DEUXIÈME PARTIE
C'est un ordre établi de Dieu , et le monde même , tout perverti qu'il est dans ses maximes, est obligé de s'y soumettre et de le reconnaître : on n'arrive point à la gloire par le plaisir ; mais il faut renoncer au plaisir, quand on se propose d'acquérir la véritable gloire. Car le plaisir ne conduit à rien , je dis à rien de solide, ni à rien de grand. Jamais ce qui s'appelle vie de plaisir n'a produit une vertu, n'a inspiré de sentiments nobles, n'a élevé l'homme audessus de lui-même. Soit donc par la nature des dioses , soit par^un effet de la corruption du péché , le plaisir et la gloire dans cette vie sont incompatibles; et quiconque présume qu'il pourra les accorder se flatte et se trompe, séduit par les fausses Idées qu'il a de l'un ou de l'autre. En un mot, où règne l'amour du plaisir, il faut que le désir de la gloire cesse; et où le désir de la gloire est sincère, il faut que le plaisir soit sacrifié. C'est ainsi que le
concevaient les sages mêmes du paganisme; et ils le concevaient bien. Or, si cela est vrai de la gloire en général , et même en particulier de cette gloii^ profane que Tambitiondes hommes recherche, qud jugement devons-nous faire de la gloire du ciel? dç cette gloire pour laquelle nous avons tous été créés, mais sur quoi nous avons perdu nos droits, en perdant la grâce de l'innocence , et où il n'y a plus d^ retour pour nous que par les œuvres de la pénitence; de cette gloire où nous ne pouvons prétendre que par la croix de Jésus-Christ, et qu'il ne nous est pas même permis d'espérer, si nous ne sommes^ comme dit saint Paul, entés sur Jésus-Christ, et sur Jésus-Christ souffîrant et mourant : Si complantaU facH sumus sîmilitudini mortis ejus, simidetre" surrectionis erimus. Non, mes chers auditeurs; je le répète, jamais les plaisirs de la vie ne nous feront parvenir à cette gloire. Il faut y aller par la voie des souffrances : première vérité qui confondre éternellement la mollesse et la délicatesse des motfdains. Mais d'ailleurs toutes sortes de sodfErances ne conduisent pas à cette gloire : autf e vérité qui doit détromper une infinité de chrétiens que nous voyons soufïfrir dans le monde, mais qui ne souf* frent pas en chrétiens. Deux importantes leçons que j'ai encore à développer, et que je regarde comme les deux points les plus essentiels de la morale évangélique.
II faut, comme Jésus-Christ, aller à la gloire céleste par la croix et par les souffrances. Heureux si par là nous en trouvons le chemin ; mais malheur à nous si nous nous figurons qu'on y arrive par une voie plus douce et plus commode , et qu'il y ait pmir ceU des conditiong «t des états privilégiés ! Que n'al-je le zèle de saint Paul , pour graver profondément dans vos cœurs ce grand principe! C'est ce que le Sauveur du monde fit entendre aux en* ûints de Zébédée, qui passaient néanmoins pour ses disciples favoris, quand il réprima, par la dureté apparente de sa réponse, la vanité de leur pr^en* tion. Vous me demandez, leur dit-il, d'être assis et honorablement placés dans mon royaume , et moi je vous demande si vous pouvez boire le calice que je boirai moi-même avant vous ? Comme s'il leur eût dit : Favoris et disciples tant qu'il vous plaira , si vous ne participez à ce calice dont je vous parle, à ce calice d'amertume et de douleur, il n*y a pour vous dans mon royauaie ni place ni rang; et quiconque refuse d'aco^ter cette condition y tH n'a pas le courage de passer par cette épreuve , doit renoncer à ma gloire, et ccnnpter qu'il en est exclu. C'est ce que le même Sauveur nous a fUt voir dans sa propre posonne, et ce qu'il dédam à ses apôtres sur le point qu'il était de retouraer à ce royaume céleste qu'il avait quitté pour descendre sur la terre : l^mne kmc ^portuUpaU Chrittmn,
