‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 97 sur 225 · SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE

et si j'apprenoia a me faire plus de violence pour recueillir oies sens, pour &^^ raitenlion de mou esprit , et pour exciter les affeclions de mon cœur.

Car quoiqu'il soit vrai que« aaus ëgard aux dispositions d'une ame, quelque bien préparée qu'elle puisse éir^, vous réprouvez quelquefois par des sécheresses où sa vulonté n'a point de paH; il e&t ceriaia néanmoins, suivant l'ordre commun de vutre providence, qu'à proportion des elTorts que nous faisons pour vous chercher dans Foraison, nous vous y trouvons, et que c'est aux âmes les p*us vigilantes, les plus attentives ^ur elles-mêmes, que vous vous communiquez avec plus d'abondance. De là donc, aussi négligi'.nt et aussi lâche que je le suis et que. je me connois, dois-je mVtooner que tout te temps de ma prière se passe en des tiédeurs et des égarements continuels, et n'estce pas à ma lâcheté et à mon eitréme négligence que je dois les impu!fir?

Du moins, mon Dieu, n'ai-je point encore perdu l'estime de la prière; du moins ai-je encore cet .a^antag«? d'en comprendre J'exoellence, l*iiiîlité, la i!é.;essité. C'est un% ressource pour en allumer tout de nouveau dans moi Tesprit, et pour le ressusciter. Revois quel be* soin nous avons tous de ce secours, et quel besoin j'en puis avoir plus que les autres. Je n'ignore pas cequ^ les dise pies de votre Fils bien aimé lui disoient : A qui iront-nous, Stigneur^ si ce nui à vous t vous avez Us paroles de ia vie élemelle (Joan., (>). Et je sais de plus que, pour aller à vous, il n'y a point de voie plus droite que la prière. Je sais que la prière est cette mystérieuse échelle que vit votre serviteur Jacob, laquelle touclioit de la terre au ciel, et par ou vos anges moQtoient et descendoient, pour nous marquer comment l'oraison porte vers vo^s nos vœux, et attire sur nous vos dons.. Je suis persuadé de tout cela, et dans cette persuasion je regarde comme un des malheursi pour jboi le plus Funeste , et comme la ruine entière de mon ame, si , rebuté de la prière, je venois à l'abandonner. Yotis ne l'avez point encore permis, et vous ne le permettrez point. Quelque éloignement que j'en puisse avoir par mon indolence naturelle et par ma faute, je ne l'ai point après tout quittée jusques à présent, et je ne la veux point quitter. Vous bénirez ma résolution, et vous aurez égard à ma persévérance. Vous m'aiderez à vaincre cette lenteur habituelle qui m'appesantit , et qui rend ma prière si languissante. Vous m'inspi* rerez vous-même, et vous m'animerez. .

Je n'attends pas toutefois, Seigneur, que d'abord vous me traitiez comme tant d'ames vertueuses , ni que vous me favorisiez des mêmes communications. Ce sont des grâces qu'il faut mériter, et dont vous récompensez notre fidélité et notre constance. Hais, du reste, ayez pitié, mon Dieu, de ma foiblesse; et pour seconder mes efforts, faites au moins couler sur moi de temps eg temps quelques gouttes de cette rosée qui s'insinue dans les cœurs leuplus endurcis, et qui les amollit.

SÉCHERESSES ET ARIDITÉS DANS LA PRIÈRE. â97

Sans cette oDction divme , je me défie de ma fermeté et de mon courage. Cependant, qu^il en soit ainsi que vous l'ordonnerez : ce sera toujours le mieux» et pour votre gloire et pour mon hîen. A quelques épreuves qu'it vous plaise de me mettre, je les accepte. Vous ne m'y délaisserez pas ; mais vous me soutiendrez , afin que je puisse les soutenir.

