‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 103 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Enseigner la vérité, c'est une chose qui peut con* venir à l'homme, et qui n'est point au-dessus de la portée de l'homme. Mais enseigna sans exception toute vérité, mais l'ensdgner sans distinction à toute sorte de sujets, mais pouvoir l'enseigner ôi tontes manières , c'est ce qui n'appartient qu'à Dieu, et de quoi tout autre esprit que celui de Dieu est absolument incapable. Aussi est-ce le caractère le plus essentiel et le plus divin que Jésus-Christ, dans l'Évangile, ait attribué au Saint-Esprit : Quum autem venerit illè, docebit vos omnem veritatem (Joa.n., 16) ; et c'est ce même caractère qui me semble d'abord avoir paru plus sensiblement en ce jour solennel, où cet esprit de vérité descendit sur les apôtres et sur tous les disciples assemblés. En voici la preuve que je vous prie d'écouter.

I9on, dit saint Augustin, pesant ces paroles, ùmiem vetiiatem, il n'appartient qu'à l'Esprit de Bieu d'enseigner et de persuader toute vérité. Car U y a des vérités que la chair et le sang ne révèlent point, des vérités qui choquent et qui révoltent la raison humaine, des vérités dont la nature s'effraye, ^ vérités humiliantes, gênantes, mortifiantes,

mais qui sont par là même des vérités salutaires et nécessahr^ ; en un mot, des vérités que Thomme, selon le terme de l'Évangile, ne saurait porter, beaucoup nooins goûter, ni aimer. S'il arrive donc qu'il vienne à en être sincèrement et efQcacement persuadé, ce ne peut être que l'effet d'un esprit supérieur qui agit en lui et qui l'élève au-dessus de lui. Or, il n'y a que TEsprit de Dieu qui ait ce pouvoir. L^esprit de l'homme, dit saint Chrysostome, apprend à l'homme et lui persuade ce qui satisfait f amour-propre , ce qui flatte la vanité, ce qui excite la curiosité, ce qui fiivorise la cupidité : voilà ce qui est de son ressort. Mais ce qui combat nos passions, et ce qui est contradictoîreinent opposé à toutes les inclinations de l'homme, ne pouvant pas venir du fonds de l'homme, et d'ailleurs étant vérité , 11 faut nécessairement que ce soit l'Esprit de Dieu qui nous l'enseigne et qui nous le persuade. De même , c'est une marque sûre et Infaillible de l'Esprit de Dieu , d'enseigner!» vérité à toute sorte de sujets , et la raison en est évidente : parce qu*it se trouve dans le monde des sujets si mal disposés, soit à comprendre la vérité , soit à s'y soumettre et à la croire, quand même ils la comprennent, qu'il n'y a que le Dieu de la vérité qui puiisse les en rendre capables. En effet , donnez au docteur le-plus consommé , au plus habile homme de la terre, certains esprits grossiers à instruire; avec toutes ses lumières, il ne les éclairera pas. Donnez-lui à persuader certains esprits obstinés et entêtés ; avec toutes ses démonstrations', il ne les persuadera pas. Mais quand l'Esprit de Dieu s'en rend le maître, ni IVnt/^tpjmdtit de ceux-ci, ni la stupidité de ceux-là, n'est un obstacle aux impressions toutes-puissantes de la vérité; pourquoi? parce que cet Esprit , qui est souverainement et par excellence l'esprit de vérité, en se communiquant à nous, surmonte , ou plutôt détruit dans nous tous ces (^stades : c'est-àdire V parce qu'un des effets de sa présence est de corriger tous les défauts de nos esprits <et qu'ayant lui-même formé tous les esprits, il sait leur donner le tempérament qu'il lui platt. Ainsi, de grossiers qu'ils étaient, il les rend, quand il veut agir en eux, spiritu^s et intelligents; et, de rebelles à la vérité, souples et humbles pour lui obéir. Les autres maîtres ch^chent des disciples dociles, et qui par euxmêmes aient déjà des dispositions pour entendre les vérités qu'on se propose de leur enseigner. Mais l'Esprit de Dieu n'a pas besoin dece choix ; toutes sortes de disciples, indociles, pesants , incrédules, opiniâtres, prévenus, lui peuvent convenir, dit saint Chrysostôme, parce qu'il sait fWre de tous autant de sujets propres à être instruits : et c'est la merveille que les prophètes nous ont distinctement marquée : Est scriptum in Propheiis : Et erunt omnes dodbiks i>6i. (JOAN., 6.)

