‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 62 sur 225 · ACCORD DE LA RAISON WT DE LA FOI · texte numérisé non relu

ACCORD DE LA RAISON WT DE LA FOI

hommes; que, tout Dieu qu'il est et qu'il n'a jamais cesse d'être, il s'est fait homme lui-même, il a vécu parmi nous, il est mort sur une croix, il est ressuscité et monté au cjel. Il est écrit que ce nouveau l^islaleur et ce sauveur, voulant demeurer ave^nous jusqu'à la cousommation des siècles, nous a laissé sa chair sacrée et son précieux sang sous les apparences du pain et du vin ; que nous offrons l'un et Tautre en sacrifice, et que Tun et l'autre, pour le soutien de nos âmes, nous sert, comme sacrement, de nourriture et de breuvage. Il est écrit qu'il y aura un jugement où nous serons tous appelés , et que , dès maintenant, il y a une béatitude céleste , où les bons seront à jamais récompensés , et un enfer , où les pécheurs seront condamnés à un tourment sans mesure et sans fin : ainsi des autres articles qui me sont proposés comme des pointa de créance. Or, du momentque tout cela est écrit, c'est-à-dire que tout cela m'est révélé de Dieu ou de la part de Dieu, et que cette révélation m'est tellement notifiée par des motife de crédibilité, qu'il seroit contre le bon sens de n'en vouloir pas convenir, je ne demande rien de plus. Je rends à la foi , par mon obéissance , l'hommage qui lui est dû ; je lui laisse prendre l'ascendant et exercer son empire. Dès qu'elle parle, je l'écoute, je me tais, je crois,

parcequejemesensassurédetoutcequ'ellemedit.Autantqu'ilmevient à l'esprit de questions, d'objections, de raisonnements où je me perds et que je ne puis démêler, autant de fois j'ai recours au sentiment de l'Apôtre, et je me contente avec lui de m'écrier : O profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ! que ses jugements sont incompre^ h^ibleSj et que ses voies sont au-dessus de ce qu'on en peut dicownirl car qui a pénétré dans les pensées du Seigneur et qui est entré dans son conseil {Rom., 11 )? Suivant ces principes et y demeurant ferme, je résous dans un mot toutes les difficultés , je dissipe tous les doutes, je me débarrasse de mille réflexions dangereuses et pernicieuses, du moins très importunes et inutiles ; j'agis en paix , et n'ai d'autre soin que de vivre chrétiennement selon les maximes, et sous la tlireclion de la foi.

Mais comment croire ce que l'on ne comprend pas? Esprit humain, ne te feras-tu point justice ? ne connoUras-tu point ta foiblesse, et pour la connollre, ne te consulteras-tu point toi-même et ta propre raison ? Car, à ne consulter même que la raison , qui ne voit pas , à moins qu'on né soit dépourvu de toute lumière, combien il est déraisonnable et peu soutenabte de ne vouloir pas croire une chose parcequ'elle est àti-dessus de nos connoissances, et qu'on ne la peut comprendre ? Hé ! combien de choses existent dans toute l'étenoue de l'univers, combien se passent sous nos yeux et nous sont certaines, sans que nous les comprenions? Parceque nous ne les comprenons pas, en sont-elles moins vraies? Parcequ*on n'a pas compris jusqu'à présent comme se fait le flux et le reflux de la mer, est-il un homme assez în«sensé pour douter de ce mouvement des eaux si r^ulier et ai ooa«

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