‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 6 sur 225 · POUR LE TEMPS DE LAVENT · texte numérisé non relu

POUR LE TEMPS DE LAVENT

nous raisonnions et que nous comprenions ces principes, voici lescon* séquences qui se présentent d'elles-mêmes et que nous sommes obligés d'en tirer. Que la gloire de Dieu est donc un bien au-dessus de lous les biensy puisqull n'y a point, hors Dieu» d'autre bien à quoi le Fils de Dieu n'ait renoncé pour le rétablissement de cette gloire. Qu'il n'y a donc rien que nous ne devions sacrifier à la gloire de Dieu, puis* que le Fils de Dieu s'y est sacrifié lui-même. Que dé procurer de la gloire à Dieu, c'est donc ce qu'il y a de plus grand et de plus digne d'un homme raisonnable, à plus forte raison d'un homme chrétien, puisque c'a été une œuvre digne même d'un Homme-Dieu. Au contraire, que de blesser la gloire de Dieu, c'est donc le souverain mal, parceque c*est l'offense de Dieu, et une teUe offense qu'elle n'a pu être expiée que par les mérites d'un Dieu, c'est-à-dire, en particulier, que par tontes les douleurs et tous les mépris qu'il a eu à souffrir, et à quoi il s'est exposé. Par conséquent , que rien ne nous doit donc être pins prédeux, plus sacré, plus cher que la gloire de Dieu, et que nous ne pouvons mieux employer notre zèle qu'à la répandre, autant qu'il dépend de nous, et à l'amplifier.

III. Une autre considération nous y doit encore exciter très fortement: c'est notre intérêt, et de tous nos intérêts le plus important, qui s'y trouve lié, et qui est notre salut. Car la gloire de Dieu et notre salut sont ici comme inséparables. Et en effet , cette gloire de Dieu dans l'incarnation du Verbe divin, consiste à sauver les hommes et à opérer l'ouvrage de notre rédemption : tellement que dans ce mystère. Dieu glorifié et l'homme sauvé, c'est proprement une même chose. Combien donc devons^nous prendre part à une gloire oii nous sommes si intéressés! A parler en général, plus nous contribuons volontairement et par zèle à la gloire de Dieu, plus nous nous avançons auprès de Dieu, et plus nous méritons ses récompenses.

IV. Mais par où pouvons-nous glorifier Dieu? Par les moyens que le Sauveur des hommes est venu le glorifier. Jésus-Christ fait connof« tre la gloire de Dieu, en faisant connoitre ses infinies perfections: adorons ces perfections divines, reconnoissons-Ies dans la sainte humanité du Fils de Dieu, et rendons-lui chaque jour de cet Avent, et même, s'il se peut, à toutes les heures, de fréquents et de pieux hommages. Jésus-Christ vient rétablir la gloire de Dieu en renversant l'empire du démon : chassons nous-mêmes de noire cœur ce damnable ennemi, dont nous n'avons que trop écouté en tant de rencontres les suggestions ; et pour nous dégager entièrement de sa tyrannie, diassons avec lui bien d'autres démons domestiques qui lui ont ouvert l'entrée, et qui ont secondé ses pernicieux desseins : ce sont nos passions et nos inclinations vicieuses. Jésus-Christ vient réparer la gloire de Dieu par la destruction et l'expiation du péché : pleurons nos péchés, effiaçons-les par nos larmes et par notre pénitence ,* prenons toutes les précautions nécessaires pour nous g^rantjr des rçchutes

|a POUR USt TEMPS DE VIVENT.

qj^ le monde poorroit nous entraîner , et consentons pour jamais à pjeu nos âmes pures et sans tache. Jésus-Christ vient assurer la gloire ide Dieu contre les nouvelles insultes du péché» par le renoncement aux biens de la terre , dont Tamour déréglé corrompoit le monde : renonçons à ces feux biens, au moins de cœur, si nous ne nous sentons pas appelés à y renoncer en effet. Quand Dieu permet que nous tombions dans lé besoin, dans rhumiliation, dans la souffrance, souvenons-nous gue ce sont là les moyens les plus efficaces dont a usé le Fils de Dieu, et qu'il nous a enseignés pour honorer son Père, et pour le dédommager en quelque manière de tous les outrage? qu'il a reçus de nous ; consolons-nous dans cette pensée ; acceptons ce que Dieu noqs envoie, et faisons-nous-en un mérite auprès de lui. S'il ne nous traite pas en apparence avec tant de rigiieur, et qu'il nous laisse dans une condition aisée, commode, honorable, gardons-nous de toute attache aux commodités que notre condition nous fournit , aux honneurs qu'elle nous procure, aux richesses dont elle nous accorde la possession et Tu-