Enfin f c'est TonTrage de Thomm» d'enseignor la vérité d'une manière bornée et limitée « je veux dire, de l'eitseigner à foreede leçons et de préceptes, atdela feiie entrer dans les esprits jusqu'à un certain point de persuasion et de conviction. Ainsi les philosophes du paganisme imprimaient-ils peu à peu dans Tesprit de leurs auditeurs les vérités humaines qu'ils leur enseignaient, y employant de longs discours et bien des paroles. Mais enseigner dans un instant les vérités les plus profondes et les plus incompréhensibles de la religion ; mais les enseigner sans qu'il en coûte, pour les apprendre, ni étude ni travail ; mais les enseigner et les persuader jusqu'à déterminer les hommes à mourir et à se sacrifier pour elles, c'est les enseigner en Dieu, et d'une manière qui justifie pardutement l'efficace et l'opération de l'Esprit de Dieu. Or voilà, mes chers auditeurs, ce qui s'est accompli à la lettre dans la personnages apôtres , et ce que je remarque comme un des plus grands miracles qui aient jamais paru 'sons le ciel, comme le mincie qui a le plus contri- Iwé à l'établissement de notre fol, H dont nous devons pour cela conserver un étemel souvenir.

Car, ne fut-ce pas un prodige bien étonnant , de voir les apôtres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, aussi pénétrés des lumières de Dieu, et aussi consommés dans la science du royaume de Dieu, qu'ils avaient été jusque-là ignorants et remplis d'erreurs? Ne fat-ce pas un changement de la main du Très-Haut de les voir dans Jérusalem préchant des vérités qu'ils avaient fait profession, non-séuUinêat de ne pas croire, mais de contredire? Tandis qu'ils n^Tsicii%sQa^po|||>^£Qattre mc Jésus-Christ ( ô mystère adorable et impénétraUel ), vous le savez, Jésus-Christ, tout Dieu qu'il était, n'avait pas suffi , ce semble, pour leur faire entendre cette doctrine céleste qu'il était venu établir sur la terre, quelque sojn qu'il eût pris de leur en donn^ une intelligence parfaite, après ûrois années d'instruction , tout ce qui regardait sa divine personne leur était encorecaché; son humilité les dioqualt, sa croix était pour eux un scandale, ils ne concevaient rien à ses promesses : au lieu de la vraie rédemption qu'ils devaient attendre de lui , ils s'en figuraient une chimérique, c'est-à-dire une rédemption temporelle, dont la vaine espérance les'séduisait :et quand ce Dieu-Homme leur pariait de la nécessité des souffrances , des avantages de la pauvreté, du bonheur des persécutions , de l'obligation de pardonner les injures jusqu'à aimer ses ennemis, c'étaient, dit l'Écriture, autant d'énigmes où ils ne comprenaient rien : Et ipsi nihU horum itUellexerunt, et erat verfnimUtiid(tbsc(m(Htiim€tbeis{ljic.^iS) :pourquoi? parce qu'ils n'avaient pas encore reçu l'Esprit de Dieu, et que toutes ces vérités étaient de celles que le seul Esprit de Dieu peut enseigner.

POUa LA FÊTE DE LA PENTECOTE.

