‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 164 sur 225 · POUR LA F^JTB DE >AINT THOMAS, APOTRE · texte numérisé non relu

POUR LA F^JTB DE >AINT THOMAS, APOTRE

vinité de Jésus-Çhrist, et si nous ne sommes prêts a mourir pour la défendre ^ nous sommes des^ snathèmes et des réprouvés. Quiconque divise Jésus Christ) disait le bien-aimé disciple, Omnis spii itus qui solvit Jesum ( Joajî.» Ep. 4 ) , c'est-àdire, quiconque reconnaissant Jésus-Christ pour homme, ne Tadore pas comme Dieu, devient dès là et par là un antechrist : Qui spivU Jesum, est antichristui. ( Id. ) Voilà ce qui nous justifie devant Dieu^ et, pour user des termes de TÉcriture, voilà ce qui nous rend victorieux du monde, la foi de la divinité de Jésus-Christ : Quis est qui vincU mundunij nisi qui credUt quoniam Jésus est Filius Z)ei / (Idn Ep. 5.) Or, par qui noua est venue cette foi? ou plutôt, par qui cette foi nous a-t-elle été développée? Par Fapdtre saint Thomas , qui , de tous les organes dont Dieu s'est servi pour nous révéler cet auguste mystère de la divi-> nité de son Fils , est sans doute celui qui nous Ta déclaré plus nettement, plus positivement, plus absolument. Les autres ^se sont contentés d'attri- 'Ouer à Jésus-Christ des qualités divines : Févangéliste saint Jean nous a enseigné qu'il était le Verbe de Dieu; Jean-Baptiste, son précurseur, nous Ta fait connaître comme Agneau de Dieu; saint Pierre, parlant au nom de tous, a protesté qu'il était Fils de Dieu; saint Paul , pour comble d'éloge , nous l'a représenté revêtu de la forme de Dieu : il n'y. a que saint Thomas qui , par une expression d'autant plus vénérable et plus authentique , qu'elle est plus simple et plus naturelle^ l'ait nonamé son Seigneur et son Dieu : Dominai meus et Deus Meus. Cependant^ chrétiens, c'est sur la simplicité de ce témoignage que notre foi est particiùièrement établie. A tout le reste , l'impiété arienne opposait des détours et des subterfuges; et quelque évidents que fussent les sacrés oracles en faveur de la divinité du Messie, si les partisans de l'arianisme ne pouvaient y résts* ter, ils trouvaient moyen de les éluder. En vain saint Pierre avait dit, Tu es Christus, FiUus Dei vivi; ï\8 prétendaient, quoique injustement, que sans être Dieu il pouvait , dans le sens même de oe passage , être appelé Fils de Dieu ; et la faiblesse de leurs réponses sur un dogme aussi solidement fondé que celui-là, ne diminuait rien de leur opiniâtreté : mais quand on leur produisait l'hommage que saint Thomas avait rendu à Jésus-Christ ressuscité, quand on les pressait par la force de ces termes, Dominus meus et Deus meus; quand on leur faisait entendre que , dans le style des Écritures, jamais autre que Dieu même n'avait été traité de mon Dieu , Deus meus y la vérité l'emportait sur leurs artifices, ces paroles incapables d'interprétation les déconcertaient; pour peu qu'ils eussent de bonne foi, ils désespéraient de s'en pouvoir sauver; et, touchés de l'exemple du saint a|>dtre, ils se ré-

duisaient souvent à faire au Sauveur du monde la même réparation que lui : Dominus meus et Deus meus; Mon Seigneur et mon Dieu. Ce qui , selon la remarque de saint Hilaire , était l'alijuration la plus solennelle de l'arianisme, et conmie la formule de foi qui distinguait les orthodoxes de ceux qui ne l'étaient pas.

