‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 146 sur 225 · POUR LA COMMÉMORATION DES MORTS · texte numérisé non relu

POUR LA COMMÉMORATION DES MORTS

oonyenablesY s'arrêtait à contester, et à répondre qu'il n*y a nulle apparence que son fils soit tombé dans cette disgrâce; si toute son application était à chercher des raisons pour se persuader que cela n'est pas, et qu'elle protestât qu'à moins d'une évidence entière de la chose, elle ne veut pas faire la moindre démarche pour lui ? ne la traiterait-on pas d'insensée ou de dénaturée ? Or voilà justement le procédé des hérétiques que je combats : on leur dit que des âmes qui leur sont chères, et dont ils avouent qu'ils doivent avoir à cœur les intérêts , sont peut-être dans un lieu de souffrance, que nous appelons purgatoire; et que si elles y sont , fis peuvent par des moyens faciles les en tirer : que fontils? ils s'opiniâtrent à soutenir qu'elles n'y sont pas; ils argumentent, ils disputent contre la vérité de ce pui^toire; ils prennent à partie ceux qui le croient, et ils se fatiguent à inventer des preuves pour montrer que c'est une chimère. Mais si , indépendamment de leurs preuves, ce purgatoire est quelque chose de réel, et si ces âmes, dont ils reconnaissent que les intérêts ne doivent pas leur être indifférents, y souffrent des peines ex^mes, c'est à quoi ils ne veulent pas penser; qu'elles y souffrent et qu'elles y gémissent dans l'attente de leur bonheur, ils vivent tranquilles; et pourvu qu'ils n'en croient ^en, ils se tiennent quittes envers elles de tous les devoirs de la piété : raisonner et agir ainsi , est-ce une conduite prudente et sage?

Mais en voici une autre qui ne l'est pas plus, et qui ne vous surprendra pas moins. En quoi consiste l'erreur pratique des partisans de l'hérésie sur le sujet dont il est question? A ne pas prier pour les morts, parce qu'ils ne croient pas la vérité du purgatoire; et c'est ce que j'appelle leur second égarement. Car ils devraient renverser la proposition, et croire la vérité du purgatoire, parce qu'il est évident et incontestable qu'il faut prier pour les morts. Comment ceci doit-il s'entendre? Je m'explique : c*est qu'à comparer ces deux articles, dont Y un n'est, ce semble, que la suite de l'autre, il ûiut néanmoins tomber d'accord que celui qui établit la prière pour les morts nous est bien plus expressément et plus distinctement marqué dans toutes les règles de la foi, que celui qui regarde le purgatoire. Pour le purgatoire, peut-être pomrrai^il y avoir de l'obscurité; mais tous les oracles de la rdigion nous parlent clairement et hautement de la prière pour les morts : car l'Écriture nous la recommande en termes formels, toute la tradition nous l'enseigne, les plus anciens conciles l'ont autorisée, c'a toujours été la pratique de l'Église, et les Juifs eux-mêmes l'ont .observée et l'observent eneord aujourd'hui dans leurs synagogues. Or, selon saint Thomas, ce consentement du christianisme et do Jodttsme est une espèce de démonstra-

