SUR L'HUMILITÉ DE LA FOL
rent : on les y poarsiiit; mais à force de contester, de répliquer, de se défendre par toutes les subtilités et tous les subterfuges que l'esprit de mensonge leur suggère , ils viennent enfin à se persuader absolument qu'ils ont raison , que leurs adversaires n'ont rien de solide ni de convaincant ^ leur opposer, qu'ils ont bien su leur répondre, et qu'ils en ont remporté une entière victoire. On les renverseroit mille fois, on les^ccableroit de preuves , on leur mettroit devant les yeux les témoignages les plus irréprochables, que jamais leur orguâlne se rendroit. Dieu, de sa part, les abandonne à leur aveuglement et à leur endurcissement : ils y vivent et ils y meurent.
XY. En voilà, ce me semble , assez pour vous faire voir la nécessité d'une foi humble. Le grand moyen , et souvent même l'unique moyen, de réduire une infinité d'esprits , ce n'est pas d'entrer en dispute ni en raisonnement avec eux, mais ce seroit de leur inspirer plus d'humilité. Un degré d'humilité qu'on leur feroit acquérir seroit plus efficace que les plus longues et les plus savantes controverses. Quoi qu'il en soit^ tâchez de l'avoir cette humilité de la foi; et si vous Tavez, conservez-la bien; ne vous laissez poiut^urprendre à une tentation si ordinaire, de se figurer qu'il est du bel-esprit de parler des matières de la religion , et de faire voir qu'on en a plus de connoissance que le commun des chrétiens ; jugez-vou% vous-même , et demandez-vous de bonne foi à vous-même : Ai-je sujet de penser que je sois en état de donner là-dessus de' justes décisions; et où auroisje puisé les lumières pour cela nécessaires? ai-je bien approfondi les poibts sur lesquels je m'explique avec tant de chaleur? et dans le parti que je prends n'y a-t-il pas plus d'orgueil et de vanité , que de raison et de solidité?
XVI. Souffrez que je vous déclare toute ma pensée , et que je déplore un abus qui croit tous les jours , et qui se répand partout : c'est l'extrême liberté que chacun se donne , de discourir comme il lui plait sur tout ce qui a rapport à la foi. Si saint Paul, qui a pris soin de nous marquer les caractères de notre foi, en avoit parlé comme d'une foi subtile, d'une foi curieuse ; d'une foi savante, d'une foi de dispute et de contention, alors nous aurions de quoi bénir Dieu et de quoi nous féliciter, j)uisque jamais la foi des chrétiens n'eut toutes ces qualités plus avantageusement qu'elle ne les a dans notre siècle. Mais quand je viens à considérer que ce grand apôtre ne nous fait mention que d'une foi humble, d'une foi simple, d'une foi sans artifice, d*une foi qui n'a de raisonnement que fipuv apprendre à obéir, je tremble pour la foi d'une multitudeinfiniede personnes qui portent néanmoins le nom de fidèles, et qui se disent enéints de l'Église. Jamais peut-être n'y eut-il plus de raffinements ^ ni plus de contestations sur la foi , et jamais aussi n'y eut-il moins d'hiimililé dans la foi.
XVIL Me perdons pas l'a^ntage que nous*avons toujours eu jusques à présent sur les hérétiques; ils non» ont égadés ea tout le reste,
et qoelquefoU même en certaipes choses ils nous ont surpasses; ils ont eu réradiiion et la science , ils ont en la finesse et' la pénétration de l'esprit , ils ont eu la grâce et la politesse du langage, ils ont été dutrîAbles envers les paayres, sévères dans leur morale, et plusieurs ODt passé parmi eux pour des saints; mais ce qu'ils n'ont jamais eu , c'est l'humilité de la foi. A cet écueil , ils ont tous échoué ; à cette pierre de touche, on a distingué l'or pur du faux or ; avec toute leur soiencer ils se sont évanouis dans leurs pensées ; leur pénétration et leur finesse d'esprit n'a servi qu'à les rendre plus artificieux, qu'à leur fournir sans cesse.de nouvelles lueurs pour éblouir les âmes crédules, à qui ils imposoient; leur langage poli et affi^té n'a été que d^uisement, leur morale sévère qu'appareuce fastueuse, et leur sainteté qu'hypocrisie. Je tous renvoie à leurs histoires; lisez-les, et vous y trouverez de quoi vérifier tout ce que je dis.
XVIIL Voulez-vous donc un bon préservatif contre tout ce qui pourroit endommager votre foi? Soyez humble dans votre foi même. Non, mon Dieu, devez-vous dire, ce n'est point à moi de m'ingérer en tant de questions qui sont au-dessus de moi. foi Moïse et ks prophètes (Luc, 16); c'est-à-dire, Seigneur, que j'ai votre Église pour me conduire, et qu'elle me suffit. Je sais oiielle est, cette Eglise; je sais par quelle succession , depuis saint Pierre , ou plutôt depuis J&ns-Cbrist, elle, s'est perpétuée jusqu'à nous; je sais où nos pères l'ont reconnue, où ils l'ont consulta, comment elle leur a parlé , et avec quel respect et quelle obéissance ils l'ont écoutée : je m'en tiens là, et c'est assez pour moi. Quel repos inleneur et quelle paix de Famé ne se procure-t-on point par une telle soumission? c'est même alors que Dieu , content de nous voir soumis et dociles , nous découvre plus clairement ses vérités. Quoi qu'il en soit , je me souviens de l'avis que donnoit saint Jérôme à une vierge dont il éiCHt le père en Jésus-Christ et le directeur. Pensez-y vous-même, et souvenez- vou^ en , pour en foire l'application que vous croirez convenir. Voici les paroles de ce saint docteur, par lesquelles je finis : Attachex^vousàla foi du saint pape Innocent, qui , dans la chaire apostolique, est lesuc'eesseur du bienheureux Anastase; et quelque spirituelle ^ quelque inteU Ugente que vous puissie» être , regarde» toute autre doctrine comme une doctrine étrangère^ et rejetez-la (Hieron.). ^
INSTRUqiriON
I. L'affaire du salut est d'une telle conséquence , qu'elle mérite toutes VOS réflexions ; et la sagesse chrétienne consiste à bien conduire cette grande affaire , à ne la risquer jamais volontairement , pour quoi que ce soit, ni en quoique ce soit; à juger de toutes les autres
