L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME
même que noos voyons les flots de la mer» furieux et courroucés, se briser à un rocher où ils viennent fondre de toutes parts, tout ce qu'on a fait d*efforts pour la détruire n'a pu l'ébranler, et l'a plutAt affermie; de sorte qu'après d'immenses révolutions d'âges et de temps, qui auroientdû l'affoiblir, die est toujours la même; qu'elle conserve toujours sur les esprits le même empire, qu'elle ieiir propose toujours la même doctrine , et les trouve toujours également disposés à la recevoir. Je ne parle pointde la manière dont cette foi s'est établie, de la foiblesse de ceux qui en furent les preitiiers apdtrès, de l'abandonnement total où ils étoîent des secours ordinaires et nécessaires pour faire réussir les grandes entreprises, de cent autres particularités très remarquables : car ce n'est point par le fer, comme d'autres religions; ce n'est ni par la violence des armes, ni par les amorces de l'iniérêt ou du plaisir, que la foi de nos mystères s'est ré* pandue dans toute la terre. Mais sans insister là-dessus et sans rien ajouter, j'en reviens à mon raisonnement contre Timpie. ^
Je dis : S'il est vrai que nos mystères soient aussi incroyables qu'il l'avance, et que d'ailleurs il ne puisse nier, comme il ne le peut en effet, qu'on les a crus dans le monde, et qu'on les a crus si unanime^ ment, si généralement, si promptement, si fortement, si const^inment; chez tout^ les nations , dans tous les états et toutes les.pt^ofessions ; parmi les sages , les philosophes , les savants ; parmi les païens , les idolâtres , les sauvages , les barbares ; dans tes cours des princes, dans les villes, dans les campagnes, partout; il dut donc qu'il m'apprenne par quelle vertij^ a'pu se faire runfon et l'acctord si parfiiit de ces deux choses; je veux dire de ces nàystères selon lui absolument incroyables « et de ces mystères toutefois, selon la notoriété du finit la plus évidente et la plos incontêàtable^ reçus et crus avec toutes les circonstances que je viens de rapporter :. il Mut donc qu'il avoue malgré lui qu'il y a eu en tout cela de la merveille; il faut donc qu'il confesse qu'il y a au-dessus de la nature un agent supérieur qui a conduit tont cela comme son ouvrage , et qui ne ee^ t)oint de le conduire par les ressorts invisibles de sa providence; il faut donc , s'il est capable de quelque réflexion , qu'il conçoive une bonne fois comment ses traits de raillerie au sujet de la rei^on retotment contre lut , et comment ses exagérations et ses*dIsconrs emphatiquui sur rinsurmontaUe difficulté d'ajouter foi à des mystères tels que les nôtres retombent sur lui pour le eonfondre et pour PacçaMer. Car plus il la relève et il l'augmente, cette difficuhé, plus il relève la sbu*' veraine sagesse et fai toute-puissance de ce maître à qui rien n'est im« possible , et qui a si bien su la vatitcre et lu surmonter.
OuU on les a crus, ces adorables et incompréhensibles mystères; et voHà le grand miracle dont Fincrédiik est forcé de convenir. Mfy racle d'autaiit plus grusd pour hii , que ces mystères hii patrolssertt BieiM ifofiblÉsw ikilee croii coeore, et, psr la niiséricorde i&ftm
a04 L'INCRÉDULE CONVAINCU PAR LUI-MÊME.
de mon Dieu , je les crois. Cest dans cette foi que je veux mourir, comme j'ai le bonheur d'y vivre. Car je la conserverai dans mon cœur: et qui l'en arrachera?. Je connois mes imperfections et mes fragilités sans nombre. A comparer la sainteté de la foi que je professe avec mes lâchetés et la multitude des offenses que je commets, je sens combien j'ai de quoi rougir devant Dieu et de quoi m'humilier : mais du reste, tout imparfait et tout fragile que je suis, ne présumant point de mes forces, ne comptant point sur moi-même, soutenu de ma seule confiance dans la grâce du souverain Seigneur en qui je crois et en qui j'espère, il me semble que pour cette foi que je chéris et que je garde comme mon plus riche trésor, je ne craiudrois point de donner mon sang ni de sacrifier ma vie ; il me semble que bénissant la divine Prpvidence, qui, dans le christianisme, a fait heureusement succéder la tranquillité et la paix aux persécutions et aux combats, j*envie après tout Te sort de ces chrétiens à qui la conjoncture dds temps fournissoit des occasions si précieuses de signaler leur foi en présence des persécuteurs et des tyrans. Telles sont, à ce qu'il me parolt, mes dispositions, ô mon Dieu ! tels sont mes sentiments, ou tels ils doivent être.