fige. Dans l'opulence, ayons l'esprit de pauvreté ; dans la grandeur, esprit d'humilité ; et parmi tout ce qui peut contribuer à la douceur ^e la vie, l'esprit de mortification. Ne nous en tenons pas précisément à l'esprit ; mais selon que notre état le comporte, passons à la pratique. }a pratique sans l'esprit ne seroit qu'un vain extérieur; mais aussi l'esprit sans la pratique ne seroit qu'une illusion.

y. Voilà, Sauveur adorable, les excellentes règles que vous venez nous tracer, et que nous devons suivre ; mais pour les pratiquer et pour les suivre, il nous faut une grâce, et une grâce puissante. Or en est-il une plus puissante que celle même que vous apportez avec vous? Car en nous apportant une nouvelle loi, vous nous apportez une grac^ toute nouvelle, qui est la grâce du Rédempteur. Avec le secours de cette grâce, de quoi ne viendrons-nous point à bout pour la gloire de votre Père et pour la vôtre? nous ne cesserons point de vous la defnander avec confiance, et vous ne cesserez point de la répandre sur nous avec abondance. Elle nous éclairera, elle nous conduira, elle nous soutiendra. Mais que sera-ce quand à celte grâce intérieure vous ajouterez la force de votre exemple, et que, sortant du bienheureux sein pu vous êtes enfermé comme dans un sanctuaire, vous vous montrerez au monde, et nous servirez de modèle? Hâtez- vous de parottre : nous vous attendons et nous vous desirons. Que U terre 8*ouvref et qu*eUe germele Sauveur (IsAï., 45) ; qu'il vienne nous remplir de son esprit» nousaninierde ses sentiments, nous marquer ses voies, et nous conduire enfin à cette béatitude céleste, où, après avoir glorifié Dieu sur la terre , npi^s devons être nous-mêmes étemellemept comb|és de gloire.

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INSTRUCTION

P00& L8 raBFS DU CAftA■S^

I. Représentes-vol» bien qu^ le carême est un temps co]i«acré à la pénilenoe, et qaon peut par conséquent lui appliquer ce que saint Paul disoit aux Corinlhiena : Voici maintenant le temp* favoraUe : aoîct Ui jours de salut (2. Cor,^ 6); parcequ'il n'y a point de temps dans rannëe plus favorable pour nous que celui où nous travaillons à apaiser la colère de Dieu , ni de jours plus précieux pour le salut que ceux qui sont employés à expier nos péchés» C'est donc i vous d'en-f trer dana ce sentiment de rApâtre. Quoique toute votre vie doive être une pénitisnce contiauelie, eu égard aux iautes dont vous vous reoonnoiaaex coup8ibl0 devant Dieu « c*est particulièrement dans le carême que vous devez vous attacher à la pratique et aux exercices d'une venu si importante et si nécessaire ; en sorte que vous puissiez dirç : Fotci maintenant le temps favorable pour moi, et qu'en effet ce soit P0ar vous un temps de pénitence. Car quel reproche auriez-vous à soutenir de la part de Dieu» si» pendant que toute l'Église est en pénitenœ, vous n*y étiea pas ; et si par le malheur et le désordre on d'une m Udie et dissipée, ou d'une vie molle et sensuelle» vousp^ezce temps du carême sans participer en aucuiie manière à la pénitence publique des chrétiens I puisqu'alors , Inen loin qu'il fftt pour vous ce temps de grâce et de salut dont parle saint Paul » il oe sâ*viroit qu ^ votre condamnation, et qu'il s'ensuivroit de U que votre impénitence, criminelle en tout antre temps, le seroit doublement en celui-ci.

