‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 49 sur 225 · VOIE ÉTROITE DU SALUT · texte numérisé non relu

VOIE ÉTROITE DU SALUT

yen pour nons attirer et nous attacher , rien désonnais ne nons tonchera, ne noas ébranlera» ne nous retiendra: pourquoi? parceque, dans notre estime , nous ne mettrons rien en parallèle avec le salut.

Expliquons ceci par on exemple familier : la comparaison est très naturelle. Le feu prend dans une maison, il s'allume de toutes parts, il se communique, il crott, Fembrasement est général; chacun pense à soi, tous prennent la fuite, on se sauve par où l'on peut et comme l'on peut. Cependant un homme profondément endormi ne sent pas le péril où il est d'être consumé par les flammes et d'y périr ; on court à lui, on l'éveille, il ouvre les yeux, il voit tout en feu. A ce moment que fait-il? délibère- t-il à se sauver? prend -il garde s'il lui sera Êicile de s'échapper? Un premier mouvement l'emporte, et ne lui donne pas le loisir de rien examiner. S'il faut grimper sur un mur, s'il faut se précipiter d'un lieu élevé, s'il faut passer à travers la flamme, point de moyen qu'il ne tente. Pour éviter un danger, il se jette dans un autre, et pour se garantir de la mort qui le menace, fl s'expose sans hésiter à mille morts. D'où lui vient cette ardeur, cette agitation^ cette résolution ? c'est qu'il y va de la vie, et que de tous les biens de ce monde nul ne loi est si cher que la vie, parcequ'ilsait que le fondement de tous les biens de cette vie, c'est la vie même.

Belle image d'un chrétien qui revient de l'assoupissement où il étoit à r^rd du salut, et qui commence à bien connoître la conséquence infinie d'une telle affaire, après en avoir mûrement considéré le fond, le danger, les obstacles, toutes les suites. Il se voit au milieu do monde comme au milieu du feu : passions ardentes qui dévorent les cœurs, fausses maximes qui corrompent les esprits , objets flatteurs qui fascinent les yeux, sales plaisirs qui amollissent les sens, exemples qui entraînent , occasions qui surprennent , discours libertins, scan« dales publics, intérêts s(N*dIdes, injustices criantes, engagements de la coutume, esclavage du respect humain, excès de la débauche, profanation des plus saints lieux, abus, sacrilèges et impiétés : que dirai-je? et peut-on avoir assez peu de connoissance pour ne pas savoir combien le monde est peryerti , et combien il est capable de nous pervertir nous-mêmes ?

Gomment se défendre de cette contagion répandue partout, etcomr ment se mettre à couvert de ses atteintes? comment, assailli de tous côtés, et assiégé de tant d'ennemis, leur faire face et en triompher? comment repousser leurs attaques, éviter leurs surprises, parer à tous leurs traits? en un mot , sur le penchant d'une ruine toujours prochaine, comment assurer tousses pas, et sauver son ame? Comment? laissez agir ce Chrétien éclairé de la lumière de Dieu et fortifié de sa grâce. C'est assez qu'il se soit bien imprimé dans le souvenir l'excellence du salut; c*est assez qu'il en ait oonn|i le prix : tant que cette pensée l'occupera, qu'elle le frappera, et que, pour la conserver, il la renouvellera souvent et la rappellera, j'ose dire qu'alors il sera comme

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