‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 140 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Non, chrétiens, rien n'est plus digne de nos admirations que ce que la foi nous révèle dans la solennité de ce jour, quand elle nous apprend que les saints sont devant le trône de Dieu nos protecteurs et nos intercesseurs; et l'Ange de l'école, saint Thomas, en donne trois excellentes raisons : la première regarde Dieu même, la seconde est prise des saints bienheureux, et la troisième se rapporte à nous. Celle qui regarde Dieu même, est qu'en ceci il nous découvre visiblement les trésors^de sa sagesse et de sa providence; Faùtre, qui se tire des samts bienheureux, est que la gloire dont Us jouissent en est infiniment relevée; et la dernière, qui se rapporte à nous , est que nous y trouvons de très-grands avantages pour r intérêt de notre salut. Appliquez-vous , s'il vous plaît, à ces trois vérités.

Dieu fait éclater sa providence en nous donnant les saints ponr protecteurs et pour intercesseurs. Comment cela ? parce qu'il établit par là le plus bel

seul ordre exempt de ces imperfections, c'est celui que Dieu a formé, par sa providence, entre nous et les saints : car outre que la grâce est le fondement de cet ordre, routre que le mérite en est la mesure, et que toute prééminence n'y est accordée qu'à la sainteté , j'y trouve encore une chose bien singulière; et quoi? c'est que, dans cette subordination , la dépendance même est aimable. Nous n'envions point la condition des saints qui sont au-dessus de nous, parée que nous savons qu'ils travaillent auprès de Dieu pour nous procurer le même bonheur; l'élévation de leur état n'a rien qui nous choque, parce que nous n'ignorons pas qu'ils ne sounaîteut rien plus ardemment que de nous rendre aussi grands et aussi puissants qu'eux ; enfin , la gloire qui fait naître communément l'orgueil dans ceux qui la possèdent, et la jalousie dans ceux qui y prétendent, a ici deux effets tout contraires; car elle donne aux saints des inclinations bienf^dsantes pour nous, et eMe nous inspire une reconnaissance affectueuse pour eux; en sorte que nous avons bien droit de nous écrier : MirabiUs Deus in sanctis suis! Ce n'est pas tout; nms voici une pensée qui vous paraîtra encore plus solide et plus touchante : c'est k vénérable Pierre, abbé de Clugny , qui me la fournit dans une épître contre certains hérétiques de son siècle : elle est digne de votre attention. Dieu , dit ce savant prélat, avait un important dessein; il voulait qu'entre les membres de son Église , qui sont les fidèles, quelque éloignés qu'ils pussent être les uns des autres, 11 y eût jusqu'à la fin du monde un lien de communication ; et qu'étant tous, comme ils sont, les membres vivants du même corps, unis au même chef, qui est Jésus-Christ, et animés du même esprit , qui est l'Esprit saint , ils eussent eu eux une correspondance qui ne pût être jamais interrompue. La difficulté était de choisir un moyen pour cela : car l'Êgfise se trouvant partagée en trois

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différents états, c'est-à-dire, glorieuse et triomphante dans le ciel , militante sur la terre , et souffrante dans le purgatoire, comment pouvait-elle entretenir une si parfaite société ? Ce ne pouvait être par la foi , parce que la foi , avec ses obscurités et ses nuages, n'est plus d'usage dans le ciel ; ni par Tespérance^ parce que les saints possédant tout dans Dieu n'espèrent plus rien. Qu'a fait Dieu ? afin que ces trois Églises eussent entre elles le commerce qu'elles devaient avoir, 11 les a unies par la charité, qui est une vertu commune. Et comment s'en estil servi? Ah! chrétiens, c'est ici la merveille : il a ordonné que les saints qui sont dans le ciel prieraient pour les fidèles qui sont sur la terre, et que les fidèles qui sont sur la terre intercéderaient pour, ceux qui souffrent dans le purgatoire. Ces âmes captives, quoique justes , ne sont plus capables de satisfaire à Dieu par elles-mêmes : Dieu veut que nous le fassions pour elles; et parce que], nous employant pour elles , nous sommes souvent indignes d'être exaucés , Dieu veut que les saints , qui ont tout crédit auprès de lui , sollicitent pour nous. Nous offrons à Dieu , pour le soulagement de nos frères, des sacrifices et des satisfactions ; et les bienheureux font pour nous des vœux et des prières. Ainsi l'Église triomphante , s'intéressant pour la militante, et la militante compatissant aux peines à» l'Église souffrante, de là résulte cette harmonie divine du corps mystique de l'Église , je veux dire la communion des saints , qui est un des principaux articles de notre religion : Communionem sanciorum. Or dans cette communion, ia providence de notre Dieu n'est-elle pas souverainement adorable ? Mirabilis Deus in sanctis suis.

