LA FOI SANS LES ŒUVRES
tiens : des chrétiens sealement de nom , des chrétiens de pore spé« calation, et des chrétiens tout à la fois de créance et d'aaton. Chrétiens seulement de nom , et rien de plus : c est un certain nombre de libertins qui, dans le sein même de la religion, vivent §ans religion, renonçant aa baptérpeoù ils ont été régénérés, et à la foi qu*ils y ont reçue. Non pas qu'ils s'en déclarent hautement» ni qu'ils fassent une profession ouverte d'impiété : ils gardent toujours quelques dehors ; ils ne produisent leurs sentiments qu'en termes équivoques, ou qu'en présence de quelques libertins comme eux : leur apostasie est secrète ; mais enfin, par la corruption de leur cœur, ils en sont venus à douter de tout et à ne rien croire : lU ont encore F apparence (t hommes vivants^ et iU sont morts {Apoc.^ 5). Chrétiens de pure spéculation , autre caractère : c'est-à-dire qu'ils n'ont pas perdu l'habitude et le don de la foi ; ils ne contestent aucune de ses vérités, et ils les respectent toutes; ils pensent bien : mais s'il fout passer à la pratique , c'est là que leur foi se dément, ou qu'ils la démentent eux-mêmes par l'inutilité de leur vie , et souvent même par les plus honteux dérèglements. Enfin ^ chrétiens de créance et d'action : ce sont les vrais chrétiens, d'autant plus chrétiens que l'esprit de la foi , dont ils sont remplis, les porte à une pratique plus excellente et plus constante de tous leurs devoirs; et par un heureux retour, d'autant plus animés et plus touchés de cet esprit de foi , qu'ils le mettent plus constamment et plus excellemment en œuvre , et qu'ils s'adonnent avec plus de soin à tous les exer* cices d'une piété agissante et fervente : car de même que la foi vivifie les œuvres , on peut dire que les œuvres vivifient la foi. Ils croient , et pour cela ils agissent ; et parcequ'ils agissent , leur foi croit à mesure, et devient toujours plus ferme et plus vive.
Or, de ces trois espèces de chrétiens , il est évident que le plus grand nombre est de ceux que j'ai appelés chrétiens de spéculation , et qui tiennent le milieu entre les premiers et les derniers. Il est vrai qu'il y a dans le monde et parmi nous des impies en qui la foi est absolument éteinte. Bien loin d'avoir aucun sentiment de Dieu, ifs ne reconnoissent ni Dieu ni 4oi ; ou si l'aveuglement dans lequel ils sont plongés n'a pu effacer de leur esprit toute idée d'un Dieu, premier moteur de l'univers , du moins , à l'exemple de ces philosophes dont parle saint Paul , ne le glorifient-ils pas comme Dieu , et traitent-ils de superstition populaire l'obéissance et le sacré culte que nous lui rendons selon l'Évangile , et les enseignements de Jésus-Christ. Mais il faut , après tout , convenir que ce n'est point là l'état le plus commun. Il n'y en a toujours que trop, je le sais, hélas! et j'en gémis ; mais du reste , ce libertinage entier et complet n'est répandu que dans une petite troupe de gens qui n'osent même le découvrir , ou qiii tombent dans le mépris > et se diffament en le laissant apercevoir. Il est vrai , d'ailleurs , que la foi n'est point non plus tellement affoiblie m altérée dans tout le christianisme i qu'il n'y ait encore^ jus-
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qu'an miUéii du siècle , de parfisdts cKi^ens qui , ptr la dirhiè miserioorde et le seooors de la graoe , sOBlieânent dignement la sainteté de leur profession , aussi fidèles et aussi religieux dans la conduite» qu'ils le sont dans la doctrine; remplissant avec une régulariië édifiante tontes leurs obligations 9 et confessant Jésus^Christ par leur bonne vie et leurs exemples , comme ils le confessent de cœur par leurs sentiments » et de bouche par leurs paroles. Nous en devons bénir Dieu; mais ce qu'on ne sauroit en même temps assez déplorer, c'est que les chrétiens de ce caractère soient si rares , et qu'à peine nous en puissions compter un entre mille. Ce n'est pas d'aujourd'hui que celte décadence a commencé dans l'Église; mais pour peu qu'on ait de zèle» on ne peut voir sans une amère douleur combien le mal augmente tous les jours , et combien la charité de ces derniers siècles se refrddit d'un temps à Tautre.