Ce n'est pas tout : saint Thomas a publié et annoncé cette foi dont il avait fait une si sainte profession; et, par le succès de ses prédications apostoliques, il nous a convaincus sensiblement de la vérité de ce qu'avait prédit le Fils de Dieu : savoir , que son Évangile serait prêché et reçu dans tout le mpnde : car c'est en effet par le ministère <de saint Thomas que l'on a vu cette prédiction accomplie, et c'est le premier d'entre les apôtres dont on a pu dire à la lettre : In omnem terrcun exMt sonus eorum , et in fines orfns terrss verba eorum (PscUm. 18); que sa voix a retenti jusqu'aux extrémités de la terre , et que par lui la foi s'est répandue jusque dans les pays les plus éloignés. Les autres, après avoir recule Saint-Esprit, se partagent dans les provinces voisines de la Judée, ^Italie, l'Egypte, TAsie Mineure , sont comme les bornes de leur apostolat; mais saint Thomas, animé d'un zèle pkus vaste et plus étendu, embrasse un monde entier, ou plutêt pousse ses desseins et ses entreprises jusque dans un nouveau monde. Il ne lui sufiit pas d'avoir converti les Parthes et les Mèdes; les fijrrcans et les Perses sanctifiés sont trop peu pour lui; il ne compte pour rien d'avoir porté le nom de Jésus- Christ dans tous les lieux que le héros de la Grèce a rendus célèbres par ses conquêtes : honteux d'en demeurer là, et de finir sa course où l'ambition de ce monarque termina la sienne, il pousse plus avant, il pénètre dans la région la plus intérieure de l'Inde; il prêche à des peuples dont le nom était à peine connu ; ^ là, avec le secours du Dieu qui l'envoie, que fait-il ? è toute-puissante et divine foi , que ne pou* vez-vous pasi il établit le culte d'un Dieu crucifié, il inspire à des hommes charnels Pamour de la croix , il confond la superstition, il renverse les idoles, il gagne à Jésus-Christ et à l'Évangile des millions d'infidèles. Ce que je dis n'est point fondé sur une de ces traditionsobscures quel'infidâité conteste, et qui servent de matière à la critique des savants : ce sont de ces faits éclatants, dont rien n'a jamais effacé le lustre. Le sépulcre de saint Thomas , qui , suivant le rapport de saint Cbrysostôme, était, d^ les premiers siècles du christianisme , aussi vénérable que celui de saint Pierre, est encore aujourd'hui ce qui entretient la piété et la ferveur de toutes les Églises d'Orient. C'est là que cet homme de Dieu , saint François Xavier , passait les jours et les nuits en de profondes méditations qui le transportaient hors de luimême; c'est là qu'il se remplissait de zèle; c'est de

$zi

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là qu'embrasé d^une sainte ardeur que les cendres de cet apdtre excitaient, il partait pour aller combattre les ennemis de son Dieu, réveillant toute sa confiance et tout son courage par cette pensée , qu'il marchait sur les traces de saint Thomas , qu'il continuait son ouvrage , et que lui ayant été destiné pour successeur , il pouvait tout attendre de sa protection. Or, ce succès de TÉvangile , tel que je viens de le marquer, a depuis été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi; et si par là notre apôtre nous a convaincus en nous faisant voir Taccomplissement de la parole et de la prédiction de Jésus-Christ, c'est par là même aussi qu'il nous a instruits : car qu'est-ce que cette foi qu'il a répandue dans le monde? Une lumière qui a éclairé le monde , et qui , de siècle en siècle, s'est perpétuée jusqu'à nous. Oui , mes chers auditeurs , la même foi que saint Thomas a portée si loin au delà des mers , nous sert encore de flambeau pour guidar nos pas et pour nous conduire ; les mêmes vérités dont il a établi la créance parmi les nations , et en tant d'esprits indociles , d'esprits prévenus , d'esprits superbies et orgueilleux , c'est ce que nous professons comme les articles de notre religion , ce que nous suivons comme les règles de notre vie , sur quoi nous nous appuyons comme sur les fondements de notre espérance. Heureux de l'avoir conservé, ce sacré dépôt, ou plutôt heureux que Dieu l'ait ùii passer dans nos mains ! mais souverainement malheureux , si jamais nous venions à le dissiper ou à le perdre!

Tachève, et voici ce qui couronne la foi de saint Thomas , et ce qui y met la dernière perfection : cette foi qu'il a confessée hautement , qu'il a préchée apostoliquement , il l'a enfin saintement et glorieusement consommée : par où? par son martyre ; car ce qu'on a toujours regardé dans l'Église de Dieu , et avec raison, comme le plus signalé témoignage d'une foi parfaite , où , si vous voulez, comme ^a^ tachement le plus parfadt à la foi, c'est de mourir pour elle, de lui sacrifier sa vie , et avec sa vie tous les intérêts humains, de la soutenir malgré les menaces et les plus violentes persécutions, et de signer enfin de son sang la confession qu'on en fait. Or, voilà ce que nous devons encore admirer dans notre généreux apôtre. Qui l'eût cru, chrétiens, lorsqu'on le voyait chancelant et incertain , opiniâtre et incrédule, doutant d'une des vérités fondamentales de ta foi , et refusant de s'y soumettre, qu'il en serait un jour , non-seulement le prédicateur , mais la victime et le martyr ? Ce sont là , mon Dieu , de ces changements qu'opère la vertu toute-puissante de votre esprit, et que nous ne pouvons attribuer à nul autre principe. Cependant j'ajoute que dans cet état saint Hiomas a plus que jamais de quoi nous convaincre et de quoi nous instruire : de quoi nous convaincre.

