‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 35 sur 225 · IM NÉCESSITÉ DU SALUT · texte numérisé non relu

IM NÉCESSITÉ DU SALUT

m 098 flwmHe béatitsde, qnî est le salatl YoSt Mf qttMJè Ma obligé de me détenniDer, saos qu'il y ait aucan tempérament à firetldre. Le ciel on l'enfer, point d'autre destinée. Si je me sauve , le ciel est à moi , et il ne me sera jamais ravi ; si je me damne , Tenfer devient irrémissiblement mon partage « et jamais je ne cesserai d'y souffrir ; car la mort n'est point pour nous un anéantissement : ce n'est point , C(»ame pour la béte, une destruction totale; au contraire, l'homme en mourant ne fait que changer de vie : d'une vie courte et fragile, il passe à une vie immortelle et permanente ; vie qui doit être pour les ^118 le comble âe la ftlieitë et le souverain bien , et vie qui sera pour les réprouvés la souveraine misère et Tassemblage de tons les maux. Ainsi Dieu, dans le conseil de sa safj^sse, l'a-t-il arrêté, et ses décrets sont irrëvocstbies. Voilù ma créance, voilà ma religion, ^De là même, affaire tellement nécessaire, qu'il ne m'est jamais permis, en quelque rencontre que ce soit, ni pour qui que ce soit, de l'abandonner. Un père peut sacrifier son repos et sa santé pour ses enfants; un ami peut renoncer à sa fortune, et se dépouiller de tous ses biens pour son ami ; bien plus , il peut , en faveur decet ami , sacrifiei* jusqu'à sa vie. Jlais s'agit-il du salut, il n'y a ni lien du.sang et de là nature, ni tendresse paternelle , ni amitié si étroite qui puisse nous «ntoriser à faire le sacrifice d*nn bien supérieur à toute liaison humaine et à toute considération.

Plutôt que de consentir à la perte de mon àme, je devrois, s'il dëpendoit de moi, laisser tomber les royaumes et les empires; je devrois .laisser périr le monde entier. Et ce n'est point encore assez : car, selon les principes de la morale évangëlîque, et selon la loi de la charité •que je me dois indispensablement à moi-même, non seulement il ne n'est point libre de sacrifier, en quelque manière que ce puisse être , non saint , mais il ne m'est pas même permis de le hasarder et dé i'exposer. Le seul danger volontaire, si c'est un danger prochain, est vn crime pour moi; et quoi qu'il m'en pût coûter, ou pour le prévenir, ou pour en sortir, je ne devrois rien ménager ni rien épargner, fallût-il en venir à toutes les extrémités; fallût-il quitter père, mère , frères, sœurs; fallût-il m'arracher l'œil ou me couper le bras : pourquoi cela? toujours par cette grande raison de la nécessité du salut , qui prévaut à tout et l'emporte sur tout.

Allons plus loin, et, pour nous faire mieux entendre, réduisons «eci à quelques points plus marqviés et plus ordinaires dans la pratique. Je prétends donc que cette nécessité du salut, bien méditée et bien comprise, est, avec le secours de h grâce, le plus prompt et le plus puissant préservatif contre toutes les tentations dont nous pouvons être assaillis , chacun dans notre état. Mais sans embrasser trop de choses, et sans nous engager dans un détail infini, bornons-nous à certaines tentations particulières, plus communes, plus spécieuses, plus violentes, qui naissent de la nécessité et du besoin où Pou petit se

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troofer en mille oocMom, par rapport aux biest temporels et aax

avantages da siècle : je m'explique.