* Cette instnicllonilSv^ un l|onui|e4niiioii4ecmi4^^ ^
78 SOH LA PHUDËRCE bO SÀLUt.
affiûrés, à les mesdrer et à les régler aèiloii le rapport qu'elles ont avec celle-ci : à ne négliger enfin aucun moyen de la faire réussir ; mais à y employer toujours, autant qu'il est possible, les plus propr^, les plus assurés, les plus efficaces. Voilà ce que J'appelle la prudence du salut ; et si cette expression n'est pas tout-à-fait juste, ce que je veux vous faire entendre n*en est ni moins vrai, ni moins important. Car je prétends vous faire ici reconnoître et déplorer votre aveuglement, et celui de tant d'autres qui , comme vous, ne vérifient que trop, par leur conduite, ce que le Fils de Dieu nous dit dans Tévangile de cette semaine, savoir : Que Ut enfants du $iècle sont plus sages à (égard deieurs affaires temporelles, que ne le sont Us enfants de /ttmtère à l'égard de leur salut éternel \
II. N'est-ce pas ce que la plupart des chrétiens bntâ se reprocher? Mais ce qui doit encore bien plus vous confondre devant Dieu , c'^t que, vous comparant avec vous-même ; vous trouverez que vous avez en effet été jusqu'à ce jour mille fois plus habile , mille fois plus circonspect, mille fois plus prudent sur ce qui concernoit les affaires du monde , où vous envisagiez un intérêt périssable et tout humain » que vous ne l'avez été sur ce qui regardoit l'intérêt de votre ame et de votre éternité , qui de tous les intérêts est néanmoins pour vous le plus essentiel. Disons mieux r le sujet de votre confusion, c*est qu'ayant eu jusqu'à présent delà sagesse pour les affoircs du monde, où vous avez presque toujours réussi, cette sagesse ne vous a manqué que dans l'afiaire du salut. De sorte (pardonnez la liberté avec la* quelle je vous parle : vous savez quel zèle m^anime, et je sais comment vous me faites Thonneur de recevoir tout ce qui vient de ma part); de sorte que vous pourriez dire de vous que voiis êtes tout à la fois ^t un sage mondain, et un insensé.chrétien. Comment vous justifierez* vous auprès du Seigneur sur une si énorme contrariété; et quand Bi<âu, voua opposant à vous-même , vous demandera compte de votre vie, qu'aurez -vous à lut répondre?
III. Il me semble que je vous traite encore trop doucement, et que n'ayant (loint eu la prudence du sâlut , je devrois conclure que vous avez été absolument dépourvu de toute prudence , puisque , sans la prudence du salut, il n'y n point proprement de vraie prudence. C'est un langage qui n'est i|ue trop ordinaire, et que la corruption du siècle a rendu commun , quand on voit un homme qui s'avance dans le monde et qui conduit heureusement à bout toutes ses entreprises , mais qui du reste vit dans une négligence eniicredes devoirs du christianisme , et semble avoir abandonné l'affaire de son salut, de dire de lui, quoiqu'en plaignant son sort : Il est vrai, cet homme a de l'esprit , il a d'excellentes qualités; mais il n'a point de piété. Il est judicieux, éclairé , plein de bon sens ; mais , pour tout ce qui regarde les choses de Dieu, il y est insensible. Hors ce seul point, c'est un Ifomme
* ÉTahsfle Ûa htthlèmé dimandie ipths la PcDtecdte. Z«c, f$. ^
d'nàè fMAnilCè tonsoijililéèi c*ëèt de tboté »i compaghie là meilleure ttte, c'est uâ ^àfie rare. TdlÀ 'Cbrhthent on parle , oomment on en juge; éi Inoi je prëiëfiâs qiië de barlef dinii, t'feÀt abuser das termes, et que d'en ja^et dé M !$tM*tè , c ë^ pécher cotttre les premiers |)riacipés dé h TtSrtllIbie ^geâsé. }e prétends que du moment qu'un homme» dil-ëiiel) d'àfflèui^ tomdië vôHs l'ëteâ » et cortimè vous faites profession de Tétre , a qttttê tè min Ae soù sàlut , dès-là il h'a plak , à le bien prendre, ifi Cblidillte, tii tilgèmëilt « ni force d'esprit , ni conseil. Totla deâ éiIftéiisicltt bieà fortes; maià, avec un peu de rëfiexion, TOQ& en tetrez d'abbrd la <%rité.
IV. En efht , y a-t-11 di;^ seits et de la conduite à f ecônnoltre , eh qualité de cbrëtieH , nf) bdtihenf éternel , qui est le salut ; hh bonheur pouf lequel tôttS ài^ êtéttêë^ et4aéDièu vous a marqué condme tôtre fin dernière ; un boïïheof* litï-de^sus de tout autre bien ima{({nâble , où qaî siettl èSt le âônvef ^in bleu et fassemblage de tous lès lieùÈ ; f k'î'îlj dh-|è, lé tttlAhdté i-àyôti dé sagesse et dé prudence k ttoite par h( fol ce rtf^atifaiè eélé$te m bieù vous appelle, et cette infinie béatitude (}n'f! vtfus promet , et à ne FenVisàger jamais en tout ce que vous fahes , h he pteûdtè ancufaes inësuies pour vous Ta^urêr, k Tivre tranquilletùèiit et babittièllemént dans un danger prochain df'efa être exclu ^sa^ rë^odMïèt Qtfest-ceqùe fa prudence, selon tous les itisHites de la morale f fc'esT rcffd^e do& moyens à la nn : c'est-à-dirê que la pi'tldé^cè coûdste à ùôus prdpOÀ'ef* une fin dfgne de nous, et à chercher ensuite les moyèûft lès plus propres pour y parvenir. Or ▼ous ne faites rien dé cela dans tk vie que voiis rnëaez , et dans le profond oubli de tdtrè bAûi , ô'ù vous avez déjà passé la plus grande partie de voâ alinë^. Tous agissez donè au hasard ; et agir ainsi e%t-ce être sage ?
V. Tobâ me diluez que daùS toutes voâ démarches èi dans tous les soins qui vous oecupent, vous avez une fin : que c'est, par exemple, de vous eiiricliir, (juè c'è^t de vôos élever et de vous agrandir, que c*est d*étabtir dans le motidè Vôtre fôf^tune, votre réputation , votre nom. Hais prenez gardé , je n'âî pas dit seulemetit que la pr ùdence con^îstoit à noife prt>pôser Me 6ti : J'ai ajouté, une un digne de nous , une 60 qtti Aotts convièlïne , une nn qui puisse élrë notre fin , et qui doive l'être. O^ dé devenir riche , de devenir grahd , de vous distingue.dans !è AïOndè , Ce 6e p^ût èt^è li votre 6n , èl ce ne doit poiût l'ôfre, puisqu il y en a utie àùtrè pTilà ôôbTe , Quoique pins éloignée, où vous êtes destiné. Que jîfîèz-vôns d*ù*n pthicé qui , par le droit de sa naissance , pourrait aspirel- h h f^Tus belle cèui onne , et qui , sans se mettre èo peine de Tacquérir, feotùèfoît toutes siès prétentions à posséder un petft coin dé terre, et ^ è^nsùrnerbit po»ur cela de Veilles et de tratkixtt (îrioî(|tieâiùicè^ Ifàvaut et dans tous les mouvements qu'il se Sonnèroit, il eftt Uist fiti , Hùi seroit la posses^ôn de ce misérable domaine; et quoique par sa vigilance et son adressé il arrivât à cette fin et
se procurât FavaDiage qu'il souhaitoit , le compteriez-vons pour un homine sage? loueriez- vous son habileté et son savoir-faire, et ne traiteriez-YOus pas au contraire ses frivoles desseins et ses prétendus succès 9 de folies et d'extravagances? Appliquez cette figure à un chrétien qui , dans tout ce qu'il entreprend et dans tout ce qu'il exécute, n'a en vue que la vie présente, sans penser à son salut : vous trouverez que le parallèle n'est que trop juste.
