtl LA CtlARitÉ.
fet^n^ se laissant point éblouir de sa fortnne : on ne cherche point à Thùmiliei^, on ne forme point d'intrigncs contre lai, il ne se fait point d'entieftils, et chacun, au contraire, est disposé à se déclarer en sa &• ^enr. Mais si Ton y remarque de la fierté et de l'ostentation, et qu'on !tii v6iept*endre un ascendant impérieux, voilà ce qui engagea le butter eh toutes rencontres, à le chagriner, à le déchirer dans les conversatiolÀs, à renverser toutes ses entreprises , et à l'abaitt^e lui-même si l'on peut. Plus de charité à son égard, comme il témoigne n'en avoir à Vé^^Avd de personne.
VU. La charité n'est point ambitietise. Prétendre accorder ensemble la charité et Fambition, c'est une chimère, tin ambitieux veut toh* jours monter, il veut être plus considéré que les autres, avoir en tout la préférence, occuper partout les premières places; et voilà juslemeftt œ qui ruine la charité dans son cœur. Car il ne manque point de compétiteurs et de concurrents. De quel œil les regarde-t-ll , et de quel œil en est-il regardé? Ne sont-ce pas ces fatales concurrences qui entretiennent entre les familles des défiances , des haines, des inimitiés éternelles? Concurrences, non setdement entre maisons et maisons, nais entre particuliers et particuliers ; non seulement entre les grands, mais entre les petits; non seulement entre les séculiers, mais entre les religieux. 11 ne faut pas beaucoup d'expérience , soit du monde, soit de la vie r^igieuse, pour savoir quels désordres sont venus de la, et p<Hlr prévoir quels désordres dans la suite il en doit encore venir.
YIII. La chanté ne cherche point ses intérêts. Voilà de toutes les épreuves la plus sûre, pour démêler la vraie charité de celle qui n'en a qae l'apparence et que le nom. Car il n'en faut pas juger par les démonstrations extéri(fures, môme les plus vives et les plus empressées. On voit des personnes donner toutes les marques du plus parfait dévouement et d'dne charité sans réserve. A s'en tenir aux dehors, on ne peut rien , ee semble , ajouter à leur zèle , et l'on ne doute point qa^ils n'agissent dans les vues tes plus pures d'une affection toute chrétienne* Mais si Ton pouvoit pénétrer le fond de leur cœur, on se détromperoit bientôt , et l'on y apercevroit un intérêt caché qui les conduit. Aussi , que cet intérêt vienne à cesser , et qu'il ne se trouve plus dans cesservices qu'on rendoit , dans ces assiduités qu'on avoit , dans cette ardefur qu'on- témoignoit, c'est là que le mystère tout-à-coup se dévoile. Ces gens si serviaUes et si officieux ne vous connoissent plus , àce qu'il parott, et tournent ailleurs leurs soins, parcequ'ils y espèrent un meilleur compte. L'intérêt même est si subtil , que quelquefois on ne le remarque pus soi-même , et qu'on y est trompé comme les autfts ; mais ^occasion est, pour ainsi parler , la pierre de touche ; c'est elle qui découvre Tame , H qui en révèle tout le sil^ret^
IX. La charité ne s'emporte point. Elle peut reprendre , etïe peut corriger, elle peut, selon les besoins , s'expliquer avec force et avec fermée ; mais tout cela se fait ou se doit faire sans violence et sans
SURLAGHAftlTË. 0^
emporlefiietit. lUasion de dire : C'est pour le bien qne jéni'intëraÉe, et c'est ce qui m'anime; yofre intention est bonne, mais elle n'est pas assez mesurée ; et si vous n'y prenez garde, de ce bon principe sait an mauvais effet, qui est la passion. Car on a bean se flatter, il y à presque toujours de la passiop dans ce feu et cette chaleur qui roua agite, et dont tqus n'êtes plus inattre dès qu^une fois yons tous y abandonnez. La charité, lors même qu'elle est obligée de se montrer (dus sévère et d'user de rigueur, ne perd jamais une certaine onction qui tempère tontes choses, et qui en est comme l'assaisonnement. SI cette onctioti n'y est pas , la charité ne peut y être, ou n'y peut long» temps demeurer.*
X. La chanté ne ffense fomi de mai. Ëtlen'est point défiatite, poiiit sotrpçonneose.tCestdes soupçons et des défiances que naissent les jugements téméraires et les aversions ; et il n'y a guère d'esprits pitts dangerenl dans la société et le commerce de la vie, que ces imaginations fortéf et ombrageuses qui se tourmentent beaucoup eDes-mè^ mes, et qui ne tourmentent pas moins les autres. Un esprit de eétfè tretape envisige toujours tes cbosts par un mauvais o6té, et leli interprète toujours on i son propre désavantage, ou à celui du prochain. Ga ne sont commonément que des chimères et des fantômes qu'il se iffme; mais ces fentômes et ces chimères, c'est ce qui le prévient, oe quiTenvenitae, ce qui l'irrite, ce qui le nourrit dans les ressentiments les plus injustes et les plus mal fondés. Une ame bien faite, et surtout une ame ctirétienne et charitable, est au contraire disposée à prendH^è tout en bonne part. Ce n'est pst% qu'elle approuve le mal, mais elle ne le croit pas aisément. Elle se feroit même, et avec raison, une peine de coasdence et on scrupule d'écoiîter d'abord toutes les idées V]ui se présentent, et de lesg^ivre, avant que de s'être donné le tempi de les approfondir. Cependant elle se tient en paix, et elle aime mieut être trompée par une trop [grande facilité à bien juger, que de l'être par nue trop grande rigueur à condamner.
XL La eharité n'a pùtnt de joie de t injustice, mms elle en a deia vMté. Si je me réjouis du mal de mon prochain , si je suis bien aise qu'on fe Mâme , qu'on le mortifie , qu^on le persécute , qu'on se tourne coAtrè lui parcequ'il s'esf tourné contre moi , non seulement c'est une joie basse et indigne d'un cœur généreux , mais c'est une vengeance absolument incompatible avec cette loi d'amour qui nous impose une obligation rigoureuse de pardonner à nos ennemis et de les aimer: De mémç, si je n'ai pas une sainte joie de la justice qu on rend à mes frères, et que je leur dois rendre aussi bien que les autres; si je ne bédSs pas Dieu de leui* avancement , de leur progrès , du bien qu'ils font , du ct^dic qu ils acquièrent dans le public , c*est une preuve certaine qu'il y a peu de charité en moi , pour ne pas dire qu'il n'y en a point du tout ,'puisqu'il n'y a pas même de bonne foi , de droiture , ni déquité. ¥ M a^t-ii pliia asUeursï'et summioea den aaalearègiii» oii