‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 24 sur 225 · SUR L'HUMILITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

SUR L'HUMILITÉ DE LA FOI

troiiv0roDS<jBOiis de la charité parmiles hoaime8yetn*aurona*iious pas lieu de Dpus plaindre qu'il n'y en a presque nulle part?

XIL Enfin , l'Apôtre conclut par ces paroles: La charité endure toulf elle croit toulj elle espère tout, elle supporte tout, Qu elle supporte et qu'elle endure tout , c'est ce que fait ia patience , dont nous avons déjà .parlé. Mais comment croit-elle tout? Cela ne^se doit entendre que de ce qui est à Tavantage du prochain ; car pour le mal, ainsi que nous l'avons dit , elle est extrêmement réservée et difficile à se le persuader. Tout ce qui va donc a ia justification d'autrui , elle 1^ reçoit avec une prévention fevorable, et une certaine simph'cité, qui» sans être tout-à-fait aveugle , évite aussi de se rendre trop pointilleuse et trop pénétrante. Mais comme il y a néanmoins des sujets et des occasions où l'évidence des choses ne permet pas de les justifie» par ^ucun endroit» ce que fait du moins la charité, c'est d'espérer tout. Elle espère, par. exemple, que cet homme changera de conduite , qu'il reviendra de ses égarements , qu'il se comp#rtera mieux en d'autres rencontres ^ qu'il reconnoitra son erreur, qu'il se détrompera de -ses préjugés , qu'il reparla le passé, et qu'il en fiera une pleine satisfaction. Or cette espérance, dont on ne doit jamais se départir, est une raison de le cultiver, de l'épargner, d'avoir pour liii des égards : et voilà ce qui faisoit dire ^ saint Augustin que nous dS^ vous aimer les libertins mêmes et les impies, parcequ'ils peuvent devenir un jour des élus de Dieu et des Saints. Ayons la charité dans le cœur, et il ne sera point nécessaire de nous foqrnir de bons tours et de bonnes pensées, en faveur du prochain; nous les trouverons d'abord nous-mêmes.

. XI IL Notre charité ne sera pas sans récompense : et saint Paul lui*mêmenotts la promet, lorsqu'il ajoute que la parité n^doitjamais finir {i. Cor., 13.) Elle nous conduira au ciel, et nous l'y conserverons éternellement. Tous les autres dons cesseront , celui de prophétie , celui de science , celui des langues , celui des.miracles ; mais dans la félicit^ éternelle, bien loin que la charité soit détruite, elle n'y sera que plus abondante et que plus parfaite. Commençons dès ce monde à noi^s mettre dans l'heureux état où nous espérons être pendant toute l'éternité.

INSTRUCTION SUR l'humilité de la foi^

Comme je ne vous dissimule point mes sentiments, et que d'ailleurs vous me faites l'honneur de m'écouter et de bien prendre ce qut je vous dis, je ne vous cèlerai point que je vous trouve un peu trop portée à vous élever contre les décisions de l'Église, touchant des matières qui depuis long-temps ont été agitées avec toute la réflexion

< Cette liMtnitftaû rcgurde onc penonne peqtomniie an» dédttoni de rigUie.

SUR L'HUMILrrÉ DE LA FOI. i»

néoessaire» et sur lesqueUes le Saint-Sîége a prononcé. Vous en raisonnez, voDS en disputez? tous vous échauffez même quelquefois; et il vous paroit étrange que, pour couper court à des contestations qoi n'auroient point de fin , on se contante de vous répondre , en un nibt , qfi'il n'est plus temps d'eiaminer, maïs de se soumettre. Cependant cette réponse nVst pas moins solide ni moins vraie, (]u'elle'est tourte et décisive; et vous la goûteriez davantage si vous aviez ce que j'appelle rhumilîté de la foi. Avec cetie humilité de la foi, qfoe de raisonnements tomberoient tout-à-coup! que de dfflicuités &'évanouiroient! que ^ disputes cesseroient! Car, sans prétendre parler de vous en particulier, on a toujours remarqué que, dans ces sortes de divisions ao regard delà doctrine, il se méloic un orgueil secret qui servoît Infiniment à les entretenir. Je m'esiimerois heureux si je comribuois à vous préserver de cet écueil , et j'espère que ce qu'il m'est veau en pensée de vous écrire n'y sera pas intitile. Du moins vous fera-t^i voir la nécessité d'une foi humble : je veux dire que, sans une solide hamilité, il n'est pas possible de conserver, une foi bien pore.

I. Vous devez remarquer d'abord qu'il y a deux choses à considérer dans la foi : ce que nous croyons, et la manière dont nous le croyons: l'an est comme la matière de notre foi , et l'autre en est comme la forme. Or l'un et l'autre a une connexion essentielle avec l'humilité , et ne subsiste que sur le fondement de l'humilité. Car ce que nous croyons , c'est-à-dire les humiliations d'un Dieu et les maximes humiliantes de son Évangile , qui sont lés principaux objets de notre foi, pour être crues, demandent nécessairement de notre part une préparation de cœur et une pieuse afFection à l'humilité; et la manière dont nous les croyons n'est rien autre chose qu'un exercice continuel d'humilité. D'où je conclus que c'est donc particulièrement l'humilité qui entretient ce divin commerce qu'il y a entre Dieu et nous, par le moyen de la foi, lorsque Dieu nous parle et que nous croyons à sa parolai Vous pourrez mieux entendre ceci par l'éclaircissement que j'y vais donner. ^

II. Ce que nous croyons se réduit surtout à des mystères et à des maximes : or ces mystères et ces maximes ne sont la phofpart que des mystères et des maximes d'humilité. Un Dieu fait homme, et par-là un Dieu humilié jusqu'à l'anéantissement ; un Dieu incarné dans le sein d'une vierge, comme dans le sein de l'humilité; un Dieu né dans une étable et couché dans une crèche, comme dans le berceaa de Vhumilité ; un Dieu inconnu , méprisé sur la terre , et y vivant comme dans le séjour de l'humilité; un Dieu mourant sur la croix, comme sur le théâtre de l'humilité; un Dieu présent sur nos autels , mais caché sous de viles espèces , comme dans le sacrement de l'humilité : voilà les grands mystères que notre foi nous propose. De plus, un IKeu ne nous prêchant que l'humilité , ne promettant presque ses récompen$es qu'à Thumilité , n'agréant nos services et n'acceptant tous

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