Reste donc de conclure que la foi de la plus grande partie des chrétiens se réduit toute à un simple acquiescement de l'esprit , sans effets, sans fruits» et que c'est là le renversement le plus général. Car qacAques plaintes que forment, an sujet de la foi, les personnes zélées, et de quelque manière que s'énoncent les prédicateurs dans leurs discours» quand ils s'écrient qu'il n'y a plus de foi sur la terre et qu'elle y est sd)olie; quand ils s'adressent à Dieu comme le Prophète , et qu'ils lui demandent : Seigneur» qui est-ce qui croit à la parole que nous annonçons» et oà trouve-t-on de la foi ? quand à la vue de ce déluge de vices qui se sont débordés de toutes parts » et qui infectent tant d'ames » du moins à la vue de l'extrême tiédeur et de l'affreuse inutilité ou s'écoulent» jusqu'à la mort» toutes nos années» ils en attribuent la cause à un dâaut absohi de Coi : ces expressions» qu'une sainte ardeur inspire » ne doivent point être prises à la lettre» nî dans toute la rigueur de leur sens. Ce seroit outrer la chose; et pour ne rien exagérer» il me semble que tout ce qu'il y a de réel en tout cela » c'est que la foi subsistant encore» dans le fond» ce n'est plus par la dépravation et le malheur des temps, qu'ime racine infructueuse» et que ce sacré germe, dont les productions autrefois étoient si merveilleuses » si promptes » si aboudantes » n opère plus ou presque plus : pouit}Uoi? parœque ce n'est plus qu'une foi languissante ou itoinme endormie; parceque noiu ne la foisons entrer, ni dans nos délibérations» ni dans nos résolutions, ni dans nos actions; parceque» sans l'effacer de notre cœur» nous l'effaçons de notre souvenir» et que ces vérités» quelque importantes et quelque touchantes qu'elles soient, ne nous étant jamais présentes à la pensée , elles ne doivent faire sur nous nulle impression. D'où il arrive que, dans le plan de notre vie» elles ne servent ni à nous détourner du mal » ni à nous porter au bien» quoiqu'elles nous aient été surtout révélées pour l'un et pour l'autre. II. Je dis que c'est pour nous détourner du mal et pour nous porter au bien , que nous ont été révélées les vérités de la foi. Car si Dieu B. 5. 12
9Pm ^4fmi m^î» f^ ^\^ PPÛit «entrent a^n qw «Kdce ki 9i0fk p(>ur po|j3 une r^te c|ft créance , mais une règle de conduite. 4vmt i^e ia q'faffon ^^ ?m^?i(^ t dit rÂpôtrè, Dieu nous a cl^ows m Mr '^^l'Chns^\ et il noUc^a fippelés, afin que nous {ussU^ saints ^ i(i^ \ache devant ^es ^çuop (E^ies^t i). Voilà ce pe^plA pqrfM qiie le di^lP précursipur y^f 4^l^Pr4 » ^^lop la p^rpIe de Zachari^t prépuarer au SeUgn^ur^ et à. gui 1? Seigi^eifr |ui*pi4pe a VQulP mettre ensuite l^ decni^rs traits. De là c^s graadf|s maxunes et ce^ principe? 4e mocale dont to^t^ la loi ey^qg^liqii^ e^t €^(pposée. {fqtre adQrat>lç mi^ttrç ne g'est pas cpntèfitë 4e les enseigner aux hommes et de pons les expliquer, mais U a youlu y pour nptrfi e&emple , ' les pratiquer* Que 4if(* je? i\ a plus JFait; e^ popjc nous mpoirqr combien il avpi( à cceur cette pratique » et combien il {a jugeoit essentielle dans la religiop, ayaut que d'enseigner, il a commencé par pratiquer. De là méfUQ o^ leçojas ai fréqu^mp?» ces exhoi:ia(ipiis des