MORTIFICATION D£S SEM$. U
même propreté, et surtout même commodité dans le logement « dans rhabillement ; »uoe lable fnigale« maU bien servie » et peut-être plus délicste dans sa frugalité que des repas beaucoup plus somptueux* Point de jeux , point de spe<âades , point d'assemblées profones , mais du reste une société agréable » visites » promenades , campagnes , récréations où Ton prend goût» quoique honnêtes d'ailleurs et inno* centes ; en un mot« vie douce et paisible » sans bruit , sans ea^)arras d'affaires y sans inquiétude » sans soin.
Je sais qu avec <%la vous avez vos exercices de piété et de charité. Vous récitez de saints offices , vous faites de bonnes lectures , vous vous adonnez même i Toraison , vous approchez des sacrements , vous visitez quelquefois les pauvres, et les soulagez. Tout cela est louable, et le monde en doit être édifié. Mais après tout , ces. mêmes exercices ou consiste tout le fond de votre vertu, comment les pratiquez-vous , et à quelles conditions? pourvu qu'ils ne vous gênent en rien, pourvu qu'ils vous laissent une pleine liberté de les quitter et de les reprendre selon qu'il vous plaira , pourvu qu'ils soient de votre choix ou à votre gré , et qu'ils s'accommodent à votre inclination , poirvu que votre repos n'en soit aucunement troublé, pourvu qu'ils s'accordent avec l'extrême attention que vous avez à votre santé et à tonte votre personne. Car voiIà4ous les adoucissements et toutes les facilités que vous y voulez trouver. Or est*ce là ce que vous appelez pénitence? Qud qoe vous en puissiez dire , pourrai-je, moi , sans vous blesser , vous déclarer ingénument ma pensée ? Votre pénitence , c*est de quoi les vrais pénitents, les pénitents d'autrefois anroient eu horreur comme d'une vie sensuelle et délicieuse, c'est ce qu'ils se seroient reproché comme im des plus grands relâchements. Si vous en jugez autrement qu'ils en jugeoient, prenez garde d'en juger autrement que Dieu en juge lui-même.
£t en effet , je vous renvoie à TÉvangile de Jésus-Christ. QueUes idées nousdonne-t-il de la pénitence chrétienne , et sous quelles figures nous l'a-t-il représentée? comme une guerre contre la nsuture corrompue et toutes ses sensualités : Je ne suis point venu sur la terre pour y apporter la ptax^mais la guerre (Matth., 10) ; comme ime croix dont nous devons nous charger, et que nous devons porter tous les jours : Quiconque veut être mon disciple, quil renonce à soi-même , qu'il prenne sa eroix^ et qu'il me suive (ÂIatth., ^16) ; comme une violence que chacun doit se faire : Depuis les jours de Jean-Baptiste , depuis que ce saint précurseur a paru dans le monde , qu'il y a prêché la pénitence et la rémission des péchés , pratiquant lui-même ce qu*il enseignoit , vivant dans le désert , ne se nourrissant que de sauterelles et de miel sauvage , ou pour mieux dire ne mangeant ni ne buvant ; depuis ce temps-là le royaume du ciel se prend par force, et on ne V emporte que par vto/ettce (Matth., 11 ) ; comme une voie étroite où il faut marcher au milieu des ronces et des épines : Oh! que le chemin
âl6 «rôRTlPICkTÏON DES SENS. .
qni meh^ à lavk est étroit, et quV y en a peu qui y entrem (Hattb., T] f La Térltë dé tèus ces teited est incontestiible : ce sont des pofails dé
J« vou^ fènvoîe an grand 'Apôtre , et aqx divines léçotis qotl noBS atàifisiées dabs siss Épttres. Car sV^pliqnant encore plus clairei&ént sur ie Stajét (Mat il s'^agrt id entre vous et moi : Tous ceux, dit^il , fui appMiennertt A Jékns-'Christ , ont crucifié ietcr chair avec ses vkts et ses convoitises ( Galat., 5 ). II ne dit pas seulement qu'ils ont crucAié leur cœi/r , toai^ teur chaîr , cette chair criminelle qui , par oné ooaaéqnance bien jtiste , doit avoir part à )a peine , après avoir eu tant 4e part aa^hé. De là dette r%g1e que le même ap6(re donnoit auiL Romains : Autttnt que vous ave% fait servir vos corps à Ciniquité , et que par-tà vous êtes devenus pécheurs , autant faites-les servir à la jusUce^ pour devenirt saints par la pémîertce (ilom., 6). Cette proportion est remar<|uable , et peut étonner notre délicatesse ; mais saint Paul bt troovoit encore trop feiMe , et c'est pour cela qu'il ajoutoit : Je parle im komrke , et f(d égard à Vinfirmité de votre chair (Rom.^ 6). Aussi idteoit-f I delni4nâme et des autres disciples du Sauveur : Partout et étt vmt temps nous portons dans nos corps lamorûficatiion de Jésus ^ ctfih que là vie de Jésus se fasse voir dans nos corps (1. Cor.^ 4). lelafsse Mat MiT«s tëmoîginaçes : ced svffit , etfl n'est question que de vous rap|>iiquer à vous-même.