Mais tout cela est trop relevé pour la fin que je me suis proposée, qui est la réformation de nos mœurs : venons à la gloire des bienheureux mêmes. Car je prétends , en second lieu , que c'est pour en rehausser l'éclat que Dieu les a établis nos patrons et nos protecteurs. Le prophète royal estimait qu'il était nécessaire de publier par toute la terre l'honneur que Dieu fait à ses saints; et il était persuadé qu'il n'y avait point de motif plus efûcace pour exciter dans nos cœurs le zèle de sa sainteté : FHii hominum, usqueqiio gravi corde ? ut quîd dillgitis vanitatem, et quœriiis mendacium f Et scitote quoniant mirificavit Dominus sanctum suum {Ps. 4) : Enfants des hommes (c'est à nous qu'il parlait mes chers auditeurs ) , enfants des hommes , qui n'aimez que la vanité , et qui ne cherchez que le mensonge, jusqu'à quand demeurerez-vous dans cet aveuglement et dans cet assoupissement? Sachez qu'il y a d'autres biens à rechercher que les biens du monde; sachez que le monde n'a rien que de vil et de méprisable , en comparaison de ces biens célestes où vous devez aspirer ; et pour vous en con-

vaincre, envisagez la gloire dont Dieu se platt à combler ses prédestinés. Cette vue seule vous détachera et vous détrompera de tout le reste. En eifet, chrétiens, si nous savions jusqu'à quel point Dieu honore ses élus dans ce royaume qu'il leur a préparé, nous n'aurions plus que du dégoût pour tout ce qui s'appelle honneur du siècle, et nous dirions sans peine avec l'apôtre : yerumtamen omnia detrimentum feci , et arbitrer ut stercora. {PkiUpp,^ 3.) Mais le moyen de le savoir? car saint Paul déclare que jamais l'œil n'a vu, ni l'oreille n'a entendu , ni le cœur de l'homme n'a compris ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. Il est vrai ; mais le Saint-Esprit, dont les révélations et les oracles sont, comme parle Vincent de Lérins , le supplément de notre intelligence, nous en a dît assez. Et quelle conjecture nous donne-t-il de la gloire des bienheureux ? Celle-ci , que je vous prie de bien méditer : c'est que Dieu a voulu que les saints fussent après Jésus- Christ ( ne vous offensez pas de ce terme ) comme nos médiateurs; c'est qu'il a choisi les saints pour être les canaux par où ses grâces découlent sur nous ; c'est qu'il leur a donné un plein pouvoir pour nous protéger ; c'est qu'il accorde tout à leur intercession : c'est qu'il ne peut, ce semble, leur résister quand ils lui parlent en notre faveur, c'est qu'il se laisse fléchir par eux , jusqu'à suspendre , et même , selon le langage du texte sacré , jusqu'à révoquer les arrêts de sa justice. Combien de fois en a-t-il usé de la sorte, et combien de fois , en considération de David, a-t-il calmé sa colère et retenu son bras , lorsqu'il était prêt à se venger des rois d'Israël et de Juda ? n'apportant point d'autre raison pourquoi il arrêtait ses coups , que celle-ci : Propter David servum meum. (Isai., 37.) Si les saints de l'ancienne loi étaient si puissants , ceux de la loi de grâce le sont-ils moins? Et si Dieu eut tant d'égards pour la personne de David et des prophètes , que refusera-t-il aux martyrs qui ont été les confesseurs de son nom, aux apôtres qui ont été les colonnes de son Éghse, aux vierges qui sont ses épouses, et surtout à la reine des saints, qu'il a choisie pour sa mère ? Or je dis , mes chers auditeurs , que c'est là une des plus illustres prérogatives de la gloire des samts. Ces rayons lumineux qui les environnent, cet éclat, cette beauté, cette agilité de leurs corps , cette magnificence du palais où ils habitent, ces trônes où ils sont assis , ce ne sont que de faibles accidents et de légères marques de leurgrandeur : mais cette vertu qu'ils ont de nous attirer les secours d'en haut, cette fonction d'odfrir à Dieu nos prières » de lui faire agréer nos vœux , de plaider devant lui notre cause, fonction qui les rend comme les agents et comme les coopérateurs de notre salut éternel : ah! chrétiens, voilà ce qui me fait comprendre l'excellence de eur état. Car

