‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 73 sur 225 · L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME. SOI · texte numérisé non relu

L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME. SOI

selon Tordre exprès de leur mattre, à toutes les nations. Dans Torient, l'ocddent, le midi, le septentrion , on entendit partout la parole du Seigneur , dont ils étoient les interprètes. Des troupes de prosélytes vinrent en foule pour être agrégés dans Fécole de Jésus-Christ. Les disciples se multiplièrent, se répandirent de tous côtés; les villes, les provinces, les royaumes en furent remplis, et c'est ainsi qu'en très peu de temps s'élevèrent de nombreuses et de florissantes chrétient^'s. 5. Que ces mystères qu'il prétend incroyables n ont point non plus été crus seulement par le simple peuple, par des sauvages et des barbares , par des esprits grossiers et ignorants, mais par les plus grands génies, par les esprits du premier ordre, par des hommes d'une profonde érudition et d'une prudence consommée : il n*y a qu'à lire les ouvrages que les Pères nous ont laissés comme de sensibles monuments de la religion. A considérer précisément ces saints docteurs en qualité de savants, en qualité d'écrivains et d'auteurs, il faut n'avoir ni goût, ni discernement, pour ne point admirer l'étendue de leur doctrine, la pénétration de leurs vues, la sublimité de leurs pensées , la force de leurs raisonnements , la sagesse et la sainteté de leur morale, la beauté et l'énergie de leurs expressions, leurs tours même éloquents et pathétiques , ou ingénieux et spirituels. Certainement ce n'étoient pas là de petits esprits , des esprite superstitieux , capables de donner sans examen dans l'illusion , ni à qui il fût aisé de faire accroire tout ce qu*on vouloit.

4. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus , non point sur des préjugés de la naissance et de l'éducation , mais plutôt contre tous les préjugés de Téducation et de la naissance. Pendant une longue suite d'années, qu'étoit-ce que le grand nombre des chrétiens? des Gentils nés dans le paganisme, élevés dans Tidolàtrie. Afin de les soumettre à la foi , il avoit fallu détruire toutes leurs préventions , et leur arracher du cœur des erreurs et des principes de religion directement opposés aux mystères qu*on leur enseignoit. Or qui ne voit pas combien ce^ changement étoit difficile , et quelle peine il devoit y avoir à détromper des gens préoccupés en faveur de leurs fausses divinités, et attachés à leurs anciennes observances et à leurs pratiques? C'est cependant ce qui est arrivé. Les païens se sont convertis; les idolâtres ont renoncé au culte de leurs idoles ; leurs prêtres et leurs sages ont eu beau se récrier, raisonner , disputer , la loi nouvelle a prévalu, et comme le jour dissipe les ténèbres, elle a effacé des esprits tontes les idées dont ils étoient prévenus. .

5. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus malgré toutes les répugnances de la naturg, malgré toutes les révoltes et de la raison et des sens. JRévoltes de la raison : car quelque raisonnables en eux-mêmes et quelque certains que soient ces mystères , il fiant après tout convenir que ce sont des mystères obscurs , des mystères tellement cachés sous le voile, que notre raison n'y pénètre qu'avec

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des peines extrêmes ; et que souvent même , toute subtile qu'elle peut être, elle se trouve obligée de reconnoitre son insuffisance et la foiblesse de ses lumières. Or nous sentons assez qu'il n*est rien à quoi elle répugne davantage qu'à s'humilier alors et à se soumettre , eu croyant ce qu'elle ne voit ni ne connoit pas. Révoltes des sens : car sur ces mystères qui humilient et qui captivent la rai^n» est fondée une morale qui mortifie étrangement la chair. On croit avec moins de résistance des vérités qui s'accommodent à nos inclinations et à nos passions» des vérités au moins indifférentes, et qui dans leurs conséquences n'ont rien de pénible ni de gênant : mais des vérités en vertu desquelles on doit se haïr soi-même, réprimer ses désirs les plus naturels, embrasser la croix , la porter chaque jour sur son corps, et se revêtir de toute la mortification évangélique , c'est a quoi Ton ne se rend pas volontiers, et sur quoi l'on ne se laisse persuader qu'après avoir bien examiné les choses » et en avoir eu des preuves bien convaincantes.

6. Que ces mystères qu'il prétend incroyables ont été crus d'une foi si vive, d'une foi si ferme et si efficace, que pour pratiquer ses maximes, pour vivre selon ses règles et son esprit, ou pour la défendre et la soutenir, on a tout sacrifié , biens , fortune, gi*andeurs , plaisirs, repos, santé, vie. On sait les rudes combats que les chrétiens ont eu à essuyer dès la naissance de l'Église. On sait combien de sang ils ont versé, et comment ils ont été exilés, proscrits, enfermés dans des cachots , produits devant les juges , condamnés , livrés aux bourreaux pour les tourmenter en mille manières , par le glaive , les flammes, les croix , les roues, les chevalets, les bêtes féroces, les huiles bouillantes ; par tout ce que la barbarie a pu imaginer de supplices et de tortures. Pourquoi se laissoient-ils ainsi opprimer, accuser, emprisonner, déchirer, brûler, immoler comme des victimes? pourquoi enduroient-ik tant d'opprobes et d'ignominies , tant de calamités et de misères? pourquoi , au milieu de tout cela , s'estimoient-ils heureux, et rendoient-ils à Dieu des. actions de grâces? Qui leur inspiroit ce courage et cette patience inaltérable ? c'est qu'ils avoient les mystères de notre Foi si profondément gravés datis l'ame , et qu'ils en étoient tellement touchés , que rien ne leur coûtoit , soit pour y conformer leur conduite , soit pour en attester la vérité par une généreuse confession.

7. Que ces mystères qu'il préteud incroyables ont été crus d'une foi si constante, que malgré tous les obstacles qu'elle a eu à surmonter, elle subsiste toujours depuis plus de seize cents aiis, comme nous ne doutons point, selon la promesse de Îésus-Christ, qu'elle ne doive subsister Jusqu'à la dernière consommation des siècles. Toutes les puissances infernales se sont soulevées contre elle; toutes les puifsances humaines se sont liguée^ et ont conjuré sa ruine; la supersUtion et le libertinage l'ont combattue de toutes leurs forces. Mais de

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