POSSIBILITÉ DD SALUT
pût garder sa loi » où Ton ne pût s'acqaitter envers lui des devoirs de la i*eIigion , où Ton ne pût lui rendre » par une pratique fidèle de toutes ses volontés , Thommage et le culte qu'il mérite. £t comme c'est par-là qu'on opère son salut, il faut donc conclure qu'il n'y a point d'état qui , de lui-même , y soit opposé , ni qui empêche d'y travailler efficacement.
Un état qui , établi de Dieu , est de la vocation de Dieu. C'est-àdire qu'il y en a plusieurs que Dieu destine à cet état, puisqu'il veut, et qu'il est du bien public, que chaque état soit rempli. Que serviroit- 11 , en efFet , d'avoir institué des professions , des ministères , des emplois , s*ils dévoient demeurer vides » et qu'il ne se trouvât personne pour y vaquer? Mais d'ailleurs, comment pourrions-nous accorder» avec l'infinie bonté de Dieu notre créateur et notre père , de nous avoir appelés à un état où il ne nous fût pas possible d'obtenir la souveraine béatitude pour laquelle il nous a formés , ni de mettre notre ame à couvert d'une éternelle damnation ?
Un état où Dieu veut qu'on se sanctifie et qu'on se sauve. C'est le même commandement pour toutes les conditions » et c'étoit à des chrétiens de toutes les conditions que saint Paul disoit sans exception» La volonté de Dieu est qtie vous deveniez saints (Thess.ji), Voilà pourquoi il leur recommandoit à tous d'acquérir la perfection de leur état, et leur promettoit , au nom de Dieu , le. salut comme la récompense de leur fidélité. D'où il est évident que Dieu nous ordonnant ainsi de nous sanctifier dans notre état , quel qu'il soit , et voulant que par la sainteté de nos œuvres nous nobs y sauvions , la chose est en notre pouvoir, suivant cette grande maxime, que Dieu ne nous ordonne jamais rien qui soit au-dessus de nos forces.
Un état aussi où Dieu ne manque point de nous donner des grâces de salut et de sanctification. Grâces communes et grâces particulières; grâces communes à tous les états, grâces particulières, et conformes à l'état que Dieu , par sa vocation , nous a spécialement destiné : les unes et les autres capables de nous soutenir dans une pratique constante des obligations de notre état ; capables de nous assurer contre toutes les occasions , toutes les tentations , tous les dangers où peut nous exposer notre état ; capables de nous avancer, de nous élever, de nous perfectionner selon notre état. De sorte que , partout et en toutes conjonctures , nous pouvons dire , avec l'humble et ferme confiance de l'Apôtre : Je puis tout par le secours de celui qui me for^ Hfie (PUlipp., 4).
Un état enfin où mille antres avant nous se sont sanctifiés et se sont sauvés. Les histoires saintes nous l'apprennent ; nous en avons encore des témoignages présents : et quoique dans ces derniers siècles le dérèglement des mœurs soit plus général que jamais , et qu'il croisse tons les joiu*s , il est certain néanmoins que si Dieu nous faisoit connoître tout ce qu'il y a de perscmnes qui vivent actuellement dans la
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mime condition qne nous , nous y troorerions un assez grand nombre de gens de bien , dont la vue nous confondroît. Il est dlffieileque nous n'en connoissions pas quelques uns, ou que nous n'en ayons pas entendu parler. Que ne faisons-nous ce qu'ils font? qne n'agissonsnous comme ils agissent? queue aotis saavons-oOQS comme ils se sauvent ? Sommes- nous d'autres hommes qu'eux , ou sont-ils d'autres bommes qne nous? Avons-nous plus d'obstacles à vaincre, ou les moyens du salut nous manquent-ils? Reconnoissons-Ie de bonne foi : l'essentielle et la plus grande différence qu'il y a entre eux et nous n'est ni dans l'état , ni dans les obstacles , ni dans les moyens , mùs' dans la volonié. Ils veulent se sauver, et nons ne le voulons pas.
De là qu'arrive-t-il? parcequ'ils veulent se sauver, et qu'ils le veulent bien, ils se font des peines et des engagements de leur état autant de sujets de mérite pour le salut ; et parctque nous ne voulons pas nous sauver ou qne nous ne le voulons qu'impariailement, nous nous faisons , de ces mêmes engagements et de ces mêmes peines , autant de prételles pour abandonner le soin du saint. Je sais que pour se conduire en chrétien dans son état , que pour n'i pour se préserver de certains écueilsquî s'y renconi au salut, on a besoin de réflexion, d'attention sur 8< mêlé et de constance : or c'est ce qui gène, et ce qu pargner. Au lieu donc de tout cela , on pense avoii dire qu'on ne peulse sauver dans son état: on tâche der, et peut-être en viènt-on à bout. Mais lrompe-t-( nn jour nous parollrons devant son tribunal , et q droiia compte de notre ame , que lui répondrons-nous , lorsqu'il nous fera voir qne cette prétendue impossibilité qui nous arrétoil a'étoit qu'one impossibilité supposée, qu'une impossibilité volontaire, qu'une lâcheté criminelle de notre part , qu'une foiblesse qui , dès le premier choc, se laissoit abattre , et qui , bien loin de nous justifier en ce jugement redoutable , ne doit servir qu'à nous condamner ?
Mais , pour mieux pénétrer le fond de la chose , je demande pourquoi nous ne pourrions pas allier ensemble les devoirs de notre état et ceux de la religion? Notre éiat, je le veux, nous engage au service dn monde ; mais ce service du monde , autant qu'il convient à notre condition, n'est point contraire au service de Dieu. Car, quoi que nous poissions alléguer, trois vérités sont indubitables : 4° Que les devoirs du monde et ceux de la religion ne sont pmnt incompatibles. S° Qu'on ne s'acquitte jamais mieux des devoirs du monde , qu'eo l'acquittant bien des devoirs de la religion. 3' Qu'on ne peut même satisfaire à ceux de la religion, sans s'acquitter des devoirs du monde : et voilà de quelle manière nous pouvons et nons devons pratiquer cette excdlente leçon du Sauveur des bommes : Rendex à Céiar, c'està-dire an monde , ce qui est à Cétar, et rendex à Dieu ce qui appartient à Dieu (Hattb., ffî). L'nn n'est point ici séparé de l'autre. Par oit