SUR L'ASCENSION DE JÉSUS-CHRIST
H Ua Mrare in ghriam suamf (Luc. , 24.) Vous vous étonnez de ce que le Christ a souffert, et votre foi en est troublée : mais ignorez-vous les divines Écritures, et n'avait-il pas été dit qu'il souffrirait de la sorte, et qu'il entrerait ainsi dans la gloire? Or, s'il le fallait pour le Christ, oportuU, ne le &ut-il pas pour nous, et qui peut se plaindre d'une loi que le Fils tnfimt de Dieu a voulu et a dû subir? Aussi les saints, au moins ceux de la loi de grâce, non-seulement se sont consolés, mais se sont réjouis; mais se sont glorifiés dans les afflictions de cette vie , parce qu'ils les ont toujours regardées conune la route sûre et infaillible quils devaient suivre pour parvenir au terme de leur bonheur. Au lieu que David , par un mouvement de confiance , mais d'une confiance encore judaïque, c'est-à-dire d'une eonfiance qui se proposait encore quelque chose de terrestre et de charnel , et qui ne s'élevait pas aussi parfaitement que la' nôtre aux biens spirituels et célestes; au lieu,dis-je, que David, pour chercher du soulagement dans ses maux, ffti- £a\i à Dieu cette prière, a lui disait : Educes de tribuloHone animant meani (Psaim. 142); Délivrez-moi, Seigneur, des tribulations qui m'accablent; les saints de la loi nouvelle, par un esprit tout opposé, mais bien plus épuré et plus éclairé, ont cm devoir dire : Non, Seign^r, ne nous en délivrez pas. Ce sont des tribulations, il est vrai, mais des tribulations salutaires, dont, magré les révoltes de la nature, nous nous glorifions et nous nous félicitons : Ghriamur in tribulalionibus nostris. (Rom., 6.) Ce sont des maux qui nous abattent, mais qui, par un effet tout divin, au même temps qu'ils nous abattent aux yeux des hommes , nous détachent de nous-mêmes et nous âèvent à vous; des maux qui sont les gages précieux de ce véritable, de cet unique, de^ce souverain bien que nous attendons. Et à quoi nous réduiriez- vous, Seigneur, reprenait, au nom de tous les autres, saint Grégoire pape, pénétré de cette vérité, à quoi, mon Dieu, nous réduiriez-vous, si, par une miséricorde qui nous perdrait, vous veniez à nous délivrer de ces maux que nous endurons , puisque vous nous assurez, dans toutes vos Écritures, que la souffrance doit faire tout le mérite de notre espérance, et par conséquent, qu'elle en doit ;être le plus ferme et le plus solide appui? Où en serions nous, si, n'étant pkis dans le monde ni^CQIgés, ni humiliés, ni mortifiés, ni persécutés, nous n'avions plus ce qui est, selon le témoignage de votre aptftre, le caractère le plus visible et le plus certahi de vos prédestinés ? Ne nous écoutez donc pomt. Seigneur, a jamais nous souhaitions d'avoir «ur la terre un sort plus tranquille; et rgetez notre prière, si nous étions assez Inscaisés pour vous demander une teUe grâce. Donnez-nous des secours
puissants pour nous soutenir, et un fonds de patience pour souffrir avec soumission ; mais ne nous pu« nissez pas, Seigneur, jusqu'à nous traiter dans la vie plus favorablement que vous ne l'avez été, et jusqu'à éloigner de noua ce qUi doit bous donner une sainte ressemblance avec vous. Ainsi, dis-je, ont parlé les saints; et ce langage qui, selon la prudence de la chair, parait folie, était dans eux la plus éminente sagesse.