Il y a des extrémités fâcheuses où se trouvent réduits une infinité de personnes : et que fait alors Tennemi de notre salut» ou pour mieux dire , que fait la nature oorrompue? que fait la passion et IV mour-propre, plus à craindre mille fois pour nous que tous les dé* moDS? C'est dans des conjonctures si critiques et si périlleuses que tout concourt à nous séduire et à nous corrompre. Le prétexte de la nécessité nous devient une prétendue raison dont il est difficile de se défendre » et la conscience n'a point de barrières si fortes que cette nécessité ne puisse nous faire franchir. Par exemple, on manque de toutes choses, et pourvu qu'on voulût s'écarter des voies de l'équité et de la bonne foi, on ne maoqueroit de rien : on auroit non seulement le nécessaire y mais le commode , et on l'auroit abondamment. On iroit déchoir sa famille de jour en jour, elle est sur le point de sa ruine ; et pourvu qu'on voulût entrer dans les intrigues criminelles d'ua grand et seconder ses injustes desseins , on s'en feroit un pa« tron qui la soutiendroit et l'élèveroit. On est embarqué dans une affaire de conséquence : c'est un procès dont la perte doit causer un dommage irréparable ; \\ est entre les mains d'un juge accrédité dans sa compagnie : et au lieu de solliciter ce juge assez inutilement, si Ton vouloit t aux dépens de la vertu , écouter de sa part d'autres sollicitations et y condescendre , on pourroit ainsi se procurer un arrêt favorable et un gain assuré. On a un ennemi dont on reçoit mille chagrins ; c'est un homme sans raison et sans modération» qui nous butte en tout, qui nous persécute ; et si l'on vouloit user contre lui de certains moyens qu'on a en main , on seroit bientôt à couvert de ses atteintes. Quel empire ne faut-il pas prendre sur soi et sur les mouvements de son cœur, pour ne pas succomber à de pareilles tentations, et pour demeurer ferme dans son devoir ?

Car, encore une fois , de quoi n'est-on pas capable quand la nec^sité presse , et à quoi n'at-elle pas porté des millions de gens qui du reste avoient d'assez bonnes dispositions , et n'étoient de leur fonds ni vicieux ni méchants ? De combien d'iniquités lu pauvreté et l'indi^ gence n'est-elfe pas tous les jours le principe ? combien a-t-elle fait de scélérats , de traîtres, de parjures, d'impies , d'impudiques , de ravisseurs du bien d'autrui , et de meurtriers qui sans cela ne l'anroient jamais été , qui ne l'ont été en quelque manière <pie malgré eux et qu'avec toutes les répugnances po&bibles; mais enfin qui l'ont été, parcequ'îis ont cru y être forcés ? Non seulement ik l'ont cm, mais (le là souvent ils se sont persuadés que jusque dans leurs crimes ils étoient excusables ; et voilà ce qui rend encore la nécessité plus dangereuse. On se fait aisément de fausses consciences , on étouffe tous les remords du p^ché , on se dit à soi-même que, dans la situation où l'on est et dans toutes les circonstances qui l'accompagnent , il n'y a

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point de loi , el que tout est permis ; on exagère cet ëtat, dont on veut se prévaloir, et Ton prend pour dernière extrémité et pour né« cessité absolue ce qui n'est que difficulté, qu'incommodité, que l'effet d'une imagination vive et d'une excessive timidité. Quoi qu'il en soit, tout cela mène à d'étranges conséquences , et les suites en sont af« freuses.

Or quel est pour nous , en de semblables attaques , le plus solide appui et le soutien le plus inébranlable? le voici. C'est de se retracer fortement le souvenir de cette maxime fondamentale : // n'y a qu'une chose néceuaîre (Luc, iO) ; c'est de s'armer de cette pensée, selon la figure de l'Apôtre, comme tfune cmrasse, comme ttun auque, conmie flf tm bouclier qui résitte aux traits les plus enflammés {Ephes., 6), de l'esprit tentateur, et que rien ne peut pénétrer. C'est , dis-je, d'opposer nécessité à nécessité , la nécessité de sauver son ame , qui est une nécessité capitale et souveraine, à la nécessité de sauver sa for* tune , de sauver ses biens, de sauver sa vie.

