PRÉCËPT£ DE LA PRIÈRE
dont nous ne pouvons nous passer^ Dieu a jugé qu'il falloit un commandement exprès ! D'où nous devons conclure combien sur cela il nous a donc connus aveugles et insensibles. Or une telle insensibilité, un tel aveuglement ne tient-il pas du prodige?
Oui sans douie» c'est un prodige; mais toute prodigieuse qu'est la chose, voici néanmoins, j'ose le dire, un autre prodige plus inconcevable : et quoi? c'est qu'après même et malgré le commandement de Dieu, nous recourions encore si peu à la prière, et nous en fassions si peu d'usage.
S*il nous survient quelque affaire fâcheuse; si nous craignons quelque disgrâce temporelle dont nous sommes menacés; si nous avons quelque inté éi à ménager dans le monde et quelque avantage à^tenir, que faisons-nous d'abord, et quelle est notre ressource? On pense à tous les moyens que peut suggérer l'industrie , l'intrigue , la prudence du siècle; on cherche des patrons en qui l'on met sa confiance, et dont on tâche de s'appuyer; on intéresse, autant qu'il est possible, les hommes en sa faveur : mais de s'adressera Dieu avant toutes choses; de lui recommander les desseins qu'on a formés, afin qu'il les bénisse; de lui représenter dans une fervente prière les dangers ou l'on se trouve et les calamités dont on est affligé, c*est ce qui ne vient pas à l'esprit, et à quoi Ton ne fait nulle attention : comme si Dieu n'eniroit point dans touS les événements humains; commes'il n'y aVoit aucune part, et qu'il n'étendît pas jusque là sa providence; comme si nos soins, indépendamment de lui, pouvoient nous suffire , et qu'il y eAt moins à compter sur les secours qu'il nous a promis, que sur ceux qu'on attend d'un ami, ou de quelque autre personne que ce soit, qui veut bien s'employer pour nous. Outrage dont Dieu se tient et doit se tenir grièvement offensé.
De là' qu'arrive-t-il? le Saint-Esprit nous l'apprend : Malheur à celui quiie confie dans la créature aux dépens du Créateur ^ et qui prend pour son soutien un bras de chair (Jérém., 17) ! Dieu permet que nos projets échouent, que nos mesures deviennent inutiles, que nos espérances soient trompées, que tous les maux dont on vouloit se garantir viennent fondre sur nous , que des parents, des amis , de prétendus protecteurs manquent, ou de pouvoir pour nous soutenir, ou de bonne volonté pour y travailler. Dieu , dis-je , le permet; et c'est alors que, forcés par une dure nécessité, et n'ayant plus d'autre refuge, nous commençons à lever les mains vers lui, et à réclamer son assistance.
Or, en de pareilles conjonctures, qu'auroit-il droit de nous répondre? S'il pensoit et s'ilagissoit en homme, il nous rejetteroit de sa présence, il refuseroit de nous écouter, il nous renverroit à ces faux'dieux que nous lui avons préférés, il nous abandonneroit à nous-mêmes , il insukeroit à notre misère et il s'en feroit un triomphe, bien loin d'y compatir en aucune sorte et de la soulager. Mais c'est ici le miracle et