PREMIER SERMON
SUR
LA PURIFICATION DE LA VIERGE
Pôstquam impUti sunt dies purpaHonis ejus êeeunthim iegèm MoffH, tmierunt iUmm in Jmrasëlem, ui sùtfireni twm Jiomino,
M temps de la porificaUoo de Marto étant accompli selon la lo! de Moïse , fis portèrent Tenfant à Jérusalem, pour le présenter au Selgneor. Saint Luc, chap. a.
SlBE,
Cet enfant , qui est aujourdliuî porté à Jérusalem , c'est le Fils unique de Dieu, égal à son Père, éternel comme lui, et Dieu comme lui. Celle qui le porte, c'est Marie, mère de Dieu, la plus sainte de toutes les femmes, et la plus remplie de grâce. Le sujet pourquoi elle le porte, c'est afin de le présenter à Dieu; et l'évangéliste , s'arrêtant à une circonstance bien remarquable, ajoute que tout cela se fait selon la loi : Sicut ècriptum est in le^e Dominî (Luc, 2) : comme si Marie, ni Jésus-Christ même , ne pouvaient avec bienséance paraître devant Dieu qu'en observant la loi ; comme si leur sacrifice, tout divin qu'il est, ne devait être agMé de Dieu qu'autant qu1l se trouverait conforme à sa loi ; comme si l'ouvrage du salut et delà rédemption des hommes dépendait de l'accomplissement de la loi. Que signifie cela? c*est, chrétiens, le mystère que j'entreprends de développer, et le point atîquel je m'attache pour votre instruction et votre édification. Cette obéissance à la loi du Seigneur, cette obéissance que la présentation d'un Dieu sauveur et la purification d'une mère vierge nous prêchent si hautement, cette vertu si înooiAAie , et néanmoins Si nécessaire, voilà Timportaitte matière que me fournit la solennité de ce Jour. Divin Esprit , vous qui sanctifiâtes Marie par h pratique et l'observation de la loi , et qui la conduisîtes dans le temple pour y offrir son sacrifice comme il était ordonné dans la loi , remplissez-nous des mêmes sentiments dont son âme bienheureuse fût alors pénétrée ; donnez-nous comme à elle une haute idée de cette sainte et adorable loi du Seigneur; feites-nons bien comprendre que , sans cette loi, il n*y a dans nous que corruption et que désordre; en sorte quedo moment que nous sortons des bornes de cette loi , nous devenons incapables de tout bien et déterminés à tont mal. Tant de crimes qui se commettent tous les jours , et que je puis appeler les abominationa et les horreurs de notre siècle, en sontuaeprmre vi«f • ble : mais peut-être l'endurdssefnent ùè nos eceun ^ ferait-ii perdre il cette preuve toute lafBwevtîtei
SUR LA PUBIFICATION DE LA VIERGE
lumières de votre grâce ne venaient au secours de DOS réflexions. Je parle devant le plus grand roi du monde; et sûr que je suis de sa religion, je ne crains point de parler avec trop de liberté, tandis que je parle pour les intérêts de la loi de Dieu. Je ne vous demande pas même, ô mon Dieu! comme la vertueuse Esther, que mes paroles lui plaisent; parce que je me promets de sa piété , qu'en lui parlant de Texcellence et de la prééminence de votre loi, nonseulement je lui plairai , mais je le persuaderai et le toucherai. Tai besoin, néanmoins, Seigneur, de votre secours; et pour Tobtenir, je m'adresse à Marie, en lui disant, ^^^^ Maria.
Cest le propre de Fesprit dé lliomme, de n'avoir rien d'uniforme dans ses sentiments, d'être souvent contraire à lui-même , et de donner, selon les situations diverses où il se trouve , dans des extrémités tout opposées. Cela se vériûe en mille sujets , mais particulièrement en celui que j'ai entrepris de traiter, qui est l'obéissance et la soumission due à la loi de Dieu. Car je découvre deux principes différents , qui forment dans l'homme une double opposition à cette obéissance : tellement que nous pouvons dire aussi bien que l'apôtre : Je sens dans moi-même une loi secrète qui répugne à la loi de mon Dieu, et qui me captive sous la loi du péché. Ces deux principes , suivant la belle réflexion de saint Ambroise, sont l'orgueil de l'homme et sa lâcheté : l'orgueil de l'homme, qui lui fait oublier ce qu'il doit à Dieu; et sa lâcheté, qui l'empêche de voir ce qu'il peut , et de quoi il est capable avec le secours de Dieu : l'orgueil de l'homme , qui le rend insolent et libertin; et sa lâcheté, qui le rend faible et pusillanime. LVgueil de l'homme, qui, à l'égard de Dieu même, lui inspire de la hauteur; et sa lâcheté, qui à l'égard de ses devoirs, le jette dans l'abattement : l'un et l'autre, pour lui faire violer cette souveraine et divine loi que Dieu lui a imposée , mais dont la servitude, quoique aimable, du moment qu'il se pervertit, commence à lui déplaire et à lui devenir odieuse. Or je veux, chrétiens, combattre aujourd'hui ces deux désordres; et parce que l'accomplissement de la loi consiste à éviter également ces deux extrémités dangereuses, soit en se soumettant avec humilité à ce que la loi commande, soit en s'efforçant avec courage de surmonter ce qu'il y a dans la loi de difficile , mon dessein est de graver bien avant dans vos esprits et dans vos cœurs ces deux obligations, et de vous mettre pour cela devant les yeux l'obéissaDce que pratique aujourd'hui Marie : car, sans sortir de mon mystère, vous verrez dans la personne de cette vierge offrant son fils en sacrifice, le modèle d'une obéissance solidement humble, et d'une obéissance courageuse et héroïque : d'une obéissance solidement humnle, qui confond notre orgueil ; et d'une obéissance héroïque, qui condamne
notre lâcheté. Prenez garde : Marie , dans la oérémonie de ce jour, accomplit la loi du Seigneur; et cette loi , comme l'Évangile nous le fait assez entendre , est infiniment rigoureuse pour elle. En oe qu'elle obéit à la loi , je trouve la confusion de notre orgueil ; ce sera la première partie : en ce qu'elle surmonte toutes les difficultés de la loi, je trouve la condamnation de notre lâcheté; ce sera la seconde partie : deux points que j'ai à développer, et qui vont faire le partage de ce discours et le sujet de votre attention.