VL Ce n'est pas qu'il vous soit précisément défendu, ni qu'il soit absolument contre la prudence , d'avoir pour fin les biens présents, de veiller à vos affaires temporelles , de travailler à vous établir dans ie monde , à vous y maintenir, et même à vous y avancer, autant qu'il vous peut être convenable selon votre ifaissance et votre condition ; d'avoir en vue l'honneur de votre maison , la prospérité de votre famille , la fortune de vos enfants , l'exécution de vos projets. Tout cela n'a rien de soi-même qui soit contraire à la véritable sagesse, pourvu que vous fassiez bien la différence de deux sortes de fins, et que vous mettiez entre l'une et l'autre toute la subordination requise. Il y a une fin prochaine et particulière, et il y a une fin dernière et générale. La fin prochaine et particulière, c'est, si vous voulez, le gain de ce procès , Tacquisition de cette terre , Tentretien de cet héritage , le bon emploi de cet argent , tel dessein à bien conduire , telle place à obtenir, tel mariage à ménager, tel profit à faire , en un mot , tout ce qu'on se propose par rapport à cette vie , et tout ce qui en partage les divers exercices. Mais la fin dernière et générale, c'est une autre vie que celle-ci, une ,vie éternelle : c'est le salut. Voilà ce que vous devez regarder et ce que vous regardez comme un point essentiel de votre religion. Or n'est-il pas visible et incontestable que la fin dernière et générale doit l'emporter sur toutes les fins prochaines et particulières, et même que toutes ces fins particulières et prochaines ne doivent être considérées que comme des moyens d'atteindre à la fin générale, qui est la fin dernière ? La raison est que toutes les fins particulières n'ont qu'un temps, et même bien court, et qu'elles ne sont que passagères ; au lieu que la fin dernière est le terme qui ne passe point, et après lequel il n'y a plus rien à prétendre ni à désirer. D'où vous devez tirer cette grande règle dans le soin des affaires humaines , d'y foire toujours présider la prudence du salut , c'est-à-dire d'y faire toujours entrer cette prudence du salut, pour y examiner deux points d'une extrême importance : premièrement, s'il n'y a rien dans ces affaires humaines , et dans la manière dont vous y agissez , qui soit contraire au salut ; secondement , en quoi et comment ces affaires humaines peuvent même servir au salut , et y être rapportées. En user autreipent, c'est renverser l'ordre qu'il doit y avoir entre la fin prochaine et la fin dernière , entre la fin particulière et la fin générale : par conséquent , c'est pécher contre la sagesse , et en détruire le principe fondamental.
Vn^ Domioiis à eeci quelqne échircissemeat , et apt^iquez-Toas » je fous prie, k lebien comprendre. Tout y est d'une eonsëqnence infinie. Je pose pobr première maxime de la prudaice du salut, de la foire entrer {xa^tout, mais partieulièremenr dans toutes les affairés liuniaines, pour prenchre garde à ne riejd entreprendre , à ne rien redherdier, à ne >FOus engager dans rien qui puisse être nuisible air salm. iPentélre seres^FOtts Surpris de la distinction que je fais, et j|ue je tous porte à consulter la pruidence du sahit, et à l'appeler surtout dans les aflEiires humaines , comme si elle y ëtoit plus nétessaire que dans les autres. Elle y est en effet d*uhe plus grande nécessité, et la preuve en est évidente. C'est que -dans les aflUres' humaines il y a, à l'^rd de la fin denûère et du sidqt , betfuoopp plus de dangers à craindré^et h éviter. Pour les aflÎHres spirituelles , pour la prière., Failmône , les œuvres de charité et de péoiteace , pour toutes les dévotions et toutes le^pratique\chréciennes, quoiqu'on ait 'besoin deconsétl, le4)esoin UHitefois est moins pressant. Comme ce août des œuirres saintes d^elles'* mêmes , il y a moins de risque à courir, et par-là moins de précauticm à y apporter. Mais où le salut est plus exposé , et où il se trouve des écueik sans tiombre par rapport à la conscience* et à l'éternité , c'est dans les afifiadres du monde , dans les sociétés An monde , dans les engagements du. monde , dans les traités , les commerces, les emplois , les ministères du monde. C'est donc là même aussi tju'on doit plus avoir recours à la prudence du salut : de sorte que.plus les afiaires sont humailles , pins cette prudence y est nécessaire ; parcequé plus les affiiires sont humaines, plys elles participent à la corruption Hà monde, plus elles tiennent de cet esprit du monde, qui est opposé à l'esprit de IMen, plus elles sont sujettes atix désordres dit* monde, et qu'elles y conduisent plus d^^éctement. Désordres dont il n'est pas possible de se préserver, sans un guide qui nous dirige et qui nôliS montre lei voies où nous pouvons marcher avec sissurance i et oelies d*ott nous devons nous éloigner. Or oe guide, c'est U prudence dti'Salm..
VIII. A parler en général, de quelque nature que soient les afiftires, cette prudence du salut y doit toiijours être écoutée et mise en usage. Car il est constant, quelles* que soient les affaires où nous nous employons, qu'il n'y en a aucune oit nous ne devions agir en ehrétîemr, c'est-à'<lire en hommes qui croient un salut éternel , où ils doivent aspirer sans cesse, et qu'il ne leur est jamsifs permis de hasarder pour quelque cbqse que ce soil , let en quekpie état el^ quelque omditioD qu'ik pûksent ^Cte. De là vous voyez aisément qu'il n'y a donc point d'étft ni de condition, et en chaque état et* chaque condition point d'occupations ni flaires où la prudence évangélique, qui n'est autre que la prudeitf^ salut; ne doive avoir lieu, pour régler toutes nos pensées, toutes nos vues, tons nos sentiments, toutes nos paroles, toutes nos àetions, et pour n'y laisser rien glisser qui soit capable de pr^udiciec le moins du monde à l'affoire du salut. Aussi cette qualité de B. 5. «
^ sya u PAUDSNcii; un salut.