apôtres, lorsqu'il? ipstruispîent 1^ fidèles, e\ qu'ils lès fprmoient au cbfis^lanispQe. {)e quoi leur par* loient-ils plqs so|iyeD|.? d^s bonnes œuvres. Que leur reçomioaodoîent-ils plq? fôrteqiept ? jes l)pnues o^uvr^. Que leur repçoc^oieqtils p(us yiyement? leurs négligences et leurs relàcbeipçpts dans Ij^ bonnes oçi^yres : ç*étqi|; là p^^sque l'ionique sujet 4^ leurs épttres et de leurs prédication?. Car san? rapporter êp particulier tops les poinis dont ils leur eiyoignoiept upe pratique journalière et assidue, yoilà , dans une yqp géperale, Qp qu'ils pféteqdoient leur marquer en les ^conjurant 4^ se coqaporter toujours d'pn^ manière digne de leur voaftiop, 4^ chercher en tputes cbpsçs le bop plaisir de Dieu, d'acbe- Ter rouyragp que la grâce ayoit copimencé d^ns eux , et de foire en sorte qpe rign pe manquât à leur perfection et à leur saociification , afin quQ ri^p pè n^anqpât à lepr salut é^eru^l e( à leur gloire. Tels ëtoient les enseigi^çments de ces premiers prédicateurs de la Çoî : pleiaeqnent instruits des intentions du Fils de Diep, et suivapt le, même ^sprit, ils r^prou voient une foi l$cbe et nonchalante, ^t ne canoi^ipoîeni qu'une ^i vigilante» entreprenante, éditante.
"Et certes, coippient rentfsn4ons-nous, si nous nous flattons d'o^ tjenir la vie bienbeureusç par la foi, sans les œuvres de la foi ? JSsfrçe à la foi seule que Jésus-Christ a promis son royaume? ^t*cê la foi seule ui pous justifie? La foi est le fpndemimt 4e la sainteté chrétienne, et es œuvres en doivent être le complément : ôte? donc fes œuvres , je auisen droit de vous dire, comme l'apôtre saint Jacques : Siquet' qu^un a la foi et qu'il n'ait point les œuvres ^ 4e quoi cela lui servira^ ê-tlf est-ce que la foi le pourra sauver (Jac, 22} ?
On m'opposera la parole de saint Paul , et l'exemple d'Abraham tiré du quinzième chapitre de la Genèse, où il est dit qu'Abraham crut, et que sa foi lui fut imputée à justice. U est vrai, Abraham et tant d'autres, &oit patriarches, soit prophètes de l'ancienne loi, se sont rendtis par la foi recopijnandables auprès de Dieu ; mais par
Sielle foi? oopsuItoDS le même saint Paul , et il nous L'apprendra : est'atî cliapitre onzième de son Êpître aui Hébreux; ou itdëôrit avec liWe élûquence toute divine cexiue la foi inspira de plus h<in6îquè èï dé ptus grand à ces hommes in^p^araj^es. '' ^^ i ki
En effet, sans vouloir ici les nahiirier rats', et sans en feire un dénombrement trop étendu, quelle fut la foi â*Abrabamt il crùtVmajs tF né èe borna pas à croire; bu plulâi , parcequ'il crut, et quM cruî éïâ{:aceanent et d'une foi parfaite, il quitta sa batrié ainsi dull liu âôit'ofcionné, il s'ëToi{pia de ses proches, fl offrit son fifs unique, H se mit en devoir de l'immoler, et ne méu&géà rieii pour Vendre Ëom^ nj^af;[e à Dieu et lui témoigner son obéissance. Quelle ïut la fbftlë iloise? il crût ,' mais il ne se contenta pas de croire'; ou plutdt / pa^cfeq^u'îl crut, êi qu'il crut vivement et d'unêlfoi pratiqué', il tedon^'â tontes les espérances humaines, il sacrifia dans une cour éiràngèrb (es titres les plus pompeux et là plus riclîé fortuné , Il se réduisît ddûk une' condition humble étions un état deso'uffraiices, s'estiîhant plus fieùrèux d'être affligé avectepéupléde Di(ii,'qûe dé goûter les fausses douceurs du péché parmi les idolâtres. Quelle fut la roi d'un Gédéon, d*un Jephté, d^un David, de tant de glorieux c6rnl)îit(ants éi dezél&
