‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 32 sur 225 · SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE. OT · texte numérisé non relu

SUR LE CHOIX D'UN ÉTAT DE VIE. OT

k 006 antre qni anroit les mêmes ioclinattons on les mêmes dëhnts qoemoi? Qae loi répoodrois-je; et à quel geore de vie la porteroia-je? Car-qnand il s'agit des antres, noas sommes ordinairement bien pins désintéressés , êç par-là même bien plus capables de prendre le ^n parti. Or ponrqnoî n*anroi8-je pas pour moi la même charité et le même asèle qne î'anrois pour antrni ? Si c'étoit une de mes amies qui délibérât, ne cherchant qne son salut, je sais ce qne je Ini dirois : pourquoi ne me Ie<lirois-je passa moi-même? O mon Dieu! dégagezmoi de toutes ces illusions de Famour-propre , qui m'aveuglent , et qui m'empêchent de penser anssi sainement sur ce qui me touche, que sur ce qui concerne le prochain. 2^ Entre ces différents états , lequel voudrois-je avoir pris, lorsque je serai à Tarticie de la mort ? car c'est alors que j'envisagerai solidement les choses, et que mes passions, ni les préjugés do monde, n'obscurciront plus ma raison. Ce que je voudrois donc avoir fait à ce dernier moment, c'est ce que je dois faire aujourd'hui ; et voilà sans doute la règle lamotns trompeuse et la plus infaillible que je puisse suivre. Si j'en use autrement , je dois m'attendre qu'un jour j'en aurai une vraie douleur. Or ne serott-*ce pas une extrême folie, d'embrasser un état dont je prévois que j'aurai à me repentir? O mon Dieu ! je vous rends grâces de la vue que vous me donnez. Faites, Seigneur*, que j'en profite comme du plus excel* lent moyen pour me déterminer chrétiennement. Oui, mon Dieu » c'est par*l& que je veux décider avec vous de' ma destinée. Je veux vivre dans l'état où je serai bien aise de mourir. Malheur à moi si je venois à m'eogager dans une condition qui ne me dût produire à la mort que des sujets de crainte et que des regrets !

XI. Sans prétendre vous marquer formellement ma pensée sur l'état qui vous peut le mieux convenir, je finis en vous disant , au regard de l'état religieux, ce que saint Paul disoit aux premiers fidèles touchant le célibat. Ce passage est admirable, et plein de sens et de religion : Pour ce qui est de i'état des vierges (1. Cor., 7 ), :écrivoit cet apttere aux Corinthiens, je ii*ai poini là-dessus de précepte du Seigneur à vous intimer; mois je ne fais que donner conseil^ comme ayant reçu du Seigneur la grâce d^êire fidèle. Je pense donc qu'eu égard aux misères qui nous environnent , et aux dangers continuels oh nous sommes exposés y c'est un état avantageux. Ce que je désire, poursuivoit le même docteur des Gentils, c'est que vous nayex point de soins qui vous inquiètent. Or une femme, dans Vétat du mariage est occupée des choux qid regardent le monde, et du soin de plaire à son époux : au lieu qu'une vierge ne s'occupe que des choses qui regardent le Seigneur, pour être scànte de corps et d* esprit. Il vous sera aisé de faire l'application de ces paroles à la profession religieuse. Je ne vous en dis pas davan* tage : c'est au Seigneur à s'expliquer, et vous serez toujours bien partout où TOUS serez sous sa conduite et par sa vocation.

98 SDR LA COMMUNION.

INSTRUCTION

SDR LA COHKURION.

Il y a trois temps i distinguer par rapport à la oooimanioii : oelai qui la précède , celui de ia communion méoie , et celui qui la sait. Selon cette différence , voici les différents avis que vous devez 8uvre« et qui vous serviront de règle pour v% saint usage de la divine Encht* risiie.

§ I. Avis pour le temps qui prèciie la communion,

I. Bien comprendre qne la pins grande , la plus sainte et la pins importante action de votre vie, c'est de communier; et par conséquent , qu'il n'f en a aucune oii il soit plus dangereux pour vous d'agir par coutume et par habitude , oii vos négligences soient moins excusables, et où vous puissiez moins espérer de Dieu qu'il ne s'offense pas de vos froideurs et de vos relâchements.