parce que c'est dans cet état que son témoignage en Csiveur de la foi est moins suspect , et doit par conséquent avoir plus de force; de quoi nous instruire, parce qpe c'est dans cet état que son exemple nous apprend ce que nous devons faire nous-mêmes pour la foi, et quel est à l'égard de la foi, un de nos devoirs les plus essentiels. Attention , s'il vous plait . à l'un et à l'autre.

Je sais, mes diers auditeurs, qu'il y aurait toujours de la présomption et de l'injustice à soupçonner la fidélité des ministres de l'Évangile; mais après tout , quand un homme prêche la foi sans danger , sans s'exposer , sans rien hasarder, quelque respectable que soit son ministère, il n'est pas évident que ses vues , dans l'exercice de son ministère , soient tout à fait épurées , ni que le seul zèle de la vérité le fasse parler : or, moins nous sommes certains de la droiture de ses intentions et de la pureté de ses vues, moins est-il propre à nous convaincre et à nous toucher; mais quand je vois un apôtre percé de traits, comme saint Thomas, tout ensanglanté, et mourant pour confirmer la foi qu'il annonce, je me dis à moi-même : Quel autre intéiét que celui de la vérité pouvait l'engager à souffrir de la sorte et à s'immoler? H Êtiiait qu'il fdt bien persuadé d'une religion qui lui coûtait si cher à dé* fendre ; il fallait qu'il en eût des preuves bien fortes. Et à qui d'ailleurs puis-je plus sûrement et plus sagement m'en rapporter, qu'à celui même qui dut avoir été témoin oculaire de ce qu'il nous a appris et de ce qu'il a soutenu avec tant de constance ? Son témoignage, surtout en de pareilles conjonctures , est donc une conviction pour nous, comme son exemple est encore une instruction qui nous montre en quelles dispositions nous devons être nous-mêmes à l'égard de la foi.

Et en effet, chrétiens, telle doit être la préparation de notre cœur, et tel l'attachement à notre foi , que rien ne soit capable de nous en séparer. Il est vrai que nous ne sommes pas en ces temps où toutes les puissances du monde , liguées contre Jésus-Christ et son Évangile, employaient tout ce qu'elles avaient d'autorité et de forces à poursuivre les fidèles. Pious ne sommes plus exposés au bannissement et à l'exil , aux fers et à la captivité, aux tourments et à la mort ; nous pouvons faire une profession libre et publique de la sainte religion que nous avons embrassée dans notre baptême , et où nous avons été élevés. Mais aussi la profession que nous en faisons maintenant sans danger, et même avec honneur, pour avoir le degré de mérite et de perfection qui lui est essentiel et absolument nécessaire, doit être accompagnée d'une si ferme résolution , que nous soyons , avec le secours de Dieu , déterminés à courir tous les périls , à essuyer tous les opprobres » à endurer tout et à oerdre tout , plutôt

POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

que de démentir jamais le saint caractère que nous portons. Or , mes frères , y a-t-il lieu de croire que TOUS soyez ainsi disposés; et si vous prétendez Tétre, par quel monstrueux assemblage voulez-vous accorder > avec une foi de créance et de spéculation, une infidélité de pratique et de mœurs? Prenez bien garde à ce que je dis ; je demande d*abord s'il y a un fondement solide, pour penser que vous soyez dans cette disposition que votre foi exige indispensablementde vous ; et mille preuves ne doivent-elles pas plutôt me faire juger que vous êtes dans une disposition tout opposée? car comment me persuaderai-je que vous auriez la force de tenir contre les menaces des tyrans et contre les efforts des persécuteurs de rÉvangile , quand vous n'avez pas seulement le courage de résister au respect humain , quand une parole et une vaine raillerie suffit pour vous arrét€r et pour vous déconcerter; quand la moindre vioience qu'il faut vous faire, pour accomplir les devoirs du ehristianisme, vous parait insoutenable et vous désespère ; quand , au lieu de vous élever contre l'audace de ces libertins qui , par leurs discours impies , osent profaner en votre présence ce qu'il y a de plus vénérable et de plus divin dans la religion, vous leur prêtez l'oreille, vous les écoutez avec attention, souvent avec plaisir; vous leur applaudissez, ou du moins , par un silence lâche et timide, vous les autorisez; quand vous-mêmes vous aimez tant à raisonner sur les mystères de la foi , à former des difficultés sur certains articles, à censurer certaines dévotions que la pieuse simplicité des fidèles a établies, et qu'un long usage dans l'Église a confirmées? Avec cela, dis-je, peut-on présumer que vous seriez prêts à livrer les mêmes combats que les martyrs, et à remporter les mêmes victoires?