clirëtieq» doa( nous «onwf» r«v^li(9) ii'est pcNOi linUëe: mw^ comme elle tsn rendue daq» tpiis les éiw» elle doit Tétre dans toutes ms foncUoQs* Un jug^ d(ût juger en cbrëtien , un mamban^ dmt négocia en chrëiiep^Htt artisan doit tray^Hler en ^sbrétien.'Ainii des autres profie^cmsn depuis les plus relevées ^ les plus disiingq^, jnsqu'anx pins tiliof fil amx plqs obscures, teilement qne ce ne sont point deux choses qu'on soit en pouvoir de séparer» lecbirëtien d'avecleÉégociant, le cbréûen d'avec l'ouvrier et Partisan, le chréti^ même d'avec ToFficier d^ gu^Ef t le cbréiiett d'avec le prince et Iç monarque ; parcequé tQut cela et tout nutre étaU si j'ose m'exprimer de la sorte» doit Are christianisé daii9 nos personnes. Qiiand donc l'un exeree sa charge» que I>atre s'aoquiue de sq oôniinistion ; qnànd Tnn vend ou achâe» que l'autre s'applique a sonouvrage ; quand l'ofifider sert son prince dana 1^ métier deff armes» ou que le prince sur le trdne gouverne ses siyets;«djsona absolomeiit en tûut et quoi <|u'on ait à iîqre, ce n'est pomt asscei 4^ mettre en. œuvre cette (^rudenee humaine dont nous ppuYOps être pourvus» ni de suivrç ce bon sens naturel que Bien peut nous avoir donné» ni de se conformer aux lois et aux cootnmes du mcnde, ni de s'apimyer de l'autorité et des avis d'un ami » d'un parent, d'une famille ; m de s'adresser auxmaitres de l'art et aux gens les plus versés dans les affaires du siède; ni précisément de se conduire» coqune.on parlo» en homme de prçbité et d'honnenr : autant ea feroit un païen» et tout^ ces règles ne s'accordent pas tonjoiirs avec le christianisme ni avec le salut; Notre raison se laina prévenir de mille faux principes et de mille erreurs ; les maximes dij monde et ses^ coutumes sont souvent très corrorapues; des «nis» de$ paraits s'ave»* glent surnoa intéréts;'et la complaisance» en bien des rencontres^ ta chair et lidsang» les engagent à nous flatter ; lés maîtres de l'art et les plus habiles imi le maniement dsftaffiiûres du siècle» ne considèrent point le& choses» et ne Ws décident point» par nqpport à lu consdience ; cet honneur, œtie probité fqpndaine dont on se pique est coasmiiné^ ment plus spécieuse que réelle ; et n'étant fondée quesnr les sentiments de la nature» il y a une infinité de sujets qù elle ne convient guère avec rÉv^DgUe. Le seide prudence de-la foi» cette prudence suraaturelle et divine» peu^nous fourniic des lumières pures» qui nous découvrent les routes dii salut et les égarements dont nous avons à nous garantir.
IX. Que fait cette prudêbce supérieure et toute céleste? eUe nous net à ktr main ta batanee du sanauatre» ou plutôt eUe attache contimieUeraent nos regards sur ta loi de Dieu » et ne nontf laisse rien conclureqiie nous ne noassoyoosauparavant demandéànous*mémes : liais ceta so piBut^il selon ta religion que je professe? m|iis cela est-il dans l'ordre de ta charité? mais n*y a-t-U point ta de migeànce» de uiauv^i$e foi» d'injustice? Le conseiUeroîs-je irun antre; ou si quelque autre se comporloit de même envers moi» le tronverois-jrbon? n'au* rai-je point de peine à ta mort de l'avoir fait? Si dans^ un moment U
SVti LA PRUÎ)ËNCK DU SALUT. 85
Wtbît pa^Oitré att Jugement de Dieu , fc voudroîs-je faire; et en te fiii- RSlnt, ne cHândrois-je point pour mon' salut? Ces demandes ei ces rëfletiODS salutaires rions ouvrent les yeux, et nous font apercevoir bien des précipices où nous allions nous jeter en aveugles, et où nous étions snr te point de tomber. Car la prudence du salut nous répond sor tons ces artictes, çt nous donne de sAres et de justes décisions.
X. SoufFrez que je me serve îcid^one compar^son, ou que je vous fasse part d*une pensée dé saint Gbrysostome, que vous trot^verez comme moi très solide et très judicieuse. Voyez, dit-il, ce qui se (Misse dans les diètes générales et dans les assemblées des états. Aussitôt (Qu'elles sont convoquées, les princes voisins y envoient des ambassadeurs ; les princes, même les plus éloignés, et ceux qui semblent devoir moins s'y interner, y ont des agents et des députés qu'ils chargent de leurs négociations; et du soin de les avertir de tontes les résolutions qui sy prennent. Et, quoique la diète se tienne souvent pour toute autre fin que pour ce qni les concerne, ils ne manquent pas toutefois d*y^ntre(enir leurs inteTIigences , parcequ'il peut arriver que, dans, le cours des délibérarions, il naisse quelque incident qui les regarde, et 011 leur intérêt soit mêlé. Yoilà justement ce que Dieu fait à noirq^ égard. C'est un grand n^onarque, lequel a partout désintérêts à ttaiatenir. Dans toutes les affaires du monde qui se traitent, cesinlérets de Dieu sont en péril. II y peut recevoir du dommage, et il v en reçoit tous les jours; son honneur peut y être engagé, on y peut donner atteinte à ses commandements; et c'est pour cela, reprend saint Chrysostome, qii*il veut avoir dans chacun de nous comme un agent el un solliciteur, qui ménage ses droits et qui les défende. Mais qu'estce que cet agent? c'est la conscience, c'est le don d'entendement et de couseH pour discerner le bien et le mal, c'est la prudence du saliit. Oui, c'est elle qui, de Ja part de Dieu et au nom de Dieu , intervient à tout ce que nous nous proposons et à tout ce que nous délibérons, pour le raiifier ou pour s'y opposer, autant qu'il y va de là cause de Dieu et du salut de notre ame. C'est elle qui nous crie' intérieurement, et sur mille points que le monde approuve; Non licet (Jïatth., ^4): Ne le fiiis pas. Dieu le condamne : c'est ambition, c'est avarice, c'est envie, c'est anîmosité, c'est déguisement et supercherie, c'est une molle et criminelle mensualité. Dès que tu lé feras, j'en appelle contre toi , et je te cite au tribunal du mahre tout puissant, qui s'en tient offensé. Je tele déclare, et je t'annonce par avance les suites malheureuses du pédié que tu commettras, qui sont la perte de ton salut et une réprobation étemelle. Yoilù comment elle nous parle dans le secret du cœur ; d'autant plus à croire qu'elle est plus fidèle, et qu'elle ne tend qu'à notre souverain bien.