II. Bien concevoir que le plus grand crime que vous puissiez commettre, c'est d'abuser de ce qu'il y a de plus auguste et de plus divitt dans votre religion; de vons rendre coupable delà profanation du corps du Seigneur, et de vous faire un poison inortel de ce que Jésus-Christ a établi pour être la nourriture spirituelle de votre ame.

m. Être bien persuadé que le plus essentiel de-tous vos devoirs, en qualité de chrétien , est de vous mettre en état de communier dignement et de travaillera purifier votre ame, afin qu'elle puisse servir de demeure à Jésus-Christ , en vous disant à vous-même, mais avéic bien plus de raison que Salomon : Iines*agitpasdeprépareruned€'' nn^^re aux hcmtmes, mais à Dieu, le Roi des rois.

IV. Bien méditer ces paroles de saintPauI : Qtie Chomme s'éprouve donc soi-même , avant que de manger ce pain céleste ; car celui qui îe mange indignement mange sa propre condamnation, parcequ'it ne fait pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur (4. Cor. y il). Accomplir, dis-je, mais sincèrement et de bonne foi , ce précepte de l'Apôtre , en sorte que toutes les fois que vous communiez, vous puissiez vous rendre témoignage que vous vous êtes éprouvé, et que sans présumer, non plus que saint Paul, d'être justifié pour cela, votre conscience ne vous reproche rien qui vous puisse être un obstacle , du moins essentiel à ce sacrement , c'est-à-dire , que vous ne la sentiex chargée d'aucun péché mortel ; car c'est en quoi le concile de Trente luit principalement consister cette épreuve que vous devez faire de vous , avant que d'approcher de la communion.

V. Faire une confession aussi exncte, aussi fervente et aussi parfaite pour communier que vous la voudriez faire pour mourir, étant bien convaincu qu'il ne faut pas une moindre pureté de cœtar pour aller recevoir Jésus-Christ que pour parottre devant Dieu, et pour subir la

BDR Là GOMMONIOR. »

rigteor à» àôn jngemeiit. €eite pensée ûeàlè snttrdt pMr M-tomber |auis dans le désordre des communions sacrilèges, et mène pear n'en faire jamais de tièdes, ni d'imparfaites, cellend servant bien sM^ vent de disposition «ax antres.

VI. Bien entendre que T-épreuve que diacnn doit faire (lesoS<^nlèM( avant que de communier, ne consiste pas senlement à confesser soft pëehé , à s'en aecnser et à le détester , mais à sortir de l'oecarion xA l'on ponrrtrit être de le commettre , à en retrancher la csuse, à en ré^ parer le scandale, et qoe , undis qne le scandale d'an péché dnra ; on qu'on est dans l'occasion de ce péché sans la TOliloir quitter, on iril pas encore satisfait à l'obligation indispensable que safalt Plml iiOItt impose par cette règle : Que (honime s'éprouve»

VIL Vous souvenir que comme la disposition là plus naturelle, c'est-ànlire la piuaoonfbraie et aux incKnattons de Jésns-Ghrist et à la dignité de son sacrement ^ c'est la pureté : aussi, de tous les péchéb i|lu se eomâiettent dans le monde , n'y en a-t-il pomt qui ait une op^ position plus spéciale à la communion , et qui vous en rende pins îa^ digne que le pédiéd'impiveté, parèeqn'en déshonorant votre chair\ il dàhonore la chair de Jésos4]!hrt8t même. L'avcAr en abomination dans osMe vue , et faire souvent réflexion à ces panutes étonnantes de saint Afflbroito, qu'il adressoit à Jésus^risl r Qu(M€ hmiMéy Séfniikr,fik four sauver C homme , vùum n'ayez pt» en honrm» devouf nvcwrwer dam le sein d'une tnerge {kuEVLé) ! "Car si tonte pure qu'a été Marie, saJkit ÀBibnrise n'a point cru lui faire tort de parier ainsi , qu'aufoit-il dit d'une impudique qui , dans Tengag^ement et dats le désordre de son péché, approche de la communion, laquelle n'est k-ien antre chtee, selon les Pères, qu'une extension ou une suite de l'incarnation?

VIII. N'attendre pas jusqu'au jour de la communion même pou» vrotts y préparer ; mais prendre pour cela un temps raisonnable , et y penser d'autant plus tôt, que vos communions seroîent plus éloignées les unes des autres ; surtout la veiHe d'un si saint jour , ou mémfe deux ou trois jours auparavant^ vous sépareir de toutes \^ choses qui poorroient ¥oiis dissiper l'esprit , comme de Certains divertissementè et de certaines conversations dont l'inutilité et la vanité , sans pdrle^ du reste , sont plus opposées à la sainteté de l'action que vous devez faire.

