ACCORD BE LA RAISON ET DE LA FOI. I7S
mettre l'esprit en repos, ne serviront au contraire qu'à me jeter chaque jour dans de nouveaux embarras, et à me causer de nouvelles agitations. Car on sait combien la raison humaine, dès qu'on lui donne l'essor» est variable^ans ses vues, et combien elle est féconde en idées toujours nouvelles que l'imagination lui suggère. De sorte qu'anjourd'hui nous pensons d'une façon et demain d'une autre, qu'aujounf hui un sentiment nous plaît, et que demain nous le rejetons, qu'aujourd'hui une difficulté nous fait de la peine, et qu'elle n'est pas plutôt résolue, qu'un autre douté vient bientôt après nous troubler : ce qui est surtout vrai en matière de religion, et ce qui est encore plus commun aux esprits vifis et pénétrants, aux prétendus sages et aux savants du siècle, qu'à des esprits simples et bornés. D'où il arrive que nous' demeurons dans une perplexité oii Ton se prête à tout ce qui se présente, et l'on ne tient à rien. Saint Augustin nous le témoigne assez en parlant de lui-même. Il cherdoit la vérité, il en feisoit son étude, il y employoit tonte sa philosophie : mais après bien des recherches, et après être tombé dans les erreurs les plus grossières, il étoit toujours flottant et incertain, et ne trouvoit rien où il crût pouvoir se reposer : pourquoi? parcequ'il ne prenoit point d'autre guide que sa raison, et qu'elle ne lui suffisoit pas pour tenir son esprit en arrêt , et pour le guérir de ses inqiuiétudes. De là tant de changements, tant de mouvements inutiles, tant de systèmes différents dont il se laissa préoccuper, et dont il ne revint que lorsqu'il pensa sérieusement à se convertir et à embrasser la foi. En quels termes s'explique-t-il là-dessus dans ses Confessions, et déplore-t-il l'aveuglement où il avoit vécu pendant plusieurs années! Quelles actions de grâces rend-il à Dieu, d'avoir rompu le charme d'une science profane qui lui fascinoit les yeux , et de ravoir réduit à la sainte ignorance d'une foi souple et docile!
Car si la raison se soumet à la foi, si, dans une parfaite intelligence, elles se donnent mutuellement le secours qu'elles doivent recevoir l'une de l'autre, voilà le moyen prompt et immanquable de pacifier mon ame, et de me prémunir contre toutes les attaques dont je puis être assailli au sujet de la religion. De quelque doute que je sois combattu malgré DM>i, soit par la malice de l'esprit tentateur, soit par les discours d'une troupe de libertins , soit par les révoltes involontaires de ma raison et de son indocilité naturelle , je n'ai point de réplique plus courte ni plus décisive à faire, que celle de Jésus-Christ même au démon qui le vint tenter dans le désert : Il est écrit. Oui , il est écrit qu'il y a un premier Être , et qu'il n'y en a qu'un , éternel , invisible, tout puissant, par qui le monde a été cnéé, et par qui il est conservé et! gouverné. Il est écrit que, dans cet être adorable et cette suprême divinité, il y a tout à la fois, et sans confusion, une unité de substance et une trinité de personnes. II est écrit que de cette trinité de personnes , Père, Fils et Saint-Esprit, le Fils, égal à son Père et envoyé de son Père, est venu sur la terre pour la rédemption des