Mais ce n'est pas tout : ce que je crois de cœur, je le confesserai de bouche, selon l'enseignement de l'Apôtre ; et en cela même je suivrai l'exemple du Prophète, et je dirai comme lui : Toi cru^ et voilA pourquoi y ai parlé (Pfalm. 115). Tout chrétien doit faire une profession publique de sa foi ; et malheur i quiconque auroit honte de reconnoitre Jésus-Christ devant les hommes, parceque, dans le jugement de Dieu , Jésus-Christ le* renonceroit devant son Père. Mais outre cette obligation commune , un devoir particulier m'engage , comme ministre du Dieu vivant et prédicateur de son Évangile , à prendre la parole. Cette foi que l'impie attaque , et ces mystères qu'il blasphème paroequ'il les ignore, je les prêcherai, et à qui? aux grands et aux petits, aux princes et aux peuples, aux sages et aux simple^aux forts et aux foifoles , à tous : car, dans la chaire sainte , c'est à tous que je suis redevable. Si je me taisois, mon silence me condamneroit, et je me tiendrois coupable de la plus criminelle prévarication , surtout dans un temps où l'impiété ose lever la tête plus que jamais et avec plus d'audace. Au nom du Seigneur qui m'envoie, je la combattrai, et je la combattrai partout, quelque part que m'appelle mon ministre. L'impie ita'éooutera sans s*étonner, il s'élèvera intérieurement contre moi , ou dans le secret de son ame il me regardera en pitié ; mais moi, iouehé d'une bien plus juste compassion, j'aurai pitié de son aveuglement , de son enlêtément , de sa témérité, de son ignorance sur d^ points dont>& peine il peut avoir la plus légère teinture, et dont néanmoins il prétend avoir droit de juger avec plus dlassurance que les docteurs les' plus consommés. Il tournera en risée tout ce que je dirai, et il ne le comptera que pour des idées po-
polaires , que pour des rêveries ; mais moi » dan^ le mime esprit que saint Paul et dans les mêmes termes, je lui répondrai : Nouê pri-' ckofu Jésus'Ckriit crucifié ^qtdatun sujet de scandale aux Juifs^ qui paroit une folie aux GentUs^ et quiest la/orcedè Dieu et la sagesse de Dieu (1. Car,f 1]^ Biais moi je lui répondrai, avec le même Docteur des natioDSt que c* est par la folie de la prédication évangéUque quil a plu à Dieu de sauver ceux qui croient en lui et en son fils Jésus-Christ (Ibid. ). Mais moi je lui répondrai que la folie de la croix n'eii foUe que pour ceux qui périssent (Ibid;). Terribte parole! pour ceux qui périssent , pour ceux qui se damnent, pour ceux qui , par la dureté de leur cœur et par leur sens réprouvé, se précipitent, comme l'impie , dans ua malheur étemel I II y fera telle attention qu'il lui plaira; et pourquoi n'espérerois-je pas que le Père des miséricordes éclairera enfin cet aveugle, et que sa grâce triomphera de cette ame rebelle, et la souipettra? Qu'il en soit ainsi*que je le désire et que je le demande; c'est un de mes vœux les plus sincères et les plus arde&ts.
IfAISSANCB ET PROGRÈS DES HÉRÉSIES.
Ce qui fait Thérétique, ce n'est pas seulement l'erreur, mais Tentêtement et Tobstination dans l'erreur. Tout homme , -dès-là qu'il est homme, est capable de se tromper, et de donner dans une erreur dont les fausses apparences le surprennoit et le séduisent : mais on ne peut pour cela le traiter d'hérétique , et il ne l'est point précisément parla. On peut bien dire que ce qu'il avance est une hérésie, que telle proposition, telle doctrine est contraire aux principes.de la toi; mais s'il ne s'y attache pas opinilirément , et x|u'il soit disposé à se rétracter et à se soumettre , dès que le tribunal ecclésiastique et supérieur aura donné un jugement définitif qui décide la question , alors , pour parler ainsi^ l'hérésie n'est que dans bi proposition avancée, que dans la doctrine , sans 'être dans la personne^ Aussi n'est-ce pas commuinSment sur la personne que tombent les censures de l'ÉglMe, mais sur les sentiments erronés qu^elle condamne et qu'elle proscrit. On n'est donc proprement hérétique qu'amant qu'on est opiniâtre , parcequ'bn n'est rebelle à l'Église que par cette opiniâtreté qui résiste à l'obéissance, et que nulle autorité ne peut fléchir.
Dans la société même civile et dans l'usage ordinaire de la viç, ce caractère d'eptêtement a des effets très pernicieux. IL cause desnuux infinis , soit par rapport au bien public, soit par rapport au bien particulier. Par rapport au bien public : on a vu arriver les plus tristes malheurs dans un état par l'entêtement d'un grand , dans une ville par l'entêtement d'un magistrat, dans une maison par l'entêtement d'un maître, dans une famille, par l'entêtement d'un père ou d'une mère, dans une cojnmunauté par Tentêtement d'un supérieur. Rien de plus dangereux que l'entêtement en qui que ce soit ; mais qu'est-ce surtout dans- un hoinme revêtu de quelque pouvoir et constitué en
»B MUSSARGE BT PROGRÈS DBS fiÉRfi|5IE8.
quelque dignité? Par rapport ao bien particofier : il y a mille gens qui se ^ont ruioës de fortune , de crédit, d'honneur, de réputation ; par où ? par un uialheurera entêtement dont les plus sages conseils ne les ont pu guérir. Aussi , «pi'avons-nous entendu dire en bien des rencontres y et qu'avons-nous dit nousHmémes dç cei>iaines personnes ? Ce sont des entêtés; leur entêtement les perdiSL. L*éyéùement Ta vérifié , et c*est de quoi l'on pourroit produire plus d'un exemple.