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je tire la conséquenee, et je dis : Si ces bienheureux ont tant de pouvoir pour les autres, quels trésors de gloire ne possèdent-ils pas pour eux-mêmes, et quel est le fonds de leur béatitude, puisqulls le répandent si abondamment sur tous ceux qui les prient et qui les Invoquent? Gela seul, encore une fols, me donne une haute idée de leur félicité; et c'est pourquoi David , parfaitement instruit de ce m3rstère, le réduisait toiyours à ce point : Nimis hanorifi<MH sunt amici M y Deus : nimis confortatus est prindpatus eorum. {Psalm, 188. ) Seigneur, disait-il à Dieu, vos amis et vos saints sont honorés jusqu'à rexoès : comment ? parce que leur principauté, c'est-à-dire, selon la version hébraïque, la commission qu'ils ont de nous secourir, est d'une étendue infinie.

Au reste , chrétiens , c'est en cela même que Dieu nous doit toujours paraître admirable. Car prenez garde, s'il vous plaît , à la belle réflexion de Guillaume de Paris : Il était, dit ce Père, de la justice que les saints fussent honorés sur la terre : il ne suffisait pas que leur béatitude nous fût connue , si nous ne rendions à leur sainteté un culte de religion ; c'était le tribut qu'ils avaient droit d'exiger de nous : mais parce que nous sommes intéressés , et que, nous recherchant en tout , nous aurions peu pensé aux saints , si nous n'avions su que les saints pensaient à nous , Dieu s'est servi de notre intérêt pour leur gloire; et il nous a mis dans la nécessité d'avoir recours à eux , et de leur rendre des devoirs de piété pour mériter la grâce de leur assistance. C'est pour cela qu'il a donné à chaque saint un pouvoir spécial que les autres n'ont pas, afin de nous engager à les invoquer tous ; c'est pour cela qu'il nous inspire quelquefois plus de dévotion pour un saint moins glorieux dans le ciel , et qu'il nous accorde par lui ce que nous n'obUendrons pas par un autre; c'est pour cela qu^aujourdliui l'Église leur rend à tous un honneur oomnron. £t voyez, durétiens , jusqu'à quel point ce dessein de Dieu a réussi : de là vient le zèle que tous les peuples dans le christianisme ont pour le culte des saints ; de là vient que les saints sont les patrons des villes , les protecteurs des royaumes , lès anges tutélaires des États ; que l'on consacre des temples à leur mémoire, qu'on offre des sacrifices en leur nom , qu'on se prosterne devant leurs tombeaux , que leurs ossements et leurs cendres sont en vénération par tonte la terre. Qui fait tout cela? ce besoin que nous avons des saints et de leur secours auprès de Dieu , ou plutôt la sage disposition de Dieu, qui a voulu leur faire trouver dans notre dépendance leur élévation : MirabiUs Deus in sancUs suis.