C'est cela même qui a donné à ces grands hom* mes et à ces fidèles serviteurs de Dieu, sur le sujet des prospérités temporelles, des sentiments si contradictoiremeht opposés à la cupidité et à l'an mour-propre ; c'est ce qui les a fait trembler, quant ils se sont vus dans dés états dont le monde leur applaudissait, et où consiste en effet la félicité des enfants du siècle, mais dont Ils craignaient les suites funestes, par rapport à cette félicité qu'es* pèrent les enfants de Dieu : c'est ce qui les a con» vaincus, aussi bien que saint Augustin, qu'une prospérité complète, s'il y en avait une dans le temps présent , serait une réprobation commencée ; et qu'un homme sur la terre parfaitement heureux , s'il raisonnait bien , devrait ou se croire perdu , ou se condamner pour toute sa vie à pleurer et à gémir : pourquoi ? parce qu'il n*y aurait point de moment où il ne dût être touché et alarmé de cette pensée : Je ne suis pas dans la voie de Dieu ; ce n'est point par là que Dieu a conduit ses élus. Comblé de biens comme je le suis , et souffrant aussi peu que je souffre, s'il y a une éternité bienheureuse, je n'ai nul lieu de croire qu'elle soit pour moi , et j'ai d'affreuses présomptions qu'elle Q*est pas pour moi. Pensée désolante pour un chrétien! C'est dans cette vue que Jésus-Christ a prononcé ces fameux anathèmes , auxquels le monde ne souscrira jamais , mais qui subsisteront malgré le monde, et qui, malgré le monde, auront leur effet : anathème contre les riches voluptueux ! ^œ vobis divitilm$! ( Luc, 6 ) anathème contre ceux à qui rien ne manque, et qui vivent selon les désirs de leur cœur! f^œ vobis qui ridet^, qtd saturaU esUs ! (Id.) c'est-à-dire, anathème contre ceux que le monde a toujours été en possession de béatifier et de canoniser! Et c'est par la même raison que ce divin maître a érigé en béatitude ce que le monde déteste, et ce qu'il a le plus en horreur : bienheureux les pauvres! Seati pauperesl {Mjltt.^ $} bienheureux ceux qui pleurent! Beati qtdlugefUUld.) bienheureux ceux qui souffrent persécution! Beati qtd penecutionem pathmiur! ( Id. ) Enfin , c'est ce que les apôtres Paul et Ramal)é prêchaient avec tant de zèle, quand ils allaient, dit saint Luc, vi* siter les Églises chrétiennes, fortifiant le courage des disciples, les exhortant à persévérer tians la foi , et leur remontrant que c'était par les afldictioqf
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et les peines qu'ils devaient entrer dans la royaume de Dieu : Confirmantes animas dUdpubrum, et exhortantes ut permanerent in fide, et quoniam per muUas tribulaUones opwiet nos Mrare in regnum Dei, ( Âd,, 14. )
I Telle est la loi que Dieu, dans le conseil de .sa 'providence , a portée , et qu*il ne changera pas pour Inoos. Cependant, au mépris de cette loi, on veut 'être heureux dans le monde; et , quoique les souffrances soient la marque la plus certaine des élus de Dieu , par une infidélité dont on ne fait nul scru- 'pule, et qu'on ne se reproche jamais, on consent à n'avoir point cette marque spéciale de prédestination pour le ciel , pourvu que Ton soit, si je puis ainsi parler, des prédestinés de la terre. A qudque prix que ce puisse être, on vent, autant qu'il est possible, écarter tout ce qui fait de la peine et qui incommode; et, sans balancer, on renonce, au nuHQs dans la pratique et par les œuvres , aux béatitudes de Jésus-Christ, pour jouir des béatitudes du siècle. Que cet adorable Sauveur, que les saints, après lui , soient arri? es à la gloire par la croix et par les tribulations , on prétend y arriver par la joie et par le plaisir : car en même temps qu'on ne veut rien souffîrir, on veut néanmoins d'ailleurs , par un secret inconnu à Jésus-Christ même , et par une contradiction que les saints n'ont jamais accordée, se sauver dans le monde; c'est-à-dire qu'on veut se sauver dans le monde, tandis qu'on n'y resphre que le plaisir, qu'on y rapporte tout au plaisir, qu'on y cherche avec soin et en tout le plaisir , qu'on ne^nse qu'à y mtn&t une vie de plaisir, et qu'on n'y connaît pomî d'autre bien que le plaisir. Mais, que' fait Dieu, dirëlien»f~ xemaïailfiZ i^ deux traits de sa miséricorde, et reconnaissez le désordre de votre conduite. Afin que les plaisirs du monde ne vous corrompent pas, et que ce ne soient pas des obstacles à votre bonheur éternel , Dieu , qui veut en quelque sorte , malgré vousmêmes, vous sauver, mêle ces plaisirs d'amertumes, vous y fait trouver des dégoûts, vous les rend fades et insipides. C'est ce que vous éprouvez à toute heure ; et vous qui , contre tous les desseins de Dieu, voulez vous perdre, malgré toutes les amertumes qui s'y rencontrent, vous êtes avides de ces plaisirs , vous les désirez ardemment , vous vous y attachez opiniâtrement, et tout insipides qu'ils sont, vous les préférez aux délices pures de cette gloire, dont la seule espéranee serait déjà pour vous une félicité anticipée. Semblable à l'infortuné Ésau, qui, pour contenter seulement une fois la faim qui le pressait, vendit son droit d'atnesse , et fut, par là, frustré de la bénédiction de son père , •vous sacrifiez à de vaines douceurs , et à quelques moments d'une volupté passagère , le saint héritage qui vous était acquis.
