‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 101 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je m'en tais , disait le Saoreur da monde à ses disciples , sur le point qu'il était de retoarner à son Père; je vais prendre possession de la gloire qui m'est réservée dans le ciel , et vous préparer en même temps à chacun Totre place dans ce séjour bienheureux: P^adopararevotii locwn.iJûÀif.i t4;) Parole pleine de consolation; mais parole précédée d'une autre qui élevait être pour eux, et qui est pour nous un grand fonds d'imftructîon. Car le même Sauveur leur avaitdlt auparavant : Ce royaume où je veux vous appeler après moi, je tous le promets , mais aux mêmes conditions que mon Père me Fa promis, et vous ne l'aurez point autrement que moi : Dispono vofns, sicut di^posuU mihi Pater meus ¥egnum. (Luc, 22.) Or, le fils de David n'y est entré que par la voie du mérite. D'où il s'ensuit, mes cbers auditeurs , par la plus juste de toutes les conséquences , que pour parvenir nous-mêmes à cette gloire céleste il faut que nous Payons méritée. Mettons dans tout son jour cette vérité, que je vous propose aujourd'hui, conMne le motif le plus capable d'exciter votre zèle et d'allumer toute votre fer- Teur.

Oui, chrétiens, la gloire que nous attendons est une récompense que Dieu nous destine; et pour peu que vous ayez de pénétration, vous y devez découvrir d'abord deux différences bien remarquables qui la relèvent infiniment au-dessus de ces récompenses fragiles et passagères que le monde promet à ceux qui ^ servent. Car, selon labeHe réflexion de saint Jean Chrysostême, telle est l'injuste dis^butîon qui se fait des récompenses du monde : on les a souvent sans les mériter, et on les mérite encore plus souvent aans les avoir. On les a sans les mériter, et c'est ce qui devrait humilier la plupart des heureux du siècle, et on les mérite encore plus souvent sans les avoir, c'est ce qui rebute et ce qui désespère les malheureux. Mais il n'en est pas ainsi de cette récompense immortelle où nous aspirons. Comme on ne l'obtient jamais qu'en la méritant , aussi est-on sûr de ne la mériter jamais sans l'obtenir. Deux points auxquels je m'attache , et que je voudrais imprimer profondémentdans vos esprits.

Cest une récompense que ce royaume éternel , où Jésus-Christ, comme notre chef, entre glorieux et triomphant; mais cette récompense, prene2 garde à ces trois pensées : on ne l'a point qu'on ne fa mérite; on ne l'a que parce qu'on la mérite; on ne l'a qu'autant qu'on la mérite. On ne l'a point, dis-je, qu'on ne la mérite. Dieu, comme maître de ses biens, pouvait nous la donner gratuitement, sans qu'il nous en coûtât rien : mais il ne fa pas voulu; et suivant l'ordre qu'il a établi, il faut de deux cheses l'une , ou que nous méritions cette ré-

compense , ou que nous y renoncions. De qoelqiM manière que Dieu nous ait prédestinés, en vue oa indépendamment de nos bonnes œuvres (question qui partage Técole , et qui n'appartient point à mon sujet), il estcertain, et c'est un principe de religion , que nous n'aurons jamais part à son héritage , si nous nous trouvons à la mort dépourvus de ces mérites , qui sont ^ selon l'Ëvangile, les titres légitimes pour y prétendre. Venez, nous dira Jésus-Christ dans le jugement dernier, si nous sommes assez heureux pour être du, nombre de ses brebis, et placés à sa droite ; venez, les bien-aimés de mon Père, possédez le royaume qu'il vous préparait , et qui vous est désormais acquis : Fenite; possideie paraium vobis regnum. (Màtth., 25.) Mais en vertu de quoi nous le donnera-t-4l , c^ royaume? écoutez ce qu'il ajoutera: Parce que vos bonnes œuvres me parlent pour vous, parce que vous avez fait des choses dont je n'ai point perdu le souvenir, et qu'il est maintenant de ma justice et de ma fidélité de les reconnaître ; parce que dans la personne des pauvres, qui étaient mes membres vivants, vous m'avez secouru, nourri, logé, visité : enfin, r^ez avec moi, parce que vous avez été charitables pour moi : Possideie paratum vobis regnum ; esurivi enim, et cieditts mihi manducctre. Raisonnons tant qu'il nous plaira, voilà, dans le sens de Jésus-Christ même, tout le dénoûment du mystère impénétrable de la prédestination. Cest en cela, remarque le docteur angéiique saint Thomas, que cette récompense du ciel est une véritable gloire , et même la gloire par excellence» parce qu'eUe^st le fruit du mérite , et du mérite le plus parfait qui puisse convenir h rhomme. En effet , ce qui se donne à la faveur peut bien être une grâce, peut bien être une distinction, peut bien être un privilège ; mais à parler exactement, ce ne peut-être une gloire. Or, ce n'est point là ce que Dieu réserve à ses éhis; mais dans le langage du Saint-Esprit, ce qu'il leur réserve est une récompense , et par là même une gloire : Gloria hssc est omnibus sanctis ejus, (Ps, 149.) Parce qu'ils ont été saints sur la terre, ils spnt bienheureux dans le ciel , et comblés de gloire ; mais leur bonlieur, et comme récompense, et comme gloire, suppose qu'ils s'en sont rendus dignes : voila ce que nous enseigne la foi.

