POSSIBILITÉ DU SALUT. J
cessaire, ce serait d'abord de retrancher de ces liaisons et de ce commerce du inonde ce qni est de trop ; ensuite, de se renouveler sonvent, et de se fortifier par l'usage de la prière, de la confËSsion, de la communion , de la lecture des bons livres : mais on ne veut point de toutes ces précautions, et on ne s'en accommode point.On se porte partout inditTléremment et sans discernement : tout fbible et tout désarmé, ponr ainsi dire, qu'on est, on va affronter l'ennemi le plus puissant et le plus artiGcieux ; on suit le train du monde, on est de tontes ses compagnies, on en prend toutes les manières : et est-il surprenant alors que dans un air si corrompu l'on s'empoisonne, et qu'au milieu de tant de scandales, on fasse des chutes grièves et mortelles ? Je passe bien d'antres exemples, et j'avoue qn'en se conduisant de la sorte dans son état , il n'est pas possible de s'y sauver ; mais consullons-uous nousrnâmes, et rendons-nous justice. Qui nous empêche d'user des mt^ens que nous avons en main pour mieux régler nos démarches et mieux assurer notre salui? ne le pouvons-nous pas? Oi ~ tait lorsqu'on le pouvoil, lorsqu'on le devoit, lors si grand intérêt que le salut, quel titre de réprobai
II n'est donc point question, pour nons sauver, et souvent même , comme nons l'avons déjà obseï pourroit préjudider au salut , parceqtie le nouvel seroit neseroit point proprement, ni selon Dieu, dire que ce ne seroit point l'élat qu'il auroit pin i gner dans le conseil de S9 sagesse.
Il n'est point question de renoncer absolument au monde, et de nous ensevelir tout vivants daAs des solitudes, ponr n'être occupés que des choses éternelles , et pour ne vaquer qu'aux exercices iniérieurs de l'ame. Cela est bon pour un petit nombre à qui Dien inspire cette résolution, et à qui il donne h force de l'exécuter : mais, après tout, que seroit-ce de la société humaine, si chacun prenoit ce parti ? à quoi se réduirait le commerce des hommes entre eux : et sans ce commerce, comment pourroit subsister l'ordre et la subordination du monde ? Ainsi, rien de pins sage ni de plus raisonnable que la règle de saint Paul, iorsqu'écrivant aux premiers lîdèles nouvellement convertis, il leur disoit : 3les Frères , demcurex dans les mêmes conditions oit vaut ' étiez qaandilaptttà Dieu de vous' appeler {i. Cor. ,7); comme s'il leur eût dit : Dans ces conditions, vous pouvez être chrétiens, et vivre en chrétiens ; car ce n'est point précisément ù la condition que la qualité de chrétien est attachée. Or, vivant en chrétiens et pratiquant dans Tos conditions l'Évangile de Jésus-Christ , vous vous sauverez , puisque c'est de celte vie chrétienne et de celle fidèle observation de ta loi qoe le salut dépend.
Voilà ce qu'une infinité de mondains ne veulent point entendre, parceqn'ils veulent avoir toujours de quoi s'autoriser dans leur vie mos" dàiqe, et que pour cela ils ne veulentjamais se persuader qu'ils j^aiic
no VOIE ÉTROITE DU SALUT.
sent vivre chrëùenn«nent dans leurs condiiions. Ils sont merveilleux daas les idées qu'ils se formeat et dans les discours qu'ils tiennent en certaines rencontres. U semble qu'ils aieut leur salut extrêmement k cœur, et qu'ils soient dans la meilleure voloDlé de s'y employer; mais bieu entendu que ce sera toujours dans an autre étal que celui oii ils se trouvent. Osije vivois,c[isent>iIs,dansIa retraite,«tqDejen'eusse à penser qu'à moi-mémel 0 si je ne voyoîs plus tant le monde, et que je passe ne m'occuper que de Dieu I Mais le moyen d'être, an milieu même du monde, coniinuellement en guerre avec le monde, pour se défendre de ses attraits, pour agir contre ses maximes, pour se soutenir contre ses exemples, pour ne se laisser pas surprendre à ses illusions, ni emporter par le torrent qui en entraîne tant d'autres? Quel moyen? Si l'on me le demande, je répondrai que la chose est difficile ; mais j'ajouterai qu'en matière de salut, à raison de son imporilté qni puisse nous servir de légitime exlifficult^ à vaincre et ces efforts à faire, >ropresde notre état. Cbaque condition a 'a ainsi réglé , afin qne dans notre condiles sujets de mérite, par la pratique de en quoi consiste le vrai diristianisme, et
CE QVl PEUT NOUS ENGAGER PLUS POKlunnT A LA PHXItnitE.