Ce n'est pas assez : Dieu vous envoie des souffrances , et par une bonté paternelle , il les attache à votre condition , à vos emplois , aux engagements que vous avez dans le monde. Car quelques mesures que l'on prenne , on ne^pent être en commerce avee le monde sans y trouver sans cesse des si^ets de mortification et de diagrin. Si yooB oonnaîssiez le don de Dieu, vous ne penseriez qu'à le bénir d'en avoir ainsi ordonné, et vous n'auriez que des actions de grâces à lui rendre^ de vous avoir pourvus d'un si puissant préservatif contre les dangers et les écueils de votre état. Quelque avantageuse, selon le monde, qne pdt être votre destinée, vous ne vous croiriez pas aJuindonnés du d^ , ni réprouvés, puisque vous auriez encore part au calice du salut. Mais quel usage faites-vous d'un si précieux talent? A ce désir insatiable des plaisirs du monde que je viens de vous reprocher, vous joignez l'abm des souffrances par où Dieu voulait vous sanctifier : et comme vous vous pervertissez par les plaisirs mêmes que vous ne goûtez pas, et qui ne vous satisfont pas, ainsi vous pervertissez-vous par les croix mêmes que vous portez, mais dont vous ne profitez pas; car toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloire que Dieu nous découvre dans le mystère de ce jour. Si cela était, l'enfer ne serait plus enfer. Il faut que ce soient des souffrances pour la justice, parce qu'il n'y en a point d'autres que Dieu puisse couronner, ni qui puiss^t avoir de la proportion avec cette vie bienheureuse où Jésus-Christ après lui nous appelle. Souffrir parce qu'on a le cœur dé<^iré de mille passions, souffrir parce qu'on est dévoré par une ambition que rien ne peut.satisfrdre,. «ou^&îr parce qu'on est possédé d'une envie secrète, souffrir parce qu'on a dans l'âme la haine et le fiel , c'est souffîrir plus que n'ont souffert les pénitents les plus austères, et plus que ne souffrent ces malheureux, condamna par la justice et la rignenr des lots à traîner leurs chaînes dans un esclavage dur et honteux. Mais c'est souffrir comme les démons pour l'iniquité, et il répugne à la sainteté de Dieu de tenir compte aux hommes de ce qu'ils souffrent pour de si indignes sujets. Si donc Ton prétend an j royaume de Dieu, il fnut souffrir pour la cause de , Dieu, il faut souf&ir pour la diarité, souffrir pour la vérité, souffrir pour la paix, souffrir pour To- ' béissance : car tout cela est renfermé dans cette . justice chrétienne dont parlait le Fils ^ de Dieu, quand il disait : Beati quipersecuiionempatkmiur propterJustUiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorvm ! ( M atth. 6. ) Souffrir plutôt que de se venger et de repousser une injure en rendant le nud pour le mal , c'est ce que j'appelle souffrir pour la charité ; souffirir plutôt que de trahir sa conscience , plutôt que de manquer à son devonr, plutôt q^
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d'approaver le vice, tfeit ce que j'appelle souffrir pour la vérité; souffrir plutôt que de causer du trouble , en voulant se défendre et se justifier, c'est ce j'appelle souffrir pour la paix ; souffrir plutôt que de murmurer et de se plaindre, plutôt que de résister aux puissances légitimes, c'est ce que j'appelle souffrir pour l'obéissance. Voilà les souffrances que Dieu accepte, et qu'il récompense dans son royaume. Mais ma douleur est, chrétiens, que les vôtres, ne sont pas communément de ce caractère ; ma douleur est, qu'au lieu que les sdnts disaient en s'adiessant à Dieta^ Fropter te mùrtificamiur tota die {Bom., a); C'est pour vous. Seigneur, que nous sommes persécutés et que nous voulons l'éûre , c'est pourvousque nous nonspcffsécutons en quelque manière nous-mêmes , et que nous nous mortifions : peut-être ceux qui m'éooutent, et à qui je parie , pourraient dire au monde : Cest pour toi que je me mortifie, monde, dont je me suis fait l'esclave; c'est pour toi que je me captive, c'est pour toi que je me £oiis violence, c'est pour toi que je souffre tout ce que les serviteurs de Dieu ont souffert pour Dieu. Or, qu'arrive-t-U de là? Ce qui me paraît et qui doit vous paraître, mes cbers auditeurs, le comble de tous les malheurs de l'homme : vous allez à la perdition et à la mort, par où les justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la vie. Car les souffrances mènent à l'un et à l'autre; et ce n'est point, je le répète, précisément par les souffrances que Dieu fait le discernement des élus et des réprouvés; c'est par la qualité, c'est par le motif, c'est par le principe et la fin des souffîrances. Cependant, j'en reviens toujours à la proposition générale, que pour entrer dans cette patrie, dont les portes aujourdliui vous sont ouvertes, et pour mériter d'y être reçu, il faut souffrir.