Hais il ne s'agit point ici de ces sortes d'entêtements. Dès qu'ils ne regardent que les choses humaines et que notre conduite selon le monde, les conséquences, quoique très fâcheuses du reste et très dé* plorables , en sont toutefois beaucoup moins à craindre. L'entêtement le plps funeate et dont 4>n doit plas appréhender les suites , c'est en matière de religion 2 car voilà d'où sont venues toutes les hérésies et tontes les seetee. Un homeie se prévient de quelque pensée nouvelle et en fait sa doctrine, à laquelle il s'attache d'autant plus fortement qu'eOe lui est plus propre. Cependant c'est une mauvaise doctrine , et la foi s'y trouve intéressée. S'il étoit 9sse% docile pour écouter làdessus les avis qu'on lui donne, et pour entrer dans les raisons qu'on lui oppose 1 on le feroit bientôt revenir* de son égarement ; sa soumissbn le remeltroit dans le chemin , arrêteroit le feu prêta s'allumer, et raffiaire , en très peu de temps « seroit assoupie ; mais il s'en faut bien que la chose ne prenne un si bon tour. C'est un esprit opiniÀtre ; on aura beau lui parler, il ne sera Jamais possible de le réduire. Il s'élève, il s'enfle 1 il s'entête. Soit passion qui le pique , soit présomption qui l'aveugle , soit indocilité naturelle qui le roidit , tout cela aouvent à la fois le rend iigraitable. Quoi qu'on lui objecte , il a ses réponses, qui lai paroissent évidentes et sans réplique. Quiconque ne s'y rend pas est , selon lui » dépourvu de toute raison. Plus donc on Tattaqoe vivement , plus il devient ardent à se défendre ; plus on multiplie les difficultés , plus de sa part il multiplie les subtilités et les fiuix-fuyants. Pourquoi cela? c'est qu'il est déterminé , quelqiie chose qu'on lui dise, à ne pas reculer. Ainsi toute son attention va, non point à examiner la forcent b solidité des preuves qu'on lui apporte pour le convaincre , mais à trouver de nouveaux- moyens et de nouveaux tours pour les éluder, et pour se confirmer dans ses idées. Car voilà ce que fiait l'entêtement.
Du moins si ce novateur s'en tenoit à son entêtement personnel » sans le communiquer à d'autres : inais il veut s'appuyer d'un parti, il veut ee iaire une école , il veut avoir des disciples et des sectateurs. L'envie de dogmatiser, d'enseigner, d'être Tauteur et le chef d'une secte, est une espèce de démangeaison si naturelle , qu'on s'y laisse aisément' aller; et d'autre part, la nouveauté et la singularité en fait de doctrine a pour une infinité d'esprits des charmes si engageants, qu'ils en sont d'abord infetués^ et qu'ils s'y portent comme d'eux* mêmes; C'est une chose surpreiiante, de voir combien il faut peu dé
NAISSANCE ET PROGRÈS DES fflSiRÉSIES. 907
temps pour y attirer tontes sortes de personnes, hommes , femmes ; grands» petits; ecclésiastiques, laïques; réguliers, séculiers; dévots, mondains. II n'est point de gangrène s! contagieuse que l'hérésie. Elle gagne sans cesse et se répand; ses progrès sont aussi prompts qnUs sont imperceptibles; et elle n'a pas plutôt pris naissance, que toutes professions , toutes conditions , tous états s'en laissent infecter.
De U qu'arrive-t-il? c^est que ce qui n'étoit dans son origine que Pentétement d'un homme, qu'un entêtement particulier, devient désormais un entêtement commun, un entêtement de cabale. Or on peut dire que c'est alors qu'il est comme insurmontable, et l'expérience nous le finit assez oonnottre. Tant d'esprits préoccupés et unis ensemble se soutiennent par leur union même. C'est une société formée; il n'est plus moralement possible de la rompre. Si quelqu'un chancelle , il est bientôt obsédé de toute la troupe, qui s'empresse autour de lui, et n'omet rien pour l'affermir et le retenir. Que ne lui représente-t-on pas? la prétendue justice de la cause qii'il a embrassée, l'mtérêt du parti où il s'est engagé , le triomphe qu'il donneroit à ses ennemis en l'abandonnant, et l'avantage qu'ils eii tireroient; l'éclat d'une désertion qui le couvriroit de honte , et qui l'exposeroit à de mauvais retours : enfin , promesses, espérances , reproches , menacesr, faux honneur, tout est' mis en œuvre. Ainsi s'anime-t-on les uns les aiilres , et se ibrtifie-t-on : c'est à qui s'entêtera davantage et qui marquera plus de zèle , <f est-à-dire plus d'aheurtemént. Les morts ressusciteroient et se feroient entendre, qu'on ne les croiroit pas ; ou un ange desoendroit exprès du ciel, et emploieroit les plus puissants moyens pour désabuser des gens que l'erreur a liés de la sorte et ligués pour sa défense , qu'ils ne se rendroient pas , et ne reviendroient jamais de leurs préjugés.
