‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 60 sur 225 · ACCORD DE LA RAISON ET DE LA FOL · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA RAISON ET DE LA FOL

de Dieu , a dictëe ; après avoir oondu en général et par une conséquence nécessaire» que cette loi ne peut donc me tromper, et que je ne puis m'égarer en la suivant ; que tout ce que cette loi m'enseigne est donc tel en effet qu'elle me l'enseigne, et que tout ce qu'elle me propose de dogmes à croire sont autant d'articles de foi auxquels je suis indispensablement obligé d'adhérer ; que de vaciller là-dessus et de demeurer un moment dans une suspension volontaire, ce seroit donc un crime et une infidélité digne de la damnation éternelle; enfin, après avoir bien compris le grand oracle du prince des apôtres , que cette loi ayant été donnée aux hommes pour être la seule règle et de notre créance et de nos mœurs , il n'est point sous le ciel (foutre nom en vertu duquel noiu puissions être sauvés, que le nom de Jésus-Christ {Act., 4); du reste , si ma raison veut aller plus loin, et qu'elle prétende percer l'abtme des impénéurables mystères que la religion nous a révélés, mais dont elle nous a caché le fond, c'est là que la foi prend le dessus, qu'elle s'élève, qu'elle défend ses droits, qu'elle me met un voile sur les yeux, et me condamne à ne plus marcher que dans les ténèbres.

La raison a beau se récrier, cette raison également curieuse et présomptueuse; elle a beau demander : Mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu en trois personnes, et de trois personnes dans un seul Dieu? mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu £ait homme- sans cesser d'être Dieu, mortel et immortel tout ensemble, passible et impassible, réimissant dans une même personne tonte la gloirjè de la divinité et toutes les misères de notre humanité? mais qu'est-ce que le mystère d'un Dieu-Homme, réellement présent sous les espèces du pain et du vin dans le sacrement de nos autels? qu'est-ce que tout le reste ? Làdessus la foi lui dit ce que Dieu dit à la mer : Tu viendras jusque /à, mais c'est là même que Ht t'arrêteras; c'est là que tu briseras tes flots^ et que tu abaisseras les enflures de ton orguàl (Job, 38). Arrêt absolu, oontre lequel une rabon chrétienne n'a rien à opposer ni à répliquer. Elle y trouve même des avantages infinis : car c'est ainsi que l'homme» en faisant à Dieu le sacrifice de son corps par la pénitence, le sacrifice de son cœur par l'amour, lui fait encore le sacrifice de son esprit par la foi. En sacrifiant à Dieu son corps par la pénitence, il honore Diea oomme souverainement équitable ; en sacrifiant à Dieu son cœur par l'amom*, il honore Dieu comme souverainement aimable ; et en sacri*fiant à Dieu son esprit par la foi , il honore Dieu oomme souverainement infaillible et véritable.

Avantages par rapport à Dieu; mais de plus, à prendre la chose par rapport à l'homme et à sa tranquillité, il ne lui doit pas être moins avantageux d'avoir une règle qui seule arrête les vicissitudes perpétuelles de sa raison, lorsqu'elle est abandonnée à elle-même. Or cette règle, c'est la foi. En effet, sans une foi soumise, toutes les lumières de ma raison, au lieu de me rassurer dans le choix d*un parti et de me

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