Car je dois ainsi raisonner : It est vrai , je pourrois rétablir mes affaires, si je voulois relâcher quelque chose de cette intégrité si exacte et si sévère , qui n'est guère de saison dans le temps où nous sommes, et qui m'empêche de faire les mêmes profits que tant d'antres : mais en me rétablissant ainsi selon le monde je me perdrois selon Dieu , je perdrois mon ame : or il la faut sauver. Il est vrai , si je ne me rends pas à telle proposition qu'on me fait, je choquerai le maître qui m'emploie ; j'aliénerai de moi le protecteur qui m'a pbcé , et qui peut dans la suite me faire encore monter plus haut ; je serai obligé de me retirer, et n'ayant plus personne qui s'intéresse pour moi , ni qui m'avance, je resterai en arrière ; et que deviendrai-je? Il n'importe : en acquiesçant à ce qu'on me demande, j'offenserois un maître bien plus puissant que tous les maîtres et tons les potentats de la terre, et pour conserver de vaines espérances, je sacrifierois un héritage éternel, je sacrifierois mon ame, et je la damnerois: or il la fout sauver. Il est vrai , l'occasion est belle de me tirer de l'oppression oii je suis, et d*abattre cet homme qui ne cesse de me nuire et de me traverser; mais, en me délivrant des poursuites d'un ennemi qui , malgré toutes ses violences , et quoi qu'il entreprenne contre moi , ne peut après tout me foire qu'un mal passager, je me ferois un autre ennemi bien plus redoutable , qui est mon Dieu, et qui, de son bras vengeur, peut également et pour toujours porter ses coups sur les âmes comme sur les corps. A quoi donc exposerois-je mon ame? or il la faut sauver. Il est vrai , ma condition est dure, et je mène une vie bien triste; je n'ai rien , et je ne vois point pour moi de ressources. On me fait les offres les plus engageantes, et si je les rejette , me voilà 'dans le dernier abandonnement et dans la dernière misère; mais d'ailleurs je ne les puis accepter qu'au préjudice de l'honneur, et surtout qu'au préjudice de mon ame : or il la fout sauver. Oui , il le fout.

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et à qadque prix que ce soit , el quelqoe peitte qv'il y ait i subir. II le iàat, et quelque infortune , quelque décadence » quelque malheur qoi en doiye suivre par rapport aux intérêts humains. Il le faut» car c'est là le seul nécessaire » le pur nécessaire. Encore une fois , je dis le pur» le seul nécessaire , parcequ'en comparaison de ce nécessaire , rien n'est proprement ni ne doit être censé nécessaire » paroeqne dès qu'il s'agit de ce nécessaire , toute autre chose qui s'y trouve en quelque sorte opposée cesse dès-lors d'être nécessaire ; parceque c'est à ce nécessaire que doivent se rapporter, comme à la règle primitive et invariable , toutes mes délibérations , toutes mes résolutions , tontes mes actions.

Ce fut ainsi que rsûsonna la chaste Snsanike , lorsqn'dle se vitatta* quéè de ces deux vieillards qui voulurent la séduire , et qui la mena- Coient de la foire périr» si eue ne constintoit à leur pasrion. Que foirois-je, dit-elle, dans le cruel embarras oii je suis? quelque parti que je prenne, je ne puis éviter la mort : mais il vaut mieux que je périsse par vos mains que de pécher éû la présence de mon IHeu, et de périr ëtemellement par l'arrêt de sa justice. Ce fut ainsi que raisonna le générjeux Éléazar, lorsque de foux amis le soUicitoient de inanger des viandes défendues selon la loi , et de se garantir par^là dé la colère da prince. Ah ! répondit ce zélé défenseur de la religion de ses pères, ca obéissant au prince et en suivant le conseil que vous me donnez» je pourrois , pour le temps présent , me sauver du supplice où je suis coiulaiiiné , et prolonger ma vie de quelques années ; mais , vif ou mort, je ne me sauverai pas des jugements formidables du Tout- Puissant ; et qu'y a4-4l de si rigoureux que je ne doive endurer, plutftt que d'encourir sa hajne et de renoncer à ses promesses? C'est ainsi que raisonnoit saint Paul, ce vaisseau d'âection , et ce docteur des nations. Il se représentoit tout ce qu'il y a de plus effrayant, de fAua afHigeant , de plus désohint. Il supposoit que la tribulation vint fondre sur loi de toutes parts ; qu'il fuit accablé d'ennuis , pressé de la foim, tourmenté de la soif, environné de périls, comblé de malheurs; qu'il fôt abandpnnéaux persécutions, aux croix, aux glaives tranchants; que, dans un déchaînement général^ tout l'univers se soulevât contre loi, la terre, la mer, toutes les puissances célestes, toutes les puissances infernales, toutes les puissances humaines : il le supposoit, et à la vue dé tout cela Us'éerioit : Qui me êéparera de la charité de Jénu-Chmi ? Il alknt plus loin; et, par Ja force de la grâce qui le tnmsportoit, s'élevant au4essus de tous les événements, il osoit se répondre de lui-même, et ajoutoit : Je le tais ^ et j'en <iût cerloîti^ que td la mort, m la vie p ni (es ottjes, ni les principautéi , ni le présent ^ ni r avenir , m cequHl y a de plus haut , ni ce qu'il y a de plus bas^ ni quelque créature que ce séU, ne pourra me détacher de l*anumr de Dieu, mon Seigneur et mon Sauveur (Apm., 9lj. Voilà conune en parloit ce grand apôtre. Et d'oiilui venoit celte constance et cette fermeté insurmontable? cTest B. 5. 8

it* NÉCESSITÉ DU SALUT.