Cependant, quelque soin que prenne de se cacher la secte naissante, on la découvre. C'est un feu secret, mais qui croît ; et plus il s'allume, plus la flamme éclate. Les fidèles en sont alarma; les pasteurs de l'Église , dépositaires de la vraie doctrine, réveillent leur zèle contre le mensonge qui cherche à s'établir; l'erreur est dénoncée, citée au souverain tribunal; et ses partisans, obligés de comparoître, ne peuvent éviter le jugement qui se prépare , ou pour leur justification, s'ils sont aussi orthodoxes qu'ik le prétendent, ou pour leiu* condamnation , si les dépositions de leurs adversaires se vérifient et se trouvent bien fondées. Or en des conjonctures si critil^ues et dans une nécessité si pressante, que faire? De vouloir décliner, ce seroit se déclarer coupable, se juger soi-même et se condamner. 11 fant donc affecter d'abord une contenance assurée, acéepter la dispute et s'y présenter, demander à être écouté et à produire ses raisons; du reste, témoigner par avance une soumission feinte à ce qui sera décidé et prononcé. Mais tout cela, dans quélleS'Vues? ou dans l'espérance de conduire si habilement l'affeire, de lui donner par mille dégnisementSi
mille explications et mille modifications, ou si bon tour, qu'ont obtiendra peut-être une décision foyorable; ou dans la résolution, si le jugement n'est pas tel qu'on le veut , de l'interpréter néanmoins à sa manière; et s'il ne souffre absolument nulle interprétation, de le rejeter.
C'est ce que montre en effet l'événement. L'Église, éclairée du Saini-Esprit, ne se trompe point, ni ne se laisse point tromper. Au travers de tous les artifices et parmi tous les détours , elle sait apercevoir l'erreur et la démêler. Elle la proscrit, elle la frappe de ses anathèmes , elle publie sa définition comme une loi émanée du centre de la vérité , et comme une règle que chaque fidèle doit suivre. Qui ne croiroit pas alors que toutes les questions sont finies, et que tous les esprits vont se réunir dans une beweuse paix et dans une môme croyance? Mais qu'est-ce que l'entêtement , et de quoi n'est-il pas capable? C'est là tout au contraire que recommence une guerre d'autant plus vive de part et d'autre , que les uns sont plus piqués du mauvais succès qui, sans les réduire en aucune sorte ni les abattre, les bumilie toutefois et les chagrine; et les autres plus indignés delà mau-. vaîse foi avec laquelle on refuse d'obéir purement et simplement à une sentence qui pouvoit et qui devoit terminer tous les différends.
Bien loin donc que toutes les questions cessent, on les multiplie à l'infini ; on veut persuader au public que le jugement de l'Église ne tombe point sur la doctrine qui lui a été déférée. On veut persuader à l'Église même qu'on entend mieux qu'elle le sens de ses paroles, et qu'on sait mieux ce qu'elle a dit ou ce'qu'elle a eu en vue de dire; -on veut lui faire accroire qu'elle n'a pas vu ce qu'elle a vu , et qu'elle a cru voir ce qu'elle ne voyoit pas. Si , pour réprimer une audace ou pour confondre une obstination qui l'outrage, elle entreprend,de s'expliquer tout de nouveau , die a beau user des termes les plus forméb, les plus précis, les plus clairs , on y trouve toujours de l'ambiguité, parcequ'cm trouve toujours une signification étrangère et forcée à y donner. D'ailleurs même on dispute à l'Église ses droits , comme si elle excédoit son pouvoir, comme si les matières présentes n'étoient pas de son ressort : car il n'y a point de retranchement oti l'on ne tâche de se sauver. Il ne reste plus, supposé que l'Église redouble ses efforts et qu'elle porte les derniers coups , qu'ù lever enfin le masque, qu'à lui faire tête, et qu'à se séparer. Triste dénouement de tant d'intrigues, de. contestations, d'agitations, qui ne manquent pas d'aboutir avec le temps à une division entière et à un schisme déclaré. . Telle a été la sourcede toutes les hérésies, et tel en a été le progrès. Il n'y a qu'à lire l'histoire de l'Église, et l'on verra, depuis les premiers siècles jusqu'aux moips éloignés de nous , que les hérétiques et leurs fauteurs ayant tous été animés du même esprit et possédés du même entêtement , ils ont tequ tous la même conduite ; qu'ils ont tous eu les mêmes procédés, tous employé les» mêmes moyens et mis en œuvre les mêmes artifices, pour insinuer leurs pertiicieuses nouveau-
tés » pour les couvrir des plus belles apparences et des couleurs les plus spécieuses y pour leiir donner des noms emprunta , et les retenir sous un faux semblant de les abandonner, pour les perpétuer dans le mondç chrétien* y indépendamment de toutes les puissances, soit ecclésiastiques, soit temporelles. Ondiroir quils se sont copiés les uns les autres, et que, sans se connottre, ils sont convenus entre eux , tant la conformité est parfaite. En sorte que de voir agir les hérétiques d'un siècle, c'est voir agir ceux de tous les siècles passés et ceux de tous les siècles à venir : car la même caisse produit toujours les mêmes effets.
Quoi qu'il en soit , il est aisé de juger à quels mouvements et à quelles contentions tout cela engage : ^rits sur écrits, mémoires sur mémoires , répliqiies sur répliques , erreurs sur erreurs. Pour soiitenirTune, on est souvent obligé d'en avancer une autre. A mesure qu'on se s^nt pressé , on vient à dire ce qu'on n'eût jamais dit , et oe qu'on ne diroit pas encore, si ce n'étoit la seule voie qui se présente pour se tirer de l'embarras où l'on est; et tel, quelques années auparavant, eût en horreur de la proposition qu'on lui eût faite de franchir certaines barrières , qui dans la suite les a franchies , et de degrés en degrés est descendu jusqu'au fond de l'abtme. De là mille variations , mille contradictions. On tient un langage^ aujourd'hui , et demain on en tient un tout opposé; on change selon les conjonctures et selon les besoins. Que le public le remarque, il n'importe : on le laisse parler, et l'on feint dé ne le pas entendre. En un mot, pour se confirmer dans son entêtement, et pour y persister, il n'y a rien qu'on ne surmonte, ni rien qu'on ne dévore.