Mais vous l'êtes, j'y consens, et je le veux supposer : quelle alliance prétendez-vous faire d'une foi de spéculation avec une infidélité d'action? qu'est-ce qu'une foi stérile et sans œuvres? l'apôtre saint Jacques ne nous l'a-t-il pas appris , que c'est une foi morte? Et qu'est-ce donc encore,. à plus forte raison , qu'une foi si sainte en elle-même et si pure, avec une vie toute mondaine et toute corrompue? c'est-à-dire, qu'est-ce qu'une foi qui, dans ses maximes, combat tous les sens, et une vie où vous ne cherchez qu'à contenter les sens et qu'à satisfaire leurs désirs les plus déréglés ? qu'est-ce qu'une foi dont tous les principes vont à mortifier les passions et à les détruire , et une vie qui n'est employée qu'à nourrir les passions les plus honteuses, qu'à entretenir les plus crimi« nelles habitudes, qu'à s'abrutir dans les plus infâmes plaisirs? qu'estrce qu'une foi qui ne nous enseigne que le mépris du monde et de nousHooêmes, que le renoncement aux biens temporels, que riiumilité, que la charité, que la patience; et une

vie où vous n'êtes attentifs qu'à vous agrandir dans le monde, où vous ne pensez qu'à vous distinguer selon le monde, où vous ne travaillez qu'à vous enrichir des trésors du monde; une vie qui se passe en intrigues , en cabales , en procès , en que* relies et en dissensions? Je laisse un plus long détail que tant de fois j'ai déjà fait en d'autres discours; et pour finir celui-ci , j'en reviens à cet avis important que donna Jésus-Christ à saint Thomas, et que je vous donne à vous-mêmes; NoH esse incredulus, sedfidelis. Préservons-nous des désordres de l'Incrédulité, en nous soumettant à la foi; soyons fidèles, et soyons-le d'esprit et de cœur. Soyons-le d'esprit, en nous rendant dociles aux vérités de la foi ; et soyons-le de cœur par un zèle ardent pour la foi. Surtout conformons notre vie à notre foi, et honorons notre foi par notre vie; que la foi soit la r^le de toutes nos actions ; que la foi soit le remède de toutes nos passions , que la foi soit le principe de toutes nos délibérations. Heureux, si nous croyons ainsi! la foi, comme un guide infaillible, nous conduira dans la voie du salut et nous fera parvenir à l'éternelle félicité , que je vous souhaite , etc.

SERMON

POUR

LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

Stephanui, plenui graUa et /orUiudine, faeiebat prodiffia et signa magna in popmlo,

Etienne, plein de gràœ et de force, fidsait des iNrodiges et de grands miracles parmi ie peuple. AcUt des Apôtres, étk a.

Il ne faut pas s'étonner, dit saint Chrysostôme, s'il faisait des miracles et des prodiges , puisqu'il était plein de grâce et de force. Dans l'ordre des décrets et des dons divins, l'un s'ensuivait naturellement de l'autre; et Dieu ne l'avait rempli de force et de grâce , que parce qu'il en voulait faire , pour la gloire de rÉvangile et de la loi de Jésus- Christ un homme de prodiges et de miracles. Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons aujourd'hui à considérer, et, autant qu'il nous est possible, à imiter dans la personne du glorieux martyr dont nous célébrons la fête. Arrêtons-nous donc là, chrétiens, et n'entreprenons pas de rien ajouter à cet éloge. Cest le Saint- Esprit même qui en est l'auteur; et il n'appartient qu'à lui de donner aux saints les vraies louanges qui leur sont dues, parce qu'il n'y a que lui qui connaisse et qui discerne parfaitement leur sain* teté. Or, voici l'idée qu'il nous donne de celle de saint Etienne, Il çi été plein de grâce, «^ en même

