‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 71 sur 225 · L'INCRÉBULS CONVAINCU PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

L'INCRÉBULS CONVAINCU PAR LUI-MÊME

pas s'expliquer si ouvertement ni en des termes si forts, il sait bieii dans les entretiens particuliers se dédommager de son silence , et Ton n*est pas a«sez peu instruit pour ignorer quels sont ses discours devant aautres libertins comme lui , dont la présence l'excite^ bien loin de Tarréter. À l'entendre , toute la relimon n'est que chimère, et tout ce qu'elle nous révèle ne sont que des visions. Il y trouve , à ce qu'il prétend f des difficultés invincibles, des contradictions évidentes, des impossibilités absolues. En un mot, dit-il d'un ton décisif, tous ces mystères sont incroyables. Il le dit, mais en le disant il ne remarqqe pas , cet esprit rare, que par-là il fournit des armes contre lui-même» el que de là il doit tirer pour sa conviction propre un argument personnel, et des plus sensibles. iPIus nos mystères lui semblent iiors de toute croyance, plus il doit concevoir quel étonnant prodige c'a été dans le monde que des mystères, selon lui si incroyables , aient été crus néanmoins si universellement, et qu'ils le soient encore.

Ceci ne suffit pas; mais, pour mieux convaincre l'impie par ses séntimeuis mêmes , ^t pour lui faire mieux sentir l'avantage qu'il me donne et l'embarras où il s'engage lorsqu'il parle si indignement des plus saints mystères de notre foi, comme s'ils étoient opposés à toute la lumière naturelle, je veux raisonner quelque temps avec lui, et entier dans le détail de certaines circonstances qui serviront à fortifier la preuve qu'il me présente pour le combatre. Car , encore une fois , je ne veux le combattre que par lui-même; et peut-être apprendra-t-il à devenir plus réservé dans ses paroles, et à en craindre, plus qu'il ne fait, les conséquences.

Je lui permets donc d'abord de former sur les mystères de la religion toutes les difficultés qu'il lui plaira , et de les grossir, de les exagérer. J'irai même, s'il est besoin, jusqu'à tolérer ses mauvaises plaisanteries, je les laisserai passer, et là^dessus je n'entreprendrai point de lui fermer la bouche; je consens qu'avec ses grandes exclamations, ou avec ses airs moqueurs, il me redise ce qu'il a dit cent fois : Eh I qu'est-ce qu'un seul Dieu en trois personnes, et que ces trois personnes dans un seul Dieu? Ëh! qui peut s'imaginer un bien tout esprit de sa nature et comme Dieu, mais revêtu de notre chair ethommeoMlune nous? Quoi I ce Dieu qu'on me dit être d'une puissance, d'une grandeur, d'une majesté infinie , je me figurerai qu'il est descendu sur la terre, qu'il y a piîs une nature semblable à la nAlre, qu'il est né dans une étable, qu'il a vécu dans la misère et dans la souffrance, eiifia qu'il est mort dans l'opprobre et dans Ti^Dominie de la croix? Tout cela est-il digne de lui? tout cela est-il croyable? Tel est le langage de l'imiÂe, et je ne rapporterai point tout ce que lui suggère son ijbertînage sur la morale chrétienne , sur la Providence divine, sur l'immorlalité de l'ame, sur la résurrection future, sur le jugement général , sur les peines étemelles de l'enfer. Car il n'épargne rien, et il ne ;eut convenir de rien. Le moyen , a son avis , de se mettre ces £u)l<*

Page 1