qa'il eoBoeTOÎt de qud intérêt et de quelle nécessité il étoit pour loi de sauver son ame » en se tenant toujours étroitement et inséparablement attaché au Dieu de son salut.

Ce sont là , dit-on , de beaux sentiments » ce sent de belles réflexions; mais, après tout, on ne vit pas de ces sentiments ni de ces ir^exîons; et cependant il faut vivre. Avec ces réflexions, on ne fldt rien ; et toutefois , il faut avoir quelque chose , il feut feire quelque chose, il faut parvenir à quelque chose. J'en conviens, on ne vit pas de ces réflexions ; mais de ces réflexions on apprend à mourir si l'on ne peut vivre sans risquer le salut de son ame. Je Tavoue, avec ces réflexions on ne fait rien dans le monde, on n'amasse rien, on ne parvient à rien ; mais de ces réflexions on apprend à se passer de tout, si l'cm ne peut rien faire , ni rien amasser, ni parvenir à rien , sans exposer le salut de son ame. Disons mieux, on apprend de ces réflexions que c'est tout faire que de faire son salut , que c'est tout gagner que d'amasser un trésor de mérites pour le salut , que c'est parvenir à tout que de parvenir au terme du salut. Voilà ce que ces réflexions ont appris à tant de chrétiens de l'un et de Tautre sexe : car, malgré la corruption dont tous les états du monde ont été infectés, il y a toujours eu dans chaque état des fidèles de ce caractère prêts à quitter toutes choses pour mettre en sûreté leur salut ; il y en a eu , dis-je , et plaise au del qu'il y en ait toujours ! La nécessité du salut étoit*elle autre chose pour eux que pour nous ? y étoientik plus intéressés que nous ? Non , sans doute ; c'étoit pour eux et pour nous la même nécessité : mais ils y pensoient beaucoup plus que nous; et en y pensant plus que nous, ils la comprenoient aussi beaucoup mieux que nous. Pensons-y comme eux , méditotis-la comme eux , nous la comprendrons comme eux ; et en la comprenant comme ils l'ont comprise, nous en ferons comme eux notre afEaire essentielle, et nous y adresserons toutes nos préteniions et toutes no3 Vues.

Mais, hélas! oii les portons-nous? Quand je vois les divers mouvements dont le monde est agité , et qui sont ce qu'on appelle le commerce du monde; quand je vois cette multitude confuse de gens qui vont et qui viennent, qui s'empressent et qui se tourmentent , tonjoors occupés de leurs desseins , et toujours «n action pour y réussir et les conduire à bout; n'ayant que cela dans l'esprit, ne travaillant que pour cela ; n'aspirant qu'à cela:: au milieu de ce tumulte, j'irois volontiers leur crier avec le Sage : Hommeê dépourvus de sens, et aussi peu rtûsonnablei que des enfants à peine formés et sortis du sein de leur mère (Sap., 12), à quoi pensez- vous? que faites-vous? Hors une seule chose , tout le reste n'est que vamié (Ecctes,^ 1) ; et , par une espèce d'ensorcellement, cette vanité vous charme, cette vanité vous entraîne, cette vanité vous possède aux dépens de l'unique nécessaire ! Je le dirois aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres, aux savants et aux ignorants. Malheur à quiconque ne m'éotinteroitpas; et dès à pré*

eshme du salut. lis

MDt 9 malheur à quiconque demeare là-dessusiUms une indilSirenoe et un oubli qu'on ne peut assez déplorer !

KSIUIB no 8ALUT ET DE LA GLOiftE DU OEL, PAR LA VUE Kg

GRAlfUEURS HUlUraES.