temps plein de force : plein de grâce dans Faecomplissement de son ministère, et plein de force dans la consommation de son martyre. Cette double plénitude , que je regarde comme le caractère qui le distingue, et qui a fait tout son mérite devant Dieu et devant les hommes; cette plénitude de grâce qui a sanctifié sa vie, et cette ' plénitude de force qui à couronné sa mort; cette plénitude de grâce qui a rendu sa conduite si irr^réhensible et si édifiante , et cette plénitude de force qui a rendu sa patience et sa charité si héroïques ; cette plénitude de grâce, en vertu de laquelle fia été un parfeît ministre de PÉgllse de Jé^us-Oirist , et cette plénitude de fbree, en vertu de laquelle il a été non-seulement le premier martyr , mais un des plus fervents martyrs de Jésus-Christ; n'est-ce pas, mes chers auditeurs, le partage le plus juste que je puisse me proposer dans ce discours, puisqu'il est renfermé même et si clairement exprimé dans les paroles de mon texte? Stephcmus, plenus gratia etforUtudine. Vous me demandez quels miracles en particulier a faits saint Etienne? L'Écriture ne nous les dit pas, et elle se contente de nous assurer qu'il en a fait d'éclatants, dont le peuple a été témoin : Faciebaù prodigia et signa inagna in populo. Mai? je me trompe : elle nous dit en particulier les miracles qu'a faits ce grand saint, et c'est à moi à vous les marquer : elle ne nous dit pas les malades qu'il a guéris , ni les morts qu'il a ressuscites; mais elle nous parle d'autres prodiges qui, pour être d'une espèce différente , ne méritent pas moins le nom de miracles; d'autres prodiges dont nous sommes encore plus sûrs, et qui sont plus^ capables de contvibuer à notre édification : car elle nous dit les excellentes vertus que saint Etienne a pratiquées , les grands exemples qu'il nous a donnés, les signalées victoires qu'il a remportées sur le monde; et tout cela, pesé dans la balance du sanctuaire , est au-dessus des miracles mêmes. Elle ne nous dit pas ce iqu'il a fait d'extraordinaire dans l'ordre de la nature, mais elle nous dit ce qu'il a fait de prodigieux dans l'ordre de la grâce; elle nous dit les miracles de sa sainteté , les miracles de sa sagesse v les miracles de sa constance, les mirafiles de son invincible charité. Revenons donc au plan de son panégyrique, que le Saint-Esprit même nous a tracé. «Saint Etienne a été plein degeâce et plein de forcé. U a été plein de grâce dans l'accomplissement de son ministère ; et je prétends que cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s'est servie comme vous le verrez , pour commencer à former les mceurs du christianisme naissant : Skphanust plenus gratia; c'est la première partie. Il a été plein de force dans la consommation de son martyre; et je soulions que cela seul , est non pas un prodige, mais

POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

plusieurs prodiges ensemble, qui ont obscurci tout réclat et toute la gloire dés vertus du paganisme : Plenus fortitudine, faciebaù prodigia; c'est la seconde partie. Plein de grâce, j1 a édifié l'Église, et plein de force , il a ravi d'admiration non-seulement la terre, mais le ciel; plein de grâce, il a condamné nos désordres, et plein de force, il a confondu notre lâcheté : voilà toi^t mon dessein. Divin Esprit, soutenez-moi, afin que je puisse traiter dignement un si grand sujet , et donnez à mes auditeurs les dispositions nécessaires pour profiter des importantes vérités que je vais leur annoncer : c'est la grâce queje vous depfiande par l'intercession de votre sainte épouse, à qui j'adresse la prière ordinaire : Ave^ Mari^.

PREMIÎ^E PARTIE.

Je m'attache au texte sacré, et, suivant la remarque de saint Chrysostôme, je fais consister cette grâce dont saint Etienne fut rempli dans les deux qualités, dans les deux conditions que demandèrent les apôtres quand il s'agit d'établir et d'ordonner ceux qui devaient Caire dans l'Église la fonction de diacres : car voici comme ils en parlèrent à tous tes disciples assemblés : Choisissez, mes frères, leur dirent-ils, des hommes qui soient parmi vous d'une probité reconnue , et , en même temps , d'une sagesse consommée : Considerate, /ratres, viros exvobis boni testimorUi, plenos Spiritu sancto etsapienUa, quos constituamus super hoc opus. (Jet., 6.) Probité et sagesse que saint Etienne posséda dans un éminent degré, et qui lui donnèrent non-seulement toute l'autorité , mais toute la grâce dont il eut besoin pour s'acquitter avec honneur du ministère qui lui avait été confié.