Mais dans j'instant voèto» que le Saint-Esprit knt est donné, ces vérités, qui leur avaient pam si incroyables, se développent à eux : ils en comprennent le secret, ils en découvrent les principes, ilg en voient dairement les conséquences. Renoncer à soi-même et porter sa croix, ce n'est pk» dans leur idée une folie, puisqu'ils font consister en cela toute leur sagesae. Aimer ses ennemis et pardonner les injures les plus atroces, ce n'est phis, dans leur estime, ni faiblesse , ni bassesse, puisque c'est par là qu'ils mesurent la grandeur et la force de l'esprit chrétien. Ils ne comptent plus pour un bien kf richesses de la terre, puisqu'ils se font une béati» tude d'être pauvres et de manquer de tout. Us ne regardent plus la persécution comme un mal , puis* qu'ils triomphent de joie d'en avoir été trouvés dignes. Je ne fais que rapporter ce qtie nous lisons dans le livre des Actes; et voilà les saintes et admirables, leçons que fit aux apôtres ce divin maître, et dont il les renditcapables lorsqu'il descendit sur eux. Or, quand je dis que le Saint-Esprit les rendit capa* blés de tout cela , je prétends , mes chers auditeurs , vous &ire conclure avec moi, que c'est donc un Esprk qw enseigne toute vérité. Car, que ne peut pas enseigner et pefsoader celui qui enseigne et qui persuade le détachement de soi-même, l'oubli de soi-même, la haine de soi-même? ^ \

Mais encore, qiMls hommes pensez-vous qu'étaient les apôtres avant que le Saint-Esprit vtnt leur enseigner ces vérités? Ah! chrétiens, quelle merveille! des hommes remplis de déûiuts; des hommes, selon le reproche de Jésus-Christ, insensés et lents à croire SàM si Uerdi corde ad credendum{lAiC.^ d4); des hommes charnels, et ne voulant juger des choses de Dieu que par les sens, NUi videro, non credam (Joàn., 10); des hoounes intéressés, qui ne connaissaient pour vérité que ce qui était conforme à leurs désirs; des hommes que le Sauveur lui-même avait eu peine à supporter, et à qui, dans le mouvement de son indignation, il avait dit : Ogeneratiô ineredula, quandlu vos paUarf (Majic,9.} Car c'est ainsi que l'Évangile nous les dépeint, et telle était, mtoe après la résurrection du Fils de Dieu, la di^)osition oè ils se trouvaient encore; puisque Jésus-Christ, ' en se séparant d'eux et montant au del , leur r^ procha leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs, j Sont-ce là des sujets capables de profiter à l'école du Saint-Esprit, et d'y être admis? Oui, répond saint Chrysostôme, ce sont là les sujets que le Saint-Esprit choisit pour en faire ses disciples; s'ils étaient mieux disposés, ils ne lui seraient pas si propres; s'ils étaient plus spirituels et plus raisonnables, il ne tirerait pas de leur conversion toute la gloire qu'il en veut tirer : il lui en feut de ce caractère, pcmr montrer ce qu'il est et ce qu'il

POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

peot. Jésos-Christ vient de les quitter, en lenr reprochant le déplorable état où il les laissait. Voilà justement le fonds que dierchait FEsprit de vérité pour faire éclater sa pmssance. De ces incrédules, il fait les appuis de la foi, et de ces ignorants, les docteurs de toutes les nations, afin qu'il n'y ait personne sur la terre qui ne puisse prétendre à la qualité de disciple du Saint-Esprit , et dont le Saint- Esprit ne puisse être le mattre : car s'il Ta été des apôtres , de qui ne le sera-t-il pas?