. cSeir voilà dans la ttiorate évangélique des maximes foudamentatai. Elles regardent généralement tous (es états du christianisme , et wms ne voyons point que Jésus-Gbrîst ni les apAtres les aient r^h%ikilea à quelques conditions, sans y comprendre les' autres. Voilà oovnmenton'est chrétien, ou comment on doit l'être. Les Justes même n*tû sont pas dispensés : que fout-il conclure des pécheurs f Or, sans vous flatter ni chercher vous-même à vous tromper , fuites , je vous prie , l'application de ces prinripesà votre vie , telle que je l'ai décrite et teiie qu'elle est. De bonne (bî, cette vie prétendue pénitente, est-ce une guerre 6ù vous soyez sans cesse à Combattre vos sens , et où vous les teniez dans bne sujétion dure et pénible? Est-ce une croix permute et capable de vous accabler , si vous ne faisiez chaque jour, et î chaque pas, de violents efForts pour en soutenir le poids ? est-ce un renoncement à vous-même et à toutes vos aises? est-ce un chemin Tttde , étroit , raboteux ? De quelles austérités aflfligez-vous votre^ corpk? quds soulagements et même quelles douceurs lui refusez-vous t jjueifes abstinences, queb jeûnes pratiquez-vous? en quelles occasions kvéz-vous sacrifié , par un esprit de pérritence , voti'e goût , votre repos , votre santé? quand avez- vous éprouvé la rigueur des saisons , les froids de l'hiver, les ardeurs de Tété? et pent-on dire enfin que vouis êtes revêtoedehi mortlficatioû de lésus-Christ? oh la faites-vous Vtrir, et à quel$ traits la rédoimott-oh dans toute vôtre personne?
fc vols ce qtie vous pourrez me répondre : Que là mortification
iHORtIFiCAllÔN DES SENS. 247
ctiréUeiiBe eoisîMè particiilièreniefit dans Tesprit , c*est-i-dire qu'elle eoDlriiae à rottiptie sa Tolonté , à modérer ises vîtacités, à réprimer ses dè^rs trop naturels , à se rendre maître de son cœur et de tous ses mouvements. J'en cobvlens avec vous , et Je vieux bien.méme encore eoip venir qu'à Tégard de cette mortification de Tesprit , les sujets de h jpratjquer ne vous manonent pas dans la retraité oà vous Tivez ; que cette séparation et cet âoignement d'nn ceri&in monde n'est pas peu opposé à votHe tempérament et à vos indinations ; que cette exactitude à remplir certains devoirs » et & vous acquitter de vos eierdces dé piété , vous donne lien , en bien des rencon^es , de surmonter vos rëpognancës , vos dégoûts , vos ennuis ; qu'il y a des moments oit la tentation est forte , où le souvenir des plaisirs passés fait de vives impressions dans Tame , oh la solitude , la prière , la lecture , toutes les observances de la religion, deviennent très insipides et par- là même trte onéreuses ,\enfin ; qu'on ne peut alors prendre l'empire sur soimême et se vaincre, sans beaucoup de violence. Tout cela est inconnestable; mais il n'est pas moins vrai que , selon la loi de Jésus-Christ, il finit que la mortification des sens accompagne tout eala , soutienne tout ceh , soit le complément de tout cela. Il n'est pas moins vrai que de tous les points de la loi de Jésus-Christ , il n'y en a pas un que saint Paul, fidèle interprète des sentiments de son maître , nous ait plus souvent et plus expressément recommandé que la mortification des sens. A qui parli>it-il ? à des solitaires ? à des religieux? Mais du temps de saint Paul il n'y avoit ni religieux , ni solitaires. Il parloit donc 1 des hommes , à des fèmines , à déjeunes personnes du monde, sÊans distinction de qualités ni de rangs. Si dans la suite il y a eu des «oKtaines et deà religieux , c'est que les plus éclairés et les plus ;iélés d*entre les chrétiens , comprenant d'une part l'obligaiion où ils étoient comme chrétiens , surtout comme pénitents, de mener une vie austère et mortifiée , et craignant d'ailleurs de se laisser surprendre, même dans leur pénitence, aux illusions et à la mollesse du siècle, ont pris le parti , pour se prémunir contre ce danger , de renoncer à tous leurs biens, d'embrasser la pauvreté, de se confiner dans les déserts, de s'enfermer dans )es cloîtres , et de se réduire par-là dans on dénuement entier de tout ce qui peut servir à flatter le corps.