Oh! qu'on s'épargneroit de désagrémenis , de serrements de cœur, d'inquiétudes et de tourments d'esprit, si l'on avoit appris à être plus souple et plus flexible ! Surtout qu'on épargneroit à l'Église de scandales qui la désolent, et qui sont pour elle de rudes coups? Mais c'est une chose terrible que de s'être endurci contre la vérité. Plutôt que de fa reconnohre lorsque le ministre du Seigneur la lui représentoit , Pharaon souffi it le désordre de son empire, la ruine de ses proviiM^s, le murmure de ses peuples. Si tout cela fit de temps en temps quelque impression sur lui, ce ne fut qu'une impression passagère, et il en revint toujours à ses premières préventions; enfin, il s'exposa à sa perdre liîi-même , et en effet il se perdit. Affreux exemple d'un entêtement indomptable, et que nulle considération ne peut Aiire plier. On verroit tout l'ordre de l'Éf^lise se renverser, qu'on n'en seroit point ému. Le parti est pris, tous les jpas sont faits, il n'y a plus de retour.
Ce n'est pas que ce retour soit impossible : mais qu'il est difficile et
qu'il est rare, particulièrc'ment en ceux qui conduisent toute la secte
et qui eh sont l'appui ! Il faudroit , pour les changer, une grâce bien
forte ; et Dieu souvent , par une juste punition , permet au contraire
9i0 PENSÉES DIVERSES SUR LA FOt.
qu'ils s*obstineDt de plus en plus, et qu'ils restent jusqu'à la mort dap^^ le même entêtement. U sçmble qu'il y ait une malédiction partiçulllrç sur eu$. On ^ v^ incomparablement plus de pécheurs e^ cl impies que d'hérésiarques ou de auteurs d*bérésies se convertir quand ils sont a^ lit de la mqrt. D'où vieQ.t cela» si ce n'est pas ^n châtiment du ciel^ Us ûyeâtî trânquitiQ3 daifxs leurs erreurs , et ils y meurent dans uniç |issiir;^nce qui saji&jjt de frayeur, lorsqu'on pçnse au compte qu'ils doif^t rendre à. Dieiiiie tant d'àmés qu'ils ppt séduite^ ^ et de tan^t de maux dont ils sont devenus responsables.
Afais» 4it-on , ils sont persuadés de Ul vérité de leur doctrine ^ et ils agissent suivant cette persuasion. Ce n^est pias bien parler que dédire qu'ils en sont persuadés, mais il faut dire qu'ils en sont ent^ jiés. Â prendre les terines dans toute leur justesse, il y à une grande différence entre la persuasion et l'entêtement. La persuasion est dans l'espiil qui raisonne çt qui juge sans être préoccupé ni passionné; mais l'entêtement est dans Timagination qui se frappe, qui se révolte, qui s'échauffe et ne suit que l'opiniâtreté du naturel /ou que le mouvement de quehiue passion du cœur. Or voilà par où ils sont inexcusables devant Dieu de ne s'être pas fait plus de violence pour rompre ce naturel, et de n'avoir pas mieux appris à réprimer cette passion. Quelles en ont été les suites? quelle charge pour eux , et à quel jugement so,nt-iIs réservés?
Faisons souvent la prière de Salomon , et demandons à Dieu un esprit docile. G*est le caractère des esprits fermes et solides. Comme ib comprennent mieux que les autres de quelle nécessité il est de se sûujnettre , dans les matières de la religion , à une première autorité, ils n'ont point honte , supposé qu'elle se déclare contre eux , de désavouer leurs propres pensées, et de se rétracter. Docilité qui leur est également méritoire, glorieuse et salutaire : méritoire auprès de Dieu, à qui ils obéissent en obéissant à son Église ; glorieuse dans lestime de tout le peuple fidèle, par l édification qu'ils lui donnent; en- Qa, salutaire pour eux-mêmes , parcequ'ils mettent ainsi leur foi à couvert, et qu ils se préservent de tous lesécueils où elle pourroit échouer.
PENSÉES DIVERSES SUR LA FOI ET SDR tES VICES OPI»OSÉS.
* On est si zélé pour l'intégrité des mœurs : quand le sera-l-on nour l'intégrité de la foi ? On se récrie avec tant dâ clutleur contre de prétendus relâchements dans la manière de vivre : quand a'élèvera-ton avec la même force contre d'affreux égarements dans Ui manière de croire ?
Où en sommes-nous, et où est cette foi des premiers siècles, cette foi qui a converti tout le monde? Alors des athées devenoient chrétiens : maintenant des chrétiens deviennent athées.