Il ne suffisait pas qu'il eût pour cela une probité véritable; mais il lui fallait une probité reconnue, une probité éclatante, une probité éprouvée, et à laquelle toute l'Église rendit hautement témoignage : car c'est ce qu'expriment ces paroles, Firosboni testimonii : poi^rquoi? parce qu'il était question d'un emploi aussi difficile et aussi délicat dans ridée même des boomies, qu'il était saint devant Dieu. Je m'explique ; saint Etienne fut choisi diacre , et même le premier des diacres : Primicerius diaconorum; ainsi J'appelle saint Augustin. Charge honorable, je l'avoue, mais qui l'engageait par une indispensable nécessité à deux choses : Tune, d'administrer les biens de l'Église, dont il était par office le dispensateur : l'autre , de gouverner les veuves, qui,. renonçant au monde, se consacraient à Dieu dans l'ét^ de la viduité; charge où la sainteté même trouvait des risques à courir , mais où Dieu voulait que saiut Etienne servit d'exemple à tous les siècles futurs. Déve-

POUR LA TÊTE DE SAINt £tIENNË.

SSS

loppoi» eeci, mes oheri auditeurs, et tivoB»«a une des pkit ioUdat Boiovalei. ' :

Ck)iiiiiie dispensateur dee biens de* r£gi|M^ Etienne était responsable de sa condnite k Diea et aux hommes: première preuve de sa vertu; car les fidèleis alors, par «m esprit de panrreté vendant leurs fonds, et en apportant le prix aux pieds des apôtres; les apôtres d^Heurs, oomme le iémo^ne saint Lue , s^'en déchargeant sur les diacres, et leur en laissant la disposition, etisaint Etienne, entre lès diacre», ayant un titre de sopén riorité, par la prééminence de son rang, Ferinde primut, dit (to lui saint ChrysostôiQe, pf' Mer apoitolo$ Petms; il s'ensuit quMl disposait plus absolument que les autfts des trésors de TÉgiise^ Or, cet emploi, quoique saint, devait être pour plusieurs un fatal écueil , et pour les saints menés une dangereuse tentation :et en efiét, dé^ un apôtre s^y était perdu , et Dieu prévoyiit qu'aprdi lui bien d'autres s'y perdraient. Il prévoyait qu'une des plaies les plus mortelles dont serait affligé ie monde chrétien dans là suite des Siècles, était l'énorme abus qu'on y ferait des revenus eedén élastiques, qtti sont proprement des btens «onsv* crés par la piété dés fidèles pour être le patrimoine des pauvres : (fest-à^etl envisageait cer tempe malheureux ciè les ministres de FÊglise, démmés et corrompue par une aveugle cupidité, ad lieu de distribuer aux pauVres ce patrimoine , le disdpe* raient en te fattribuant à eux-mêmes; ces teittps où Ta varice, l'ambition, le luxe ayant inondé jus* qu'au sanctuaire, ce fonds destinée la MlÉristance des membres de Jésus^Chri^ serait profliné, et si j'ose user de ce terme ^ prostitué à des usages mondains : Dieu, dl8*je, prévoyait ce scandale. U étmt donc nécessaire, ijoote saint Chrysostôkne, qu'à ce scandale, dont un apôtre jépvouvé aviait Àé l'auteur; Dieu opposât un exemple qui en fât le remède etiecorreeif :Jeve»cdi)ne, un homme dont la fidélité irréprochable , dont le pat€rit désintéressement, doiit l'exacte' et Inaltérable |>robité dans la dispensation des bicÂs de fËglite, fût dès lors pour ceux qui les possédersâent' une ïègle vivante et toujours présente \ et servît au moins à confoindre ceux qui viendraient à se relâdier de leurs obligatîofns dams une matière aussi essentieHe que cèHe-lâ. Or, je l'ai dit, c'est dans cette vue que saint Etienne a été suscité de Dieu, et c'est ce qui Dfliîtune deè principales parties de s^sarn* teté et de son éloge. On lut confie le trésor de I^É^ glise^ et il le ménage d'une manière qui hii attire, non-seuleihent l'approbation, mais la vénération de tbut lé' wuple de Dieu. A peine est-il chargé de cet emploi queiéè Grsdiscessent de se plaindre , qu'on ne nrarmure plus contre les Hébreux ; que, sans dis* tinction , les pauvres, soit étrangers, soitdomesti-