IX. Em|4oyer les trois on quatre jours qui précèdent votre eom« munion à faire de saintes lectures , qui vous remplissent l'esprit et le oœor des sentiments dont vous devez être pénétré sur un si grand sujet. Le lirre du Mémorial de Grenade sera très propre pour ceh. T ajouter de bonnes œuvres, particulièrement des aumônes, qui vous attirent les gpraces nécessaires pour communier saintethent et utilenent Y joindre une petite revue qoe vous feres de votre conduite , pour reconnottre si depuis votre communion vous aVez été plus fidèle 1^ INeu , et si vous avez avancé dans la voie de votre salut, et aâarqner

100 SUR LA GOMBtUNION.

en particulier }eè dioses où tous vous apercevrez qa*3 y u enéa wusdu relâchement; cela même étant la matière des prindpauz actes intérieurs qui doivent entrer dans la communion suivaDte.

X. Ménager, s'il est possible, quelques jours avant la oonunnnkmt un entretien avec votre confesseur, afin qu'il vous aide, par se? codeeils , à bien faire une action si' sainte ; rien n'étant plus capable de vous engager à remplir sur ce point tous vos devoirs , que d'en confiérer avec celui qui vous tient la place de Dieu, et en qui vous avespris confiance, Cet avis est de la .dernière conséquence, particulièrement aux personnes de la cour , et à ceux qui vivent dans le commerce dn grand inonde.

§ IL Avis pour le temps même de la communion.

L Considérer le jour de votre communion comme un jour que vous devez entièrement et uniquement consacrer à Jésus^Christ; en sorte que vous accomplissiez à la lettre le précepte du Saint^fLiprit : Nt Lmsex rien échapper d'un bon jour sont en profiter (EccUi. , 14). C'est-àdire, qu'aucune partie d'un jour si heureux ne soit perdue pour vous, et que tout ce que vous ferez ce jour-là se rapporte à l'action prin<$pale dont vous devez être occupé , qui est la communion même; vous kvant , par exemple , dans cette pensée : Voici le jour que le Seigneur a fait pouf moi (Hatth., S5); allant à l'église dans ce sentiment : Yok^ i Époux qui vient, aUons au-devant de lui; mais pardessus tout ne feisant aucune action ni profiine, ni frivole, qui puisse marquer un esprit àche, et peu touché des choses de Dieu.

IL Assister à la messe où vous devez communier , avec le même esprit que vous auriez voulu assister avec les apôtres à la dernière cène» où Jésus-Christ les communia de sa propre main , puisqu*en effet ce qui se passa pour lors dans la personne des apAtres va se renouveler dans vous , et que, par le ministère du prêtre qui vous représente Jésus -Christ, vous allez être participant delà même grâce et recevoir le même honneur qu'eux. Pour cda , vous entretenir pendant la messe , et jusqu'au temps de la eommunion , dans les affections on dans les pensées suivantes.

]IL D'une vive foi de la présence réelle de Jésus -Christ dans r£ucharistie ; faisant intérieurement la profession de cette foi , et disant avec l'aveugle - né de TÉvangile : Oui^ Smgneur^ je crois (JoAS., 9). Je crois que c'est vous-même que je vais recevoir dans ce sacrement , vous-même qui , étant né pour moi dans une crèche , avez voulu mourir pour moi sur la croix, et qui , glorieux dans le ciel, ne laissez pas d^étre caché sous ces espèces adorables : je le crois, mon Dieu , et je m'en tiens plus assuré que si je le. voyois de mes yeux , parceque mes yeux me pourroient tromper, et que votre parole est infaillible. Quoique mes sens et ma raison me disent le contraire , je renonce à mes sens et à ma raison , pour me captiver

