‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 50 sur 225 · VOIE ÉTROITE DU SALUT · texte numérisé non relu

VOIE ÉTROITE DU SALUT

invulnérable et comme invincible. Il réprimera les passions les pins violentes, il détruira les habitudes les plus enracinées , il se roidira contre toute considération humaine , contre le torrent de la coutume , contre la chair et le sang, contre les objets les plus corrupteurs et les attraits des plaisirs les plus séduisants ; il s'adonnera aux exercices de la religion^ sans en négliger aucun, ni par mépris^ .ni par délicatesse, ni par une vaine crainte des raisonnements du public; il les pratiquera fidèlement , exactement, constamment ; et parceque cette assiduité est un joug, et pour plusieurs même, en mille conjonctures , un joug très pesant, il se captivera, il se surmontera, il s'élèvera au-dessus de lui-même ; jamais la peine ne l'étonnera.

A-t-elle étonné tant de solitaires, quand ils se sont confinés dans les déserts et retirés dans les plus sombres cavernes ? A-t-elle étonné tant de religieux , quand ils se sont cachés dans l'obscurité du cloître et soumis à toutes ses austérités ? A-t-elle étonné tant de vierges chrétiennes, quand elles ont sacrifié tous les agréments de leur sexe , et qu'elles ont porté sur leurs corps toutes les mortifications de Jésus- Christ ? a-t-elle étonné tant de martyrs , quand ils se sont immolés comme des victimes, et livrés aux plus cruels tourments? Il s'agit pour nous du même salut, dont l'espérance leur donnoit cette force supérieure et victorieuse. Fallût-il donc l'acheter par les mêmes supplices, par les mêmes sacrifices, nous y devons être disposés. Mais le sommesnous en effet? et, quoi que nous en disions , peut-on nous en croire, lorsqu'on nous, voit céder honteusement et si vite aux moindres difficultés? Car le christianisme, aussi bien que le monde, est plein de ces faux braves qui, loin du péril, témoignent une assurance merveilleuse, et à qui tout fait peur dans l'occasion.

Bizarre contradiction de notre siècle ! jamais dans les entretiens , dans les paroles, dans les leçons de morales on n'a plus rétréci le chemin du salut, parceque les leçons et les paroles n'engagent à rien ; et jamais en même temps on ne l'a plus élargi dans la pratique et dans les œuvres, parceque ce sont les œuvres qui coûtent , et que c'est la pratique qui mortifie. Ne cherchons, ni par une rigueur outrée, à le rétrécir jusqu'à le rendre impraticable, ni par un relâchement trop facile, à l'aplanir et à l'élargir jusqu'à lui ôter toute sa sévérité et tout son mérite : l'un nous conduiroit au désespoir, et l'autre nous perdroît par une trompeuse confiance.

Prenons le juste milieu de l'Évangile, et, sans donner dans aucune extrémité, souvenons-nous que la voie du ciel n'est point si étroite qu'on n'y puisse marcher ; mais aussi qu'elle l'est assez pour demander toute notre constance, et pour exercer toute notre vçrtu.

Cependant, pour la consolation de ceux à qui le zèle de leur salut inspire de suivre cette voie et d'y avancer, voici ce que j'ajoute, et ce que je puis appeler le miracle de la grâce. Car ime expérience de tous les siècles depuis Jésus-Christ, l'auteur et le consommateuj^ de notre

Page 1