IL 11 n'y a nulle raison qui puisse vous dispenser de la péoitence , parœqne la loi de la pénitence est une loi générale , dont personne n'est excepté; wie loi qui dans tons les états de la vie se peut accomplir , et contre laquelle la prudence de la chair ne peut jamais rien allouer qne de vain et de frivole. Plus il vous parott difficile, dans la place oè vous êtes , d'observer exactement cette loi» plus vous devez faire d'efforts pour vous y assujettir » parceque c'est justement pour cela que vous avez encore plus besoin de pénitence. Vos infirmités mêmes » au lieu de vous rendre impossible l'observation de cette loi , sont au contraire» dans les desseins de Dieu » de puissants secours

Gnr TOUS aider à y satisfaire, soit.en vous tenant lieu de, pénitence , "squ'elles vont jusqu'à raccri>lement des forces , commis il arrive dans les maladies ; soit en vqus servant de sujets pour remporter sur vons de saintes victoires» quand ce ne sont que des incommodités iMrdinaires que vous devez alors surmonter par la ferv^sur de l'esprit , afin que vous fiusieB de votée corps» selon Texpression du maître des Gentils» uâe hostie vifunie et egiéable aux yeux de Dieu, ha pratique tiNitopiMMée eà vous aven véea doit mm senlement vous confondre,

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mais vous animer contre vona-méme , et vous exciter fortement à réparer tout ce que Tamour- propre vous a fait commettre au préjudice de cette divine toi de la pénitence; car voilà lea sentiments avec lesquels vous devez commencer le carême : résolue, d'une façon ou d'antre^ de subir cette loi , que vous ne devez point regarder comme un joug pesant 9 ni comme une Icm onéreuse, mab plutôt comme une loi de grâce d*où dépend tout votre bonheur.

III. Toute la pénitence du carâne , comme Ta très bien remarqué saint Léon pape, ne se réduit pas à jeAner, ni à s'abstenir des viandes défendues ; c'en est bien une partie , mais ce n'est pas la fMÎncipaleni la plus lesseotieDe. Quoique le précepte de rabstinence et du jeûne cesse en certaines conjonctures, celui de la pénitenœsubsiste toujours; et comme il y a dans le monde des chrétiens relâchés, qui , par une espèce d'hypocrisie, jeûnent sans foire pénitence, ou paroequ'ils jeûnent sans renoncer à leur péché, on paroequ-ils troavent le moyen, par mille adoucissements, de jeûner sans se mortifier , ce qu'on peut appeler l'hypocrisie du jeûne, si souvent condamnée dans l'Écriture: aussi , par une conduite toute contraire , les âmes fidèles à Dieq , quand le jeûne leur devient impossible, savent bien faire pénitence saos jeûner, parceqne sans jeûner elles savent se Vaincre elles-mêmes, s'intmtlire les délices de la vie , marcher dans les voies étroites du salut, et pratiquer en tout le reste la sévérité de l'Évangile. Suivez cette règle , et tenez-vous d'autant plus obligée à la pénitence , que TOUS vous sentez moins capable de garder à la lettre et dans la rigueur le conunandement du jeûne. Car il est certain que la dispense de l'ua ne vous peut être qu'un surcroît d'engagement pour l'autre. Si vous raisonnez en chrétienne, c'est ainsi que vous en devez user, afin que Dieu ne perde rien de ses droits , et que la délicatesse de votre santé ne vous empêche point de remplir la mesure de votre pénitence.

IV. En conséquence de ces principes , la première chose que Dieu demande de vous, et que vous devez vous-même demander à Dieu pour tout ce saint temps , c'est l'esprit d'une salutaire componction , cet esprit de pénitence dont David étoit pénétré , et dont il faut qu'à son exemple vous vous mettiez en état de ressentir l'impression et l'efficace. C'est-à-dire que votre plus solide occupation pendant le carême doit être de repasser tous les jours devant Dieu, dans l'amertume de votre ame , les désordres de votre vie , d'en reconnottre avec douleur la grièvelé et la multitude, de vous en humilier , de vous en affliger, de né les perdre jamais de vue; tellement que voqs puissiez dire comme ce saint roi : Sft^neur, num péchi m'est tovjourêffrisent (Piol. SO). Car, selon l'Écriture, voilà en quoi consiste l'esprit de la pénitence. Or une excellente pratique pour eda même, c'est que pendant le carême vous fassiez touias vos notions dans cet esprit, et par le mouvement de cet esprit; aHant, par exemple, à la messe comme au sacrifice ^«e vors aUez ofl^ vew*nAme pour k réparation de vos