Cest une morale ordinaire aux prédicateurs, d^inspirer du mépris

Eur toutes les pompes et toutes les grandeurs du monde. Us en font peintures les plus propres à les rabaisser dans notre estime et à les dégrader. De b manière qu'ils en parlent et dans les termes qu'ils s*en expliquent , ce ne sont que de vaines apparences , quç des fan* tomes et des illusions qui nous séduisent, et dqnt nous devons , autant qu*il est possible , détourner nos regards. A Dieu ne plaise que je prétende en aucune sorte déroger à la vérité et à la sainteté de cette mo* ralet Je Fai préchée comme les autres en plus d'une rencontre, et je suis bien éloigné de la contredire , puisque ce seroit me contredire moi-même. Mais après tout , quoi ^e nous en puissions dire, il faut toujours convenir que ces grandeurs et ces pompes humaines, si méprisables d'ailleiu*s, ne laissent pas d'avoir quelque chose en effet de pompeux et de brillant, quelque chose de grand et de magnifique; et c'est par où il me semble non seulement qu'il est permis , mais qu'il peut être très utile à un chrétien de les envisager, pourvu qu'on les envisage chrétiennemenf: Donnons jour à cette pensée.

Les deux, dit le Prophète rofal (Psabn. 18)-, uous annonceni la gloire de Dieu , et le firmament^ dont il est l'auteur^ nom fait eonnoUre t excellence de l'ouvrier qui Ca famié* Aussi est-ce en conséquence de ce principe , et conformément à cette parole du Prophète, que Tapôtre saint Paul reprochoit aux sages de l'antiquité de n'avoir pas glorifié Dieu selon la connoissaûce qu'ils en avoient par ses ouvrages. Car toutes les choses visibles, ajoutoit ce docteur des Gentils, tous les êtres dont nos sens sont frappés, et qui se présentent à nos yeux aveô leurs perfections, nous découvrent les perfections invisibles du souyeraiu maître qui les a créés : tellement que les philosophes mêmes du paganisme ont été inexcusables de ne ps^ rendre à ces perfections divines» qu'ils ne pouvoîeut ignorer, le juste tribut de louanges qui leur étoit dû. Or voilà, par proportion et suivant la même r^le, à quoi nous peut aor fîr la vue de ce que nous appelons grandeurs et pompes du flMude. Ce sont des images, quoii^u imparfaites, des grandeurs célestes, et de cette gloire qui nous est promise sous le.^erme de salut. GettDt des ébauches où nous.est représenté, quoique très légèrement» ce que Dieu prépare à ses élus dans le séjour de la béatitude. Ce sont, pour aias^ parler, comme des essais de la magnificence du Seigneur» qpi BOUS donne kjuger quelles richesses immeuses il versera dans le seîB de ses prédestinés , de quel éclat il les couronnera, de quelles dé« lices et de quels torrenu de joie il les enivrera {Psabn. 3S) » quand il lui pûra de les retirer de cette région des morts où nous sommes, et