^e%, sont abendamméntiiécourus. La chjhrîtéde <n saint diacres suflN ïi\m%'^ et ^ av^uiw >v%ilariôe {Ueine d'équité, iMéUMif à^tou^ les'bèsbins d'une multitude qui 4 pobr être par profesaSeirpauvre de cœur, n'était pas înseneititleèfindii^nee', moins encore à la négligence de eeux qui y de^afent pourvoir. ■ .' • ' ■ ' >'■•.••., î I .

Ces bieufi^ de l'^st^ entre le» niaiha de^ saint Etienne, ne jont doue. Mnploy^, niàrasiNttierla cupidité, ni à entrelenfr la vanité,* ni^à «tisfaîre la sensualité; mais il les partage- seleb^ la mesure de la nécessité : ils ne deviennent pas dans la personne d'Etienne l'héiitage ëek ^hair étdueaAg , mais l'héritagedel^orphelUi et d^randlgenf; Etienne n'en dispose pa9eomni»nNltfé,'imai»oommtaerviteur prudent et fidUef^ui se aouvient/qu'il^en Mt rendre compte lui-nênKi au souverain Mattve. Ah! mes fipères, i^éoriaiD ss^nt Bernard, déplorant les désordres de son siècle y que ne pids-jC'Voir TÉglise de Dieu dans cet ancien lustre, ettians cette pureté de moBurs et de disieipliné où elleélajt antrefois! QuU inihi dè^utvêcMmBeetâHMtn i)0it sieta €rai in die^ atat^A^I Btnmi-^ je«dit«is votontiers, tovehé du niénuiaèle^que ea gpnM'SaintMf Que ne pus-jc'voir des hoÉoÉbee da eamotèrè de saint Etienne, pourvu deàbénéfioséde l'ÉgKpÉl 4e»hom« mee,:comi|ie sahil Étienoey plëlpsjdè>religl6n et de josticBl dea heimsa .taûmi pmm§àéâ /qne saint Etienne des obKgatioaB «ttachéea iRix béaéfiœs et imcdignltéadonttlsMatrevéDiirdea hommeaaussi eonvainous que iiev < dignités eveea béoéioea les engagent à êtf^lee pères des pauivoi^ qu'à cette seule condit^ , il leur est permis d^^ntrer; que fÊglise a bien eule pouvoir de leur eh conférer les titres , maie qiMIe n'a'janiaist»u ni prétendu leur en donner f entier et absohi doÉiame; iqu'Ba n'en sont les propriétaires que pdur 4en tùtrUs , etqu'tls n'ont droit <Pen reoseiNîr le» tmto^ne pour-les répandre partout iaà il y 1^ des'inisèreartà'SdulligArl que n'at-jeia isonsolation 4b wm des hamoies pénétrés de ces vérités, et agitentdeldh'eès^priùcipesICest TOUS, Seigneur; qui les formés^ «es #p gnes si^ets; c'est vous, et vouH scoïqul fMUves aire revivre dana votre Église cet esprit ée-atàat Étientiè, que la oonruptiovLde l'esprit du ^monde semble y avoir éteint; Si 4)sux qui jouissent jde «es sacrésr revenus en comprenaient bien la «atuîFe v ils n'eî) craindraient jamais assez les conséquences : bien loin <to s'applaudiF d'en avoir la peasesslon. Ils gémiraient sous le fiurdeau d'une telle adminîatration; bien loin d'en désirer la phiralité, ils en redouteraient même, pour ra'exprimer de la jort^^ la singularité et Tunîté. Pourquoi ces biens sonl-îls si funestes à plusieurs, et pourquoi leur attii:snt-ils la malédiction de Dieu? parce qu'on ne pense à rien moins qu'au saint usagequ'il en ûndraît frire ; parce

POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

que, uniquement occupé dei avantages temporels qu*on y recherche et qu'on y trouve, on s'en £ût, aux dépens des pauvres , une matière continuelle de sacril^e et de larcin : je dis de lardn , en s*appropriant , par une criminelle usurpation , des aumônes que la charité des fondateurs avait destinées à l'entretien du troupeau de Jésus-Christ : et c'est pour corriger cet abus , que je vous propose l'exemple de saint Etienne : exemple contre lequel ni la coutume , ni rimpunité, ni l'erreur ne prescriront jamais , et qui seul suffira pour nous confondre au jugement de Dieu.