rent les'rôyauifnes; lés autres paWéreht pair lès ^lus rudes épreuves', éndarërènt pour le Dieu de rours^pérés et'pôur sa loi les plui rigoureux traitements, et périrent piar îe thncnant de l'èpée; â^àulré^, Réparés du monde', confinés dans des déserts, cachés dans de 'sonîb'res cavernes, menèrent lii vie la plus austère, et rèissentirent toutes les misères de la pauvreté et de l'indigence : tous se regardant sur là tëfre comme des étrangers , et n'ayant nulle prétention , nul intérêt temporel qui les attachât , ne s'employèrent qu'à chercher sans cesse» et par les vœux de leur cœur et par le mérite de leurs œuvres, cette âté céleste que la foi leur faisoit entrevoir de loin et ou elle les appeloit ; car telle est en abrégé la peinture que rÀpAtre nous a tracée de ces Saints de la première alliance. CTest ainsi que la foi ag&soit dans eux , ou qu'ils agissoiéni par la foi , persuadés qtîlls né pou volent sdnà cela espérer l'accomplissement des promesses qui leur avoient été feites , ni entrer en possession de l'hérkage qui leur éioît destine^
Les Saints de la loi nouvelle en ont-ils juge autrement ù réc[ard d'eux-mêmes? ont-ils' pensé que cette loi (le grâce leur donnât un privilège particulier, et qu'indépendamment des œuvres, la qualité de chrétien leur f&t un titre suffisant pour être admis au rang des éhis? Si c'étoft là leur morale, et s'ils ne comptoient que sur la fdr, pourquoi se consumoient-ils de veilles et de travaux? pourquoi s'^ek« ténuoient-ils tfaîistlnences, de jeûnes, de morUBcalions? pourquoi sis
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refusoient-ils tous les plaisirs des sens » et £3Ûsoient-ils à leur corpft une guerre si cruelle? qu'étoit-il nécessaire qu'ils s'exerçassent continuellemeni en des pratiques dldunilité» de patience, de charité? que leur importoit-il d'étisé^i assidàs à la prière et à l'oraison , et d'y passer presque les journées entières et les nuits? que ne sortoient-ib de leurs retraites? que ne se répandoient-ils dans le monde? que ne se donnoient-ils plus de relâche et plus de repos? Mais encore après tant d'œuvres saintes , après s'être épuisés pour la gloire de Dieu , pour le service du prochain» pour leur propre sanctification et leur progrès personnel; après avoir amassé d'immenses trésors, comment ne se qualifioient-ils que de serviteurs inutiles? comment , 1 les en croire, se trou voient-ils les mains vides, et déploroient-ils avec autant de confusion que d'amertume de cœur leurs besoins spirituels et leur dénûment extrême? d'où leur venoit ce tremblement dont ils étoient saisis au sujet de leur salut, et au souvenir des arrêts du cid? Ils avoient tout entrepris, tout exécuté, tout soutenu , et il sembloit néanmoins qu'ils n'eussent rien fait. Ne nous en étonnons pas : c'est qu'ils étoient convaincus de l'indispensable nécessité des œuvres pour rendre leur foi salutaire, et qu'ils craignoient de ne pas remplir sur cela toute la mesure qui leur étoit prescrite.