Mais après tout mes frères, disait saint Bernard , et voici le point qui nous touche , ce pouvoir si ample que Dieu a donné aux saints n'est point

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aussi honorable pour eux qu'il est avantageux pour nous; et quand nous célébrons leur fête , c'est plus pour nous-mêmes que pour la gloire qui leur en revient : Prorsus Ua est,fratres, quod eorum memoriam veneremuTy nostra interest, non ipsorum. ( Bern. ) Appliquez-vous à cette dernière considération. Les saints prient pour nous : c'est un des dogmes de notre foi , que l'hérésiarque Vigilantius osa contester, prétendant que ces bienheureux ne prenaient aucun soin de tout ce qui se passe en ce monde , et qu'ils n'en avaient même nulle connaissance. Car voilà la source où nos religionnaires ont puisé ; mais dès ces premiers temps l'erreur fut confondue et la vérité triompha. L'épttre 67 de saint Jérôme en est un monument authentique. Or, cela présupposé , qui doute que les prières des saints pour nous ne contribuent à notre salut plus que nos propres prières ? Car, hélas ! chrétiens , quelles prières faisons-nous, et ne sont-elles pas presque toujours le sujet de notre condamnation devant Dieu? Pourquoi? Parce que nous prions selon les désirs de notre cœur, qui sont injustes et déréglés ; nous ne savons ce que nous demandons, ou plutôt nous demandons ce que nous savons nous être pernicieux , et nous ne demandons pas ce qui doit nou» procurer le souverain bien. Mais les saints , qui voient dans Dieu nos véritables besoins, ne demandent pour nous que ce qui nous est salutahre, et ce qui sert à nous sanctifier et à nous sauver ; leurs prières sont efficaces, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit dans l'ordre des décrets de Dieu, et conforme à ses desseins. En quoi je vous prie de remarquer, avec l'abbé Rupert, un trait merveilleux de la miséricorde du Seigneur, qui, s'étant engagé dans l'Évangile à nous accorder tout ce que nous lui demanderons , ^ttocKcttmgue votuerliiSy peteiis, etfiet vobis ( Joan. , 16 } , prévoyant d'ailleurs que nous abuserions souvent de cette promesse, en lui demandant de faux avantages qui nous perdraient » a fait intervenir les saints , qui prient pour nous contre nous-mêmes , quand l'objet de nos prières. n*est pas tel qu'il doit être ; de sorte que , san man-^ quer à sa parole , il a droit de ne nous pas exaucer^ parce qu'il exauce ceux que nous employons auprès, de lui pour lui recommander nos intérêts.

Ajoutez que la prière d'un saint est par elle-même bien plus puissante que toutes les nôtres, puisque la dignité de la personne qui prie relève le mérite de la prière. Ajoutez que les saints , dans un parfait désintéressement, prient pour nous avec une charité bien plus épurée ; ajoutez que la présence et la vue de Dieu rendent leurs prières beaucoup plus attentives, conune l'exercice de son amour les rend beaucoup plus ferventes. Et voilà ce qui me ravit et ce qui me donne tout ensemble de la confusion , de voir que ces élus de Dieu prient pour nous

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avec plus de zèle et pins d^empressemeni que nousmêmes ; que leur état les exemptant de toute inquiétude pour leurs propres personnes, ils ne laissent pas, en quelque manière , de s'inquiéter pour nous; qu'autant qu'ils sont tranquilles sur ce qui regarde leur béatitude éternelle, autant sont-ils en peine de notre salut : Jwm de sua immortalUaie secw^i, -et de nostra sakUe solUcUL ( Cypr. )

Ce sont là , chrétiens y les obligations essentielles que nous avons à ces glorieux protecteurs» Comptons les grâces que noiis avons reçues , les malbeurs dont nous avons été préservés , l^ périls d*où nous, sommes heureusement sor^, c'est de quoi nous devons aux maints upe étemelle reoonniussanoe. Combien de fois se sont-ils présentés pour nous de*. Tant le tréne de Dieu, et combien de fois ont-ils détourné le$ foudres du ciel prêts à tomber sur nos tites? Voilà ce qui les occupe : au milieu de leurs triomphes, ils peoseatà nos misères; Ils ne sont pasoomme ces bienheureux du siècle que lafortuna a élevés, et qui ne connaissent i^us ceux qu'ils ont laissés derrière eux : leur gloire les unit à Dieu, mais elle ne les détache pas lie nous ; au contraire, elle ne les rend encore que plus charitables envers Qous^ que plus vigilants et que plus ardents : M* rabilis i>euê insafècHs êttiê, in quUms prmsidlwn nobistonstUuU.)