XI. Tout ceci doit vous détromper de deux grandes erreurs qui régnent dans la plupaH des esprits, et qu'il est bon de vous découvrîrp(tttr votre instruction. L'une est de certaines personnes accommodantes
84 SUR LA PllUDEMGE DU SALUT.
qui font une espèce de partafje dans la vie des hommes» et s'imaginent avoir par-là trouvé l'art de conciUer toutes choses; qui , dans les affaires de Dieu et du salut » disent qu'il fout agir selon les maximes du salut et de la sagesse de Dieu ; mais que dans les afCûres du monde i 1 n'y a point d'autres règles à prendre que les maximes et les prmcipes du monde. Erreur également injurieuse au domaine de Dieu, et pernicieuse au salut de l'homme. Toutes les affaires de Dieu et du salut ne sont pas les affoires du monde, mais toutes les affiaires du monde sont les affaires du salut et les affaires de Dieu ; et puisqu'elles sont toutes les affaires de Dieu et les attires dii salut, je suis obligé dé les ordonner toutes selon la prudence du salut et selon les vues de Dieu. Dire le contraire, ce ne seroit pas moins qu'une impiété, £t pourquoi voudrions-nous que la prudence du salut n'entrât point dans les aflalres du monde, puisque nous voulons bien que la prudence du monde entre dans les affiaires de Dieu et du salut? On veut qu'un homme, qu'une femme pratiquent la vertu d'une manière conforme à leur état dans le monde ; on veut que dans leur déviation ils aient égard aux engagements, aux devoirs, aux bienséances du monde, et qu'ils règlent ainsi letir piélé selon upê certaine sagesse du iponde. On le veut, et en cela l'on n'est pas tout-à-fait injuste, pourvu qu'on ue passe point les bornes : pais ne seroit-il pas étrange qu'end même temps on ne voulût pas admettre la prudence du salut dans la c&rduiie et le règlement des affaires du monde? L^extréme difficulté est de savoir bien allier ensemble ces deux prt:(dences, celle du salut et celle du monde. Un homme du siècle a besoin tout à la fois de Tune et de l'autre, étant obligé, par sa conditîoir, de vîVre dans le commerce du monde, et ayant d'ailleurs^ comme chrétien, une reUgion selon laquelle il doit être jugé de Dieu. La prudence du 'monde lui est nécessaire pour accomplir une infinité d'obligatiAns oii le monde l'assujettit ; et la prudence du salut lui est encore plus nécessaire {)our être en état de rendre compte à Dieu de la mam'ère dont il s'en sera acquitté. La peine, encore une fois, est de les unir toutes deux et de les biea assortir, de les tenir dans un juste tempérament, de ne les point confondre dans leur action , et d'observer, dans l'usage qu'on en £ait , tout ce que demande la différence de leur jiature, de leur objet et.de leur fin. C'est à quoi les Saints se sont appliqués $ans reUche, et ce qui leur faisoit chaque jour redoubler leur vigilance et leur attention sur eux-mêmes.
XII. L'autre erreur qui suit de la première consiste dans la fausse opinion de bien des gens, lesquels trouvent mauvais que les ministres établis de Dieu dans l'Église, pour être juges des consciences et directeurs du salut des âmes, prennent connoissance de plusieurs affaires qui ont rapport au monde et qui sont des affaires du monde. PourquQi, dit-on, s'ingèrent-ils en de telles recherches, et que n'en demeurent-ils à ce qui est de leyr ressort? Mais moi, je prétends qu'il
SUR LA PRUDENCE DU SALUT. 8i
n*y a aiicune affiimre da monde qui ne se réduise au tribunal des ministreç dé Jésus-Christ , paroeqn'il n*y en*a aucune qui ne puisse avoir quelone liaison avec la conscience et le saint; Un mari s'offense de ce que rëtat de sa maison et de sa lamille est connu d'un homme étranger» qu'une femme vertueuse à choisi pour son conducteur dans les voies de Dieu 9 et à qui elle confie ce qui se passe dans son domestique, afin d'apprendre comment elle doit s'y gouverner, et y mettre son saint à couvert. Quel sujet y a-t-il de s'en ofFenser? Cet homme, tout étranger qu'il est, n'est-il pas le lieutenant de Jésus-Christ? n'est-ce pas en cette qualité quH juge, et par conséquent qu'il a droit de connottre de tout? Il doit être sage, mais souvent une partie de sa sag^esse est d'entrer dans la discussion de ce qu'il y a déplus intérieor et de plus particulier dans un ménage. Il le doit faire avec discrétion ; niais enfin il le doit faire. S'il le bit en homme, je veux dire par nneindigoe curiosité, il sera lui-môme jugé de Dieu ; mais s'il ne le ftirpoint du tout, il trahira son mim'stère. Et à quoi'seiermioeroit donc ie sacrement de la pénitence? Pourquoi les lèvres du prêtre seroîent-elles appelées dans l'Écriture le trésor public et le dépôt de la science du salut , s'il n'étoit permis de le consulter sur toutes sortes d'affaires, dès qu'elles peuvent bu nuire au salut, ou y .contribuer? Hais un directeur, dites-vous, un confesseur ne se doit mêler que de ce qui appartient à la direction et à la confession. Cela est vrai; mais quiÂles sont les matières les plus ordinaires de là confession potir les perM>nnes du monde, sinon les afRaires du monde? D'où naissent les doutes, les scrupules, les peines de conscience, dans une femme qui craint Dieu et qui veut se sauver? n'est-ce pas de tout ce qui compose sa vie la plus commune? Si le directeur doit ignorer tout cela, quels renseignementS'pourra-t-il lui donner? comment pdnrra-t-il lui marquer ee qu'elle peut et ce qu'elle ne peut pas, ce qu'elle doit et co qu'elle ne doit pas ? Si nons avions deux âmes, comme le pensoien t certains hérétiques, l'une pour les choses du monde et l'antre pour les choses de Dieu, et qu'il n'y eût que celle-ci qui Fûtpeccable, alors, je Tavoue, les choses du monde nedevroient plus être soumises, ni à la confession , ni à la direction ; mais n'ayant qu'une même ame, et pour le monde et pour Bien , il est nécessaire que celui qui préside à sa conduite et à son jugement soit informé de tout ce qu'elle est selon l'un et l'aatre, parcequ'élle peut pécher selon l'un et l'antre, et se damner. J'insiste sur o» point, dans la vue de vous inspirer une pensée bien utile pour vous, et que je^vondrois que vous missiez en pratique. Ce seroit, dans la muhitddé d'aflaires toutes mondaines dont vous êtes ehargé et qui se multiplient tous les jonrs, que vous eussiez quelque homme de Dieu , pour en conférer avec loi et pour les examiner en«semUe, non point par rappor t-à la politique du srëde, où vous n'êt^ que trop expérimenté/ mais par rapport à Dieu , à la conscience, au salut. Car toutes les mesures que vous prenez pour iheureux succès de vos
desseins, peuvent être admirablement bî6n concertées selon le monde, et très mal selon Dieu. Et je vous confesserai ingénument que j^ai mille fois entendu vanter des actions de gens du monde et des trait» de sagesse qui me faisoient pitié, et si je Tose dire, horreur, quftid je venois à en pénétrer le fond et à en démêler les ressorts, parceque je n'y voyois ni bonne foi , ni droiture, ni équité, ni humanité, ni crainte de Dieu , ni religion. Je voudrois donc, encore une fois, que vous suivissiez le conseil que je prends la liberté de vous donûer, et que vous fissiez choix de quelqu'un qui raispnnût avec vous sur quantité d'arti* clés où Hunocenoe de l'ame peut être blessée, et qui, sans être ni trop lAche, ni trop sévère, vous en declarût ses sentin^nts. Éprpuvez-lei cet homme de confiance, connoissez-Ie par' vous-même, faites-en le discernement entre mille ; mais dès que Dieu vous l'aura adressé, et que vous vous y serez arrêté, ouvrez-lui votre cœur, soumettez à son esamen toutes vos entreprises et toutes vos démarches, propo^ez4ui vos nMSooSt écoutez les siennes, pesez tout dans une juste l)ahince, et no vous obstinez point .contre la vérité, du moment qu'il vous la fora apercevoir. En matière de salut , c'est une souveraine prudence de ne se point appuyer sur sa propre prudence.