Calvin a combattu^ cette véri'té, et c'est un des points où je confesse que son hérésie m'a toujours paru plus insoutenable. Il a prétendu que nos plus saintes actions, par rapport à Dieu, ne pouvaient jamais être méritoires : cependant Dieu même nous assure qu'elles le sont , et ùous dit en tenues exprès qu'à la fin des siècles sa providence éclatera , lorsqu'il viendra pour rendre à chacun selon le mérite de ses œuvres : Unicuique secundum merîtum ope* rum suorum {Ecoles,, 16); pouvait-il s'expliquer

SUR L'ASCENSION DE JESUS-CHBIST

plus clairement ? Mais ne suffîMI pas , disait Calvin , que Jésus-Christ nous ait acquis la gloire que nous espérons , et qu'il Fait méritée pour nous ? Non , répondent Jes théologiens, après saint Augustin, cela ne suflit pas. 11 faut qu'après lui, que par lui et qu'avec lui , nous la méritions encore pour nousmêmes, comme il ne suffit pas que Jésus-Christ ait fûjt sur la croix pénitence pour nous , si nous ne la faisons pour nous-mêmes. Il faut que notre pénitence , jointe à la pénitence de cet Homme-Dieu , nous réconcilie avec Dieu; et de même il faut que nos mérites , joints à ses mérites , nous ouvrent le royaume de Dieu ; et c'est à quoi le grand apôtre travaillait si saintement, et ce qui lui faisait dire : Adimpleo ea qux désuni passionum Christi {Colo$s,, 1); j'accomplis en moi ce qui manquerait sans cela à ma rédemption, et à ce que Jésus-Christ a souffert pour moi. Mais n'est-ce pas faire tort aux mérites du Rédempteur, que d'accorder une récompense aussi divine que celle-là à d'autres mérites que les siens? Nullement, dit saint Augustin, et la raison qu'il en apporte est convaincante ; parce que les mérftes que nous devons acquérir, et ajouter à ceux du Rédempteur, sont tellement des mérites différents des siens, qu'ils sont néanmoins dépendants des siens, fondés sur les siens, tirant toute leur ef&cace et toute leur valeur des siens; et par conséquent incapables de préjudicier aux siens. Que fait Dieu , quand il nous récompense ? Je l'avoue , il couronne nos mérites ; mais parce que nos mérites sont ses dons , en couronnant nos mérites , il couronne dans nos personnes ses propres dons : Coronat in nobis dana sua (August.) ; c'est la belle expression de saint Augustin. Mais avouer que l'homme peut mériter le royaume du ciel , n'est-ce pas lui donner le sujet de se glorifier? Oui, continuece saint docteur, et malheur à nous si , faute d'un tel mérite , nous n'étions pas en état de nous glorifier dans le sens que Calvin veut nous ledéfendre ! Car le royaume céleste n'est que pour ceux qui ont droit de se glorifier dans le Seigneur, et on des caractères de l'homme juste , le plus distinctement marqués par l'apôtre , est qu'il puisse, san^présomption, mais avec une sainte confiance, prendre part à cette gloire dont le Seigneur est le principe et la fin : Qui gloriatur, in Domino gMetwr. (1. Cor,, 1.) Or, le faible de l'hérésie, et de la prétendue réforme de Calvin, est qu'elle dépouille le juste de tout mérite, j'entends de tout mérite propre, et qu'elle lui ôte ainsi tout moyen de se glorifier même en Dieu : condition néanmoins essentielle pour être récompensée de Dieu. Avançons. Non-seulement on n'a point«la récompense du ciel ^'on ne la mérite, mais , ce que je vous prie de bien comprendre, on ne l'a que parce qu'on la mérite : en sorte qu'elle est le partage du mérite seul , i Fexclusioa de tout autre titre. De là vient que