Cette parole, chrétiens, vous paraît dore, mais J'ose dire qu'elle ne doit point l'être pour vous, et en voici la raison , à laquelle je vous défie de répliquer. Car, que ne souffrez-vous pas tous les jonrs^ et que n'êtes-vous pas déterminés à souffrir pour le monde? que ne souffrez- vous pas pour vous établir, et pour vous pousser dans le monde? Ce désir d'acquérir de la gloire, que ne vous fait-il pas entreprendre? Cette ambition de vous élever, que ne vous fait-elle pas prendre sur vous? S'il s'agit de votre fortune, épargnez- vous votre santé, ména- : gez-vous votre repos, vous plaignez -vous qu'il I vous en coûte de l'assujettissement et du travail? avec quelle patience ne supportez-vous pas tout ce qui se présente de plus ficheux et de plus pénible? avec quelle ardeur et quel courage ne passez-vous pas par-dessus toutes les diflicultés? Pour peu que vous ayez de bonheur et que les choses vous succèdent, que ne trouvez-vous pas aisé? Faut-il vous exciter et vous animer? avcz-vous besoin pour cela |
de remontrances ? ne vous les faites-vous pas à vous-mêmes, et ne vous en dites-vous pas plus que je ne vous en dirai jamais? Or, souffrez pour Dieu ce que vous souffrez pour le monde , je ne vous en demande pas davantage. Vous en faut-il un motif pressant, touchant, convaincant? ne l'avez-vous pas dans cette gloire qui vous est proposée comme le terme de votre espérance ? y a-t-il un autre bien plus précieux pour vous, que cette gloire où vous n'aurez plus rien à désirer, plus rien à demander, plus rien à rechercher, parce qu'eUe comblera toute la capacité de votre cœur ; que cette gloire durable et étemdlement assurée, que jamais rien ne vous enlèvera, que jamais rien ne troublera , que jamais rien ne bornera ; que cette gloire après laqueUe les saints ont tant soupiré, vers laquelle ils élevaient sans cesse leur esprit , ils tournaient sans cesse leurs regards, et dont la seule vue, quoique obscure et encore imparfaite , dont le seul avant-goût sur la terre les ravissait, lestransportait,ct,pour m'expnmer ainsi, les enivrait : que cette gloire où IcFils de Dieu souhaitait si ardemment de retourner, dont il parlait si souvent à ses disciples, surtout depuis qu il fot ressuscité, et qu'U se vit sur le point d'allw recevoir la couronne que son Père lui avait préparée? Cest là qu'il nous précède , chrétiens : nous sommes ses memores, et il est notre clief ; partout où le chef entre, il faut que les membres le suivent , et qu'ils y soient placés avec lui. C'est là qu il traîne avec soi comme en triomphe, et qu'il introduit tant d'âmes justes, tant de patriarches, de ophètcs, de prédestinés de l'ancienne loi, qm
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depuis si longtemps attendaient ce libérateur. Joignons-nous d'esprit et de cœur à cette troupe glorieuse; et di8posons4ious à la grossir un jour nousmêmes , et à partager avec eux la même gloire. Mais du reste, n'oublions jamais { car c'est là toujours qu'il s'en feut tenir, et ce qu'il faut poser pour pnncipe nécessaire et incontestable ) , que c'est une récompense;qu'ellcl'aaé pour eux,et qu'eHele doit être pour nous; qu'ils l'ont acquise par la sainteté de leurs œuvres, par la ferveur de leur piété, surtout par leur patience inaltérable et leur consUnce à souffrir, et que c'est ainsi que nous la devons mériter. Défions-nous de notre faiblesse; mais ne craignons point toutefois que les forces nous manquent, puisque Jésus-Christ est à la droite de son Pèrecommenotre médiateur, comme notre pontife, pour faire descendre sur nous ses grâces les plus puissantes. Allons à son trône , à ce trône de gloire et de miséricorde tout ensemble , lui présenter nos hommages, lui offrir nos prières, lui exposer nos besoins, l'adorer et rinvoquer, jusqu'à ceque nous puissions dans l'éternité le voir et le posséder- G est ce que je vous souhaite, etc.
^OUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE
SERMON
POUR
LA FÊTE DE LA PENTECOTE
RepUU tuni omnes Spiritu Sancio,
ns fufeot 1008 remplis da Saint-Esprit Lhre det Actes , dup. S.
Madame S
Cest le grand mystère qui s'est accompli pour k première fois dans les apôtres , et qui doit 8*accom« plir en nous, si nous sommes disposés, ainsi qu'ils l'étaient, à recevoir ce don céleste de TEsprit de Dieu. Car Jésus-Christ , par sa mort , Fa mérité pour nous aussi bien que pour les apôtres; il le demanda pour nous à son Père , en le demandant pour les apôtres; et la ^lennité.que nous célébrons n'est point , comme les autres fêtes de l'année , une simple commémoration, mais le mystère même de la descente du Saint-Esprit. Mystère toujours subsktant , et qui , jusques à la fin des siècles, subsistera dans l'Église de Dieu, tandis qu'il y aura des fidèles en état d'y participer, et qui se mettront en devoir de le renouveler dans leurs cœurs. Or il ne tient qu'à nous, chrétiens, d'être de ce nombre, puisqu'il est vrai , et même de la foi , que par les sacrements de la loi de grâce, nous pouvons tous les jours recevoir le Saint-Esprit; et qu'en vertu des promesses du Sauveur, le même Esprit qui descendit visiblement sur les disciples assemblés dans Jérusalem, descend encore actuellement et véritablement sur nous , non pas aveelemême éclat ni avec les mêmes prodiges, mais avec les mêmofi^^effigts de conversion et de sanctification , quand il trouve F^^rr^maa hîan pif, parées, et que nous prenons soin de les lui ouvrir. Il est donc , mes chers auditeurs , d'un intérêt infini pour vous et pour moi de bien comprendre quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis, et dont la mission inefifoble doit opérer en nous ce qu'elle opéra dans les apôtres. Car malheur à nous si par notre infidélité nous y apportons quelque obstacle! malheur, pour me servir de l'expression de saint Paul, si nous contristons le Saint-Esprit, et si nous négligeons d'entrer dans les dispositions où nous devons être pour avoir part à ses grâces I Divin Esprit, source fécondé d'où procède toute grâce excellente et tout don parfait, répandez sur moi un rayon de Jcette lumière dont les disciples de Jésus-Christ furent pénétrés, quand vous reposâtes sur eux. Donnez-moi une de ces langues de feu qui parurent sur leurs têtes, lorsqu'intérieurement éclairés, animés, fortifiés, ils commencèrent à parler. Dans ToUigation où je suis d'annoncer à mes auditeurs les ventés du salut, votre secours m'est
' Lft rdne d*ADgletene.
nécessaire, et je vous le demande par Tintercesstoii de Marie. Ace, Maria.
