‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 31 sur 225 · SUR LB CHOIX D'UN ÉT^T D£ VIE · texte numérisé non relu

SUR LB CHOIX D'UN ÉT^T D£ VIE

i^mes personnes doivent s'^igager par le4ieii du mariage , à quoi s*appUque-t-oa? à cmisidérer a'il y a de pari et d'anire im bien con« Tcnable, s'il y a de la naissaooe et de la qnaUtë, si rentrée en telle hr mille fera honneur, si elle sera de qaelqne utilité selon le monde. Dès qu]on y trouve là-dessus toat ce qu'on prétend» on pesé met guireen peinedela viwation divine, on plutôt on la suppose , comme syeUe étoit infidlliblemenl attachée à de pareils avuuages.

I y. Ce n'est pas qu'il soit absolument mauvais d^avoîr égard à tout tda. U y a une prudence humaine qni n'est p«iîot contraire |k la sag^esse évangélique, pourvuipi'eUe loi spitsubprdonnée. HaisTabus eatrde n'écouter que celte prudenoedu siècle, dene seeondiyrequepar lesprincipes du siècle, de ne regarderies choses que par rapport au siècle, et de ne s'y déterminer qn'antant que les considérations du siède nous y portent. Car c'est faire à Dieu le même outrage et la même injustleÉf que féroit àson maître qnserviteur quivoudroitse rendreîndépendant, ou qui n'agiroit que sous les ordres et sous rautorité d'un autre«

V. De là vient qu'il y a très p^su de gens dUmondequi puissieot raisonnablement se flttlter d'être dans l'état où Dieu le§ veut. Je ne prétends point vous faire entendre par4à que les divers états qni composent ce que nous appelons le mondene soient pas en général de la ^oca« tion de Dieu. C est lui qui les a établis, lui qui les a partagés, lui qui, par son infinie sagesse, les a disposés et arrangés. Or U ne les a pas établis, ni partagés, ni arrangésde la sorte, pour vouloir qu'ils demeurent vides etsans sujets qui les.reÎDfdiSsent. Jfoiï il faut nécessairement conclure qu*entre les hommes il y en a, et nn grand nombre, qu'il a fait naître pour ces états, et qu'il y a appelés. Tellemeni que ce seroif une erreur grossière de croire que d'être engagé dans le monde^ ce fût éure hors des voies de Dieu : comme si Dieu réprouvoit tous les étais du (nonde , etqn'onn'enpûLembraS|Seraucunafec une vocation légitime et sainte. Le monde, par l'opération du Saint-Esprit et desagrace,a produit dans toutes les conditions deparftdts chrétiens, et fourni an Ciel une mol^ titnde innombrable de bienheureux. Mais tout ceci supposé, la proposition que j'ai avancée et que je reprends n'en est pas moins mie; savoir, qu'il y a très peu de gens du monde qui puissent raisonnablement et prudemment s'assurer qu'ils soient dans l'état où Dieu les demandoit. Car, pour avoic cette assurance raisonnable et prudente, il ne mç suffit pas en général qu'il n'y ait pointd'éiat dans lemondeoù jen'aiepu,êure appelé de Dieu : il £aut de plus que je sache en particulier, et autant que î 'en puis avoir de oonnoissance, que Dieu en effet , dans sa prédestination éternelle, m'avoit marqué tel état plutôt que tel autre. Je n'en puis être instruit on que par une révélation expresse de la part de Dieu, ce que certainement les personnes dont je parle n'ont pas; ou que par les soins que j'ai pris pour découvrir, selon qu'il m'étoit possible , ce qae Dieu voidoit de moi. Or il est évident que les gens du monde reprennent communément pour cela nul soin, nul moyen. D'où il

H SUft LE CttOtiL tym ÉTAT DE TtË:

s'euêaH l|tt*K» n'ont dcme nnlte raison de jugtr que Pëf ai anqiel Ib se tfotfveiit alfâcbës soit rëelteinent oeliii qoe Dieu , dans ses dëereis arforaMes, leur avoit assîgfné. Car de se répondre qne Dien / mafgré fcrar négli{*etfee, les avra conduits dans une affeti^ si périllense ; qo^ sansqa'iis se soient mis en peine d'apprendre ses volontés» il anra biea to4i iili-inéne les lear inspirer ; qnll ne les aara pas laisséilà-dessns dans rignorance« ni Ktrés à leur ateoglement, ce seroit une présomptiott mHIe ibis condamnée par la parole de Dien même et par tes sacrés oracles de rËerimre. Ainsi Hs n*ont rie» de solide sur quoi Us pnissenf appoyer knr confiance ; et je dis de pins qu'ils ont» au contrarrei tont sujet de craindre Eaccomplîssement des menaces du Se%neur-, qui nous a si iiautemeflt et si soutent ayertis qu'il confondroit la fausse ^gesse du monde, et qu'il rabandonneroit & séi vues trompeuses etù son sens perv^nti •