tion. Judas, l'un des princes Machabées, ordonna des sacrifices pour ceux qui , défendant la loi du Seigneur, avaient été tués dans le combat, et l'on ne doutait point alors que la pensée de prier pour les morts ne fût salutaire et inspirée de Dieu : Sancta ergo etsaiubris estcogitatio. (2. Machab.^ 12.) Or l'histoire , qui rapporte ce fait, est tenue parmi nous pour canonique , disait le grand saint Augustin : Machabxorum Ubrospro canonicis habemui (AuGUST. ); et quand nous n'aurions pas, ajoutaitil , ce témoignage des livres sacrés, il nous suffirait d'avoir celui de l'Église universelle, qui est encore plus authentique, puisque nous voyons qu'à l'autel et dans les saints mystères on n'a jamais oublié de prier pour les morts : Sed et si nusquam in Scripturis veteribus legeretur, in hoc universxEcclcsim claret auctoritas, ttbi in precibus qux ad allare /unduntur, locum habetcommendaUo mortuorum. (Id.) Sur quoi vous remarquerez que saint Augustin ne parlait point en simple docteur, mais en historien de TÉglise, dont il rapportait l'usage. Nous faisons, avait dit Tertullien deux àiècles avant ce Père, nous faisons des offrandes pour les morts; et si vous nous en demandez la raison, nous nous contenterons de vous alléguer la tradition et laxoutume : Oblationes pro de/uncHs Jacimus ; harum si rationem expostuks, tradiUo Mi prssienditur auctrix, confirmairix consuetudo, fides servtUrix (Tbbtull. ); paroles qui font voir que dès la naissance du christianisme, la prière pour les morts était regardée comme une tradition divine et un dépAt de la foi : fides servcUrix, Que peut-on dire de plus fort? S'il était donc vrai que les hérétiques fussent aussi éclanrés qu'ils se flattent dé l'être, voici comment ils raisonneraient : Il faut prier pour les morts, toutes les lumières delà religion le démontrent; donc je dois être convaincu qu'il y a un purgatoire : car qu'est-ce que le purgatoire , sinon un état de souffrances et de pehies, où les morts sont soulagés par les prières des vivants? Je ne puis admettre l'un sans convenir de l'autre; et puisque la foi me révèle évidemment l'un, il est juste que je me soumette à l'autre, quoiqu'il me paraisse obscur, et que je croie le purgatoire, parce que je ne puis me défendre de reconnaître qu'il faut prier pour les morts. Voilà, dis-je, la conséquence qu'ils tireraient, et cette conséquence serait légitime. Mais que font-ils? tout le contraire ; car ils renversent Tordre, et ils disent : La révélation du purgatoire m'est obscure , donc je ne m'y soumettrai pas; et parce que, ne croyant pas le purgatoire, je détruis le fondement de la prière pour les noorts , quelque sainte qu'elle puisse être, je renoncerai à la prière pour les morts; et parce que l'usage de cette prière est ce qu'il y a de pkis ancien dans la tradition, je compterai pour rien la tradition; et

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parce que le liyre des Macbabées parle ouvertemeol état où , comme parle saint Augustin , Dieu rap-

à TaTantage de cette prière , je rejetterai le livre dea pelle les choses à l'ordre , où : il achève de punir yé-

Machabées ; et parce que cette prière est autorisée [ ritablement ce qui est punBSahle;>oà ces âmes aa'i«

par tous les Pères et par tous les conciles, je n'en

croirai ni les Pères ni les conciles ; et parce que dès

les premiers siècles cette prière était solennellement

établie dans l'Église de Dieu, je dirai que dès les

premiers siècles TËglise de Dieu est tombée dans la

corruption; et parce que saint Augustin s'est fait

un devoir, et un devo^ de religion, de prier pour

l'âme de sa mère, je répondrai que saint Augustin

a donné sur ce point dans les rêveries et les illusions

populaires. Qar voilà , mes chers auditeurs y jusqu'où

va l'opiniâtreté des hérétiques, je ne leur attribue

que ce qu'ils soutiennent euxnnémes, et que ce

qu'ils ont cent fois écrit : or qu'y a-t-il de moins

soutenable et de plus opposé à la raison ?