Le monde , dans l'état malheureux où l'a réduit le péché, ne peut recevoir le Saint-Esprit. C'est la plus sensible marque et la plus funeste que Jésus- Christ nous ait donnée de la réprobation du monde : et en prononçant contre lui cet anathème, il n'en a point apporté d'autre raison, sinon que le monde, dans l'excès de son aveuglement, ne sait pas même ce que c'est que l'Esprit de Dieu : SpirUuni verir tatU quem mundus non potest accipere, quia non videteum, net scU eum, (Joan. , 14.) Il est donc, concluait saint Chrysostôme, du devoir des prédicateurs de l'Évangile, de faire connaître au monde ce divin Esprit. Et c'est ce que j'entreprends dans ce discours, où j'ai à vous exposer le mystère de notre religion , non-seulement le plus sublime , mais le plus édifiant et le plus touchant* Quand saint Paul , venant à Éphèse , demanda aux disciples qu'il y trouva, si, depuis qu'ils avaient reçu la foi, ils avaient reçu le Saint-Esprit, Si Spiritum Sancium accipUis credentes f {Act., 19} suipris d'une telle demande et confus, ils lui répondirent ingénument, qu'ils n'avalent pas même ou! dire qu'il y eût un Saint-Esprit ; Sed neque si Spiritus Sanctus est, (Mdtvimus. (Ibid.) Combien de chrétiens, disons mieux, combien de mondains, à la honte du christianisme qu'ils professent, vivent aujourd'hui dans la même ignorance, et peut-être dans une ignorance encore plus criminelle ! car il ne suffit pas , pour le salut, de savoûr que le Saint-Esprit est la troisième personne de l'adorable Trinité, qu'il estconsubstantiel au Père et au Fils, qu'il procède éternellement de l'un et de l'autre; ce sont des points d« créance quî nous apprennent ce que le Saint-Esprit est en lui-même, et par rapport à lui-même : mais de plus, mes chers auditeurs, il faut savoir ce qu'il est par rapport à nous , ce qu'il doit produire en nous , pourquoi il nous est envoyé , ce que nous devons faire pour le recevoir, et par où nous pouvons juger si nous l'avons- reçu. Or, combien de lâches chrétiens, uniquement occupés du monde , ne se sont jamais mis en peine de s'instruire sur tout cela, et, plus condamnables que les disciples d'Éphèse, pourraient faire encore aujourd'hui cet aveu honteux : Sed neque si Spiriius Sanctus est, audivimus. Comment aurions-nous reçu le Saint-Esprit, puisque nous ignorons même ce que c'est que le Saint-Esprit? Quoi quïl en soit, voici, mes frères, l'idée que je viens vous en donner, et que je tire du mystère que nous célébrons. Cet Esprit dont les apôtres reçurent \e& prémices et la plénitude, fut pour eux, et est par proportion pour nous, un esprit de vérité, un esprit de sainteté , un esprit de force. Appliquezvous à ces trois pensées. Cest un esprit de vérité, parce qu'en nous remplissant de ses lumières, il nous
POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE
«Meigne toute rérîté : ce sera la première partie. Cest un esprit de samteté, parce qu*en s'iinissant h nous, il détruit en nous tout ce qu'il y trouve non-seulement d'impur et de charnel , maisd'impar* •fait et de terrestre, opposé à Ja vraie sainteté : ce sera la seconde partie. Et c'est un esprit de force, parce qu'il nous rend capables de tout faire et de tout supporter pour Dieu , en nous inspirant une Tcitu surnaturelle et un courage au-dessus de tonte liifficulté : ce sera la conclusion. Qualités du Saint- Esprit, qui>ous sont sensiblement représentées par «e feu mystérieux et miraculeux ^ sous le symbole dnquel il fut donné aux apôtres : car le feu, qui, de tous les éléments, est le plus noble , a la vertu d'éclairer, de purifier et d'échauffer. Or, ce sont justement à notre égard les trois propriétés de PEsprit de Dieu. Comme esprit de vérité il nous éclaire, «omrne esprit de sainteté il nous purifie, et comme êspnt de forcé il nous anime. Gomme esprit de vérité il nous détrompe de nos erreurs, comme esprit de sainteté il nous détache de nos engagements erimînels , et comme esprit dé forde il nous fatit triompher de nos faiblesses. Ck)nmie esprit de vérité il élevé tt perfectionne nos esprits, comme esprit de sainteté il réforme et change nos cœurs ,* et comme esprit de force il remue toutes nos puissances par le zèle qu'il excite en nous, quand il veut que nous agissions pour la gloire et les intérêts de Dieu. Trois effets de sa sainte présence que Dieu nous découvre en ce grand jour, et qui vont faire tout le sujet de votre attention.