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de les introdaire dans la terre des vivants ; quand il les fera sortir de ce désert où nous passons, et qu'il les recevra dans labienkeiirense Jérusalem ; quand il fera finir pour eux cet exil où nous languissons, et qu'il les établira dans leur glorieuse patrie r quand il leur ouvrira ses tabernacles étemels , qu'il en étalera à leurs yeux tontes les beautés , tous les trésors , qu'il les revêtira de sa divine clarté et les élèvera dans les splendeurs des Saints; enfin» quand il les mettra en possession de ce salut qu'ils ne voyoient auparavant que sam de$ figures énïg^ matiques et comme dam un miroir (1 . Cor. , 13), mais dont ilsconnottront alors le prix » parcequ'ils le verront et qu'ils commenceront à en jouir. Voilà f dis-je , de quoi les pompes et les grandeurs du siècle nous tracent quelque idée , et une idée assez forte pour exciter tout notre zèle à la poursuite du salut , et à la conquête du royaume de 0ieu. Car, d'une part, considérant ces grandeurs mortelles, et y en ajoutant même encore de nouvelles, autant que j'en puis iniaginer; et, d'autre part, consultant la foi et méditant ces paroles du grand Apôtre, que tœUfCajamaii rien vu, que l'ordUe iCa jamùîs rien entendu^ que U cœur de V homme n^ a jamais rienpensé m rien compris , qui égale ce que Dieu destine à ceux qu'il aime, et dont il sera éternellement aimé (1 . Cor,, 9), queUe conséquence dois-je tirer de l'un et de l'antre? Je m'attache au raisonnement de saint Cbrysostome , et je dis : Quelque mépris que je fasse delà terre et que j'en doive foire, i^ m'est toutefois évident que j'y vois des choses merveilleuses ; il ne m'est pas moins évideni qu'on m'en rapporte encore d'autres plus suprenantes et plus admirables ; et si je veux laisser agir mon imagination et lui donner l'essor » que n'est*eUe pas capable de se figurer au^essus même et de tout ce que je vois , et de tout ce que j'entends? Cependant ni tout ce que je vois , ni tout ce que j*entends , ni tout oe que je puis me figurer , non seulement selon les idées naturelles et raisonnables, mais par les fietions les plus excessives et les plus outrées , n'approche point de ce . que j'espère après cette vie, et de ce que Dieu a fait pour moi dans un autre monde que celui-ci. Quand je vois tout cela, quand je rèntends, que je me le figure, j'en suis charmé : mais tout oete néanmoins n'est point la gloire que j'attends ; tout cela ne peut être mis en comparaison avec la gloire que j'attends, tout cela n'est rien auprès de la gloire que j'attends; et si je mullipliois tout cela, si je le redoublois,sijerac* cumulois sans mesure , après y avoir épuisé tontes les puissances de mon ame et toutes les forces de mon esprit, tout cela seroit toujours infiniment au-dessous de la gloire que j'attends. Qu'est-ce donc^ mon Dieu , que cette gloire? qu'est-ce que ce salut? mais en ttiême temps. Seigneur , qu'est-ce que l'homme? et à qui appartient-il qu'à un Dieu aussi libéral et aussi bon, aussi puissant et aussi grand qtte vous l'êtes, de nous récompenser de la sorte, et de nous glorifier » non-seulement au-delà de tous nos mérites, mais au-delà de toutes nos connoissances et de toutes nos vues ?

ESTIME DU SALUT. il?

C'est aini qne raisonnoit saint Ghrysostome, et c^est ainsi que, par la vue des pompes humaines et des grandeurs du monde , j'acquiers la connoissance la plus sensible et la "plus parfoite que je paisse maint^ant avoir du sakit oii j'aspire et de la gloire qui m'est réservée dans le ciel i si je suis assez heureux pour y parvenir. Ne pouvant connoître présentement cette gloire par ce qu'elle est, je la connois par ce qu'elle n'est pas; et la connoissance que j'en ai par ce qu'elle n'est pas me dispose mieux que toute autre à la connoissance de oe qu'elle e^t.

Il ne s'agit donc point ici de déployer son éloquence en de vagues et de longues déclamations sur le néant de tout ce que nous voyons en oe monde, et de toutes les grandeurs dont nos yeux sont frappés. Avouons que ces grandeurs , quoique passagères , ont du reste en elles-mêmes de quoi toucher nos sens , de quoi attirer nos regards , de qaoi piquer notre envie, de quoi exciter nos désirs, de quoi allumer nos passions; avouons-le, encore une fois, et reconnoissons^le; mais pourquoi? afin qu'ensuite, montant plus haut, et noiis disant à nousmêmes. Ce n'est point encore là le bonheur qui m'est proposé , œ n'est point encore le saint héritage oit je prétends, nous concevions de cet héritage céleste et de ce bonheur souverain une idée plus noble et plus excellente. Quand saint Augustin voyoit la cour des empereurs de Rome, si superbe et si florissante ; quand il assistoit à certaines cérémonies où ils se montroient avec plus d'appareil et plus de splendeur, il ne disoit pas avec dédain, ni d'un air de mépris : Qu'esf-ce que ce faste et cette abondance? qu'est-ce que ce luxe et cette somptuosité? qu'est-ce que cet amas prodigieux de biens et de richesses? A s'en tenir au premier aspect, ce spectacle lui remplissoit l'esprit, le sttrprenoit et Fattachoit; mais de là bientôt passant plus avant et s'élevant à Diciu : Si tout ceci , mon Dieu , s'écrioit-il , est si auguste, qu'est-ce de vous-même? et si toute cette pompe se voit hors devons, qne verra-t-on dans vous? Telle devroit ét^ la méditation des grands. 11 n'y a personne à qui elle ne convienne; mais c'est aux grands que ce sujet est spécialement propre > parcequ'il leur est plus présent, ils sont beaucoup pins souvent témoins et spectateurs de la grandeur et de la majesté royale ; ils la voient de plus près qne les autres , et ils la voient dans tout son lustre. Or il leur seroit si utile et si £ftcile tout ensemble de faire ce que Eaisoit Moïse au milieu de la cour de Pharaon ! Le tiunulte et le bruit du monde , les grandes et différentes scènes qui Ifii passoient continuellement devant les yeux, ne loi filant jamais perdre de vue Tlnvisible, selon l'expression de saint Paul ; mais il en conserva toujours l'image aussi vivement empreinte dans son esprit que s'il l'eût vu en effet ce Dieu d'Israël , qu'il adoroit an fond de son cœur, et vers qui il tournoit tous ses desirs, comme vers la source de tous les biens et le dispensateur de tous les dons.