SUR LA COMMUNION. Wi

9008 TMàuxace de la foi ; et s'il fiilloit soaffinr mine morts pour la eonfossion de cette vérité, aidé devotre graoe, Seigneur , je les soafiH^ rois, phitAt que de démentir sur ce point ma créance et ma religion. IT. D'une adoration respectueuse, qui est comme la suite natarelle de cet Me de fin : car , puisque c'est Jésus-Christ même que tous allez recevoir, il est juste que vous lui rendiez auparavant l'hommage que TOUS lui devez,, comme à votre souverain et à votre Dieu ^, àr l'exemple des premiers chrétiens, qui, selon le témoignage de saint Au* gosdii , ne recevment jamais la chair du Sauveur dans les sacrés mystèresy sans l'avoir premièrement adorée. Ainsi, pendant que le prêtre oâëbre, mais paErtîculièrement à l'élévation de l'hostie, vous répéterez souvent d'esprit et de cœur ces paroles de saint Thomas : Jlfon Sei-gneur et mon Dieu (JoAir. , 90); adorant Jésus-Christ sur Tautel, comme les Mages l'adorèrent dans retable deBethlëem, et lui protestant , avec aint Bernard, que plus il a voulu se fisiire petit pour se donner à vous, plus TOUS voulez avpir de respect, de zèle et de vénération pour Inî^ V. D'un profond anéantissement de vous-même, vous étonnant qu'on Dieu d'une si haute majesté daigne bien descendre du ciel pour vous visiter; disant, avec bîoD plus de sujet que la mère de saint Jean-Bapliste, lorsqu'elle reçut la visite de la sainte Vierge : EtxCùk menmê cet excè$ de bonheur ( Luc, 4 ), que mon Seigneur et mon DJea veuille venir à moi ? ou , comme le centenier : Ah! Seigneur, je ne smpai digne que vou$ enîrie% dans ma nutison (Matth., 8); ou, ooBoie le saint homme Job : Etqu^esUceque l'homme^ Seigneur, pour être éléùé à urk telle gloire ( Job, 7) ? £t qui suis- je , moi pécheur, moi ver de terre, pour approcher d'un 0ieu aussi saint que vous; pour être assis à votre table, pour y manger le pain des anges, et pour y être nourri de votre ebair divine*?

VL D'une hnmbîei confiance : car si Jésus«Gbrist se plaît et^se tient même honoré que l'on se confie en lui , c*est particulièrement dans ce mystère, ob lui-même, sans réserve, se communique à nous. Or s'il se doimè lui-même, dit admirablement saint Paul , comment ne nous doonera-t-il pas tout Je reste? pourroit-il nous refuser quelque cbose^ en même temps qu'il se livre à nous? Vous devez donc considérer r£nçharistîe comme le trône de la miséricorde de Jésus-Christ , ou vous avez droit de vous présenter, pour lui exposer vos misères, vos foiUesseSy vosaveuglements^ vos erreurs, sûr que vous devez être de lai que pnr la vertu de ce sacrem«at , si vous n'y apportez point d'obstade, il vous fortifiera, il vous éclairera, il apaisera la violence de vos passions, il vous délivrera de vos mauvaises habitudesr : d'emporté que voua étiez, il vons fera parottre modéré ; de tiède, il vous rendra fervent; de charnel et de mondain, il vous changera en homme spi* rituel et chrétien. Vons approcher, dis-je, de Jésus-Christ avec cette espérance, fondée sur sa puissance infime et sur son infinie bonté : car B'étes-vow pas, lui diresb-vous, 6 pou Dieu ! le maître de mou cœur?

V» Sm iA GOUMUIVION.

tt qil9^4 ww oieiir «^ra-t-il plus atisoiameiit dans voire dispmtioii» qffi qtts^iid vous y serez eqtré p£ir votre adorable sacremeot ?

VI^. D*uDe crainte filiale , dont îl faut que cette confiance soit a^çootnpisgnée, comme si vous disiez à Jésus-Christ : Mais ne serois^je point « <limon Sauveur, assez malheureux pour .avoir dans moi ua péché secret qui fût un enipécbement à toutes les grâces que vous me vpulez faire? ne serois-je point un Judas» pour vous donner aujourd*tiui le baiser dé paix» et pour vous trahir demain? ne vous reoe- Yipois-je point comme lui dans Tetat d'une conscience criminelle? et au lieu de venir à moi» comme à un disciple fidèle» n'y venez* vous point avec horreur et avec indignation » comme k un «mnemi caché? Si cela était, |ih ! je vous dirois, comme saint Pierre : BeAreT^vou» de moi» Sfiignéur (Luc, ë), parceque je suis un sacrilège et un impie; maisla même confiance que j'ai en vous me fait espérer, Seigneur» que voua m*^vez remis mon péché» et qu'ensuite» tout indigoeque Je suis» vous iS^ me rejetterez pas de votre présence.

