‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 84 sur 225 · MORTIFICATION DES PASSIONS. 9K · texte numérisé non relu

MORTIFICATION DES PASSIONS. 9K

rëgkm oh se forment les orages et les tempêtes ; au-dessus de ce petit monde qui est en nous , et qui n'est pas moins tumultueux ni moins difficile à pacifier qae le grand monde qui est autour de nous. Or il est certain que jamais nous n'y pourrons établir une paix solide sans la mortification du cœur et de ses passions.

Car pour en être sensiblement persuadé » il n*y a qu*à voir quels sont les principes ordinaires de toutes les inquiétudes et de tons les troubles de notre ame. Ne sont-ce pas nos désirs et nos passions (nqs désirs trop vifs , trop empressés » et nos passions trop impétueuses et trop ardentes; nos désirs, qui se multiplient sans cesse» qui se combattent les uns les autres, qui se proposent des objets tout contraires, qui souvent se portent à des choses incapables de nous contenta*, à des choses dont la possession nous devient plus onéreuse qu'avantageuse; et nos passions, qui sont vaines, qui sont injustes, qui sont extrêmes, qui sont sans bornes), n'est-ce pas là, dis-je, ce qui nous empêche de pouvoir être en paix avec nous-mêmes , et ce qui excite au milieu de nous cette guerre intestine que saint Paul ressentoit comme nous., et dont il se plaignoiC si amèrement? Il &ut donc posséder notre ame dans la paix , la dégager de ces désirs inquiets et de ces passions déréglées ; il faut éteindre le feu de cette cupidité qui nous brûle, il faut réprimer cette ambition qui nous agite , il faut rompre ces attaches qui nous captivent, qui nous tourmentent, qui nous déchirent le cœur, et nous causent mille douleurs.

Or il n'y a que la mortification de Tesprit qui poisse nous rendre ce bon office. Désirer peu de choses , et celles que Ton désire , les désirer peu : voilà les salutaires effets de celle mortification chrétienne, voilà ce que les païens eux-mêmes ont enseigné , ont exalié , ont envié et ambitionné, mais ce qu'ils n'ont jamais bien pratiqué. C'est l'avantage des vrais chrétiens, et le fruit propre de la sagesse évangélique.

Oui, si nous voulons vivre contents, desirons peu de choses : non seulement , dit saint Chrysostome , parcequ'il y a peu de choses qui soient désirables, mais parcequil est impossible d'en désirer beaucoup sans perdre le repo^ , qui vaut mieux que tout ce que l'on de- Sire. Et les choses que nous désirons, desirons-les peu : non seulement, ajoute ce Père , parcequ'elles ne méritent pas d'être autrement désirées , mais parceque les désirant beaucoup , elles deviennent immanquablement le. sujet de mille peines. Désirer peu de choses hors de Dieu , c'est ce* que saint Augustin appelle la mort des désirs; et cette mort des désirs, n'est-ce pas la mortification dont nous parlons? £t ce qu'on désire, le désirer peu, cest en quoi consiste celte sainte indifférence qui lient l'ame dans une assiette toujours égale , et qui la met au-dessus de toutes les contrariétés et de tous les accidents. Ce n*est pas une indifférence de naturel, ni une indifférence de philosophe, mais une sainte indifférence , c'est-à-dire ime indifférence fondée sur les principes de la religion , qui nous fait mépriser tous les objets B. 5, 17

ai MORTIFICAtlON t>£S PAâSlONS.

citées , et qui tourne vers des biens réels tontes nos affècltions. ^o^cÀfé en ce sens, et selon Fesprtt du cbristianisnie, indifférents à tout s«r H terre, ou du moins ne nous entêtons de rien. Outre que rentétentent est partout vicieux ^ il ne laisse jamais le cœur dans une dispotit^ii paisible y parcequ'il est toujours impatient et violent.

Ceci convient à toutes les passions, et à tous les desirS qu'elles nous inspirent : mais la vote la plus sàre et la plu'S courte poul^ pacifie^ Botre cœur, c'est d*àttaqoer d'abord la passion qui dominé le ptué en nous» et de mortifier lesdesrrs où nous remarquons f!)Ius de viviadté et plus de sensibilité. Car c'est là coÉime lé premier mobile dé famé ; c'est la source de tous les chagrins qui raffligent. Souvent une seule passion est plus difficile k soumettre, et iiiit pins de' ravage danss un coËiur f que toutes les autres ensemble. Souvent it est aisé de rtftrancber toutes les autres, et de se mortifier sur toutes les sfutres*; mais du moment qtf il s'agit dé la pasâon dominante, et ^u'on veut la contredire, ce n'est plus à beaucoup près la méméfiicilité, et l'oA li'en éprouve que trop les retoiirs fâcheux et les soulèvements. Ce- {tendant il n'y a point de paix à espérei^ tant que cette passion ne sera pas détruite. Fusâe^-vous dans tout le reste l'homme le plus modéré, le plus raisonnable, le plus sage, c'est asses de cette passion pônir vous agiter et pour fiaîre votre supplice ; elle vonS remplira Tésprit dé tbliile idées, de mille vues, de mille réflexîonS désagréables; elleencî* tera dans votre cœur mitle regrets, mille Jalousies^ mille dépits, mille ressentiments pleins d'aigreur et d'aiinerttkme ; elle vous mettra dans la tète mille desseins , mille projets, mille entreprises aussi embar* rassantes que vaines et chimériques ; elle votls engagera dans des partis , dans des intrigues où peut-être vous aurez ântant de déboire^, de d^oûts , d'ennuis , de traverses à essuyer^ que de pas à feire ; die remuera même en sa faveur tontes les autres passions , qui d'ailleurà demeuroient dans le silence et vous laissoiént dans lé calme ; elleies allumera ; et comme il ne faut quelquefois qu'un séditieux pour soulever tout un pays, il ne fondra que cène passion pour causer dans votre ame un bouleversement général. Souvent encore ce sera daâk les moindres occasions et sur les pltis petits sujets. Une étincelle pro^ duit le plus vaste incendie, et une bagatelle qu'on n'observeroit pas en toute autre rencontre , et qui ne feroit nulle Sensation , est capsd>l^ dès qu'elle intéresse la passion dominante, de porter aux plus grandeh extrémités.

On le voit tous les jours , et on le connott par soi-même. Oh ! que vous vous seriez épargné de mouvements et d'agitations , soit dans vous-même, soit hors de vous-même, si de bonne heure vous aviek écrasé ce ver qui vous pique et qui vous ronge ! De quelle paix voua jouiriez, et de quelle heureuse liberté! Tel étoit dès ce monde le bonh heur des Saints : ils étoient contents de tout, et, à n'avoir même égard qu'à la vie présente, on peut dire, dans un vrai sens, que jusques an

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