De là l'établissement de tant de saints ordres, oii les sens sont traités hvec tontes les rigueurs ^ue les forces de la nature peuvent supporter ; où l'on est nourri pauvrement , véiu grossièrement , couché durement ; où le sommeil est court et interrompu , le travail constant et assidu , le joug de la règle pesant ; où , suivant la parole de l'Apôtre, le corps, par de fréquentes macérations, est immolé comme une Absiie vivante et une victime d'expiation. Car tel est , iaijoutele mahre des Gentils, tel èsUe culte raisonnable que nousde- Vous à Di^u. A'pVj^ quoi 11 fait beflëntendre dire aux gens.du monde que tknt <Iè mortificaiioi^e sont Tonnes que pour les monastères.
â48 MORTIFICATION DES SMS.
Langage merveilleux ! J'avoue qu'il peut y. avoir en particttlier des exercices de péoitence qui convitUDeot moins aux uns qu'aux autres, selon la diversité des occupations, des situations, des engagements, des tempéraments : mais de prétendre en général , comme le monde le prétend , que la moni&caiion de la chair n'est propre qu'aux personnes consacrées à Dieu dans la profession religieusf>, c'est une erreur des plus grossières, et une maxime des plus scandaleuses et des plus pernicieuses. J*aimerois autant qu'on me dit qu'il n'y a que les reli-* gieux qui soient coupables devant Dieu, et par conséquent qui soirnt redevables à la justice de Dieu; qu'il n'y a que les religieux qui soient exposés aux révoltes des sens , et par conséquent qui soient obltgés de les réprimer et de les dompter : ouautantvaudroit-iidire qu'il n'yaque les religieux à qui le royaume de Dieu doive être chèrement vepdn, tandis que les autres peuveBt l'acheter à vil prix, et qu'ils y peuvent atteindre par une voie large et spacieuse, où rien ne les incommode. Abus intolérable ! Il n'y a pas deux Évangiles : c'est le même pour le séculier et le reli^peux. Ce qu'il est pour l'un, il l'est aussi pour l'autre ; car JésusïChrisl n'est point divisé. Raisonnez tant qu'il vous plaira et comme il vous plaira : malgré tous vos raisonnements, malgré même la r^ularité apparente de voire vie, assez réformée d'ailleurs et assez exemplaire, n'ayaot pas toujours vécu dans l'innocence, ainsi que vous le reconnoissez, et que vous ne pouvez vous lecacber à vous-même, il ne vous reste pour aller au ciel que la voie de la pénitence; et malheur à vous si vous vous persuadez que vous puissiez traiter délicatement voire corps , et être pénitente ! Je ce vois guère comment alors vous seriez à couvert de ces anathèmes du Fils de Dieu : Malheur à vous qui ne manquez de rien, et qui ave^ en ce monde votre comoUuion! malheur à vous qui êtes rcasasiés et bien nourris! malheur à vous qui passez vos jours agréablement et dans la joie (Luc, 6)!
Au reste, ne pensez pas que les pratiques et les œuvres de pénitence dont je vous parle aient été inconnues aux personnes de votre naissance et de votre rang, ni que je veuille , par un esprit de sioçularité, vous faire tenir une conduite extraordinaire dans l'état de grandeur et de distinction où vous êtes. Je ne suis point fait à exagérer , surtout en matière de morale et de devoir. Hé ! iie sait-on pas quelles ont été, jusque sur le trône, les austérités de saint Louis? quelles ont été celles de bien d'autres princes et princesses? £t pourquoi chercher si loin des exemples, lorsque nous en avons de nos jours ? Car sur les connoissances que je puis avoir, j'ose vous témoigner avec quelque certitude que la mortification chrétienne et ses exercices ne sont point entièrement bannis du monde ni de la cour. Les apparences sont trompeuses déplus d'une manière : c'est-à-dire que comme, sous les apparences d'une vie innocente et pure, on cache bien souvent des dérèglements et des désordres Jjde même aussi, sous les apparences d'une pompe humaine et d'unWie ai^ée. on cache quelquefois des
MORTIFICATION BMsSïONS. Î5^
pratiques bien rigoureuses et des pënitences\^ 1^ possiède * tant de de Dieu. L'ud est une damnable hypocrisie, ethym| j^ ^ bonteosea sainte bumiUié. X»»» des autres.