VI. Vous tontes présentement satoir œ que vous devez Mte pour connoikre les vues de Uea sur vous, et quelle est votre Vocation. C'est ce que Je vais vous expliquer, et ce que Je comprends en trois articfes, qui vous serviront de régules, et que je vous prie <f observer avec une enti^ fidélité. Le premier est d'avoir recours à Dieu ; le Second » de vous adresser ensuite aux ministres de Dieu ; et le troisième , de voua consulter vous-même. Tout ce qu'il y a de phan solide par rapport au choix de voireéiat , je dlaà un bon choix, à un choix sage et chrétien, se trouve renfermé dans cestroh devoirs, don tvoid'la pratique.

VII. Comme Dieu ne s'explique immédiatement à nous que par ses mspirations intérieures, vous devez d'abord l'écouter dans le fond de votre cœur, et vous rendre attentive à cette voix secrète par laquelle il a coutume de parler à ses élus. Hais afin de l*etogager davan-* tuge à vouscommumquer ses lumières et à se déclarer , vous n'avez porat de moyen plus efiicaoe ni plus assuré que la prière. Allez donc aussi souvent que tous le pourrez vous prosterner devant lui, et lui (ffre comme Samuel r Parlez, Seigneur, et découvrez-moi vous-même quel dessein vous avez formé sur ma personne : car me voH àr prête à TOUS entendre, à vous obéir, et à exécuter toutes vos volontA. Quelque difficulté qui se présente en tout ce que vous me prescrirez, et quelque opposé qu'il soit à mes inclinations, du moment qtie je comprendrai que c'^t ce que vous voulez de moi , je ne bafancerai pas ; et, sans difBfrer, Je me mettrai en devoir de l'accomplir. Telle est, mon Dieu, ma résolution, et j^espère de votre grâce que rien ne sera capable de rébratileV, ni de la changer. A cette prière vous pourrez encore ajouter celle de David : Montrex-moU Seigneur, leehennnoàje doit marcher , parcequeyat élevé vers vom mon ame {Psalm. i42 ). Le prophète se sert là d'une poissante raison pour toucher le cœur de Dieu, et 11 ne pouvoit plus sûrement obtenir d'en être éclairé : Pareeque j'ai élevé vers vous mon amê. En effet, si Dieu ne souhaite rien plus ardemment que de nous voir seconder sa providence et embrasser ses voies, novs

Stm LE dlOIlt'Ift'Mt ÉTAt bt VIfi. M

fe8liiK«ra«t4l ignorer» et ii*âDrft4«il Mt ^rd an d^sir qw ttotf« ta f BMrqvon^, et à la droiie iatenfloii que noM alrona de ks saivl^? Ce qoi acbèfera eii§D de i'mtéresser ea totre flivear, et de le dispoeer à nous aeœrder votre demaiide * ce sent d'y Joindre quelques défolions particalières et qaelqaes bonnes oeutres, snrtôQt Tunge de h oommonrion» et même qnelqœs pratiques de la pëniteooe ebr^ismie. Car ?mlà » selon saint Panl ^ les tictimes et les saeriflces par oïi l'on Mehit le Seifneiir. •

VIII. A|MPès vous être acquittée déce premier deroif emrorslHèty TOQS detea ensnite tons adresser aux mfadsires dé IMett« Ce sont non gaides , nos conducteurs; et ils ont été étabHs pour noos donner des ooD^ls 8alotaires« C'est poor oeh qne Dien les éclaire spéchileiiieiii aix-qiémfs; et souvent il srriwe qne ce qu'il n'a pas yonla par lai«méme sons révéler, c*est par leur bottche qn'il nons renseigne. Ainai^ dans Panciennelof» les prophètes ét<rient-ils appelés vùyanti, et c'éfoit i evx qve Dreo eovoyoît son peuple pour en recevoir tomes les décrsionar et tous les'éclaireissetDents nécessaires^ Or, par les min&tres deOiea^ featends deux sortes de personnes. Premièrraicnt» et dans le sens le pins ordinaire et le pins propre » ce sont les prêtres dq Seigneur, ce sont nos confesseurs et les directeurs de notre consdenoe. Ayex un d^ reeienr sage, un homme de Dieu eu qui vous preniex cdnfianoe , et à qui^ODS exposiez avec simplicité et avec candeur toutes vos vues» lentes vos pensées» foutes fes bonnes et manvaiiea dispositions de' votre nme. Proposez-hri vos doutes; marquez-hif fk quoi vous tous sentez auirée, ou à quoi vous avez de ta répugnance. Ne kii dissimidez rien ; et quand vous croirez lot avràr dK toutes choses , pr iea*li^ on'i) vous examine encore lui-même, et répondez-lui avec, f humXi^ d'un enfant. Surtout fbites-Ioi voir qu'il peut vous parier avec nne pleine liberté , et demandez-lui qu'il vous détermine précisément au parti qo*il jugera le meilleur selon Dieu , et non point à celui qui poutroit vous être plus agràible selon la nature et selon le monde. 0ès que vous agirez avec cetre drottnre et cette bonne loi, vous aurez tout sujet de vous promettre que Dieu présidera au jugement de son minis* ire, et que Tesprit de vérité hiî suggérera pour vous ane dédsiou JBsie, et où vous pourrez vous en tenir. Mais en second lieu, vous devez de phis compter parmi lés ministres de Dieu, le père et la mère dont vous avez reçu la vie. Les pères et les mères sont, après Dieu et* sdoB h>rdrè de Dieu, les premiers supérieurs -de leurs enfisnts^ et ce seroit une indépendance condamnable ptutêt qu'une liberté évangéS» que, de vouloir, dans le choix qu'on fait d'un état, se soustraire sîbso» lument h Fautorité paternelle. Il est vrai qu'on n'est pas toujours oUigé de se conformer aux désirs d'on père et d'une mère trop pré* occupés de Tesprit du monde, et quily a des occasions oh l'on peut leur répondre ce que disoient les apôtres : EtMtde tajuitiee quetum vm$ ofréîMfout préfmj^kmmt à Dieu'( Acf., 4t )?BMs au meins firat*