Cependant, mesdieffs auditeurs, comment répondons-nous à leur soin? que dis-je, et quel abus ne laiflODS-nous pas du culte et de Tinvocation des ^ints? De leur culte (ne perdez rien de cette mo* raie; peut*être en vem découvrant va désordre que le libertinage du monde vous a caché jusqu'à présent, vous obligera-t-dle à prendre des mesures pour le corriger), de leur culte : car les devoirs eont réciproques; et il est juste qu'une dévotion sincère et respectueuse de notre part soit au moins le fruit d'unie protection si avantageuse et si puissante. Et en effet , quand un grand nous appuie de son crédit, que ne fialsons-notts pas pour lui marquer notre attachement? le monde nous apprend cette leçon : or, il est question de savoir si nous la pratiquons à l'^rd des saints. Ah ! chrétiens, permettez-moi de vous en fûre le reproche, après me rétre fait à moi-même, c'est là que paraît non-seulement notre ingratitude, mais notre impiété. Les saints sont nos intercesseurs aapiès de Dieu , et nous leur faisons tous les jours mille outrages; ils prient pour nous dans le ciel , et nous les déshonorons sur la terre. L*Église, sous leur nom, érigedes temples, et nous les violons; elle leur consacre des fêtes, et nous les pn^nons; elle célèbre leurs offices , et nous y assistons , je ne dis pa& sans religion , mais avec un esprit d'irréligion. Tout ce qui a rapport aux saints nous devient une matière de péché. Ces temples , dis-je , qui sont les monuments pu-

bllcsdeleur sainteté, et qui, pour cela même, autrefois appelés les mémoires des martyrs, Me* moriœ martyrum, comment les fréquentons-noue, comment nous jr comportons-nous , quels scandales y commettons-nous? Ce sont des mai^one de prières, et l'on en fait des lieux de oommeiee ^ de rendez-vous; ils sont destinés au sacrifice du: vrai DieU|etl'<m ^y entretient desintriguee«ld«a£toea du siècle; au lieu que le Seigneur y devrait éire glorifié dans ses saints , c'est là que les saints et le Seigneur sont plus exposés aux insultes et aux mépris des honunes. Ce que je dis n'est41 pas encore au-diîssous de la vérhé? Maifrœ n'est pue assa s leurs fêtes, que l'Église nous ordonne de sancti* fier, et à quoi les preniers fidèles se préparaient si religieusement par des veilles et par des jednes , commentles solennisons-nous? puis^ ledire etpouvez-vous l'entendre sans rougir? C'étaient pour cee fervents chrétiens de la primitive Église des jours de piété, et ce ne sont pour nous que des j^urs de licence, que des jours de dit ertissement et dejenx , que des jours de partiesct de débauches, que des jours au numis de paresse et d'oisii^té : en aorte que , pour l'honneur même des saints, on a jugé nécessaire d'en retrancher et d'en abolir. Car, reconnaissons-le à notre honte, un des moti£i deoetse suppression, c'a été le relâchement et l'indévotloo des peuples. La tête d'un martyr, disait saint Ber» ' naord, est devenue, par la corruption de nos mœurs, une fête toute mondaine. On honore le précurseur de Jésus-Christ, o'est-à-dire le plus austère et le plus abstinent des hommes , par des IntempéraDces [ et des excès. j