Mais peut-être encore me répoudrez-vous qu'ooiyfQi^ig^ plog assez de mortifications et de chagrins, et que c'est mémun^Q et pour du monde et à ceux qui vivent avec plus d'éclat dans leSi^ rois, que sont réservées les grandes peines ; qu'il n'est don^A^|.3 ^ soin d'en chercher d'autres, et que celles qui se présentent o^m jour peuvent suffire. Si vous le jugez ainsi , je veux bieo entrer p^( quelque temps dans votre pensée, et y condescendre. Oui, j'y ( sens : tenez-vous-en aux peines de voire état, c'est- à-d<re faitesvous des peines de votre état une vertu, faites-vous-en une pénitence , regardez-les comme un châtiment dû à vos péchés, comme un moyen de les expier; et dans cette vue acceptez-les avec soumission , et saac* tifiez-les par une patience inaltérable. Je me borne là pour vous présentement: pourquoi? pai^ceqne je suis'xertain que vous ne vous y bornerez pas vous-même, et que dès qu'une fois vous en serez venue li, vous voudrez aller plus loin. Gomment cela? comprenez ce mystère : il est à remarquer. C'est qu'alors vous serez animée de l'esprit de pénitence, et que le même esprit de pénitence qui vous fera porter saintement les peines de votre état vous inspirera d'y en ajouter encore de nouvelles ; car il en est de cet esprit de pénitence comme de l'amour de Dieu. Quand il est véritable et bien formé dans un cœur, il est in&tigable. Maisparcequ'il vous manque et que vous êtes possédée d^un esprit tout contraire, qui est votre amour- propre, de là s'ensuivent deux grands maux : l'un, que vousnesavez pas profiter des mortifications de votre état comme vous le pourriez, tout involontaires qu'elles sont, et que vous en perdez, par vos révoltes et vos impatiences, tout le fruit; l'autre, que ne voulant vous imposer vousmême, au-delà des peines de votre état, nulle mortification volontaire, vous vivez sans pénitence, et vous vous privez dans Taffaire de votre salut du moyen le plus nécessaire et le plus puissant.
Chose admirable! on aime la sévérité de la pénitence partout et en tout , hors en soi-même. On l'aime dans autrui , on l'aime dans les livres, on l'aime dans les discours publics, on l'aime dans les entretiens familiers; mais de l'aimer dans la pratique, je dis dans une pratique propre et personnelle, ce n'est guère h le goût du monde, et du monde même en apparence le p^us réglé et le plus dévot. Ou l'aime dans autrui; on vante les austérités de celui-ci et de celle-là, et l'on devient d'autant plus éloquent à les exalter, que ce sont gens avec qui Ion est plus étroitement uni de sentiments et de doctrine. On l'aime dans les livres :on lit avec assiduité et avec ime espèce d'avidité certains ouvrages qui en traitent, on les a continuellement dans les mains , on les dévore , et Ton n'estime que ceux-là. On l'aime dans les discours publics : un prédicateur q^ui la prêche et qui la porte au plus
2S0 MOKTll^lCAtlOIt DES PASSIONS.
hftîit poiht dé perf^Utid » poar ûè pas dit*e à des extrémitës saia fflëstire et salis discrétion, est ref^ârdë comme un apAtre; on le suit avec empressement , et Ton y traîne avec soi la multitude. On Taime dàbs les entretiens familiers ; on en parle, oU en fait le sujet des conversations les plus vives et les plue sérieuses, on débite sur cette pënf^ tfekice auMére les plus belles maximes, et Ton ne peut assez gémir dès rolâcbementè qui ft'y ^tt^ glissés. Re^te de l'aimer dans la pratique et fMur raj)polt k soi. Hais en est-il qaektion , c'est alors que diacun se mlfe et ëe met en garde : ou fte l'aime plus , et cependant elle tie Miis })eut étire litilb et méritoire que dans la pratique. ^
t>ÉIfITBNCB INTiaiBUaB, OU MORTIFICATION DBS PASSIOMS.