XUL La prudence du salut n'est pas encore toute renfermée dtons cette premi&re règle de la faire entrer partout, pour voir s'il n'y a rien qui soit opposé au salut ; mais une seconde maxime égaleopient importante est de l'employer dans toutes vos affaires, et en particulier dans toutes les affaires humaines, pour les rendre même utiles au salut et profitables devant Dieu. Car ce qui doit être pour vous d'une grande consolation, et ce que vous ne pouvez trop vous imprimer dans l'esprit comme un principe fondamental dç voire conduite, c'est que les affaires les plus humaines en elles-mêmea peuvent être sanctifiées, et vous profiter pour Ip salùt, autant que vous aurez soin de les y rapporter. Mais vous me demandez quel rapport elles peuvent avoir avec le salut. Vous concevez assez que des œuvres de piété, jtelles que sont Toraison , la confession , la communion , les exercices de mortification, sont des œuvres salutaires, parcequ'ellea ont immédiatement Dieu pour objet , et qu'elles tendent vers lui directement ; maia il vous semble qu'au regard du salut , toutes les affaires du monde sont tout au plus des soins indifférents, et que c est beaucoup si elles ne vous détournent pas de votre fin dernière, bien loin d'être capables de vous en approcher et de vous y élever. Yoili l'itlusion dont se laissent ordinairement prévenir les chrétiens du siècle, et en quoi ils as trompent* Si vous êtes dans la même erreur, je pais vois en fen*e ai* sémenl revenir. Il y a différentes vocations ; et toutes les vocations, m ce sont de vraies vocatioas, sont vocations de Dieu , puisque c'est à fait de nous phu^er tous comme il lui plaît , et n'arranger tontes choses se* Ion son gré dans la société des hommes. Dieu veut que nous travail* lions tous^ et que nous agtssites, mais les uns d'une feçen et les aa«
SUft LA PRUDBNCË DU SALtJT. Wt
très d'iiM ftutf e ; oettx4à dans le aumde » ceui-ci dans Pétât ecdésMÉSlique» et plosiears dftos la profession retigievse. Cela posë^ les af* faites humaines» et mime les plus humaines» sont donc de l'ordre de Dieu peur cens qu'il y a destines; étant de l'ordre de Dieu , elles sont donc de la volonté de Dieu; étant de là volonté de Dien, elles sont donc agréables à Dieu , en tant qu'elles Sont dépendantes de cette divine volonté, et qu'elles y sont unies par la pureté de notre intention ; enfin, étant agré;ibles à Dieu , elle^ sont donc méritoires devant Dieu» elles sont donc dignes des récempeilsesde Dieu » elles sont donc saintes alors, puisque Dieu n'agrée ni ne récompense dans l'éternité que ce qui est saint. Ainsi vous comprenez comment vous pouvez les référer à Dieu, en y reconnoissant la volonté de Dieu , et vous y appliquant par ce niotif et en cette vue.
iLiV. €e n'est pas tout. Di|ns le soin des affures humaines , cornbien y aH-il de fiitjgues k essuyer ? combien de chagrins à dévorer ? combien d'incidents fâcheux et de contre-temps , combien de traverses i supporter? En combien de rencontres faut-il se ftire violence» se gêner , se snrmpnter , prendre sur soi? Tel, dans un ministère tout profane en apparence*, a néanmoins mille fois plus d'occasions de pratiquer la patience, la douceur , la modération , la charité , la soumission aux ordres du ciel , la mortification de ses désirs et la mortificadon même de ses sens, que n*en ont les religieux les plus austères. Ce n'est point là un paradoxe, et peut-être n'étes-vous que trop mstmit par vous-même de ce que je dis : or tout cela', ce sont des moyens de salut que vous avez dans les mains , et que vous fournissent les affaires dont vous êtes occupé ; car ion t, cela dirigé , purifié , relevé par un motif surnaturel et chréûen , peut être , au jugement de IKeu, d'un très grand prix. Combien d'autres , par la même voiç , non seulement se sont sauvés , mais sont parvenus à la^plus sublime sainteté ?
XV. Toilà quelle est la principale attention de la prudence du salut ; elle cherche à profiter de tout potft* le salut , parceqi^elle sait que tontes choses, hors Je péihé , peuventiervir au salut. Au lieu que les mondains , plongés et comme abîmés dans les affaires du monde , s'y emploient d'une manière toute naturelle , et par-là laissent échapper des trésors de grâces et de mérites dont ils pourroient Venrichir ; uti chrétien; éclairé de la prudence évatigélique, preiid des idées supérieures , s'élève an-dessus de la nature , ne perd point Dieu de yue^l et, travaillant dans le temps et aux affaires du temps présent » porte Ions ses regards vers l'éternité. De celte sorte , ce qui demeure inutSe dans^ les mams des àuties lui vaut au centuple; et dans sji condi-' lion , quelque éloignée qu'elle -paroisse du royaume de Dieii , il trouve abondamment de quoi racquérir é\ de iquol s'y avancer. L'âmbitîeiix fait conâacer tonte sa' sagesse à ne pas manquer ^be'.Qccasion'de se pousser urix honneur du monde ; le riche intéressé metfoute la sienne
à grossir ses revenus et à amcUfier ses domaines; mais ce {urlatt chréti^ » tel que vous devez être » et que mon 2èle pour vous me fait souhaiter avec ardeur que vous soyez , ne copnoit point d*auf re sa* gesse qfie d'aspirer, par toutes les voies qui se présentent , à une gloire immortelle, et d'amasser chaque jour des richesses qui ne périront jamais.