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pécbëft ; ]Nîant comme le pablicaio , et ne vous présentant jamais devant Dieu qtt*en qualité de pénitente accablée du poids de vos péchés ; TOUS assujettissant de bon cœur aux devoirs pénibles de votre éiat , comme à des movens d'effacer vos péchés; vous proposant pour jDotif dans chaque Donne œuvre de racheter vos péchés ; vous levant et vous couchant avec cette pensée : Je suis une infidèle, et Dieu ne me aouifre sur la terre qu'afin que je fiasse pénitence de mes péchés. Cette vue continuelle de vos péchés vous entretiendra dans l'esprit de la pénitence , et rien ne vous aidera plus à l'acquérir et à le conserver , que de vous accoutumer à agir de la sorte.

Y. Cet esprit de pénitence » ai vous êtes assez heureuse pour en être touchée, doit produire en vous un effet qui le suit natureUemeot, et qui en est la plus iniailUble marque ; savoir , la pénitence de l'esprit , c'est-à*dire nne ferme et constante disposition ou vous devez être de mortifier votre esprit, votre humeur, vos passions, vos inclinations , vos mauvaises habitudes » mais par-dessus tout votre orgueil, qui. est peut-être dans vous le plus grand obstacle i la pénitence chrétienne : car le fond de la pénitence chrétienne» c'est l'humilité ; et tandis qu'un orgueil secret vous dominera , ne comptez point sur votre pénitence. 11 ^ut donc, pour répondre aux desseins de Dieu, qu'en même temps que vous célébrez le carême avec l'Église, animée de l'esprit de la pénitence , vous vous appliquiez à être plus humble » plus douce, plus patiente , plus compatissante aux foiblesses d'autrui, plus vide de l'estime de vous-même; que vous parliez moins librement des déEauts de votre prochain, que vous soyez moins prompte à le condamner ; que si , malgré vous , vous en avez du mépris, vous n'y ajoutiez pas la maligne joie de le témoigner ; car si vous ne prenez sur tout cela nul soin de vous contraindre , quelque pénitence que vous puissiez foire, vous ne commencez pas par celle qui doit jiMtifier devant Dieu toutes les autres, et sans laquelle toutes les antres pénitences sont mutiles. £n vain , disoit un prophète, déchirons-nous nos vêtements , si nous ne déchirons nos cœurs : c*e&t le changement du cœur et de l'esprit qui fait la vraie pénitence; autrement, ce que nous croyons être pénitence n'en est que l'ombre et le fiiDtAme. Du reste, il n'y a personne à qui convienne plus qu'à vous cette pénitence del'esprit^ puisque vous confessez vous-même que c'est principalement par l'esprit que vous avez péché.

VI. La pénitence purement intérieure ne suffit pas, et tous les orades de la foi nous apprennent qu'il y faut joindre l'extérieure , parceque lacorrupUon du péchés'étant également répandue sur l'homme extérieur et sur l'homme intérieur , Dieu » dit saint Augustin , exige de nous, selon l'uii et l'autre, le témoignage de notre contrilion. Conforn»ément.à cette maxime, vousdevez être durant le carême plus fidèle que jamais aux petites mortifications que Dieu vous a inspire de vous prescrire à vous-même , afin qu'au moins en quelque

H POtJk LE TBMPë Dti CÂRtltEi

chose toos ayez la consolatioii , suivant la parole de saint Patri , de porter iur votre corps la mortxficaûon du Seigneur Jésus , et ifu'eUt paroisse dans votre choar mortelle (2 Cor. , 4). Par la même raison • le temps du carême doit encore allumer votre ferreur, pour rendre aux malades que Dieu confie à vos soins les visites de charité » et même les services humiliants qu'ils attendent de tous : car ces services <t ces visites sont pour tous des œuvres de pénitence; et vous devet vous souvenir que comme la foi est morte sans les œuvres , ainsi l'esprit de péniience s'éteint peu à peu, quand il n'est pas entretenu par les œuvres de la pénitence. Vous ne devez pas non plus négliger, autant qn*it dépend de vous, d'être plus modeste dans vos habits pendant le carême , qu'en tont autre temps de Tannée, puisque le Saint- Esprit; en mille endroits de rÉcriture, fait consister dans cette modestie un des devoirs de la pénitence des pécheurs : d'où vient que lès pénKènts de la primitive Eglise se revêtoient du ciliée et se couvroient de cendres. Vous ne professez pas une autre religion qu'eux ; et tout votre zèle, à proportion et dans l'étendue de votre condition, doit être de vous conformer à eux.