' YIU* uQu désir ardent de recevoir Jésus-Christ : car l'une des dispositions les plus nécessaires pour bien communier» c*est de le de- ^rer; comme l'qne des meilleures dispositions pour profiter d'une ^jai^ds» c'est de la manger avec appétit. Vous témoignerez donc à fi(o(re Seigneur» non seulement le désir» mais» s'il est possible» l'im* patience et lempressement que vous avez de Vjmis unir à lui dans ee< sacrement» en lui disant, comme les patriarches de l'ancienne loi qui^ attendaient ssi venue : Kenex i. Sdgnmtr, et ne uurdeA ptu ëapimiÊge {Psatm. 39) ; venez prendre possession de mon cœur» il est tout prêt» et.il ne peut être rempli que de vous : ou » comme le Prophète royaè^ dj^ns ce Psaume qui convient si bien à une ame chrétienne» au moment qu'elle approche de h communion : De mime que le cerf 90ujÊire aoet arimr apriê let zowtces des eaux , mon ame iauphre uprèi vous, mon

l\. l>uae fervente contrition qui achève de sanctifier votre ame» et qui la mette dans ce degré de pureté où elle doit être pour devenir digne de JésusrChrist ; vous servant pour cela desparoles affectoeosea (fe ce saint rpî pénitent : J'espèpe» Seigneur, que vous m'aves déjà lavé par le sacrement de pénitence ; mais làve^n-mei encore dotiat»loge, <i fH^rifieZf-moidenêuveau de toutcê les soutUuret de mon pèebê (Bëolm. 50)» afin que je sois en état de me présenter à voua. Ctéem dont vm un cœur ^mr, et renouvelez juêqu'^ a» ^nd de mes enirnàUes cet esprit de droiêure et de justice (Ibid.), sans lequel toute la dévoticia dont je me sens touché en communiant ne seroît que mensonge et illusion. Comme le pédié, 6 mon Dieu , est l'unique chose qui paisse vous déplaire en moi» je le déteste et l'abhorre» parcequ'il vous déplaît. Qmnd il ne me readroit point d'ailleurs sujet aux châtimeHii terribles et effroyables dont veure jostioe le punit» et quand il ne om* riterott point f enfer, il nie suffit» peur l'avoir en eomeiittioB» qu'il

SUR LÀ COMMUNION. iOS

m'éloigne de toos, et qa'tl empèohe qoe vous ne voue uiûssieE i moi par le sacrement de votre corps.

X. D'an parfait amoar : car si vous êtes obligé d'aimer Jésus- Ciirist de tout votre cœar, et de cet amoar de préférence qui vous est commandé par la loi divine, beaucoup plus devez-vous lui en donner des marques dans ce sacrement, qui est singulièrement et par excellence le sacrement de son amour et de sa cbariié envers les hommes. Il faut donc vous imaginer que» dans le moment de la communioD, Jésus-Christ vOus demande, comme à saint Pierre : M'ornezvous (ioAN., 31)? et ensuite lui répondre avec la méoie ferveur que cet ap6tre : Oui^Set^ncttr, vous savez que je vous aime (Ibid). Mais la protestation sincère que je Vous lais aujourd'hui est que je veux vous aimer d'un amour solide let effectif, qui ne consiste pas simplement dans les paroles, mais dans raccompUisement de mes devoirs, dans l'observation exacte de vos commandements, dans un attachement inviolable i votre Joî, dans la crainte de vous offenser, dans la fuite de tout ce qui vous déplaît, dans un renoncement étemel aux fausses maximes du monde, et à tout ce qui est contraire au christianisme que je professe.

XI. D'une attention particulière aux paroles du prêtre, lorsqu'il vous présentera le corps de Jésus-Christ , et qu'il vous dira : Que le corps de Noire Seigneur Jésus^ChrisL garde votre ame jusque dans la vie èiemeile (Ibid.) I paroles qui doivent faire sur vous une vive impression, en vous fusant comprendre la fin pour laquelle vous communies, qui est de persévérer dans la grâce; c'est-à-dire de ne pas cdmmooier simplement pour observer pendant quelques jours une cer- Uine régularité de vie, mais pour être constamment fidèle à Dieu , et vous nuiioienir dans l'état où vous a mis le sacrement de Jésus-Christ, en aorte qu'il soit maintenant pour vous un -gage de la vie étemelle.

XII. D^une prière courte, mais affectueuse, que vous ferezà Jésus- Christ, le conjurant de suppléer pa»sa grâce à tous vos défauts, et de mettre lai-mémedans votre cœui^ les dispositions nécessaires pour le bien recevoir ; reconnoissant avec humilité que, quoi que vous ayez fut pour c^ j voes êtes toujours infiniment indigne de ce sacrement.