Vous me demandei jusqu'à quel point il les persuade? Jusqu'à les résoudre à mourir pour la confession des vérités qu'il leur enseigne, lusqu'à les préparer au martyre , et à leur en inspirer des désirs ardents. Car c'est pour cela que ces disciples de la vérité reçurent la plénitude de l'Esprit. Or, en matière de persuasion, l'Esprit même de Dieu ne peut pas aller plus loin. Si Platon, dit saint Chrysostôme, eût eu la présomption d'exiger de ses sectateurs ce témoignage de la créance qu'ils avaient en lui, s'il avait ^ouiu qu'ils soutinssent sa doctrine jusqu'à l'effusion de leursang, bien loin de s'attacher à lui, ils en auraient conçu du mépris : pourquoi? parce qu'il ne les persuadait qu'en homme , et qu'en effet la persuasion qui vient de l'homme ne va pas à beaucoup près jusque-là. Tirez donc cette conséquence, et raisonnez de la sorte : Le Saint-Esprit, révélant aux disciples du Sauveur les vérités évangéliques, leur révèle en même temps que la foi de ces vérités sera pour eux un engagement au martyre; que, pour croire et pour soutenir ces vérités, il leur en coûtera d'être maltraités, accablés, sacrifiés comme dos victimes : et il les persuade à cette condition, marque visible et incontestable que ^est l'Esprit de Dieu.

Au reste, chrétiens, ne pensez pas que tout ceci ne se soit accompli qu'une fois , ou ne l'ait été que dans la personne de ces premiers disciples. Car saint Luc, en termes exprès , nous assure que le miracle dont je parle se renouvelait tous les jours dans l'Église naissante; que le Saint-Esprit descendait sur les fidèles , tantôt quand on leur conférait le saint baptême, tantôt quand on leur imposait les mains, tantôt quand on leur annonçait la parole du salut-, et que par là on voyait grossir de jour en jour le nombre des croyants , c'est-à-dire le nombre de ceux qui étaient persuadés comme l'avaient été les apôtres : Augebatur credenthan in Domino nmliUudo, {Àct, 6.) Or, ce qui arrivait alors avec ces signes éclatants que saint Luc rapporte, c'est, noalgré la perversité du siècle , ce qui arrive encore aujourd'hui, quoique d'une manière plus simple; c'est ce que nous avons vu nous-mêmes plus d'une fois, et ce que nous avons admiré, lorsque des écrits libertins et obstinés dans leur libertinage, rsque des mondains , des impies, des incrédules

qui vivaient au milieu de nous, touchés de cet Esprit de vérité, ont renoncé à leur impiété, sa sont soumis au joug de la religion, ont commencé à connaître Dieu et à le glorifier. Car ainsi le monde est-il devenu dirétien; ainsi des ténèbres de Finfidélité s'est-il converti à la lumière pure de ta foi; et ainsi l'Esprit de Dieu, selon la parole de Dieu même , a-t-il rempli tout l'univers : Spiriius Domini replevU orbem terrarum. (Sap. , 11. )

Mais qu'a fait le démon, ce prince des ténèbres , ennemi des œuvres de Dieu et jaloux de sa gloire? Pour combattre ce miracle, il s'est efforcé, et il a même trouvé le moyen de pervertir l'univers par un esprit tout contraire à l'Esprit de vérité; je veux dire , par l'esprit du monde, qui , se communiquant et se répandant, a défiguré toute la face de la terreque PEsprit de Dieu avait saintement et heureusement renouvelée : je m'explique* Car voici, mes chers auditeurs, le désordre de notre siècle , que nous ne pouvons aaeez déplorer. Tout runivers est aujourd'hui rempli de l'esprit du monde, et on i^ut dire que l'esprit du monde est comme Fesprit dominant qui conduit tout. En effet, c'est l'esprit du monde que l'on consolt» dans les affaires, c'est l'esprit du monde qui rè§M dans les conversations, c'est Tesprit du monde qui fait les liaisons et les sodétés , c'est l'esprit da monde qui règle les usages et les coutumes. On juge selon l'esprit du monde, on parle selon Pesprit du monde, on agit et on se gouverne selon l'esprit du monde; le dirai-je? on voudrait même s^'vir Dieu selon l'esprit du monde, et a<»com»oder sa rdigion à l'esprit Hn ^onde. Et parce que cet esprit du monde est un esprit de mensonge, un esprit d'erreur, un esprit d'imposture et d'hypocrisie , par une conséquence nécessaire, et que Texpérienoe même ne nous fiait que trop sentir, de là vient qu'il n'y a rien dans le monde que de taxa et d'apparent Faux plaisirs, faux honneurs, fiiusses joies, fausses prospérités, fausses promesses, fausses, louanges; voilà pour les biens extàrieurs : fausses vertus, fausse prudence, fausse modération,'fansse justice, fausse générosité, fausse probité ; voilà pour les biens de l'esprit : mais, ce qui est bien plus indigne, fausses conversions, fausses dévotions, fausses humilités, fausses pénitences, faux zèles pour Dieu, et fausses charités pour le prochain ; voilà pour ce qui regarde le salut. De là vient que les hommes du monde, pleins de cet esprit, semblent n'avoir point d'autre étude que d'en imposer aux autres et de se tromper eux-mêmes, que de cacher ce qu*ils sont et de montrer ce qu'ils ne sont pas; de là vient que, selon l'apôtre, le monde est une scène où tout se passe en figure, oi!^ il n'y a rien de solide ni de réel, où la flatterie est en crédit, où la sincérité est odieuse, où la passion» soutenue de la ruse et