YII. L'aumêne , selon la doctrine des Pères , ayant toujours été considérée Comme inséparable du jeûne , parceque les pauvres , disoient-its, doivent profiter de la pénitence des riches , il est évident que celte obligation des riches devient encore bien plus grande à leur égard , quand par des raisons légitimes ils sont dispensés déjeuner. L'ai^nône n'est plus alors un simple accompagnement , mais un supplément du jeûne, dont elle doit tenir la place. Il faut donc qu'dle soit plus abotidante, comme étant due à double titre, et du jeûne et de l'aumône même. Cest par-là que vous devez mesurer et régler voa aumônes pendant ce saint temps , ne vous contentant pas des aumônes que fa loi commune de la charité vous engage à faire en toute sorte de temps ; mais en faisant d'extraordinaires que la loi de la pénitence y doit ajouter ,parcequ*il est constant qu'une pécheresse doit bien plus à Dieu sur ce point , qu'une chrétienne qui auroit conservé la grâce de son innocence. Vos aumônes , pour être le supplément de votre jeûne, et pour faire partie de votre pénitence , doivent être des aumônes qui vous coûtent ; je veux dire que vous les devez faire de ce que vous vous serez refusé à vous-même, et qu'une de vos dévotions du carême doit être de sacrifier à Dieu certaines choses dont vous voudrez bien vous prirer pour avoir de quoi secourir votre prochain, préférant le soulagement de ses misères à votre s^sualiuS, à votre curiosité, à votre vanité. C'est par de semblables victimes, dit le saint apôtre , qu'on se rend Dieu favorable.

YIII. Ce n'est pas assez : mais pour sanctifier le carême , il laot de plus retrancher les plaisirs et les vaines joies du monde; rien n'étant plus opposé à l'esprit de la religion , beaucoup plus à l'esprit de la pénitence , qUê ce qui s'appeHé plaiâh', surtout dafts ufi temps dédié

POCfi LE TEMPS BÙ CABÊMË. iÈ

i fai pééiteiice solenndle de FËglise. Ainsi une ame dlrétîenne dotf alors, non seuleinent abandonner tons les divertissements profanet qai ne sont permis en nul autre temps, comme les spectacles, let; eomëdies,Ies danses ; mais même les jeux innocents, les conversation^ mondaines, les assemblées, les promenades , tout ce qui peut hirë perdre l'esprit de recueillement et de componction. Il n*y a pasjusqnes aox personnes les plus séparées du monde par leur état de \ie , qui ne doivent entrer dans cette pratique, ayant un soin particulier, pendant le temps du carême , de s^abstenir de certaines récréations , et d'en fiaire à Dieu le sacrifice. Ce qui doit néanmoins s'entendre deis choses qui ne sont ni nécessaires , ni ntiles , et dont on se peut passer sans préjudice d*un phis grand bien. Ce qu'on accorde même pour lor^ on à la santé, ou à une honnête refâche de Tesprit, doit être accompagné d'une secrète douleur de se voir rédnit à la nécessité de prendre ces petits soniagemenls, et à Timpuissance de feire une pénitence parfeife, telle qu'en tôudroit la pouvoir faire pour s'acquitter pleinement auprès de Dieu.