^ saint Paul , pour la définir, l'appelle couronne de justice : In reliquo reposita est mihi corona JustiliaR ( 1. Tim. , 4 ) ; parce qu'en effet , disent les Pères, cette récompense ne doit être donnée aux hommes que selon les règles d'une justice rigoureuse , d'une justice incorruptible, d'une justice que rien ne touchera , que rien ne fléchira, que rien ne préoccupera ; d'une justice qui n'aura d'égard pour personne , qui ne distinguera ni qualités , m' rangs, ni naissance, mais qui discernera parfaitement le mérite. Les récompenses du siècle sont tous les jours en butte à la cupidité et à l'ambition ; quoiqu'elles ne soient dues qu'au mérite , toute autre chose que le mérite contribue à les faire avoir. On les emporte par le crédit, on se les attire par la brigue, on les arrache par Timportunité : les plus hardis et les plus avides sont ceux qui y parviennent; le hasard en décide, la bonne fortune de l'un, et souvent l'iniquité de l'autre. On se prévaut , pour les demander, du mérite d'autrui ; le fils veut être récompensé des services du père; l'ami croit être en droit de profiter du travail et du pouvoir de son ami. Ceux mêmes que Dieu a fait les dispensateurs de ces récompenses temporelles , quelque précaution qu'ils y apportent , et quelque envie qu'ils aient de les distribuer avec équité, peuvent à peine se répondre d'eux-mêmes, et compter qu'ils ne se laisseront pas prévenir et surprendre. Comme ils sont hommes, dit saint Augustin, ils récompensent en hommes, c'est-à-dire bien plus souvent selon la nécessité de leurs affaires , que selon le degré de leur estime; bien plus souvent par inclination que par raison. Et en dOfet, ceux qui entrent dans leurs plaisirs ont communément bien plus de part à leiurs grâces et à leurs bienfaits, que ceux qui s'immolent pour leur service. Ceux qui les flattent et qui les trompent , sont communément bien mieux récompensés que ceux qui leur sont fidèles. Ainsi vont les choses humaines : et quelque zèle que nous ayons pour la réformation de l'univers, nous ne devons pas espérer qu'elles prennent un autre cours.

Rien de tout cela dans la récompense où Dieu nous appelle. 11 pèsera ses élus dans^la balance, mais dans la balance du sanctuaire; et leur mérite seul , mis à l'épreuve de son jugement, fera la décision de leur sort. Quiconque n'en aura point l'exacte mesure , flH-il un àe& dioix de la terre, sera rejeté. Comme le fils ne portera point l'iniquité du père , aussi le mérite du père ne suppléera point à l'indignité du fils. Tout devant Dieu sera personnel , et la règle du Saint-Esprit subsistera : Unic^ que secundwn meritnm operum suorum ( Ecoles,, 16 ) ; A chacun selon ses œuvres. H ne dit pas, A chacun selon ses lumières t à chacun selon ses maxl* mes , à chacun selon ses talents ; il ne dit pas même, A chacun selon ses déshrs, selon ses ^jets et ses