XVI. Je ne cesserai donc. point, et par le devoir de ma profession , et par rattachement très res^tueux que j.'ai pour votre personne , de vous faire la même exhortation que faisoit un prophète au peuple d'Israël : Apprenez ou est la prudence, où est le conseil , où est la force de l'entendement (Bar., 2). Je serois bien téméraire si j'entreprenois de vous apprendre où est la prudence du monde; vous me feriez làdessus des leçons, et ce seroit à moi de vous consulter conune un maître. Mais les plus grands maîtres dans la sagesse humaine et dans la science du monde, sont communément les.moins.habiles dans la science du salut : or vous ne pouvez plus douter que cette science du salut ne soit néanmoins la véritable prudence. Ainsi j'ose vous redire : Faites une' étude sérieuse de cette solide et droite prudence. Mais où la trouverez-'vous ? elle n'est guère connue dans les cours des princes • ni dans les plus hauts rangs, et je me souviens sur cela d'un- beau trait.de l'Écriture : il est remarquable. Le Roi-prophète , parlant du patriarche Joseph , dit que Pharaon lui donna un pouvoir absohi et une intendance générale dans tout son empire (P^alm, 104 ) i et pour« quoi l'éleva-tnil à ce rang d'honneur? plusieurs considérations Yf engagèrent; mais entre les autres , ce fut afin que Joseph donnât des règles de prudence aux grands de sa cour , et qu'il enseigàât la sagesse à ses ministres d'état : Ut erudiret principes qus , et gènes ejus prudentiam doceret. Le moyen que cela pût être, demande saint Chrysostome? à peine Joseph avoit4i atteint l'âge de vingt-cinq ans; c'étoit un jeutie homme sans expérience des choses du monde, qui n'avoit eu jusque là d'autre emploi que de garder des troupeaux ; qui, tiré par violence de la maison de son père «Vctoît vu réduit à b condition d'esclave ; qui , tout récemment , avoit été confiné dans une prison , et ne faisoit encore que d'en sortir ; qui se trouvoit tout nouveau en Egypte^ ef iCen savoit ni les mœurs , ni les coutumes. Au contraire, les ministres de Pharaon étoient des vieillards consommés dans.Ies affaires , et formés par un long usage : cependant il faut qu'ils deviennent les disciples de Joseph , et que ce soit lui qui les dresse et qui les instruise. Qu'est-ce que cela Veut dire? Il ^t aisé, répond saint Chrysostome , de découvrir ce mystère : c'est que les princes et les ministres de la cour de Pharaon étoiei^des idolâtres, et n'avoient point encore adoré ni servi le vrai Dieu^ c*étoient de grands hommes selon le'monde , il est vrai.; ib enten^oîent j[>3rfaitemvt Tart degouvef ner les peuples , j'en conylcns.; ils iiiainienoîent dans toutson IusU*c et faifoieh(fl0ÎR*ir Pautoritc rpyale, je le veux; ils. ngiettoieat dans les ii«
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nanceseldanslecommereenn ordreadmirable, }*y consens ; etqa*on lenr attriboe mille antres qoaKtës , je n'en contesterai pas sur une seole » et je les reoonnottrai tontes* Mais qne leur manquoit-il? L'esprit de religion , le cnlte de Dieu , la oonnoissance du saint et le aèle d*y parvenir; sans cela tonte lenr. prudence portoit k fnnx , et étok aussi vaine que les principes snr lesquels ib l'établfssoient : îl n'y avoit que Joseph qui fftt en ëtat de les ramener de leurs, voies égarées ; et plût an del qu'il y eAt dans tontes les cours des roisjde pai^eils docteurs , et qu'on vonlAt les écouter !
XVII. Le désordre qui perd tont\ c'est qn'on n'écoute qne la pra« dence dn monde : désordre plus ordinaire dans la grandeur et l'éclat des premières oondîlions ; mais^ dn reste, désorcfre presque uni ver* sel. A Inen jnger des choses, quelque apparence qn'on ait dé religion , et quelque profession qu'on en iksse^ on n'a point dans le fond d'autre prudence que celle du monde. Par une malhenrense fetalité » à (orée de.pratiquer te monde , on réduit à la tente prudence dn moade 1er alFaires méoies où le salut est engagé. Dans toutes les délibérations^ c'est presque toujours la prudence du monde qui-décide; et si la prudence du salut forme quelque difficulté , on ja traite de scrupule et de foiUessie : car voici jusqu'où va le désordre. Qn'un homme de bien et sage, .selon l'Évangile, témoigne de la répugnance à telle réçoiution qu'on prend, à tel moyen qn'on lui suggère, à tel avi^qti'on lui donne» à tel avantage qu'on lui Ait 'espérer ; qu'il balance là-dessus par une raison de conscience , et qu'il craigne d'y exposer son salut, on en rit , on en plaisante , on le regarde comme un petit génie , et Ion condnt qu'il n'est bon à rien. S'il avoit à raisonner et à délibérer avec des païens et des infidèles , je ne m'éf ooneroîs pas qn'on tournât ainsi en raillerie tous ses remords et toutes ses précautions; mais ce que je ne puis assez déploler , (fest qu'il ait à. soutenir les mêmes mépris parmi des chrétiens, et que des gens qui professent la même foi que lui, et qui prétendent au même salut, soient surpris de lui entendre alléguer ce salut et cette foi contre les principes de la poli» tique humaine et contre les manières du monde. De' là vient que, ponr s'attacher r^uUèrement dans le monde à la prudence du salut, ou a besoin d'une grande fermeté d'ame et d'un grand déisintéressement. «
XYIU. Je sais que vous avez l'un et l'autre. Vous êtes ferme dans ce qne vous avez ime fois résolu ; et comm^ vous ne faites rien à quoi vous n'ayez mûrement pensé, et où vos vues ne soient très désintéressées , lés discours du pidilic vous touchent ped , et ses jugements ne sont gnère capables- de vous détourner de tout ce que vous croyez être de votre-devoir ; m«|js cette fermeté inflexible au sujet des devoirs du monde , prenez garde qu'elle ne vous abandonne lorsqu'il s'agit du salut. Laissez parier ces esprits forts, à qui vous entendez dire quelquefois, par dérision ^en se r^'onissant, qu'un tel a peur de
9Q SUR U PHUllMCiË DU SALUT.