IX. Jésus-Christ , durant son jeûne de quarante jours , se retira au désert , et quitta même ses disciples : d'où vous devez conclure que le carême des chrétiens doit être pour eux un temps de retraité et de séparation du monde , puisque le Fils de Dieu n'en usa de ht sorte que pour notre instruction , et non pas pour sa propre sanctification ; et que le jeûne qu^îl observa ne fut que pour servir de modèle au nôtre. Car cTest ce que tons les Pères de l'Église nous ont enseigné. Formez-Tous sur ce grand exemple. Faites-vous une règle de vous séparer du monde, nou par l'amour de votre repos, mais par le désir et le zèle de votre perfection. A Fexemple de votre Sauveur, et conduite comme lui par l'esprit de Dieu , allez passer certains jours dans votre solitude, pour y vaquer à Dieu et à vous-mêmes. Ne vous contentez pas de cela : mais sans changer de lieu , ni en faire dépendre TOtre dévotion, éublissez-vous au milieu de vous-même une solitude intérieure, où, dans le silence et hors du tumulte, vous communiquiez avec Dieu , donnant tous les jours du carême plus de temps à rormson et à la prière. Est-il personne au monde , sans exception ^ à qui cet exercice de retraite, joint à l'oraison et à une sainfe communication avec Dieu , soit si nécessaire qu'à vous ? Disposez-vous donc i en tirer tous les avantages que Dieu par sa miséricorde y a attachés pour Yotre salut. Car c'est à vous-même et de vous-même que Dieu dit, par le prophète Osée : Je la conduira dans la solitude^ et là je hn parlerai au cœur [OstE^i).

X. La parole de Dieu a été , dès les premiers siècles du cbristîanisme, la nourriture spirituelle dont l'Église, pendant le jeûne dit carême , a pourvu ses enfants, et Tusage en est encore aujourd'hiri très commun. Vous devez là-dessus, non seulement accomplir votre dcfrtr, mais raccompiBr exemplairement : vous affectionnait à la dl*

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vine parole qui tous est préchée, vous y rendant assidue, TestioiaiiC, la goûtant , la méditant , craignant d*en abuser ou de la négliger, portant les autres à l'entendre comme vous, et lui donnant du crédit» quand ce ne seroit que pour empêcher l'avilissement où elle tombe. Par-là vous aurez part à la béatitude de ceux qui l'honorent : car c'est Jésus-Christ lui-même qui les a déclarés bienheureux. Au défaut de la prédication , lorsque vous serez hors d'état d'y assister, et même quand vous y assisterez , vous devez aller à la source de cette parole toute sainte , lisant chaque jour du carême l'évangile qui lui est propre; mais le lisant avec respect, avec attention, avec foi , paroeque c'est la parole pure et immédiate du Saint-Esprit, et qu'en ce sens cette parole est encore plus vénérable que celle qui vous est annoncée par le ministère des hommes.

XI. Ajoutez qu'une des fins du carême et de son institution est de préparer les fidèles à la communion pascale, et que c'est à quoi vous devez singulièrement penser, travaillant plus que jamais i purifier votre conscience, faisant vos confessions avec plus d'exactitude, rentrant plus souvent en vous-même pour vous éprouver, afin que dans la solennité de Pâques Jésus-Christ vous trouve plus digne d'approcher de lui et de ses divins mystères. 11 seroit bon que vous fissiez pour cela , d'année en année , une espèce de revue durant le carême, pour remédier à vos relâchements et à vos tiédeurs. Par cette confession générale depuis la dernière, vous vous renouvelleriez et vous disposeriez à la fête qui approche , et qui doit être le renouvellement universel de toutes les âmes chrétiennes. Du reste, la plus excellente préparation pour bien communier est, selon saint Cbrysostome, la communion même. Vous ne pouvez mieux vous disposer à celle de Pâques, que parles communions fréquentes et ferventes du carême. Car voilà pourquoi dans la plupart des Églises d'Occident , comme nous rapprenons des anciens conciles , la coutume étoit, pendant le carême, de communier tous les jours. Coutume que saint Charles souhaita si ardemment de rétablir dans TËglise de Milan, n'ayant point trouvé de moyen plus efficace pour préparer les peuples au devoir pascal, que d'ordonner dans le temps du carême la fréquentation des sacrements. Pourquoi donc ne vous conseillerois-je pas la même pratique , puisque j'en ai les mêmes raisons , et que je suppose de votre part les mêmes dispositions ?

XII. Enfin le carême, de la manière qu'il est institué dans le christianisme , se rapportant tout entier au grand mystère de k passion de Jésus-Christ , qui en est le terme , c'est surtout dans cette sainte quarantaine que vous devez être occupée du souvenir des souffrances du Sauveur. Souvenir que Jésus-Christ attend de vous, et auquel vous ne pouvez manquer sans vous rendre coupable de la plus énorme ingratitude. Souvenir qui vous doit être infiniment avantageux , et que vous ne pouvez perdre sans renoncer aux plus solides intérêts de votre

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