§ m. Avis pour te temps qui suit la commumon,

h Sortir de la sainte table avec un profDnd respect de la présence de Jésus-Christ, qui est an Uiilieu de votre cœur, et dont il est vrai de dire dans ce moment-là que la plénitude de sa diVinilé habite eik vous corporeiiement. £tre quelque temps dans le silence, comme saisi d'admiration des choses qui viennent de s'accomplir en vons, et vous considérant vous-même comme le tabernacle vivant où réside alors le Saint des saints : pensée admirablement propre pour vous tenir dans un parfait recueillement, et pour arrêier toutes les distractions de votre ssprii, qui ne pourroient ètrealors que criminelles; comme si Jésus- Christ vous disoît : ÀppliqucX''Vout à me contempler, et reçonnoissesi

1U4 SU& LA COiUMUfUON.

que je suis votre Dieu (Psalm, 45), puisqu'en venu de ce mystère vous en avez une expérience si sensible.

D. Goàter le bonheur et l'avantage que vous avez de posséder Jé- «tt»-Christ, qui est votre souverain, et qui^ par la communion, se fiait le gage de votre béatitude, comme il en doit être l'objet pendant toute Téternité, vous appliquant ces paroles du Psaume : Goûtez^ et voyez combien le Seigneur est doux (Ptalm. 33). Il est glorieux dans le ciel, il est tout-puissant sur la terre, il est terrible dans les enfers ; mais il est doux dans ce sacrement , et la doucefur dont il y remplit les âmes justes est le caractère de sa divine présence. Ah ! mon Dieu , lui direz-vous, que le goût des saintes déUces qqe vous me faites maintenant sentir m'ôte pour jamais le goût des douceurs criminelles et des plaisirs du monde, qui ne font qu'empoisonner mon cœur et corrompre ma raison ! Que cet avant-goût que vous me donnez de votre paradis, dans l'adorable Eucharistie, corrige en moi tous les goûts dépravés.de mes passions, qui me font aimer ce que je devrois souverainement h^ïr, et qui me font préférer, aussi bien que l'enfant prodigue, la nourriture des pourceaux, cesl-à-dire ce qui contente ma sensualité, aux véritables biens que Vous communiquez à ceux qui s'attachent à vous. Entrez dans le sentiment du saint vieillard &méon, lorsque, pour comble de ses désirs, il vit JésusrCbrist entre sesl)ras : C'est maintenant f Seigneur ^ que j'aurai la comolation de mourir en paix (Luc, 2), puisque non seulement mes yeux vous ont vn, mais que mon ame vous possède, et que ma chair est pénétrée de vous, qui êtes la source de la vie.

m. Faire après la communion ce que David pratiquoit si sainte* ment : J'écouterai ce que le Seigneur dira au^dedansde moi {Psalm. S4). Car c'est proprement alocs qu'il est dans vous; et si vous vous rendez attentif) il ne manquera pas de parler secrètement à votre cœur pour vous dire bien des choses àuxcmelles vous ne pensez pas, et que vous vous dissimulez à vous-même, mais dont il vous fera coavenir. Par exemple, il vous reprochera certaines infidélités où vous tombez, certains désordres dans lesquels vous vivez , certaines l&faetés que vous ne vous efforcez pas de vaincre ; il vous dira en quoi il veut que vous changiez de conduite, ce qu'il veut que vous lui sacrifiiez, à quoi il veut que'vous renonciez. En un mot, lui-même s'expliquant immédiatement à vous, et remuant tous les ressorts de votre coniscience, il vous déclarera ses volontés^ mais d'une manière dont il sera impossible que vpus ne soyez touché, aussi bien que convaincu. Dites-lui donc alors, comme Samuel : Parle* , Seigneur^ parcgque votre serviteur écoule {i. Reg,,ù)*

IV. Vous acquitter du principal devoir que Jésus-Christ attend de vous après la communion, qui est de lui témoigner votre reoonnoissaote pour le^ bienfait inestimable que vous venez de recevoir de lui. Car quelle ingratitude ne seroit-ce pas, si , rempli de ses dons et de