intentîoiis; mais à cbaeim selon ses actions , àcbacon selon oe qu'il aura Dût, et non point selon ce qn'il aura cru ou ce qu'il aura touIq £ure : Unicuiçue secundum merUum aperum suorum. En un mot, le temps de la grâce et de la miséricorde sera expiré, et celui de la justice succédera : et par la niéme raison que la grâce, dans les élus, aura pré* cédé tout mérite , la gloire dont Dieu les comblera aura pour fondement le mérite acquis par la grâce. Bien de plus vain , dans Toplnion des mondains mêmes , que la gloire du monde : pourquoi ? parce qu'elle n'est ni une preuve certaine, ni une conséquence sûre du mérite; parce qu'elle est presque toujours l'eUet du caprice et de la prévention des hommes; parce qu'il n'y a rien où la corruption du jugement des hommes, où leur peu d'équité, d'intégrité, de sincérité, paraisse plus évidemment, qu'en ce qui regarde cette gloire profane. Mais par une règle toute contraire, concevez de \k ce que i^est que la gloire des prédesthiés dans le del , puisque c'est un Dieu qui en est l'arbitre; un Dieu souverainemoit éclairé, souverainement juste, et qui ne peut estimer que ce qui est essentiellement estimable; un Dieu aussi déterminé à ne glorifier que le mérite , qu'il l'est à réprouver et à punir le péché ; un Dieu dans l'un et dans l'autre également infidllible, inflexible, irrépréhensible : tel est, mes frères , concluait saint Paul, tel est le mattredont il m'importe d'être loué et d'être favorablement jugé , parce que c'est celui dont l'approbation et la touange doit Eure éternellement la solide gloire : QiH autemiuiicai me, Dominus €si,(i. Cor., 4. ) Enfin cette récompens^ules bienheureux , on ne Fa qu'autant qu'on la mérite ; et si run est plus lécompensé que l'autre, 8*0 est dans un dogré de gloire plus éminent que l'autre , ce n'est que parce qu'il a plus de mérite que l'autre. Dans le monde, on voit tous les jours des mérites médiocres l'empœrter sur des mérites éclatants : et vous le permettes , Seigneur, pour nous apprendre que"ce n'est point ici que se doit fiedre le vrai discernement de nos personnes ; vous le permettez pour nous détacher malgré nous de la terre , et pour nous fidre porter plus haut nos vues; mais dans le royaume de Dieu , chacun est placé selon l'ordre où il doit être; et une des plus singulières beautés que l'Écriture y fait remarquer, est cette admirable proportion entre la qualité du mérite et le rang qu'il occupe. U y a , disait le Fils de Dieu , dans la maison de mon Père , différentes demeures, mais ces demeures, observe saint Bernard, ne sont différentes que parce qu'il s'y trouve des mérites différents. Le plus ou le moins de mérite y fait donc le plus ou le moins d'élévation ; cinq talents de mérite y produisent dnq talents de gloire, et deux n'y en produisent que deux : tellement que la diversité du mérite y dis-

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tingue, y partage, y ordonne tout. Or si cela est« chrétiens, permettez-moi de m'arrêter ici, et de fiire avec vous une réflexion dont il est difficile que vous ne soyez pas touchés : à quelle étonnante révolution ne doivent pas s'attendre la plupart des hommes, quand ce mystère s'accomplira, et que Dieu, dans son jugement dernier, viendra ûdre ce partage ? Quelle désolation , par exemple , pour tant de grands , lorsqu'après avoir tenu dans le monde des rangs honorables que leur donnaient leurs dignités , leurs emplois , leurs charges , il leur en fiiudra prendre d'autres que le mérite seul réglera, et où l'arrêt de Dieu les réduira! Si Dieu , au moment que je parle , leur faisait voir l'afCreuse différence de ce qu'ils sont aujourd'hui et de ce qu'Us seront alors , dans quelle consternation cette vue ne les jetterait-elle pas ! et quand à la mort il faudra quitp ter en effet ces rangs de naissance et de fortune pour passer à d'autres rangs qu'une exacte et rigoureuse justice leur assignera, quelle douleur peur eux de se trouver dans un si prodigieux abaissement, dans un éloignement infini de Dieu, parce qu'ils n'auront presque rien fait pour Dieu ! Je sais que cette réflexion est affligeante; mais en est-eDe moins salutaire, et ne serais-je pas prévaricateur, si , dans une occasion aussi naturelle que celle-ci , je ne les faisais souvenir qu'outre les grandeurs de la terre; fl y en a d'autres dans le ciel où ils doivent aspirer ; qu'il y a d'autres honneurs dont ils doivent être jaloux , d'autres places qu'ils doivent remplir, d'autres établissements pour lesquels Dieu les a créés? Aurais-je pour leur salut le zèle que mon ministère doit m'inspirer, si Je ne les avertissais pM4pM Ja£§uMd*«e inonde passe , et qu'après qu'elle sera passée , le mérite d'une vie chrétienne est le seul titre de distinction qui nous restera?