0 qu'on grand, inirtruit des vérités du christianisme, et jugeant

ii8 ESTIHE DU SALUT.

des choses selon les principes delà religion, feroitdesalutairesetde solides réflexions, quand dans une cour, comme sur un théâtre ouvert de toutes parts , il voit parottre tapt de personnages et de toutes les sor^ tes ; quand il voit tant de mondains et de mondaines que Tambition rassemble, et qui , tous à Tenvi, cherchent à se montrer, à se signaler par la somptuosité et la dépense , à tenir les plus hauts rangs, à jouer les plus beaux rôles; quand il vœt certaines fortunes , et tout ce qui les accompagne , tout ce qui les décore ; surtout quand, après mUh intrigues dont il ne lui est pas difficile de suivre les traces, et dont les ressorts ne peuvent être si secrets qu'il ne les aperçoive bien, il voit riniquité dominante , l'iniquité triomphante, l'iniquité honorée, ao* . créditée, toute puissante! S'il avoit alors une étincelle de foi, ou s'il la oonsultoit , cette foi où il a été élevé , et qu'il n'a peut-être pas perdue, que penseroit-il? que diroit^l? 11 entreroit dans le sentiment de saint Augustin ; il admireroit la libéralité de Dieu jnsques envers ses ennemis les plus déclarés. Mais, mon Dieu , conduroit-il , si c'est là sur la terre le partage des pécheurs, lors même qu'ils se tournent contre vous, qu'avez-vous donc préparé dans votre royaume pour ces bons et fidèles serviteurs qui ne s'attachent qu'à vous ? Cette afflnenoe , ce crédit , cette autorité, ces titres, ces dignités , ces trésors^ voilà ce que vous abandonnez indifféremment au vice et au libertinage ; voilà ce que vous accordez plus souvent qu'aux autres > et plus abondamment, à des réprouvés et à des vases décolère; voilà, pour m'exprimer ainsi, ce que vous livrez en proie à toutes leurs convoi* tises et à toutes leurs injustices : ah ! mon Dieu , que reste-t-il dono pour la vertu? que reste-t-il , ou plutôt , Seigneur , que ne reste-t-il point pour ces prédestinés en qui vous avez mis vos complaisances, et que vous avez choisis comme des vases de miséricorde ?

Heureux qui sait envisager de la sorte les grandeurs du siècle présent , et qui de là apprend à estimer les espérances et la gloire du mècle fotur! Il n'est point à craindre que ce présent l'attache, puisque e'est même de ce présent qu'il tire dé puissants motiis pour porter tous ses vçeux vers l'avenir. Quelque sensation que ce présent faine d'abord sur son cœur, elle ne lui peut être nuisible, puisqu'au contraire elle ne sert qu'à lui donner une plus grande idée de l'avenir où il aspire, et où il ne peut arriver que par un détachement véritaUe et volontaire de ce présent. Ainsi , tout ce que ce présent étale à saf vue d'écht , de charmes , d'attraits , bien loin de le détourner du salut , ne contribue qu'à l'affermir davantage dans cette maxime capitale : Que i erf-ti à [homme de gagner tout le monde , <'t( vient à se perdre lui^mime ; ef queUchange pourra le dédommager de lapertedeson ame (Matth., 46)?

Maxime sortie de la bouche de Jésus-Christ même, qui est la vérité éternelle ; maxime assez connue dans une certaine spéculation , mais bien peu suivie dans la pratique. Car voici l'énorme renversement dont nous n'avons que trop d'exemples devant les yeux , et qui croît

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