PENSÉBS DIVERSES 8IIII LA FOI. mt
Murrerie de notre riède^ soit à Véffiré de b dncipfiii^ eecMnaalH qae, toit 4 l'égard de la dootrie^ : jaoaia luit de sÙe ea appiroMe pomt rantiquiié , et jamais tant de«inivea«(ésH
Le Aiste profite éa foui et tovrnetoai à biea ; ma!» aq caatnam^ 8 n'y a riea qtie rinpie*M profane, et (lest \\ n'di»nae4 La rcllgioB ehf étienae établit dans la société hninaine et dan^ la yie clvilo -un or« dre admirable. Elle tient chacun dans le de?oir ; elle règle toute» laa eeodiliMM, er y entretient une parMie suboadioation ;^ oilo afi|iP8Dd aux petits i respecter les grande , et à lear rendre VùbëmmB& ^ leur est due ; et elle apprend aéx grands à ne point mépnsen les petits et II ne point les opprimer, mais à les soutenir, à les ajden, à les conduire avec modération, avec prudence, avec équité; elle réprime les méchants par la crainte des châtimeiMs étemels, et eUe anime (^ bons par l*espérance d'une gloire sans mesure et sans in. De soMjf que, bannissant ainsi tous les vites, firandes, injustices» violencfs.^ colères , animosités , vengeances , médisancea, impudidtés , déhaii^ cbes, et engageant à la pratique de toutes le& venus, de la charité^ dt f humilité, de la patience, de la morttficaiûon desiaens,<l'iMi dénn* tëressement parfeit, d'uee fidélité inviokibte, d'une justîpe inaltérabla et des autres, H n'est rieo de phis sakitaife po«r le Uen-puttie, ni rien déplus propre à maintenir partout la paix, l'union, lecooMnaroei Parrangementlepltts merveiUeox. -
De là queHe conséquence tire le Juste? Dan^ une religion qui ordonne si bien tontes choses , H découvre la sagesse de Dieu , et il reconnoh que c'est l'ouvrage d'une providence supérieure; mais, par le plus grossier aveuglement et Tabus le plus étranfre > l'impie forma un raisonnement tout opposé : et parceque cette religion est si utile t tous les éiafsde la vie, et qu'elle est seule capable d'en iaire le bonheur, il prétend que c'est une invention de la politique des hommes. M'est-ce pas )k prendre plaisir i s'aveugler, et vouloir s'égaler de gaieté de cœur? Ëh quoi!' afin que la religon ait le caractère et la marque de vraie religion, feudra-t-ii que ce soit une loi qui mette le trouble dans le oiOnde , et qui en renverse toute i'écoh nomie?
Cette dtjversité de religion, qu'il y a dans le monde, est mi sujet de scanda^^pour l'incrédule. A quoi s'en tenir, dit-il? 1 un broit d'une façon , l'autre d'une autre. Là-dessùs il se détermine à les rejeter toutes, te^ne rien croire. On po'urroir, ce me semble, lui faire voir que ce qui le confirme dans son incrédulité, c'est justement ce qui devrait rengagera en sortir,'ètà prendrepour cela luusies soins nécessaires. Car s'il raisonnoit bien, il feroit les reflexions suivantes : Que cegrand nombre de religions, quoi(]ue fausses, est une preuve qu'il y en a une vraie; (}ue cette idée générale de religion, gravée dans Tespritde
Ha P£NSÉ£S DlVfiRSlIS SUR LA FOL
Mis ks peuples, et rëpaddoe par tonte la terre > est trop unÎTersdle pour être «ne idée chimérique : que si c*étoit une pure ioM^îniitioDy tous les hooimes^ d'un consentement si an;mime, ne seroient pas convenus à se la former, de même qu'ils ne se sont, par exemple» jamais imaginé qu'ils ne dévoient point mourir; que c'est donc comme un dé ces. premiers principes qui* sont imprimes dans le fond de Bocre ame , et qui portent 4ivec eux leur évidente et incontestable vérité.
De là il iroit phis avant , et , pa^uadé de la vérité d*Qne religion en général, ii chèrcheroit où eUe est, cette vraie religion ; il examineroit, il consulteroit , il écouteroit ce qu'oik auroit à lui direi et alors , dans le choix qu'il se proposeroit de faire entre toutes les réhgions, il ne seroit pas difficilede lui montrer l'excellence , la supériorité de la religion chrétienne, et les caractères visibles de divinité qui la distinguent. Mais il ne veut point entrer en toutes ces recherches, et d*abord ii prend son parti de vivre sans religion au milieu de tant de religions. Est-ce là agir sagement? Soyez éternellement béni. Seigneur, de hi miséricorde qu'il vous a plu d'exercer envers moi! Ce qui scandalise l'incrédule et ce qui l'éloigné de vous , c*est ce qui m'y attache in valablement et par hi plus vive reconnoissance. Je considère cette multitude innombrablede peuples plongés dans les ténèbres de rinfidélité, et adonnés à des cultes superstitieux. Plus il y en a, plus je sens la grâce de ma vocation à l'Ëvangiie et à votre sainte loi. C'est une distinction que jeiue puis assez estimer, et dont je ne suis redevable qu'à un amour spécial de votre part. Le Sàgneurnen a pas oinhusé à l'égarfi de toutes les nations; il ne leur a pas découvert comme à mai ses adorables mystères ( Psabn. 147).