lownénie, vous n'en aviez aucun seniiment? et ne mériteriez-tons pas d'éûre regardé comme un monstre de la natnre, si an amour aussi par* fait que le sien ne troavoit dans votre ame aucun retour? Ak! Sei' gneur, devez-vous lui dire, que ma main droite s'oublie elle-même, si je vous oublie jamais; et que ma langue demeure attachée à mon palm^ si je ne me souviens éternellement de vous (Psabn. i36 ). J'ai été un bfidèle, j'ai été un Iftche» j'ai été un prévaricateur ; mais je ne- veux pas être un ingrat ; et puisque le sacrement de votre corps est une vé* ritaUe Eucharistie, c'est-à-dire un sacrement d'action de grâces, non seulement je veux vous marquer, par toute la suite de ma vie, corn* bien je vous suis redevable de l'avoir reçu ; mais je veux même qu'il me serve pour vous remercier de tous les antres biens que vous m'a* vez faits' et que vous continuez à me faire. Car que vous rendrai-je, 6 mon Dieu, pour 'avoir usé envers moi de taot de miséricorde; et par où pois-je reoonnottre les obligations excessives que je vous ai, les grâces àdnt vous m'avez comblé , les marques singulières de pro» tection par où vous m'avez distingué, sinon en participant à ce calice mystérieux de votre passion? H'avez-vous enseigné un autre moyen que celui-là pour répondre avec quelque sorte d'égalité à votre charité infinie? Si je suis assez heureux pour avoir communié en état de graœ, ne puis-je pas me consoler dans la pensée que, vous offrant vous-même à vous-même, puisque vous êtes maintenant à moi , je satisfais pleinement à tout ce que je vous dois?

V. Faire à Jésus-Christ une (Âlation entière de votre personne, lui protestant qu'après Tavoir reçu dans la communion , vous n^ voulez plus vivre que pour lui, afin de vérifier sa parole : Celui qui mange ma duûr vivra pour mot ( Joan.6,) ; que vous ne voulez plus avoir de pensées, former de desseins, exécuter d'entreprises, que dans Tordre de la parfaite soumission que vous lui devez ; que vous ne'voulez plus employer votre santé, vos forces, les talents de votre esprit^ votre autorité, votre crédit, vos biens, enfin tout ce qui dépend de vous,, que pour les intérêts de sa gloire : lui assujettissant toutes les puissances de votre ame, en sorte qu'il en soit le maitre , et qu'il y ^gne absolument ; et afin que cette oblation ne soit pas vaine et d'une pure spé» culation, la réduisant en pratique par l'examen que vous ferez de vousmême : c'est-à-dire que si vous étiez assez malheureut pour avoir quelque attache dans le monde, vous en fessiez le sacrifice à Jésus- Christ dansée moment-là, en lui disant: Non, Seigneur/ après la faveur singulière dont vous venez de m'honorer, je ne souffrirai pas qu'il y ait rien dans moi qui puisse partager mon cœur entre vous et aucun être créé.

Yl. Demander à Jésus-Christ, tandis qu'il est encore au milieu de vous, toutes les grâces dont vous avez besoin ; le forçant par une aimable et sainte violence à vous les accorder, et lui disant, comme Jacob disoîl à l'ange : Non, je nç vous laisserai jKnnt aUer que vous ne

m* ayez donné votre bénidictian (Genei. , 32). Je ne vous demande point, Seigneur, iai ajoaterez«\oas, des grâces temporelles, de la réputation, des honneurs, des prospérité, des richesses : tout cela ne servkoit peut-être qu'à me perdre. Je vous demande les grâces de mon salut , un esprit humble et un cœur chrétien ; je vous demande la haine du péché, une horreur éternelle de l'impiété et du libertinage, la crainte de vos jugements, et par-idessus tout votre saint amour. Je vous demande la force et la solidité de l'esprit, qui m'est nécessaire pour me préserver de la corruption du monde , pour ne me pas lais* ser emporter au torrent de la coutume, pour résister à la tentation et au scandale du mauvais exemple, pour me mettre au-dessus du respect humain, pour me défendre du poison de la flatterie, pour n'être pas esclave de l'ambition, pour ne point succomber à Tintérêt, peur éviter les pièges funestes que le démon de la chair me tend de tous côtés , pour conserver, au milieu ries dangers auxquels ma condition m'expose, la liberté et la pureté de ma religion; enfin , pour pouvoir tout à Ja fois être ce que je suis et ce que votre providence m'a feit ■altre, et être chrétien. Voilà , mon Dieu , les grâces qui me sont nëeessaires. J'ai droit en tout teinps de vous les demander ; mais quand vous les demanderai'je avec plus de foi et plus d'assurance de les obtCDir^ que maintenant que je vous possède, vous qui en êtes l'auteur?

