‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 161 sur 225 · SM POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS, APOTRE · texte numérisé non relu

SM POUR LA FÊTE DE SAINT THOMAS, APOTRE

4aii8 ces deux étots saint Thomas participe en quelque façon à cette merveilleuse propriété que David

attribuait à Dieu, et qu'on peut très-bien dire de lui quoique dans un sens tout différent : SictU tenehrm^fita et lumen ejut. Comment cela ? parce que les lumières de sa foi et les ténèbres de son inidélité , sans les considérer par rapport à lui-même , ont été également utiles et salutaires pour nous. Les ténèbres de son infidélité nous font connaître les désordres de la nitre ; et les lumières de sa foi ont une vertu particulière pour affermir et pour animer notre foi : ^cut tenebrm ^ , Ua et lumen ejus. Aussi est-ce une question entre les Pères , si l'Église a moins profité de l'infidélité de saint Thomas, que de sa foi , ou si la foi de saint Thomas a été plus utile à l'Église , que son infidélité : et;tous conviennent que la foi de cet apôtre, sans son incrédulité, ne nous aurait pas suffi ; que son incrédulité, sans sa foi, nous aurait été pernicieuse; mais que son incrédulité suivie de sa foi , ou plutôt que sa foi précédée de son incrédulité , a été pour nous une source de grâces. Or mon dessein est de vous les découvrir, ces grâces ; et pour y observer quelque ordre, j'avance deux propositions : car je dis que rincrédulité de saint Thomas, par une conduite de Dieu bien surprenante, sert à la justification de notre foi ; voilà l'avantage que nous tirons de ses ténèbres , et ce sera la première partie : j'ajoute que la foi de saint Thomas, par une vertu particulière, est le remède de notre infidélité ; voilà en quoi nous profitonsde ses lumières, et ce sera la seconde partie : Sicut tenebrm eJus, Ua et lumen ^us. Un a) ôtre incrédule, qui, par son incrédulité même, nous apprend à être fidèles ; un apôtre plein de foi , qui , par la confession de sa foi , nous empêche d'être incrédules : c'est tout le sqjet de votre attention.

Entreprendre de justifier la foi par l'infidélité même, c'est ee qui semble d'abord un paradoxe; mab dans le sentiment de saint Augustin , c'est une des voies les plus courtes pour discerner la vérité de Terreur, rappelle justifier la foi par l'infidélité même, opposer la conduite de l'infidélité à la conduite de la foi , les caractères de l'infidélité aux caractères de la foi, c'est-à-dire opposer les égarements de l'infidélité à la droiture de la foi , les désordres de Finfidélité à la perfection de la foi , la témérité , la folie , et souffrez que j'use de ce terme, qui n'a paru ni trop fort ni trop dur à saint Augustin , l'extravagance de l'infidélité à la prudence de la foi , en un mot, comparer Tune avec l'autre et examiner Tune par fautre, puisqu'il est vrai que cet examen seul et cette comparaison doit obliger tout homme raisonnable à conclure en faveur de la foi, et le préserver pour jamais du péché de l'infidélité. Arrê-

tons-nous donc à ce plan que je me propose , et con* sidérons-le dans toute son étôidue. Car je remarque dans l'incrédulité de saint Thomas quatre différents caractères qui nous expriment parfaitement la nature de ce péché, aujourd'hui si contagieux et si répandu dans le monde; j'y remarque, dis^e. Tes* prit de singularité, la préoccupation du jugement, l'attache opiniâtre à sa première résolution^ et la petitesse d'un génie borné qui veut mesurer par les sens les choses de Dieu, en ne croyant que ca qu'il voit. Voilà, mes chers auditeurs, ee qui fit le malheur de cet apôtre , et ce que vous avez dd comme moi, observer dans la suite de notre évangile. La singularité paraît , en ce que saint Thomas se trouva séparé des autres disciples , quand le Sauveur da monde se fit voir à eux le huitième jour après sa résurrection , Non eratcumeis, qucmâo venit Jetu$ ( JoAN. , 30) ; la préoccupation , en ee que , avant de s'éclaircir et de s'informer exactement des dioses , il se détermina à ne pas croire que le Fils de Dieu filt ressuscité, et déclara qu'il ne le croirait pas. Non credam (Id.); l'opiniâtreté, en ce qu'il persista et qu'il s'obstina à ne le pas croire en effet, malgré le témoignage de tous les autres , qui assuraient avoir vu leur mahre vivant, FUUmus Domi» t^um (Id.) ; enfin, la petitesse d'un génie borné, en ce qu'il voulut que ses yeux fussent les seuls et uniquea juges d'une vérité si solidement confirmée d'ailleurs; protestant que, s'il ne voyait pas lui-même Jésus- Christ, on ne le ferait jamais convenir de ce qu'on lui en rapportait : Nisi viderofixuram clavorum , et mitfam manum in latui ejm, (Id.) Caractères* dit saint Augustin , propres à tous les esprits incrédules et pervertis dans la foi ; comme si Dieu avait eu dessein de nous marquer dans cet exemple tout lesécueils auxquels il prévoyait que notre foi serait un jour exposée , et que nous aurions à éviter dans le monde si nous voulions y conserver une religion pure et sans tache : caractères d'incrédulité directement^ opposés aux caractères de la foi et de l'esprit chrétien; car l'esprit chrétien qui agit par les mour vements de la foi est un esprit universel , un esprit droit, un esprit docile, un esprit élevé au-dessus des sens : un esprit universel, qui s'attache à l'Église» et qui s'y conforme; un esprit droit, qui, pour dMV* cher la vérité, se dégage de toute prévention ; un esprit docile, qui revient aisément de ses erreurs; un esprit élevé au-dessus des sens , qui n'a pour règle que les grands principes de la toute-puissance et de la sagesse de Dieu , lorsqu'il s'agit des œuvres de Dieu. Encore une fois , quand il n'y aurait que cette seule opposition entre la foi et l'incrédulité , ne faudrait^l pas avouer que l'incrédulité, de la manière qu'elle se forme dans la plupart des hommes du siècle, est un pur dérèglement de l'esprit humain ; au lieu que la foi est par excdience la vertu des âmes

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