Après cela , aurions-nous bonne grâce de repeo* cher aux hérétiques de notre siècle le mépris qu'ils ont £ût du suite des saints, et ne pouvrsîent-iis pas bien nous répondre ce que Terlidlîen répondait aux païens de Rome, qui se plaignaient que les chrétiens méprisaient leurs dieux? û^ leur feisait voir que leurs dieux devaient plus se tenir offensés d'eux-mteeset de leur conduite, que des diréti«is : Nèscia pbane eUi vesM denol^s, qiiam devobU querantur. (Tbatull.) Car, en effet, si les cfaf étlens méprisaient les dieux de Rome, c'était par raison et par principe , comme ne les connaissant pas; au lieu que ces pàms les méprisaient par libertinage, et par le dérèglement de leurs passions. I^os héré« tiques , dis-je , n'auraient-ils pas sujet de nous faire la même réponse? Neuio pùisne sancti vesiri dé nobis, quam de vobis querantur. Toilà ce que j'appelle VàbiÊB du culte des saints, et voici fabus de leur invocation. Car pourquoi prions-nous les saints, et pourquoi avons-nous recours à eux ? ne parlons point de ces prières abominables , et , selon le terme de l'Écriture , exécrables , qui feraient des saints , s'ils les écoutaient, les fauteurs de nos vices; de

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ces prières où l'on ose invoquer un^ saint pour le succès d'une, entreprise Injuste, pour le maintien d^^ne fortuné bâtie sur l'iniquité, pour l'heureuse issue d'une affaire dont l'artifice, la ruse, la'mau- \a^m foi sont les ressorts , pour la satisfaction ou c('une aveugle cupidité, o^ d'une, vengeance secrète et raffinée. Que des infidèles , dit ;saint Augustin , (pi n'adoraient que des divinités chimériques , et qui même se figuraient ces faux dieux encore plus corrompus qu'eux , leur aient autrefois adressé de semblables prières, je ne m'en étonne pas; mais l'opprobre de notre religion est qu^invoquant les saints glorifiés par les vertus chrétiennes, nous ne rougissons pas dd leur demander ce qui va à la destruction et à l'anéantissement de toutes les vertus. Je serais infini, si je voulais m^étendre sur ce point; ne parlons pas même de Ces prières mondaines et intéressées qu'on faii aux saints pour des biens tout profanes, ^els que sont les richesses et les honneurs du siècle , sans }ent demander jamais d'autres biens qui regardent notre avancement dans Tes vertus chrétiennes, et là sanctification de nos âmes, ipomihe si ces élus de Dieu, si je puis ainsi di'éxprimer, ne nous étaient bons que quand il s'agit de prospérités temporelles, que quand il s^agit d'obtenir un temps favorable pour rendre nos campagnes fertiles et nos moissons abéndautés, que quand il i'a^t de détourner lé fléau ffûne nialadîe contégieuse ôii d'une calamité publique, que quand il ô*agît d'éloigner de nos terres des puissances ennemies et de repoussier leurs efforts, que quand il s'agit de relever une famille ruinée, dô rétablir une santé affaiblie , de se tirer d'bn mauvais pas ou l'on se trouve eiïg'dg^, et bû Ton Craint dé se perdre sè^on le monde;'de parvenir à un rang, à ube dignité,'et d'avoir de qtioi éti soutenir Téclat. Car c'est sdr de pareils sujéti'et en dé semblables occasions qu'on re(5onila(ît Vblonftiers' le pouvoir des saints, et qu'on tâché â rém^rtôyer auprès de Dieu. Mais s'agit-îl dû salut et de tout'ce qui peut y contribuer ; s'agît-il de détruire une habitude vicieuse, et de renoncer à un engagement crînwnel ; Vàgît-îl de se préserver des pièges du monde et de sa corraptîon; s'aglt-il de vaincre une passion qui nous domine, de dompter la chair qui se révolte, de surmonter une tentation à laqueHe nous n'avons que trop de fois succombé; c'est alors que le crédit des saints nous est absolnsient bconna, ou que nous agissons au moins comme s'il nous était absolument inconnu, parce que noua craignons qu'il ne fdt trop efficace- Tout cela , chrétiens , est sensible , et se fait voir p» soi-même. Mais voici quelque chose de pkis intérieur , que le devoir de mon ministère m'oblige à vous dévdopper : malheur à moi si j'omettais une si sahitaire instruction, et malheur à vous-mêmes si vous n'en profitez pas I

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