Car je Tai dit, mon Dieu, et souffrez que je m'explique encore devant vous sur un sujet dont il m'est si important de me bien convaincre. Il est vrai que les dégoûts de la prière où nous tombons à certains temps, que ces langueurs sensibles et ces désolations qui nous abattent et semblent nous faire perdi*e tout courage, sont quelquefois de simples épreuves dont se sert votre providence pou r purifier vos élus et les perfectionner. Vous vous éloignez d'eux en apparence , lors même qu'ils vous cherchent avec l'intention la plus pure et le zèle le plus sincère. Ils vous parient, et vous ne leur répondez point. Ils vous réclam«*nt, et vous êtes c^mme insensible à leurs vœux. Ils s'écrient sans cesse, et vous disent comme cet aveugle de TÉvangile : Seigneur, faites que je voie (Luc, 1); mais vous les laissez en d'épaisses ténèbres, et dans une nuit obscure qu'ils ne peuvent percer : à peine leur reste-t-il quelque lueur pour se conduire, Sitiiation affligeante et presque accablante i il n'y a que cenx^qui passent ou qui ont passé par ce désert qui puissent bien oonnottre ce qu'il en coûte pour y marcher. Vous ave^ en cela, mon Dieu , vos desseins toujours adorables et toujours favorables, quoique rigoureux : vous vouiez exercer vos élus par de rudes combats , afin de multiplier leurs conronnes par 1^ victoires qu'ils remporteront ; vous voulez leur apprendre à v(M servir pour vous-mÀne, et par un pur esprit de foi et d'amour, et %on point pour les consolatioDs intérieures, ni toutes les deuceurs spirituelles qui pourroient les attirer à vous et les y atueher ; vous voulez leur fournir de quoi vous prouver leur fidélité et leur constance, et par* là même leur fournir des sujets de sanctification et de, mérite. Voilà vos vues tonies salutaires et toutes miséricor* dieuses ; et dès qu'une ame y est bien entrée, qu'elle est bien instruite et bien persuadée de cette vérité, c'est un appui qui la soutient dans ses langueurs involontaires et ses attiédissements.

Que dis-je, mon Dieu ! et n'ai-je pas toujours lieu de me confondre là-dessus et de m'humilier? Ces délaissements apparents et ces aridités dans la prière, j'en conviens , ce sont souvent des épreuves où TOUS mettez les âmes les plus fidèles ; mais il n'est pas moins ordinaire que ce soient de justes châtiments dont vous punissez les amesnéi* gligentes. Vous ne les écoutez point, ou vous seiflbiez ne les point écouter, parcequ'en mille chosei'eiles vous refusent ce que vous demandez d'elles, et qu'elles résistent à vos divines volontés ; vous ne vous communiquez point à elles, parcequ'elles vont à vous sans prél^raiiofi, et qu'elka demeurent auprès de vous sans réflexion et sans

1198 REÇOUa^ A 1^ BBIÈRË DANS LES AFPMG'HQIf Sattention ; yofVk lear fermer irotre sein , parcequ'elles ne s% sont fait la moindre violence pour se recueillir en vous , et pour se rappeler à elles-ménig^. Or n'esf-pe pas là faon état? et de quoi pourroî$je me plaindre, quand je p^ puis m'en prendre qu'à moi da peu de mm que je sens à la prière , et du peu de fruit que j*en retira? Uai^, beigneur, c est déjà une heureuse disposition pour guérir le mal, que d'en çppnoftre le principe. Il s'agit d'y apporter le remède, et c'est pqurquoi j'implore votre secoiirs. (^es apôtres demandoient autrefois à VQtre FiiSf leur maitre et lenôtre, qu'il leur enseiguât à prier : voi{à oe que je' ne ces^eriii poipt de vous demander moi-même. U y faut de ma p^rt plus de soin, plus de vigilance» plus d'efforts pour fixer mou esprit et ppur exciter mon cœur ; il y faut plus de ferveur* et plus d'a9siduilé à remplir tou^ mes devoirs : m^issans vous tons mes soins sefoieptinuiiles.^etç^ un regard sur moi du plus haut des deux. Fait^ luire ^ur vqtpe sprviteur un fayon de votre luqfiière. Parlez-lui au cœur, ef , par cette parole intérieure que vpus lui fere? entendre , daignez le former vous-même à converser utilement et saintement avte vous.

Page 1