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^e l'artifice , parle hardiment, où la vérité simple et modeste est captive et dans le silence. Perni- CÎcnx esprit, qni, à mesure qu'il s'empare du monde, y fait éclipser les plus vives lumières, non-seulement du christianisme et de la religion , mais de la droite raison. Cependant, je le répète , c'est cet esprit du monde qui s'insinue et qui s'introduit partout. On ne se contente pas de l'avoir pour soi ; on le conmiunique , on travaille à lefrépandre. Un père l'inspire à ses enfants, il leur en fait dés Ifçons, il leur en donne des règles, il les élève selon cet esprit, il les avancé selon cet esprit, et, en l« conduisant selon cet esprit , il se damne avec eux selon cet esprit. Ce n'est pas seulement dans les palais des grands que cet esprit du monde exerce un souverain empire, c'est dans les conditions particulières, c'est parmi le peuple : le dirai-je? c'est jusque dans le.<; plus saints états, jusquedans l'Église et dans clergé. Car je vols , par exemple , dit saint Bernard , et je le vois avec douleur, que tout l'empressement et tout le zèle des ministres de l'Église consiste à faire Yaloîr leurs droits, à s'enfler de leur dignité, à jouir de leurs revenus et à en abuser : ainsi parlait-il de son temps. Or, on sait bien, ajoutait-il , que ce n'est pas l'Esprit de Dieu, mais Pesprit du monde, qui leur inspire ce zèle ambitieux et intéressé. Voilà donc l'esprit du monde placé jusque dans la sanctuaire. Vous me direz que les religieux mêmes n'en sont pas exempts, et que, dans la profession qu'ils font de renoncer au monde, ils ne laissent pas souvent d'en conserver «ncore l'esprit : je le sais , et c'est ce qui me fait treminerv^uandje viens à rentrer dans

'quelle sûreté peut«il y avoir pour vous ? et si ce malheureux esprit du monde peut aveugler et séduire un homme séparé du monde, que ne doivent pas craindre ceux qui , par la nécessité de leur état, se trouvent exposés à tous les dangers et à toutes les tentations du monde?

Quoi qu'il en soit, chrétiens, reprenons; et par le miracle qu'a opéré dans les apôtres le Saint-Esprit , reconnaissons ce que nous sommes devant Dieu. A. en juger par les effets, cet Esprit de vérité, dont je viens de vous faire voir les merveilles et les prodiges, a-t-il été jusqu'à présent un Esprit de vérité pour nous , et s'il ne l'a pas été , à quoi devons-nous l'imputer, sinon à l'endurcissement et à là dépravation de nos cœurs? Quelque profession que nous fassions, comme chrétiens, d'être les disciples de cet Esprit de vérité, nous a-t-il réellement persuadé les vérités du christianisme? nous les a-tn fait goûter? nous a-t-il mis dans la disposition sincère et efficace de les pratiquer? ISous adorons en spéculation ces vérités, mais y conformons-nous notre conduite? nous en parlons peut-être éloquemment, mais nos mœurs y répondent-elles? nous