L'Évangile de Jésus-Christ est au-dessus de la raison ; mais on peat ^re en même temps qu'il n'est rien de plus raisonnable : c*est la droiture et la vérité même. II ne déguise point, il ne flatte point. Ce qui se peut faire sans peine, il le représente tout aussi aisé qu'il l'est ; et ce " qui porte avec soi quelque difficulté , il le propose comme difficile, et ne cherche point à l'adoucir par de faux tempéraments.
C'est ce que nous voyons au regard du salut : car au lieu que, dans la conduite ordinaire, on ne découvre pas d'abord à un homme Ions les obstacles qui pourraient le détourner d'une entreprise, et qu'an contraire on lui en cache une partie, afin de ne le pas étonner dès rentrée de la carrière , et de ne lui pas abattre le cœur, l'Évangile n'use point de ces réserves touchant le saint ; il s'explique sans ménagement, et tout d'un coup il nous déclare que c'est une affaire qui demande les plus grands efforts.
Le Sauveur des hommes n'a rien omis pour nous le faire entendre. Il a mille fois insisté sur ce point ; et de tontes les vérités évangéliques, il semble que ce soit là celle dont il ait eu plus à cœur que nous dissions instruits, tant il l'a souvent repétée, et tant il a employé de termes, de figures, de tours différents à l'exprimer dans toute sa Force. S'il parle de la voie du salut , il ne se contente pas de dire qu'elle est étroite ; mais, par une exclamation <m marque juaqi^e da^s oe Dieu-
VOIE ETROITE BU SkUFÎ. m
Homme nne espèce d'ëtoonemeDty il s'ëcrie : Que cette voie en étroite! S'il parle du royaume que son Père nous a. préparé, et dont la possession n'est autre chose que le salut, il nous avertit qa* on ne P emporte poini par violence.
Si , pour nous donner de ce salut des idées sensibles , il use de comparaisons , il nous le iait concevoir comme un somptueux édifice, mais qui coûte des frais immenses à bâtir; comme un trésor caché, mais qu'on ne trouve qu'à force de remuer la terre et de creuser ; comme une pierre précieuse, mais qu'on n'achète qu'en se défaisant de tout le reste et le vendant ; comme une moisson abondante, mais qu'on ne recueille que dans la saison des fruits, et lorsque, par un travail assidu, on a cultivé le champ du père de famille; comme un riche salaire, mais qu'on ne reçoit que le soir, et qu*après avoir porté tout le poids de la chaleur et du jour ; comme une ample récompense, mais de quoi? d'une ferveur dans la pratique de la justice chrétienne, et d'un zèle semblable à une soif et à une faim dévorante ; d'un détachement au-dessus de tout intérêt temporel et humain; d'une pureté d'ameetd'une innocencede mœurs exempte des moindres taches; d'une 'pénitence austère, et d'une mortification ennemie de toutes les commodités et de tous les plaisirs des sens ; d'une douceur que rien n'émeut ni n'aigrit, dont rien ne trouble la paix, et qui s'appUque partout à la maintenir; d'une charité bienfaisante et toute miséricordieuse , toujours prête à prévenir le prochain, à le soulager et à l'aider; d'une patience inaliérable dans les maux de la vie, et même au milieu des persécutions et des malédictions : car voilà le précis des enseignements que Jésus-Christ, notre guide et notre maître, nous a tracés, autant par ses exemples que par ses paroles , sur Tafiaire du salut : voilà le chemin qu'il nous a ouvert. U n'y en a point d*autre, ni jamais il n'y en aura.
Or nous ne sentons que trop de combien d'épines ce chemin est semé, et combien il est rude à tenir, surtout dans l'extrême foiblesse où nous sommes. C'est pourquoi le même Fils de Dieu ne nous a pas dit simplement. Entrez dans ce chemin, mais^ Efforcex'vous éCy entrer^ mais excitez-vous , animez-vous , et prenez à chaque pas un courage tout nouveau pour y avancer et y persévérer. Les apôtres n'en ont point auurement parlé. Dans toutes leurs Épitres, ils ne nous prêchent que U flûte du monde, que la retraite, que le recueillement intérieiu*,, que la défiance de nous-mêmes , que la pénitence , que l'abnégation , qu'une guerre continuelle de l'esprit contre là chair, que la mort de tous les appétits dér^lés et de tous les désirs du siècle. La nature a beau se plaindre et niurmurer, les élus de Dieu ne se sont jamais flattés li-dessus, et n'ont point imaginé de voie plus douce par où ils crussent pouvofr atteindre au port du salut.
On me dira que cette morale est bien sévère : eh ! qui en doute ? nous en convenons; nous ne prenons point, en Tannonçant, de circuits