Avons 410US moins à craindre qu'eux, et sommes-nous moins exposés à cette malédiction dont le Fils de Dieu frappa le figuier stérile? Il s'approcha de ce figuier, il y chercha des fruits; mais n'y voyant que des feuilles : Que jamais, dit-il, tu ne portes de fruity et que per^ sonne jamais ne mange rien qui vienne de toi (Matth., 21). L'effet suivit de près l'anathème : le figuier dans l'instant même perdit tout son suc, et sécha jusque dans ses racines ; ce ne fut plus qu'un bois mort et propre à brûler. Figure terrible! Quand le souverain juge viendra, ou qu'il nous appellera à lui pour décider de notre éternité, ce qu'il examinera dans nous, ce qu'il y cherchera , ce ne sera pas seulement la foi que nous aurons conservée j mais les œuvres qui l'auront accompagnée : ainsi nous le déclare le grand Apdire dans les termes les plus exprès : Nous paroîtrons tons devant le tribunal de /éstU'Christ^ afin que chacun reçoive selon le bien quil aura pratiqué, ou selon le mal qu'il aura commis (2. Cor., 5). L'Apôtre ne dit pas précisément que nous recevrons selon que nous aurons cru ou que nous n'aurons pas cru, mais selon que nous aurons agi , ou que nous n'aurons pas agi conformément à notre croyance.
Et n'est-ce pas aussi ce que nous voyons clairement exprimé dans la sentence ou de salut ou de damnation que prononcera le Fils de Dieu , soit à l'avantage des Justes en les glorifiant, soit à la ruine des pécheurs en les réprouvant? Que dira-til aux uns? Yene»^ vous qui êtes bénis démon Père; posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde : car j* ai eu faim, et vous m*a»e% donrd à manger, et le reste* QuedJra-t-ilaux autres? Relire» vous^ maudits^
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et aiiex au feu. étemel, parcequefai été pressé de la fcùm , et que vous navex pas eu soin de me nourrir (Matth., 25). Il n'est point là parlé de la foi, non pas qu'elle ne soit iJBj^posëe, et que dans le jugement qui sera porte, on en notre fiiveur on contre nous, elle ne doive avoir tonte la part qu'elle mérite ; mais enfin il n'en est point fait mention. II n'est point dit aux prédestinés, Vous êtes bénis de mon Père^ parceqne tous avez été soumis aux vérités de mon Évangile ; comme il n'est point dit aux réprouvés, Allez^ maudits ^ au feu étemel, parceque vous avez été incrédules ; mais il semble que tous les motifé de ce double jugement ne soient pris qne de la pratique ou de l'omission des œuyres chrétiennes. Tm eu soif y et vous m'avez donné ou ne m'avez pas donné à boire ; je n*avois point de logement , et vous m* avez r^* cueil& ou ne m* avez pas recûetlR chez vous; j'étois malade , et vous m* avez ou ne m'avez pas assisté (Ibid.)- Tout cela ne regarde en apparence que les œuvres de miséricorde, mais comprend en général toutes les autres, qui y sont sons-entendues.
En vain donc je pourrai dire alors à Dieu : Seigneur, j'étois chrétien et j'avois lafbi;si je ne puis ajouter que j'ai mis en œuvre cette foi, que j'ai profité de celte foi , que cette foi m'a servi à exciter et à entretenir ma ferveur dans l'exercice de toutes les vertus; qu'avec cette foi , et par les grandes considérations qne cette toi présentoit continuelle* ment à mon esprit , je me suis détaché du monde , j'ai combattu mes passions , j'ai mortifié mes sens, j'ai jeûné, j'ai prié, j'ai fait l'aumône, je n'ai rien omis de tous mes devoirs; si, dis-je, ces mérites de l'action me manquent. Dieu produisant contre moi cette foi même qne j'ai reçue sur les sacrés fonts , et qne j'ai professée , n'aura de sa part point d'autre réponse à me faire , que celle de ce maître de l'Évangile au serviteur paresseux : Méchant serviteur, pourquoi n'avezvous pas employé votre talent? pourquoi l'avez- vous gardé inutilement dans vos mains, au lieu de le mettre à profil, afin qu'à mon tour j'en retirasse quelque intérêt?