Mais revenons. Je ne me suis pas contenté de vous dire qu'on a souvent les récompenses du monde sans les mériter : j'ai ajouté que souvent aussi on les mérite sans les avoir; au lieu que nous sommes assurés, en méritant la récompense étemelle, de l'obtenir/ En effet, comptez, si vous le pouvez, mes chers auditeurs, combien de gens vous avez vus dans le monde mener une vie obscure, et ne parvenir à rien , avec un mérite et des services qui devaient les élever à tout. Des patrons leur ont manqué, des concurrents les ont écartés; l'envie, l'intrigue, la cabale, mille mauvais offices les ont détruits ; un mattre aveugle et sans discernement, un mattre insensible et indifférent, un maître trompé et prévenu les a laissés dans la foule, les a oubliés, méprisés, rebutés. Que ne nous apprend pas là-dessus l'usage et la science du monde? Mais avec Dieu , je suis à couvert de toutes ces injustices. Quoi que je fasse, si c'est pour lui que je le fiais, il m'en tiendra compte. Qu'est-ce qu'un verre d'eauF

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dépendant ce verre d'eau donné en son nom ne sera pas sans récompense. Qa*e8t*ce qu'une pensée? cependant cette bonne pensée reçue et suivie aura son salaire. Qu'est-ce qu'un désir? cependant ce bon désir conçu et formé dans le cœur, produira , selon Texpression de l'apôtre, son rayon de gloire. Qu'estce qu'une parole ? cependant cette parole dite avec douceur, avec humanité , avec charité , sera écrite dans le livre de vie. Or, si Dieu doit récompenser de la sorte jusqu'aux moindres mérites , que serace des autres? Cest ainsi qu'il nous Ta promis; et comme il est tout-puissant, c'est ainsi qu'il peut Faccomplir ; et comme il est fidèle , c'est ainsi qu'il ▼eut l'accomplir : par conséquent, c'est ainsi qu'il raccomplira. En sorte, conclut saint Augustin, que •a toute-puissance , qui est la toute-puissance d'un Dieu, n'aura point dans l'éternité d'autre occupation que de glorifier ses élus et tous leurs mérites. Toilà à quoi il s'emploiera , en quoi il mettra une partie de ses complaisances, de quoi il ne se lassera jamais.

Mais cela posé , chrétiens , et quoique nous fassions profession de le croire , vivons-nous et agissons-nous comme en étant persuadés P Je parle à des auditeurs qui, chacun dans leur condition, se piquent d'avoir leur mérite, et je veux bien convenir de tout le mérite dont vous vous piquez. Mais ce mérite, que je n'ai garde de vous disputer, estce un mérite pour le ciel? est-ce un mérite à qui Jésus-Christ ait jamais rien promis ? est-ce un mérite que vous osiez vous-mêmes présenter à Dieu pour lui demander son royaume? Si les saints, qui régnent avec ce Dieu et ce Roi de gloire, n'avaient point eu d'autre mérite, recueilleraient-ils maintenant les fruits dont ils ont jeté sur la terre les précieuses semences ? Entrons dans le déUil. Une vie aussi inutile et aussi vide de bonnes œuvres que celle d'un homme du monde, d'une femme du inonde, réguliers d'ailleurs et d'une conduite, selon le monde, irréprochable, est-ce la vie d'un chrétien, gagé, selon la parabole de l'Évangile, pour mériter une récompense immortelle? Voyons ces mercenaires, qui, pressés par le besoin, donnent leur peine pour un salaire temporel : ces hommes à qui le Fils de Dieu nous compare si souvent , et à qui il veut, en quelque état que nous puissions être, que nous nous conformions. Les imitons-nous ? sommes-nous attadiés comme eux à un travail constant et assidu ? renonçons-nous comme eux à la mollesse et à la douceur du repos? avons-nous , comme eux, des jours pleins par une pratique entière de Bos devoirs? Si , malgré cette inutilité de vie , l'on gagnait le ciel, le ciel serait-il ce royaume de conquête qu'il faut emporter par violence et acheter si

chèrement? Doit-il 8ufi9reàdeschrétiens«pour être récompensés de Dieu , de se trouver exempts de

