‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 43 sur 225 · VOLONTÉ DE DIEU, ETC · texte numérisé non relu

VOLONTÉ DE DIEU, ETC

que Dien » pskv une fiâveor singulière , a formé de nous un peuplç dirétien , c'est-à-dire un peuple qu'il a distingué de tous les autres peuples , et sur qui il paroît avoir des vues de salut plus eHicaces et plus expresses. Quand donc, ce qui n'est pas, et ce que je ne pourrois penser que par une erreur grossière; quand, dis-je, il y auroit quelque lieu de douter que Dieu voulût le salut de tant d'infidèles qui n'ont jamais reçu les mêmes lumières ni les mêmes dons que moi , dèslà qu'il a plu à la Providence de me faire naître de parents chrétiens, et comme dans le sein de la foi ; dèsrlà qu'au moment de ma naissance j'ai eu l'avantage , par la grâce du baptême , d'être régénéré en Jésfis-Christ , et que je suis devenu, par un droit spécial, l'héritier de son royaume; dès-là même que, par une prérogative qui me sépare de tant d'hérétiques sortis de la voie droite et engagés dans une voie de séduction , je me trouve au milieu de l'Église , en qui seule est la vérité, la vie, le salut : tout cela ne sont-ce pas , de la part de Dieu, des témoignages certains d'une volonté bien sincère de me sauver?

Il le veut ; mais ce salut si important pour moi , le veux-je? Il est bien étrange que , dans une affaire qui me touche de si près , et qui m'est si essentielle , on puisse être en doute si je la veux véritablement , ou si je n*y suis pas insensible. Quoi qu'il en soit , parceque Dieu veut mon salut et le salut de tous les hommes , que n'a-t-il pas fait pour cela? S'est-il contenté d'une volonté de simple complaisance, sans agir et sans en venir aux moyens nécessaires ? Du ciel même, et du trône de sa gloire , il nous a envoyé un Rédempteur ; ce Fils unique , ce Dieu-Homme , il l'a livré à la mort , et à la mort de la croix. Où n'a-t-il pas communiqué les mérites infinis de cette rédemption surabondante? à qui a-t*il refusé le sang de Jésus-Christ? et pour descendre encore à quelque chose de moins commun et de personnel par rapport à moi , dans son Église oii il m'a adopté et dont je suis membre , quels secours ne nie fournit-il pas ? que d'enseignements pour m'instruire , que de ministres pour me diriger, que de sacrements pour me fortifier, que de grâces intérieures, que de pieuses pratiques pour me sanctifier ! Voilà comment Dieu m'a aimé , voilà par où il me fait évidemment connoilre qu'il veut mon salut , et qu'il le veut sincèrement. Or, encore une fois , est-ce ainsi que je le veux ? je n'en puis mieux juger que par les effets : car si je le veux comme Dieu le veut , je dois par proportion y travailler comme Dieu y travaille ; c'est-à-dire que je dois user de tous les moyens qu'il me présente , et n'en omettre aucun ; que je dois éviter tout le mal qu*il me défend , et pratiquer tout le bien qu'il me commande ; que je dois être dans une vigilance et dans une action continuelle , pour profiter de toutes ses grâces , et pour mériter le saint héritage qu'il me destine , non point seulement comme un don de sa pure libéralité , mais encore /comme la réoompenae de mes œuvres» Dire sans cela que Je veux

Page 1