‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 70 sur 225 · LA FOI VICTORIEUSE DU MONDE · texte numérisé non relu

LA FOI VICTORIEUSE DU MONDE

DÎ menaces qu'il ne méprise, ni espérances , ni intérêts* ni a^antagfes qu'il ne sacrifie à Dieu et à son devoir.

Telles sont 9 dis-je, les dispositions d'un homme animé de Tesprit du christianisme et soutenu de la foi qu'il professe. C'est ainsi qu'il pense , et c'est ainsi qu'il agit. La raison est qu'étant chrétien , il ne reconnott point, il proprement parler, d'autrematire que Dieu, ou que, reoonnoissant d'autres puissances , il ne les regarde que comme des puissances subordonnées au Tout-Puissant , lequel doit être mis audessus de tout sans exception. Ce sentiment sans doute est généreux; mais il ne fiiut pas se persuader que ce soit un pur sentiment , ni une spéculation sans conséquence et sans effet. Il n'y a rien là à quoi la pratique n'ait répondu , et dont elle n'ait confirmé mille fois la vérité. Combien de discours et de jugements , combien de mépris et d'outrages ont essuyés tant de vrais serviteurs et de vraies servantes de Dieu , plutôt que de se départir de la vie régulière qu'ils avoient embrassée, et des saintes observances qu'ils s'y étoient prescrites? Combien d'efforts , de reproches, d^oppositions, ont surmonté de tendres enfimts , et avec quelle constance ont-ils résisté à des pères et à des mères qui leur tendoient les bras pour les retenir dans le monde , et les détourner de l'état religieux ? A combien de disgrâces , de haines, d'animosités , de revers , se sont exposés , ou de sages vierges qu'on n'a pu gagner par les plus pressantes sollicitations , ou des juges intègres qu'on n'a pu résoudre par les plus fortes instances à vendre le bon droit , on de vertueux officiers, des subalternes, des domestiques que nulle autorité n'a pu corrompre , ni retirer des voies d'une exacte probité?Quels tourments ont endurés des millions de martyrs? Rien ne les a étonnés : ni les arrêts des magistrats , ni la fureur des tyrans , ni la rage des bourreaux , ni l'obscurité des prisons, ni les nmes , ni les chevalets , ni le ter, ni le feu. Que l'antiquité nous vante ses héros , jamais ces héros que le paganisme a tant exaltés , et dont il a consacré la mémoire , firent-ils voir une telle force? Or d'où ve- Doitrelle? d'où venoit , dis-je , à des glorieux soldats de Jésus-Christ cette fermeté inébranlable , si ce n'est de la religion , qu'ils portoient vivement empreinte dans le cœur ? Elle les accompagnoit partout , partout elle leur servoit de bouclier et de sauvegarde : miracle dont les ennemis mêmes de la foi chrétienne et ses persécuteurs étoient frappés. Mais nous, de tout ceci , que devons-nous conclure à notre oonfiision? La conséquence, hélas! n'est que trop évidente, et que trop aisée à tirer. C'est qu'étant si préoccupés des erreurs du monde, si épris des douceurs du monde , si timides et si foibles contre les respects et les considérations du monde, il fout, on que nous ayons bien peu de foi , ou que notre foi même soit tout-à-feit morte ?

Car le moyen d'allier ensemble, dans un même sujet, deux choses aussi peu eonipatibles entre elles que le sont une loi vive qui nous détrompe de toutes les erreurs du monde, et cependant ces mêmes

m L'INCRÉDULE GONYAINGU PAR LUI-MÉHE.

erreurs leHemenl imprimées dans nos esprits , qu'elles deviennent la règle de tous nos jugements et de toute notre conduite? Gom'taient ateç une foi qui, dans sa morale» île tend qu'au crucifiement dé la diatr et à Tabnégation de soi-même , accorder une recherche perpé* melle des douceurs du monde» de ses fausses joies , et de ses voluptés môme les plus crimioelles ? Enfin» par quel assemblage une foi qui nous apprend à tenir ferme pour la cause de Dieu contre tons les raisonnements du monde» contre tons ses mépris et tous ses efforts» peut-elle convenir avec une crainte pusillanime qui cède à la moindre parote» et qui asservit la eonscirace à de vains égards et à des intérêts tout profodes? Sont-ce là ce$ victoires que la foi a remportées avec tam d'éclat dans les premiers siècles de TÉglise? a-t-eUe changé dans la suite des temps; et» si die est toujours la même» pourquoi n'opèret-elle pas les mêmes miracles? Car au lieu que la foi étoit alors victo* rieuse du monde» il n'est maintenant que trop ordinaire au monde de L^emporter sur la foi» dimposer silence i la foi » de triompher de la foi. Nous n'en pouvons imaginer d'autre cause» sinon que la foi s'est affoiblid à mesureque l'iniquité s'est fortifiée; et parceque l'iniquité jamais ne fut plus abondante qu'elle est» ni plué dominante» de là vient aussi que la foi jamais ne fut f^Ius languissante ni moins agissante. Enoore combien y en a-l-il chez qui elle est absolument éteinte 4 et doitoil s'étonner » après cela» que cette foi qui prodnisoit autrefois de si beaux fruits de sainteté soit si stérile parmi nous? Prions le Seigneur qu'il la ranime » qu'il la ressuscite » et qu'il lui fosse reprendre dans B0«s sa première vertu. Travaillons nous-mêmes à la réibiller par de ft^uentes et de solides réflexions* Cionfondons-nous de toutes noa foiiblesses» et reprochons-nous amèS^ment devant Dieu l'ascendant qù& noué avens laissé prendre siir Dons au monde » iorsqu'avec une étin^ eeUe de foi nous podvions résister à ses plUs violents assauts» et re-* poulsw toâs ses traits. Le Fils de Dieu rendant raison à ses disciples pourquoi ils fi'avoient pu ebasser un démon, ni guérir un enfant qui en étoH posséda» leur disoit: Cestà cause de votre inaréiuiHé{MATrn,f i7) ; puis » n^nt d'une comparaison assez singulière : Si votre foi » syottteît le même Sauveur» égatoii seuiement un grain de sénevé, quet" que petite qu'elle fui , elle vous suffiroil peur transporter les montagnes (tmn lieu à un àtcl#«« ei tout vousdêviendroit possibée», Que seroit-oe donc si BOUS avions une foi parfaite» et de qtioi ne viendroit-on |ias à bout?

l'ingr6dulb convaincu par lumiêiib.

L'impie ne peut se résoudre à croire les vérités de l'Évangile» tant elles lui semblent choquer le bon sens et la raison. Il les rejette avee le dernier mépris» et ne craint pomt de les traiter d mventions humaines et d^ pures Imagioations : car son impiété va jusque là ; et s'il gard^aiHiehors certaiiies Dwsures» et que dans lea^ompaminsî! r '

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