Enfin , leur troisièine et dernier égarement ;esi que des ehoses^i ne sont ni certaines ni révélées touchant le purgatoire-^ ils se font des préjugés contre la foi du purgatoire, au lieu qu'ils devraient se servir de lafo»4u purgatoire, qui est solide et raisonnable, pour combattre en eux-mêmes cespré* ventions, qui ne sont que l'^t de leur faiblesse : car qu'est-ce qui les choque sur ie sujet du purgatoire? Les images ou les peintures affîreuses sous lesquelles, selon ei^x, nous le concevons; diverses circonstances non révélées,, à quoi ils prétendent que nous nous ajt^i^ps ; vo^à pç qui les révolte. Et moi, si je me trouvais à leur place , je me délivrerais sans peine de ces préventions, en opposant à tout oela la substance de laibi du purgatoire, ^i est la chose du monde la plus simple, maif la plus sensép ; car je me dirais à moi-méiôe : L'état de ces âmes qui eut besoip, Jtprès cette viOf d'étre.purir fiées , ne m^est pas connu i js!e8t-à-dtre je ues^^s où elles souffrent „ ni ce qu'eUes^Mffirent ,' ni commet elles souffirent ; ce sont autant de secMrets que Dieu a vouhi me tenir cachés , et qu'il ne sert à rien de vouloir approfondir : mai» e'est apses pour moi de savoir qu'elles SQU^reot^ fiar la justice df Dîom, de véritdbileBpeinqs^eS'qi;iJile&t de l'ordre de la Provî* dence qu'eUeesoeffrenU^i^teraitttl juste que des âmes mmineUes et souHlées de péchés., quoique véniels, sortant de leurs corps, fosseot aussitôt glorifiées que oeUes qui sont purçs et sans tache? serai^il! juste que des péchés qui n'ont jamais été expiés- par la pénitenoei,. ou qui*ne l'ont pas été suffisamment^ enttaeseot dans ie séjour de la béatitude, où il n'y a ^lasakii^ qui soit admise? serait-il juste qu'un dirétien îâebe, qui n'a fait à Dieu nulle réparation de ses lâcheèée, reqùl le prix et Ja couronneauss! promptemenli et aussi aisément queeelui dont la vie, d'aiHeiirs innocent, a été toute 1er* tente? cela répugnerait à tou»4esclrotts delà justice

a prédestinées comme ses épouses soient mises à leur dernière épreuve, où leurs taches soient effacées, où , passant par le feu, «elon l'expression de saint Paul ^ elles acquièrent ce degré de pureté , mais de pureté consonméequi leur est nécessaire pour voir Dieu : or, cet état n^est rien autre chose que le purgatoire ; tout le reste m'est incertain , et par conséquent ne doit point être pour moi un sujet de trouble , puisque pent<^tre je me troublerais de ce qui n'est pas. Quoi qu'il en soit , je ne puis concevoir le purgatoire comme l'Église me le propose, que je ne sente ma raison s'aecorder avec moi. Voilà commeotj'évite recueil de la prévention; mais rhérétique, au lieu d'y procéder de la sorte, donne dans cet écueil 2 et des cireonstanees douteuses du purgatoire, qm* ne reviennent pas à son sens, il se préoccupe i^justemeut contre le purgatoire même. Ah! chrétiens, bénissons Dieu de ce qu'il nous a donné une foi, non-seulement plus sainte et plus soumise, mais plus édifiante poumons et phis consolante; remerdoas-le de nous avoir appela à une religion où le cèle et la chmité s'étendent au delà des bornes de notre morttAHé ; estimons-nous heureux d'être les enlinto d'une Église qui , après nous avOT fermé les yeux, prend ebcore soin de nous assister. Celle des hérétiques les abandonne à la morti et dès qu^e cesse de les voir, elle cesse de penser à eux : comme il n'y a point pour eux de purgatoire, et qu'étant dans la voie du schisme , ils sont hors delà veie du salut , e'est une conséquence de leur erreur qti^elle les traite ainsi. Mais l'Église ôe Jésus-Ghrist ayant pour nous d'autres espéranosft et d'autres vues, tient aussi une conduite toute dififérente; elle ne cesse point de s'intéresser en notre faveur, qu'elle ne nous ait portés dans le sein de feiotre béatitude; jusque-là elle est en peine de notre état : preuve évidente qu'elle est notre véritable mère. Or, quelle consolation de savoir que , quand nous serons dans cet affreux passage du jugement de Dieu à l'éternité bienheureuse, toute l'Église sera pour neusea prière , comme elle y était pour saint Pierre , selon le rapport de l'Écriture, tandis que saint Piene fut dans la prison! quel avantage de pouvoir se promettre que tout ce qu'il y a de* fidèles au moad^sfemploiera pour notre délivranee ; que, sans qu'ils y^ pensent eus-mêmes , nous aurons part à leurs bonoea oeuvres et à leurs sacrifices ; que ^ «orame nous rendons aiû^^rdliui à nos amis et à nos proches ee tribut que notre religion prescrit, on^iens rendra un jour le même office^ quenotre mémoire ne périra pta comme cdie deilmpie, mais qu'elle s^a» selon la parole du de Dieu. H fadt donc qu|après cette vie il y ait un 1 Satnt-^pritmême^dans imeétemeUebéDédiotion*

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