YmUeTf m'U e&t dérol, qu'il a de» vlskuis i Meodez la fin , c*est la dédsûm da to«t. O que eaa grands aiprks» que ces ame» si élevées au-desBoa du Tulgaire , que eea sages dusiècle troaTeut bien à ra* battre de cette sagesse doot ils sa paroiaBt et dont ils éioieot si fiers , quand. la OBort arrive, et qu'elle les invertit quHl faut passer dans on antre monde , ek touie la prudenoe de ceki-^ci u'esi de naUa valeur , et n'en complée pour rien ! Leur prudeace nKwdaine leur a eervi i se danéler babils ipent et bonorablemant de toutes les affaires qu'ils ont en à traiter avec les hommes; mais deqiiel usage leur sera-t*eiie pour se ûémèHir heureusement et avantageusement de l'imporiàute affiiîre q«'ils< auront à traiter avec Dieu 9 II s'agira de lui rendre compte , il s'agira de justifier devant son tribunal toute la conduite de leur vie; il s'agira de recevoir de lui une sentence de salut ou de damnation ; il n'y aura point li d'intrigues à imaginer » de ressortt secrets a foire joner, d'esprits à asénéger. D'un seul rayou , la lumière divine dissipera louteacea Causses lueurs d'une raison bornée et d'un sagesse qui les aveugioit et las ëgaroit , plmAt qu'elle ne les édairoit et les coudai- BtàL A. ce grand lonr^ à celte révélation qui tout*i-coup leur découvrira toute leur folié passée et tonte leur misère préseme , que penaerontoes philosophes , ces Intrépides « ces braves en fiait de religion ? o'est œque je voudrois , mais.ee que je ne puis maintenant leur foire concevoir ; si même je mé hasardois à vouloir leur en donner quelques idées, ils ne m'en eroiroient pas. Quand donc le concevront-ils? Quand ils réprouveront. Hais quand ils réprouveront , y aura-t-il du te* mède, y aura-t-il pour eux quelque ressource ?
XIX. Ces réflexions sont terribles, et méritent assurément qu'on s'y rende attentif. Peut-être me direa-vous ce qu'on nous dit tous les jours : que la.dissipation du monde et ses mouvements effooent ces sortes de pensées , et easpéeiient qu6 la plupart ne s'en occupent ; mais « vous rép6ndraî-je» c'est dcmc à dire que la dissipation du monde et que ses. mouvements renversent l'esprit à la plupart des gens du monde ; car, en vérité, qa'appelcK-vous renversement d'es* prit, si ce n'en est paa un de savoir qu'on doit mourir, qu'après la mort tout sera comme anéanti pour nous aurla terre , qu'il ne nous resiera qu'un seul bien è posséder, qui est le salut; que la possessif» dc^ce bien unique et souverain dépendra du soin que nous aurons «u de le rechercher dans la vie, et de nous y préparer; qtie la perte de œ bien inàni nous exposerai unmalheur infiai et nous y précipitera? que peat-on, dis-je, appeler égarement et même extravagance , si ce n'est d'être instruit âe tout cela, et de le négliger, et de n'en être aucnaeasent en peine, et de l'abandonner an hasard, et de n'y tourner jamais ses.vues, et de n'examiner jamais ce qui en sera et ce qui n'eu sera pas, comme si c'étoit une drase à quoi Tdn n'eât nul intérêt , ou qu'un intérêt très léger? N'estHie pas en cela que s'accomplit in panda de Dieu» et celte menace qu'il notA^t pur son apôtre: Jeper*
6IIR U PRD0ËMC1& m SALUT. M
rfrof touie la 9ages$e des sages ^ et je détruirai toute la prudeuce des prudenu î II permet que des hoauneg d'ailleurs pleins de raisoD » et du meilleur conseil en touli» les autres affaires, cessent d'être raisonnables et deviennent incapables de tout conseil dans l'aHiaire de leur filnt.
XJL Vous aeserei pas deee nombre, ainsi qie je fespère» el que je le demaude souvent à Bien pour wus. Vous rentrerez en ^patimême» et wwaconsidërerearsëFieuseaiaBt tout ee que je Viens de%oaa marquer. Vous aenc tonjoun, comme voua Faves été jusqu'à ce jour, sage pour les afi&ires publiques dont vous êtes eha^, sage pour les aQwros domeaiiquef de votre maison ; mais vous le aères enoere plus pour lôire ame et pour fiifiiûre de votre salut. Vous me fisiles rboumear de nw mettfe au rauf de vos. amis, et de m'en donner b qualité. Je k reçois avee loutie respeet et toute la reoonneissanee pssaiUe ; mois il me ssmit bieu douloureux qu'un homme que j'bo» lore, eu qui je remarqua tes pltfs beaux talents» et à qui je dofo aoiaut qa'à VMS, s'oubUéUm-mêftÂdamaon affiuro eapitale, lonqu*ilataat de vigifamoe et d^Msouspeelieu danadea affaires ou qui ne le louchent en aumiBO aorte, ou qur un sont pour hû que d^unu très petite censé* qoeace* eu eomporaison do-oeUe qu'il lahse perdre. Mon ministère m'eagafie à ai'emploiyer an aslutdnumes, Je dois élre sensible i leur perte pur lo sentiaKut d'une eharité commune ; et ft t«Ge l'ame du der* nier des hommes, et même l'ame de mon plus mortel imnemi , je ne devniîu liett-dpargner pour la sauver* Goncloez de 1& ee que me cautereit de regrets et de sensibilité la perte d'uneame qui, par tant d'éndroila et tant dormionspirticuUères, me doit être auni obère que la vAlre. lu v^ua conjure Aenc, par l'amitié on ptatôt |>ar la bonté que mot mm témoignez en toutes rencontres, de me donner la oonsobition d'avoir travaillé efSoaeem^t à votre pfam grand bleu et'4 votre intérêt le pka préeieux, qui est le salut. VoAs avez sans cesse autour devons une fouie de gens qui vous soUisîtent pourd'antrt s grâces qu'ils veu* lent obtenir : ce ne sent point là celles que je vous (temande. Dispen* sei-ku camum il voua phira, et à ^i il vous pbtira : mais accordez* moi ce que je désire si ardemment, et sur quoi je ne craindrai point de vous presser jusqu'à rimporuiniié; savoir , que voire premier soin toit votre salut. Duns ces autres ipraces peur lesquelles on s'empresse tant auprès .de vous , chacun ne pense qu'à foî-même et ne cherche que seî»méme : mnia dans la grâce que je aouhaite et que j'attends de voire Tdigiou, je ne pense qu!à vous , ni je ne cherche que vousi
m . SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE yi£.
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