Qn'est-ce que ce talent, sinon la foi? et qu'est-ce que ce serviteur paresseux, sinon un de ces chrétiens oisifs et négligents , qui tiennent leur foi comme ensevelie, et en qui elle paroit morte? Ce serviteur paresseux, quoique seulement paresseux et sans avoir dissipé son talent , fut traité de méchant serviteur, et par cette raison seule il fut condamné et rejeté du maître; et ce chrétien négligent et oisif, quoique seulement oisif et négligent , sans s'être écarté de la foi, sera traité de mauvais chrétien , et par ce titre seul Dieu le jugera coupable et le renoncera. Coupable, parceque la foi, dans les vérités qu'elle nous révèle, lui fournissant les plus puissants motifs pour allumer tont son zèle et pour rengager à une vie toute sainte , il y aura été insensible, et n'y aura pas fait l'attention la plus légère. Coupable , parceque la foi lui dictant elle-même qu'exclusivement aux œnvres elle n'étoit pas suffisante ponr lui assurer un droit à l'héritage
M LÀ ("oi SANS Les oeuvres.
cjsleste, il ne Taura^point écoutée sar un article aussi important qfie celui-là 9 et. n'en aura tenu nul compte. Coupable, parcf^que la foi étant une grâce, et rùné des grâces les plus précieuses, il en falloît user, puisque les grâces divines ne nous sont point données à d'autre fin; et que n'en ayani fait aucun emploi, il ne se sera pas conformé aux vues cle!0ieu sûr lui,, et n'aura pas rempU ses desseins. Coupable» pàrcequ'ayant eii la foi daîfs Iç cœur, < t Tayant même confessée de liouche^ il l'aura démontie dans la pratique; qu'il 1 aura contredite et tenue d^^ns une espèce de servitude j qu'il aura résisté à ses connoià^ sancès et à sçs lumières; qu'il l'aura déshoço^ée, en la dépouillant Be sa plus belle j^Ioire, qui est la sainteté désœuvrés; qu'il l'aura scandaliisee devant les)ibertioS| en l^ur Faisant dirç qi|e,,^pour être ctirétien, on n'en est pas plus^ homme debipn. Enâq coupable, par comparaison avec tout ce qu'il ^ aura eu avant lui et apr^ lui de. chrétiens fier vents, appliqués, laborieux, qui n'avoient pas pourtant ip0
éclaires comme lui de TËvai^gilei
Voilà pourquoi Dieii I^ réprouvera, et lui fera entendre cette désolante parole : Je ne vouf çonnois point. Non pas qu'à Tégard des chrétien^ il en soil tout-à-Fait dpméûiequ'àrégard du servueifr paresseux. X^BipâUre^ en condamnant ce serviteur inutile, lui fit enlever le talent
Îju'il lui avoU confié ; mais en i éprouvant ce Idche chrétien, Dleii lui aisserârexcellentçarjaciére dont 4{ rayoit honoré. Ju;>(jue dans Tenfei-» cç sera toujours un ctirétien; mais il ne lèvera plusqùe pour sahonte, QÙe pour fpn i^uppljçe,, que pour ^pn désespoir. Cette glorieuse qualité de chr^tienj.qu'il ^ijtra s( lopg-teihps oublire, qiiand il étoit pour jui d'^n,s9uver^m intérêt d*y; penser, il né loublierâ jamais, lorsqu'il en voudroit perdre l'idée, et qtié le souvenir qu1l en conservera ne
Spijrra pluç çervip qu'à Je touripeuter. Quels regrets fera-trelle naître ans sou cœufl quaçd elle jui remettra les prétentions qu'elle lui donppif^ au rovâuine de Dieu, et ,que, pur une inclolence moUe où il se ser^ endormi , ^il 2^ yen $1 d^bu de toutes ses espcriahces? A quels repro-
I;hes l'ei^posèra-t-cllf'. de la pacf de tant (de Gentils réprouvés comme iii, mais sans avoir été revêtus du même caractère, ni avoir eu le même avantage que lui? lié quoi! vousêics deveim semblable à nous! vous ^vez encourt) le même sort ! Que vous deman4oit-oa de si difficile? et^conjment avez-vQus perdu un, bien dont votre foi vous décoi^vroit le prix inestimable, et qiie vous pouviez acquérir à si peu de frstis? , , . .