Outre la pénitence du corps et la mortification des sens, saint I^ul, et Sprès lui tous les maîtres de ta vie spirituelle, nous apprennent qu'il y a encore Une mortification beaucoup plus excellente, qui est la tnôrlificâtion iiitérietiré , mi là mortification de nos passions. Cette ifaôrtiâcàtion du cœur a trois grands avantages , et nous procure trois grands biens : l*un est rinnocebpe chrétienne , l'autre est la saihtet^ bhrétiénne , et le troisième la pail chrétienne. Car nos passions nous tx^rrompent, du moins elles nous arrêtent et nous relâchent dans le Sbin de notre perfection ; enfin elles nous troublent. Dès-là donc que tious travaillerons sérieuseihent à les mortifier, nous prendrons le inoyèn le )f>lus infiifilible de nous maikitenir dans Pinnocence de Tame pir l'exemption du péché , de notis élever à une haute sainteté par la pratique de la vertu , et de nous établir dans la paix par le repos dont nous jouirons. Expliquons chaque article , et éusons-y tonte la réfiexion convenable.
I. Mortification des passions , moyen dé se maintenir dans l'inhocehce^ et moyen nécessaire. Car il n'est pas possible de conserver l'innocence dans un cœur, tandis que les passions y régnent. Gomme la source en est emptiisonnée, et qu'elles ont pour principe cette malheureuse concupiscence qui taons porte vers les objets sensibles , et qtii n'a point d'antre fin qiie de se contenter à quelque prix que ce puisse être, )>onr pen que nou^ le& écoutions et que nous en suivions les jo^onvemènts , elles nbns font en mille rencontres violer la loi de Dieu, et nous précipitent en toutes aortes de péchés. C'est ce que nous éprouvons tous les Jouris; et ai , dans ces derniers siècles , l'iniquité, selon l'expression de l'Écriture, bt devenue plus abondante que jamais, ce débordement de mœnrs , qtie nous voyons dans tous les états , ne vient que des passions qui se sont acquis un nouvel empire , et ont pris sur les hommes un ascendant plus absolu. Car à mesure qu'elles croissent et qu*el)eà s'énflammeùt , elles vont ou elles nous font aller ÎEiùx plus grands excès. Tant de riches Intéressés ne commettroient pas des Injustices si briahtes , sans l'insatiable avarice qui les dévore ; tant de mondains ambitieut ve fe^meroient pas de si dételles en-
MORTIHCATÏON DES PASSIONS. fe^
treprises , sans l'en vie démesarëe de s*élever qui les possède; tant de volnptueax et de libertins ne se plongeroient pas en de si honteuses dëbaochés, sans Tamour du plaisir qui les enchante : ainsi des autres. La passion est la racine de tout cela; et plus «Ue s'est fortifiée , plus elle a de pouvoir pour r&ister aux remords de la conscience et pour les surmonter.
Il est vrai néanmoins que nos passions n'attaquent pas toujours si ouvertement notre innocence ; mais c'est en cela même qu'elles sont encore plus dangereuses; et on peut bien leur appliquer ce que saint USon pape disoit de l'esprit tentateur» et dé ses artifices pour nous surprendre : Qu'un ennemi caché est d'autant plus k craindre qu'il porte plus secrètement ses coups, et qu'on est moins en garde contre loi. En mille sujets, c*est la passion qiii nous inspire, lorsque noos pen* sons être conduits par le moiif le plus pur et le plus saint. Elle entrç dans toutes nos délib^ations ; ^lle a la meilleure part dans toutes nos résolutions : comme l'ange de Satan, elle se transforme en ange de lumière, et, à moins que le crime ne soit évident, il n'y a rien qu'elle be nous justifie, dès qu'elle s*y trouvé intéressée. D'où il arrive qu'on tombe dans une infinité de péchés , sans presque les apercevoir , et qti'on demeure sans inquiétude dans des dispositions et des engage* inents d'afTaires qui devroient nous faire trembler.