en faisons aux autres des leçons, mais en sommesnous bien convaincus nous-mêmes ? croyons-nous d'une foi bien vive , qu'il fout , pour être chrétien , non-seulement porter sa croix, mais s'en faire un sujet de gloire ; qu'ilfaut, pour suivre Jésus-Christ, renoncer intérieurement, non-seulement à tout, mais à soi même; qu'il faut, pour lui appartenir, non-seulement ne pas flatter sa chair, mais la crucifier; quil faut, pour trouver grâce devant Dîen, non-seulement oublier l'injure reçue , mais rendrr le bien pour le mal? Croyons-nous, sans hésiter, tous ces points de la morale évangélique, et pouvons-nous nous rendre témoignage que nous tar croyons aussi solidement de cœur, que nous lœ confessons de bouche? Les ap6tres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, toent prêts à mourir pour ces vérités ; sommes-nous prêts, je ne dis pas à mourir nous-mêmes, mais à faire mourir nos désirs déréglés et nos passions? suivant cette règle, y a-t-il lieu de croire que FEsprît de vérité nous a détrompés de mille erreurs qui causent tous les désordres du monde, qu'il nous a désabusés de je ne isais combien de fausses maximes qm* nous pervertissent, qu'il nous a dessillé les yeux sur certainit chefis où nous nous formons des consciences qui sont autant de sources de damnation? s'il n'a rien fait en nous de tout cela, quelles preuves avons-nous que nous l'ayons reçu; et si nous ne l'avons pas reçu, à qui nous en devons-nous prendre, encore «id fois, qu'à nous-mêmes? Peut-être, pour excuser l'ateuglement criminel où nous vivons, osons-boud dire que ce sont les lumières du Saint-K«prft qui

moi-même. Mais si j'en dois treftiWer ^luui iw>i , Jmn&naaminput, gt j?A;i>i4>t-otir hn llniquité de nos

erreurs. Mais comme Esprit de vérité, il a bien su nous 6ter ce vain prétexte, et nous convaincre, par les reproches qu'il nous fait si souvent dans l'Écriture, que nos erreurs viennent um'quement de nos résistances à ses lumières ; que si nous sommes toujours aveugles, C'estque toujours incireonds de cœur, toujours indociles et opiniâtres, nous ne voulons pas l'écouter, et qu'au mépris de ses inspirations , nous ne suivons point d'autre guide que l'esprit séducteur du monde, qui nous corrompt et qui nous perd : Dura cervice et indrcumcUis cordibm, vos semper SpirUtd Sancto resistiHs. Au lieu que nous voudrions rendre le Saint-Esprit lui-même respons&ble de notre aveuglement, par le refus qu'il ferait de nous éclairer, Comme Esprit de vérité il nous fait convenir malgré nous que la cause de notre aveuglement, c'est que nous né pouvons supporter la vérité qui nous reprend , et que nous abusons par orgueil de celle qui nous flatte : Dura cervice et incircumcisU eordibuif, vos semper Spiritui Sancto résistif is. Ahl mes chers auditeurs, ne faisons pas cet outrage à YEéprit de grâce, de vouloir nous justifier aux dépens

POUR LA FÊTE DE LA PENTECOTE

êb la grftoe même. Préservez-noas de ce désordre, 6 dltin Esprit , et pour cela foites-nous oonnattre Tos Toies. Enseignez-nous ce que vous enseignâtes aux apôtres. Faites que nous commencions enfin à être vraiment vos disciples; et soyez pour nous, non-senieflient un esprit de vërité , mais un esprit de sainteté : c'est la seconde partie.

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