‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 96 sur 225 · SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE

le comble de sa misdriéorde. Miracle que nous oe pouvons assez admirer, et qui mérite toute notre reconnoissance. Quoiqu'il soit le dernier à qui nous allions, et que nous n*allions même à lui que par une espèce de contrainte, il veut bien néanmoins encore nous entendre; il veut bien nous ouvrir Son sein , et prêter Toreille à nos prières; il veut bien y condescendre, et devenir notre appui, notre consolateur, tiotre restaurateur; il veut bien, pour nous rétablir et nous relever, nous tendre les bras et répandre sur nous ses dons. Voilà ce qui n'appartient qu'à une bonté souveraine. C'est être miséricordieux et bienfiiisant en Dieu.

SÉCHEBESSBS ET ARIBITISS HANfi LA PRIÈRE. ESPRIT HE PRIÈRE.

Quelle misère, mon Dieu ! quelle contradiction I Vous êtes pour moi la source de tous l^s biens : daqs rélernité vous serez toute ma béatitude, et dès cette vie je ne puis prétendre àe plus solide bonheur que d*approcher devons, que d'être en votre présence et devant vous, que de conserver et de m'entretenir avec vous : je le sais, j'en suis instruit, la foi me renseigne, la raison me le donne à connotire, Texpérience me rapprend et me le fajt sentir. Toutefois , Seigneur, comment est^-ce que je viàis à la prière, où je dois vous parler, vous écouter, vous répondre? comment est-ce que je vais et que je demeure k Toraison , qui ne doit être autre chose qu^un commerce intime entre vous et moi? Je dis entre vous, tout grand que vous étés, ô souverain mfitfBàe Tunivers ! et i^oi , tout méprisable , tout néant 4)ue je suis , vUe et abjecte créature.

A peine airje plié le genou,ii peine suis-je resté quelques moments an pied d*un oratoire pour vous offrir mes hommages, que je pense à tm retirer. Mon esprit volage et sans arrêt m'abandonne, et se porte partout ailleurs. Mon cœur, comme une terre sans eau , ou comme une herbe fynée et sans soc, n'a ni goAt,'ni sentiment, ni mouvement. D*oii il arrive que je tojoabe dans une indifférence et une langueur qui n^e rend un des plus saints exercices insipide et onéreux, jl'en devrois faire mon plaisir le plus doux, mais il me devient un fardeau et une peine.

Voilà , Seigneur, le triste état oii je me vois« et dont j'ai bien sujet de m'humtlier.'^ Quoi ! mon Dieu, vous daignez me recevoir auprès de vous; vous me permettez de vous exposer humblement et avec une espèce de fami'iarité mes pensées ; vous trouvez bon que je vous adresse mes vœux; vous prêtez Toreille pour m'entendre, et mon ame siérile et aride ne m'inspira rien , ne produit rien , ne vous dit rien ! Si c'étoit par pne crainte respectueuse, qui tout-à-conp me sai!>lt à la vue de vos grandeurs , et qui m'inti&rdit; si c'étoit par un principe da religion^ par i|in^ vive impression de votre adorable majesté» jene Ui|l9eroi$ pas de vou^ hofiorer alors, et mon silence même vous parleroit. Mais je dois à ma condamnation et à ma honte le confesser.

SBGHERBSSËS ET ARIMfÉS DAMS LA PRIÈRE. 395

c'«tt ptr nue fraideor mortelle , c'est par une lenteur oisive et |>aressensé, c'est par un assoapissement que rien ne réveille. Ah! Seigneur, ne fioira-t-il point? H y a long-temps que je me le r^roche, et que je souhaite d-en sortir : mais ce ne lera qn'avec votre efrace, et de moi-même je ne le puis. Or cette graoe , je vous la demande. Je viens à vous pour cela , j'ai recours à vous ; et, dans la prière que ]e vous fais , tout le frnit que je ibe propose est d'obtenir de vous Tesprit de prière.

Bon précieux qne voire prophète nous a promis de votre part et tn votre nom. C'est par sa bouche que vous avez dit : h répandrtfi turjéruiaiem un esftrit de prière (Zach., 13); et c'est-è-dire que vous répandree sur Tame fidèle un esprit d*intelligence, un esprit de reeoeillement, un esprit de piété. Un esprit de lumière et d'intelligence, qui, dans la prière, lui découvrira vos étemelles vérités, les lui Fera creuser et approfondir jusquà ce qu'elle en soit remplie et toute pénétrée. Un e<prit de recueillement, qui, pendant la prière, efFacera de son souvenir toute idée du monde^ la dégagera de toute vue humaine, la détournera de tout objet étranger et profane ; en sorte que des yeux de la foi etie ne voie que voiis , et que toutes ses puissances intérieures ne soient occupées que de vous. Un esprit de piété , qui lui donnera un attrait particulier à la prière, qui l'y affectionnera, qui lyi en fiiciittera la pratique; tellement qu'elle en fasse sa nourriture , son repns , sa joie, ses plus chères délices.

Tel étoit Tesprit quianimoit vos Saints dans ces longues et ferventes oraisons oà descendoient sur eux les plus purs rayons de votre clarté edeste , où voos les éleviez aux plus hautek connoissances de vos adorables et innombrables perfections, où ils vous contemptoient comme faee à £aoe, où ils s'abtmoient et se perdoient amoureusement en vous, où leurs cœurs s'embrasoient du feu le plus ardent, oit ils goutoient des douceurs ineffables. Aussi avec quel empressement alloient-ils à la prière, avec quel zèle et quelle assiduité! Céloit leur entretien le plus ordinaire; c'éioit, pour ainsi parier, leur pain de tous les jours, et leur délassement le plus agréable dans les fonctions laborieuses qui les occupeient.

Par votre grâce, 6 mon Dieu , cet esprit de prière ne s'est point retiré du christianisme. H y est encore, et il agit parmi ce petit nombre de Joutes que vous vous êtes réservés sur la lerre.C'est lui qui, selon le langage de votre Apdtre, soutient leur infirmité {Rom*, 8). C'est lui qui prie dans eux et pour eux , avec des gémisumentê qui ne te peuvent exprimer : et vous^ Seigneur, qui sondez le fond des cceurs, 90ttf savez ce quil leur inspire. Vous voyez leurs larmes , vous entendez leurs fonpirs, vous êtes témoin de leurs secrets élancements vers vous, de leura désirs enflammés, de leurs shunts transports. Hélas! malgré toute mon Indignité, voili^où je pourrois aspirer et parvenir mot*méme, si j*apportois à la prière plos de soin, plus de préparation.

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