I|r. Que peuvent dire à cela, ces honnêtes gens du sjècle^ qui pasfi^tpqMi* chrétiens et q|fi le ^pnt.i^n fjffeti mais, dont la JFc^ii p[>i^\^ rç;pf(}rqiéç, a^-^^d^ins.,. ne. se^,produà, pjresqije Jjain^if au .dehors, ff'4y aucun acte ile christianisme, ni aucune des œuvres les plus ordinaires
dans la religion? bar vbiiS o& la fo! en est fëdiîite» ipéiné paritti cêiîx qui, dans le monde, ont une réputation ihieux étabKe, et font vôii* danr ' j^— u... r,i-ii f
Yie <
Çâr rapport i b sagesse . . . .-
GihWbonQofies ^ui, dans Testime pubiiqiie, sont rëpîùtes (iojtiines d'ordre et <ïe raisoiij, droits, înlègres, eanemi^ <iù ^îce, et iCè se poftaint i nul excès. le veux bieii là-clessiis leur fendre toute là jiTsticb <|û1ls tpéritent,; je iàe formerai poin^ contre eux des accusdiions laiii^ ses et mal fondées: je ne leur ihiputerai ni libertinacre» ni débâuclie.
11 passions honteuses, ni commerces défendus , ni colères ^ ni eitibôremènts, ni fraudes, ni usurpations, ni concussions. Que sur toiià
en voici la raison : car né nous laissons point abuser d'une erreur d'aiitj^nt plus dànçereusl^ qu'ielîeest plus apparente et plus spécieuse, et ne pensons point que tout le mëfiteabsolurtient requis pour le salut consiste à éviter ceriaîns péchés, uieû , dans sa loi, ne nous ai pas dil seulement : Abstenez-vous dé ceci et de cela; inais il nàus a dit de plus , Fait^ ceci et faîtes cela. Lé père de famille ne reprit d'àut;uné action mauvaise ces^ ouvriers qu'il trouva dans la place publique; noiaisïl les btdfma'^e. perdre leur bmps iet de demeurer là saris occupation. Allez' leur uit-il, dans ma vigne (lttATTH.,2d), et Irâvâilléz-y; car sans frayail vous ne ga{][nerez rien, et vous ne deve^ eire récompensés que selon la niesure de votre buvraçe.^ Telleriftnt due nous ne serons bas mbins ^responsables à D^êu dû bien que nous àuroné omis, que du mal que nous aurons commis. \ ^
. Or qu'on me dise quel biéii pratiquent la j)lùpart ^és chlrétiens^ et même de ces chrétiens que Je reconn'ois volontiers pour gens d'honneur, et à qui j'accorde sans peiné la louange qui leur appartiefat. Ils sont de bonnes mœurs, ils s'en félicitent, ils en fontglôir'é; mais ces bonnes mœurs, à quoi vont-elles, et où se réduisent-elles? Sont-ce des gens pieux et religieux, qui s'adonnent, autant que leur ^lut le permet, à la prière, qui assistent aux offices djvins, qui se rendent lîssi- <ius au sacrifice de nos autels, qui fréquentent les sacreiiients, qui se nourrissent de saintes lectures, qui écoutent la parole dé Dieu, qui chaqne jour se rendent compte à eux-mêmes de ta disposition de leur conscience, et qui, après certaines distiractions iodipensables et certaines affaires ou leur condition les engage, âieni leur iemps îii'arqué pour sei recueillir et pour vaquer au soin dé leur ame? Çont-cé des geni cb'aritabTes, qui par un esprit de relîgfôi) slniérésseiit aux mi-