Il est bien glorieux à hi religion chrétienne, que tout ce qu'il y a de libertins qui l'attaquent soient des gens corrompus daos le cœur et derëg'és daos leurs mœurs. Tandis qu'ils ont vécu dans l'ordre , sans attachements criminels, sans habitudes vicieuses, sans débauches » ils n'avoient poiat de peine à se soumettre au joug de la foi, ik la respectoient, ils la professoient ; tout ce qu'elle leur proposoit leur paroissoit rdisonnable et croyable. Quand ont-ils changé de sentiment? c'est lorsqu'ils ont changé dévie et de conduite. Leurs passions se sont allmnées, leurs sens se sont rendus maîtres de leur raison , leurs aveugles et honteuses convoitises les ont plongés en to«re<a^tts de désordres, et alors cette même- foi où ils avoient été élevés a perdu dans leur esprit toute créance. Ils ont commencé à la'contredii« et à la combattre. Or, encore une fois, voilà sa gloire, de n'avoir pacir ennemis que des hommes ainsi dérangés , passionnés, esclaves de leur chair, idolâtres de leur fortune, et de ne pouvoir s'adqçmnnoder avec eux. Car voilà l'éviderit témofgnage de sa sainteté, de sa droiture inflexible, et de son inviolable équité. Si, en leur ftveur, elle se relftchoit
PENSÉES DIVERSES SUR LA FOI. SfS
de cette îkitëgrrté et de cette sëvëritë qui lui sont essentielles ; si elle ëtoit plus complaisante pour le vice, et qu'elle s'ajastic à leur cupidité et à leurs sales désirs » i leurs vues intéressées ou ambitieuses, à leurs injustices et à leurs pratiques, ils la laisseroient dominer en paix sur la terre » et ih cesseroient de Tattaquer.
Je sais bien qu'ils ne se déclarent pas si ouvertement contre sa morale que contre ses mystères , oik ils ne comprennent rien , disentr ils 9 et qui renversent toutes les idées humaines ; mais c'est un artifice 9 et s'ils vouloient de bonne foi le recennottre , ils avoueroieni qu'ils ne se tournent contre les mystères q^alin de porter, au travers des mystères , le coup mortel à la morale qui y est Jointe , et de détmire une loi qpi s'oppose à leurs entreprises , et qui les trouble dans la jouissance de leurs plaisirs. Ces mystères ne leur feront plus de peine, et ne leur coûteront rien à croire, dès que cette loi pourra s'accorder avec le mystère d'iniquité qu'ils recèlent dans leurs cœurs. Mais quelle alliance peut-il jamais y avoir entre la lumière et les téu^ bres , entre Jésus-Christ et Bélial , entre la corruption du siècle et la pureté de rÉvangfle ?
L'incrédulité de llmpie et du libertin s'accorde avec le désordre et h corruption de sa vie: donc elle ne vaut rien. En deux mots, voilà sa condamnation.
Supposons que date le monde il s'âève une société de gens qui , par ^profession et paf une dédaration ouverte, s'attachent à décrier le service du prince; qui s^émancipent à raisonner sur ses ordres comme il leur platt , et qui les rejettent avec mépris ; qui parlent de sa pers^ne sans respieot , et traitent de foiblesse , de petitesse d'esprit , tous les devoirs qu'on hii rend ; qui tournent en ridicule le zèle qu'on témoigne pour ses intérêts , et la disposition où Ton paroit être de mourir, sHl étoit nécessaire , pour sa cause ; enfin , qui débitent à toute occasion des maximes injurieuses i la majesté royale , et capablés de renverser les fondements de la monarchie. Je demande si l'on souffiriroit des hommes de ce caractère , et si l'on ne travailleroit pas à les extermiaer. Il s'élève tous les jours dans le christianisme des sociétés de libertins qui , par leurs impiétés et leurs railleries , profiànent lés choses les plus saintes, et décréditent autant qu'ils peuvent le service de Dieu ; qui s'attaquent à Bien même , à ce Dieu que nous adorons, et voudroient en effacer toute idée de notre esprit ; qui lui liisputent jusqu'à sou être , et s'efforcent de le faire passer pour une divinité imafpoaire; qui' ne tiennent nul compte , ni de ses commanâem<>nt8 , ni de son coite , et regardent comme ries superstitions tous les hontmages dont on Thonore ; qu? cherchent à lui enlever ses plus fidèles serviteurs et à les retirer de ses autels, se jouant de ieurs pieuses pratiques , ei les accusant , ou d'hypocrisie ou de simplicité :
il y a , dis^e» des impies de cette sorte, il y ea a plag que janudsi leur nombre croll sans cesse ; ei parmi des chrëiiens , parmi des catholiques ^ parmi même des smes dévotes , on les écoute , on les souffre 1 Mais ce sodt du reste d'honnêtes gens. D'honnêtes gens ? J'avoue que je n'ai jamais pu digérer ce langage , et qu'il m'a toujours cho« que: car j'y trouve la qualité d'honnête homme étrangement avilie. A h religion près » di(-oa , cet homme est un fort honnête homme. Qsetie exception , à la religion près ? c'est-à-dtr<$ que c'est un fort fonnête homme , à cela près qu'il manque au devoir le plus essentiel de l'homme ^ qui est de4econnottre son Créateur» et de s'y soumettre ; c'est*à-dire que c'est un fort honnête homme , à cela près qu'il a des principes qui vont à ruiner tout commerce ^ toute oonQance entre les hommes , et selon lesquels il doit être détermine À toutes choses , dès qu'il s'agira de son intérêt , de son plaisir, de sa passion. En un mot» c'est-à-dire que c'est un fort honnête homme; à cela prÀs qli'il n'a ni foi ni loi. Mettez-le ù certaines épreuves»- et fies-vous-yi vous veHree ce que c'est'que cet honnête homme.