ga SUR LE CHOIX lyuir-ÉTÀT de vie.

il les écouter, peaer leurs raisoDSt y déférer méine» lorsqu^oD n'en a point de plus fortes à y opposer ; enfin , soit que l'on condescende à leurs volontés» ou que pour L'intérêt de son salut on s'en écarte, leur donner toujours tous les témoignages d'une soumission filiale , et du respect qu'on reconnolt leur devoir.

IX. 11 vous reste de vous consulter, et, selon le mot de saint Paul, de vous éprouver vous-même. Car Dieu ne nous a donné le discernement et la raison , qu'afin que nous 90US en servions dans tontes les affaires 4Ui nous r^ardent, mais particulièrement en celles qui nous sont d'une aus^ grande conséqi^enoe que Test le choix.de notre état. Examinez donc , sans vous flatter , quel est de tous les états de la- vie celui ou vous pouvez plus glorifi^er Dieu , celui oii yous pouvez £sûr6 plus aisément votre salut, celui auquel vous êtes plus propre, eu égard aux qualités de. votre esprit et de votre cœur. Car il se peut faire qu'avec le naturel que Dieu vous a donné, vojis vous perdrez où un autre se sauveroit, et qu'au contraire vous voussanverezoù un antre seperdroit. Quoiqu'il en soit, souv%nez>vous toujours que toute votre délibération doit se rapporter aii salut, comme à votre unique fin ; que vous ne devez juger d'un éiàt, ni l'estimer plus que rantr^r^ti'autaat qu'il pourra vous conduire plus sûrement au salut; que tout ce que vous avez à considérer en vous-même» se réduit à la seule question que fit ce jeune homme de l'Évangile à Jésus-Christ : Que fautnl que je fasse pour obtenir la vie éiemeUe (Luc, 10)? Car vqiià le grand principe que vous devez poser , et d'où vous <tevez tirer toujes vos conséquences; coinme si vous raisonniez de ki sorte : Je veux £iire mon sâlut, et je le veux à quelque prix que ce soit. Ce n'est donc point l&-dessiis qu'il s'agit de délibérer, puisque je suis déjà toute déterminée» et que je le dois être. Mais pour me sauver, il y a plusieurs moyens ; el un des plus puissants» c'est la condition et l'état. Ainsi, de tous les états qu'on me propose, ou qui se présentent à mon esprit, j'ai à voir devant Dieuqdet est celui qui me paroitra le plus avantageux pour arriver à mon terme, qui est toujours le salut. Si je n'avois en vne que .4e m' élever dans le monde, que de briller dans le monde, que de mener une vie douce et agriéabie dans le monde, c'est ce que je trouverois en telle condition. Mais » encore une fois, tout cela n'est point ma fin, et par conséquent je ne dois avoir nul égard à tout cela. Ma fin, c'est de parvenir à la vie étemelle. Or je connois, ou je crois de bonne foi connoitre, .que je ne pourrai dans nul état l'acquérir pins sûrement que dans celui-ci : je conclus donc que c'est à celui-ci qu'il faut me fixer.

X. Quand vous aurez délibéré de cette manière avec vous-même , si vous ne vous sentez pas encore dans une parfaite détermination , voici deux règles dont vous devez vous servir , et qui sont, de saint Ignace, dans le livre de ses Exercices, f "^ due voudrois-je conseillera une autre, si elle étoit en ma place, et qu'elle me demandât mon avis;

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