crime ? et la maxime sur laquelle on s'appuie jusqu'à s'en faire une conscience, que tout le mérite du salut se réduit à ne point faire de mal , n'est-ce pas une erreur dont il faut aujourd'hui vous détromper? Mérite-t-on des récompenses en ne faisant rien?, le monde en juge-t-il de la sorte? récompense-t-il l'oisiveté, quoique d'ailleurs innocente ? n'exfge-t-il pas des services réels ? et pourquoi croirons-nous que Dieu nous en tiendra quittes à moins de frais? Vivant dans cette erreur grossière , que je sais élre le désordre le plus ordinaire de ceux qui m'écoutent , puis-je, mes chers auditeurs, vous dire, à la vue de Jésus-Christ montant au ciel : Gaudete et exuU tate (Matth. , 5) ; Réjouissez-vous , tressaillez de joie; pourquoi? Quonîam merces vestra copîosa est in cœlis (Idem) ; parce que vous aurez la même récompense que ce Dieu glorifié, une récompense abondante. Ne dois-je pas vous dire plutôt : Pleurez et gémissez; pourquoi? parce que, travaillant si peu, il faut que votre récompense soit bien petite : pleurez; pourquoi ? parce qu'il est même plus vraisemblable que cette récompense des élus n'est point pour vous : pleurez : pourquoi? parce que ces mérites dont vous voulez vous prévaloir, et à qui le monde donne de vains éloges , sont des mérites périssables, dont vous avez déjà reçu la récompense, et dont vous ne la recevrez jamais. Voilà, dans cette sainte solennité, et malgré la joie de l'Église, ce qui doit faire le siyet de votre douleur. Enfants des hommes^ concluait le prophète royal, jusques à quand aimerez-vous la vanité et chercherez-vous le mensonge? U^qnequo diUgitis vanitatem, et quxriUê mendacmmf (PseUm. 4.) Il leur en demandait la raison : usquequo f et il n'en attendait pas la réponse, remarque saint Augustin, parce qu'il savait bien qu'ils n'en avaient point à lui faire. Souffrez que je vous fasselemêmer^roche. Enfants des hommes, jusques à quand vous fatl* guerez-vous à chercher des récompenses corruptibles,dont la poursuite vous cause tant d'inquiétudes, dont le retardement vous remplit de tant de chagrins, dont vous n'êtes jamais contents, et qui ne servent qu'à vous jeter dans un plus profond oubli de Dieu? Aussi ardents que vous Têtes pour ces biens de fortune qui emportent toutes vos réflexions et tous vos soins, et dont la mort vous dépouillera bientdt, jusques à quand négligerez-vous ces vrais biens et cette couronne que votre médiateur et votre dief vous propose comme l'objet le plus digne d vos vœux? Écoutez-le parler lui-même; car c'est lui-même qui , du haut de sa gloûre, s'adresse à nous m ce jour, et nous dit : Utquequo dOigUiM vanUa- Um, et qtimitU mendachmf (Ibid.) Hommes te^ restres et sensuels, jusques à quand mépriserez- Tons mes promesses pour cdiesdu monde? Puisque vous êtes si intéressés et si avides, que ne vous at-

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tacbcz-vous du moins au maître qui vous offre darantage? Le mo.ide a-t-il des récompenses aussi solides et même aussi présentes que les miennes ? le monde, quand vous vous êtes livrés à lui, vous tj-t-il jamais rendus heureux, et trouve-t-on le centuple en le servant? Voilà, chrétiens auditeurs, à quoi il faut que vous répondiez , mais à quoi vous ne pouvez bien répondre que par la réformation de vos mœurs et par un parfait changement de vie. Que ce soit donc là désormais l'exercice de votre foi : Tkesaurizatevobiithesauros in codo (Matth., 6); Amassez des trésors pour le ciel. Au lieu de ces vertus mondaines dont vous vous parez, et qui ne sont devant Dlea de nul mérite ; au lieu de cette prudence de la chair, dé cette politique, de cette force païenne , entrez dans la pratique de ces vertus chrétiennes qui seront pour vous des sources fécondes de b^titude et de gloire. Appliquez-vous non-seulement à vous assurer, mais à augmenter votre récompense par vos bonnes œuvres. C*est à quoi jusques à présent vous n'avez point pensé ; mais il est encore temps dV pourvoir : car vous pouvez encore réparer par votre ferveur toutes vos pertes. Vous pouvez encore- racheter ces jours malheureux où vous n'avez rien fait, ni pour Dieu , ni pour votre âme. Vous pouvez même, à Texonple des ouvriers de TÉvangile, commençant tard et à la dernière heure du jour, être aussi bien récompensés que ceux qui sont venus dès le matin, et qui ont travaillé toute la journée. Or, si vous le pouvez , êtes-vous excusables de ne le pas faire ? Récompense 4a ciel, récompense qu'il faut mériter comme Jésus-Chn8tvx?«6t .c&, que vous avez vu : mais pour la mériter comme Jésuâ-Chri9t,-f «{otiie qu'il faut souffîrir comme Jésus-Christ; vous l'allez voir dans la seconde partie.

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