On propose à un libertin les révélations de la foi , c'est-i-dire des révélations fondées KUr la tradition la plus* ancienne et la plus constante, eottfirmé-'s par uh nombre infini de miracles, et de miracle» éclatants , signées du sang d'un million de martyrs «autorisées par les témoignages des plus savants hommes, et par la créance de tous les peuples ; mais tout cela ne fait sur lui -aucune inpre88ion«.et il n'en tient nul compte. On lui propose d'ailleurs les rêterie» et les valni»8 imaginations d'un nouveau philosophe qui veut régler lé monde selon son gré ; qui raiaenne sur toutes les parties dç ce grand univers , sur la nature et l'arrangement de tous les êtres qui le composent, aven autant d'assurance que si c'étoit l'ouvrage de-aes oMÛnsi qui les fait naître , agir, mouvoir comme il lui plait : et. voiUi ce q«e ce grand génie admire , ce qu'il médite profondément , ce qu'il soutient dpiniâtrément , à quoi il s'attaohe et de quoi il seierpit presque le martyr. Certes , la parole de saint Paul est bien vraie: JMei» (ei « Hfftéi à un iens réprouvé, lU se Monî perdmsjdam leutê peiuies frvfoiu et dâtnériqneê ; et eîU6 fw se àUêni taget, e&m devenue ekê ^eH$i$ (itont., i).
Que sera-ce qu'un état où il ti'y aura ni roi, ni puisseince sôuva^ faioe? Dans une pleine impunité , chacun sera le mahre d'entreprendre , pour ses propres inti^rêts , ce qu'il lui plaira i et comme nos iqtérétss'accordentrarementavecleBîntéréisd'autrui,q«e8'eDsuivra-t-il? de^ guerres perpétuelles , des dissensions éternelles , un brigandage universel : tellement qu'il faudra toujours avoir les armes à la main-* puttr fa défense de ses biens et de sa vie. Le pauvre pillera lie riphe^ le vdsift opprimera son teilin , le fort accablera le fmble. On vepger^
ses qu^elles particulières par les meurtres et Tes assassinats. ConJFaifon générale , houleversement total. Je ne parle que d'un royaume ; mais toilà ce que l'athée voudroit faire du monde entier, lorsqu'à tombât l'etistence d'un Dieu.
Quand j'entends des libertins railler de la religion , et prétendre ràvoik* bien coiAbattue, lorsqu'ils ont ri de quelques pt^tiques particuHèrèÀ et de quelques dévotions pôpulaireà^ qu'ils traitent d'abùi et de superstitions , 6û leur ignorance me fait pitié , ou leur tnalignitd ine donné de l'indignation. Car la religion que nous professoré ne coiisiàte point en cela ; ce ne sont poiiit ces softes de dévotions ni ces pratiques qui en font le capital. Si dans ces pratiques et ces dévotions il se glisse auelque chose de superstiNeux > l'Église le condamne ellehi'éme , et le défend èous des peihés très grièves» Si elle n^ trofave i*ien de mauvais en soi , et qti'an contraire, remontant au princspe^ elle vble que ce sont dé pieuses institntbns qu'un bon zèle a iospl^ ^ëes aux âmes dévoies pour Vbônneur de Dieu et des Saints , elle leÀ tolère, elle les permet, elle les approuve métftê, mais sans les regarder bommë lé fond &e sa créance et dé son culte. Voilà ce que nos liberlitîs doiient savoir, et à qifoi îfc devroient faire attention. S'ils ne le saveîit pds, t'est dans ces grands génies et ces esprits fbrtSrdu sièrlt Une tgnoVancè pitoyable : s'ils le savent, c'est dans eux une malig^f»iië eiicdre^ ihoins supportable , dé s'attaquer vainement et si ofmiiàtrément à l'accessoire dé la religion , et de n'en tonloir pas considérfr l'essentiefet le principal.
Qu'ils agissent de bonne foi , et que , sans prévention , sans passion 9 Ils examinent la religion chrétienne en elle-métne ; je m'assure (ju ib ne pourront se défondre d'en admirer la s^ublimité , là sagesse ; m sâintetié. Ils reconnoltront qu'elle a de quoi contentei* les esprits du
Sremier ordre , tefe qu'ont été les Pères de f Église ; ei malgré e^Jt s y décoiîVrlront un caractère de divinité qui les fhippera >matl c'est justement ce qu'ils ne veulent pas. Et que font-ils? ils teissefit ; pour ainsi dire , le corps de la religion ^ qu'ils ne peuvent entamer, et ils s'attachent aunlehors. Un point qui n'est de tiulle conséquence, et^ù b religion ne se tient aucunement iotéres^^ée^ un petit exercice de piété, une cérémonie, une coutume qui les choque, et qu'une louable simplicité des peuples a introduite^ c^cst là-dessus qu'ils lancent tons leurs traits et qu'ils dt^pbient tonte leurétdquence. Entérite, il faut que notre religion soit bien affermie sur ses fondements; è( bien dméntée de toutes parts , puisqu'on est l*ëduit à ne Taitaquef qoie de si loin , et par de telles minuties. ^ • '
Les hérétiques ont towjourç eu pour principe de sfe fahl> craindre , eti^là communément leur a réussi. Ils en ont tiré deux avantages t fut, ë*MTéter les esprits timides^ et l'autre, d'engager les esprits