VU. Former de saintes résolutions sur les points partienlîers où vous aurez reconnu que Dieu demande de vous quelque changement et quelque réforme de vie : par exemple, sur le déiiaut le plus notable que vous avez à corriger, sur l'habitude la plus vicieuse que vous devez combattre , sur l^occasion la plus prochaine du péché dont vous voulez sortir. Et afin que ces résolutions soient plus solides , les concevoir en présence de Jésus*Ghrist, qui, dans le fond* de voire cœur, les ratifie et les accepte, comme si vous lui disiez : Oui, Seigneur, c'est à vous*même que je m'engage; et je veux bien que vous vous ële<viez contre-moi, si les promesses que je vous fais ne sont sincères et véritables, /'ot juré, é mon Dieu, de garder la or€U)nnances de votre divine ioi (Psalm. il8). J'ai juré d'être plus régulier et plus exact dans mes devoirs de chrétien, d'avoir plus de charité pour mon prochain, dé retrancher en moi la liberté que je me donne de parler d'autrui, etc. J'en ai juré;et c'est vous-même>que je prends à témoin de ce serment, afin que vous le confirmiez , et que votre sacrement adorable que je viens de recevoir en soit cooome le sceau qu'il ne me soit jamais permis de violer, à moins de passer devant vous pour un parjure et pour un anathème.

VIII. Vous exciter à la persévérance chrétienne, qui doit être Tnn des principaux fruits de votre communion, en vous demandant à vous-même, comme saint Paul : Qui est-ce qui pourra désormais me séparer de Jésta^Clurist (itom., 8), après m'être uni à lui si étroitement? Puis vous répondant avec les paroles du même apôtre : Non,

je suis sûr que ni la mort, ni h vie, ni taprospifiti, ni t adversité, ni la grandeur, ni C abaissement, ni quelque autre créature que ce soit, ne me séparera jamais de lui {Rom. , 8) . Ce n'est point, mon Dieu, par un esprit de présomption que je parle ainsi; je connois ma misère et mon néant, et je sais que si vous m'abandonniez à moi-même, je retomberois dans Tabio^ de toqs mes d^^ovflres. Hais , uni à tobs eqqime je le sois par votre sacrement , j'ai droit de m' élever au-dessus de m<M, et de me promettre que, tout inconstant et tout fragile que je puis être, je persévérerai dans votre aamûur et dans la possession de votie grâce.

IX. Accomplir réellement, dans la suite de votre vie, ce que vous vous êtes proposé dans la çommimion, vous oomportant de telle sorte qu'après avoir communié, vous puissiez encore dire , Comme saint Paul : M m; vim wm, ce uesi plus moi, c'est Jisus^Ckrist gui vit en moi (Guiat., 3) ; voas souvenant que le plus grand de tous les scandales, selon Je jugement même du monde, est de voir un chrétien qui communie, mais dont la conduite n'en est pas pour cela plus chrétienne ni plus cdifiapte. 11 faut donc, puisque Jésus-Christ vit en vous par la communion, que ce soit lui qui désormais agisse en vous ; c'està-dire qui vous fasse penser, agir et parler, et qu'il n'y ait rien dan» toute vôtre conduite qui ne soit digne de lui. Car si après 1^ communiop voua wm^ POinoM aiipar^y^t, dans 1» désqrdfff) d'une vie Udie ou liberiiae ; ci vos pensées étoieat aussi mondaintt , vos paroles ansi dissolues, vos actions aussi dératées qu'elles étoient avant que vous eussiez éoramunié ; ce que Salvien disait autrefois se vérifieroit dans vous à la lettré, savoir, que Jésus-Christ recefroit en vous ^e la confusiofi et de la honte , puisqu'il lui seroit hqntèux qu'une langue, par exemple, qui a été sanciifiée par le sacrement de so^ corps, profit eop^r^ 4^^ paroles lascives ^t impulses ; q^'ttn cœur dont il a Kàit sa demeure f(it encore rempli de mauvais désirs.

X. Eeioarqiw*» ^t^ s'il es\ possible, mettre par écrit, après la eoiii* munioD, c^tains aeatilneiits piiis tendres et plus affectueux dont vous avez éca louohé à la sainte table : afin que, s'il vous arrive ensuite de tomber dans la sécheresse, ou même dans le relâchement et dans h tjédeur, voi|S puissiez vous#animer par le souvenir des choses qui ont fait alors impression sur votre esprit. Car vous profiterez ainsi de l'avis salutaire de D^vid, co.pçi} dans ces paroles dq Psaiifne : Les saintes pensées dont votre cœur ^ été f eippÛ dans la cpmmunion , étai^t r^ Giji^ies et çpn^yéei), coo^me ^uisiui de prccieuseê r^ues, vouâ fenm unnouMoujourée fite^ autant de fois que. vous y aurez recours et qwfMS les rappeUertz.

PEÇiSÉES

SVl DIVBSS 8CJITS

Page 1