De là donc il i^ut conclure que le préservatif le plus salutaire et métne le plus ioècessaire pour mettre à couvert l'innocence de notre cœur, est de le circoncire spirituellement, c'est-à-dire d'observer avec soin les passions dont il est Joins susceptible, et de nous appliquer sans relâche à leis détruire. Prenons ce glaive évangélique dont parloit lésus-Christ, et qu'il est venu nous apporter» Avec ce glaive tranchant et consacré par la grâce dîi Seigneur , attaquons ces passions si vives et si impétueuses qui nous entraînent, ces passions si subtiles et si artificieuses qui nous séduisent, ces passions si terrestres et si matérielles qui nous tiennent dans l'esclavage des sens; faisons , autant qu'il nous est possible, la même disseaion àe notre ame qpe Dieu en fera dans son jugement dernier, selon le témoignage de TA- ))dtrè; pénétrons jusque dansles jointures, jusque dans les replis les
!>tus secrets où nos passions se cachent, et, sans les ménager, sans eur acxxirder aucune trêve, quelque part que nous les trouvions, donnons-leur le couip de la mort. t)ès que nous aurons purgé notre cœur de ce mauvais levain, il nous sera facile, avec le secours du ciel , d'en fermer l'entrée au p^hé et de nous garantir de sa contagion.
En effet, supposons un homme bien maître de ses passions, ou , bôùr mieuiL dire, en qui les passions soient bien éteintes : sans être impeccable » ce sera un homme irrépréhensible» Comme il ne sera ni aveugle ni animé par la passion , il suivra en toutes choses la droite raison etU religion; et puisqqe nous ne f échons qu'en nous écartant de ces deux principes i il est aisé de voir en quelle pureté de cœur il
âo2 MORTIFICATION DES PASSIONS.
vivra» et combien de chutes il évitera. Il sera fidèle à Dieu, charitable envers le prochain , juste et réglé dans toutes ses actions ; il jugera bien de tout, il en parlera bien ; il n'y aura ni espérance qui Taiiire, ni crainte qui le retienne aux dépens de son devoir, point de colère qui remporte» point de ressentiment qui l'envenime, point de plaisir qui le tente, point de grandeur qui Téblouisse, point de prétentionst d'intrigues, de retours vers soi-môme, ni vers ses propres avantages : et de là quelle candeur d'ame! Bienheureux ceux qui ont ainsi le cœur net de toute tache et de tout désir mal ordonné, car ils seront en état devoir Dieu, et de goûter ses plus intimes communications.
Mais au contraire, qu'une passion demeure enracinée dans le fond de Tamè, et qu'elle y ait toujours le môme empire, en vain vous pratiquerez d'ailleurs les plus saintes œuvres, en vain même vous aurez à certains jours les meilleurs sentiments, et vous paroîtrez être dans les meilleures dispositions : tandis que ce serpent vous infectera de son venin , tandis qu'il vous fera entendre sa voix comme à la première femme, et que vous lui prêterez l'breille, il n'y aura point d'abîme oà vous ne vous précipitiez en peu de temps, ni d'écueil où vous n'alliez malheureusement échouer. Et voilà ce qui trompe, au tribunal de la pénitence, tant de pécheurs qui donnent quelquefois toutes les marques de la plus sincère conversion, et qu'on voit néanmoins presque aussitôt rentrer dans leurs premières voies, et retournera leurs mêmes habitudes. Est-ce qu'ils ne sont pas touchés de la grâce, et qu'ils ne veulent pas de bonne foi changer de conduite et réformer leui* vie? Il faut convenir qu'il y en a plusieurs dont les résolutions sur cela sont actuellement telles qu'ils le témoignent. D'où vient donc qu'ils retombent si vite? c'est que pour rendre dans la suite leurs résolutions efficaces , il falloit deux sortes de retranchements : l'un extérieur, et l'autre intérieur. Le premier étoit d'arrêter les effets de la passion, et d'en retrancher les actes criminels ; et c'est ce qu'ils se sont proposé. Mais afin d'y réussir , il étoit nécessaire de faire en même temps, pour ainsi parler, une autre circoncision plus importante, c'est-à-dire de retrancher la passion elle-même comme le principe du mal^ et de la bannir du cœur. Or voilà à quoi ils n'ont pas pensé, et sur quoi ils se sont flattés et ménagés, dans la fausse persuasion où ib étoient que sans se défaire de cette passion qui leur plaît, ils sauroient la modérer et là retenir. Erreur qu'ils ont bientôt eu lieu de reconnottre par les promptes et déplorables rechutes qui les ont replongés dans les mêmes précipices et rengagés dans les mêmes désordres.
De tout ceci , apprenons de quelle conséquence il est pour nous, selon l'avertissement du Prophète, de nous faire un cœur nouveau, si nous voulons nous rétablir et nous maintenir devant Dieu dans la sainte innocence que nous avons tant de fois perdue. Plût au ciel que» dès l'âge le plus tendre, et dès les premières années de h vie, on tra-