Non-seulement saint Etienne, en vertu de la commission qu'il avait reçue , était chargé du trésor de l'Église, mais do la conduite des veuves qui vivaient séparées du monde, et dévouées au culte divin. C'était à lui de les instruire, de les diriger, de les consoler, et par conséquent de traiter souvent avec elles, de les voir et de les écouter. Or, c'est ici que Dieu mit encore à l'épreuve toute sa probité *, c^est ici que parut avec éclat l'intégrité de ses moeurs , et que le ténioignage public lui fut également avantageux et nécessaire : car ne vous persuadez pas que la charité, ni même que la sainteté des premiers durétiens le dût garantir de la censure, s*îl y eût donné quelque lieu. Au contraire, plus le christianisme était saint , plus devait-on être disposé à condamner sévèrement jusqu'aux moindres apparences. Outre que la charité de ces premiers siècles n'était pas exempte de toute imperfection humaine (car déjà la Jalousie s'était glissée dans les cœurs, déjà l'esprit de dissension avait fonné des partis ) ; quelque sainte que fût l'Église , eUe était composée d'hommes, ainsi qu'elle Test aujourd'hui, et Ton y jugeait à peu près des choses comme nous en jugeons t l'histoire de saint Etienne ne nous le prouve que trop. Il n'aurait donc pas évité les fâcheux et sinistres jugements que l'on eût faits de lui , s'il s'était démenti de l'inviolable régularité dont il faisait profession; mais c'est justement par cette régularité inviolable qu'il se soutient; et voici, mes chers auditeurs, ce que je voos prie de bien observer. Quoique l'engagement où se trouve saint Etienne de converser avec un sexe si faible luimême, et si capable d'affaiblir les plus forts, soit une de ces fonctions qui, dans tous les temps, ont donné plus de prise à la médiaance; par un effet tout opposé, c'est ce qui augmente l'opinion et la haute estime qu'on a conçues de sa personne. Sa réputation est si bien établie, que la plus rigide censure est forcée sur ce point de le respecter. Etienne , à la fleur de son âge , et dans l'exercice de son ministère , converse avec des femmes , dim^ je sans scandale ? c'est peu , si vous le vouiez ; diraije sans reproche? c'est beaucoup; dirai-je sans foupconf C^est encore pl(|s; tuais ce n*est point

assez : car il le fiiit avec honneur , il le fait avec firuit , il le fut avec une édification qui se communique à toute rÉglise : voilà ce qui approche du miracle. Voulez-vous voir, chrétiens , de quelle distinction et de quel poids est <;ette louange pour Etienne ? souvenez-vous de ce qu'ont eu à essuyer les plus grands saints en de pareilles occasions ; sou venez-vous de ce qu'il en coûta à saint Jérôme : c'était un homme vénérable, et par sa doctrine , et par son austérité; un homme crucifié et mort au monde, un homme dont la vie était une affreuse et perpétuelle pénitence. Toutefois , quelles persécutions, quoique liyustes, n'eut4l pas à soutenir? quels bruits , quoique mal fondés , la critique ne répandit-elle pas contre sa conduite? Malç^ les sages précautions dont II usa dans la direction de ces illustres Romaines qu'il avait gagnées à Dieu , de quelles couleurs , quoique fausses , n'entreprit-on pas de le noircir? de quelles apologies n'eut-il pas besoin pour justifier son zèle quoique saint , et ses intentions quoique puces? Quelles plaintes n'en faisait-il pas, et comment lui-même s'en est-il expliqué? Chose étrange (ce sont ses propres paroles dans une de ses épttres), avant que je connusse Paule , tout l'univers se déclarait en ma ûiveur ; il n'y avait point d'éloge qu'on ne me donnât, point de vertu qui ne fût en moi , point de place où je n'eusse droit de prétendre, jusque-là qu'on méjugeait digne du souverain pontificat : AnUquam éomum aanctm Faulm nossem, toUus in me urbis comonabatU studia; dignus nanmo sacerdoUo decemèbar; dicebar kumiUs, sanctuêf ditcretut. Mais depuis, lyoutait-il , que j'ai commencé à honorer cette servante de Dieu, et à prendre soin de son âme , dès là , par une bizarre i^volution , tout s'est soulevé contre moi; on ne m'a plus trouvé aucun mérite ; j'ai cessé d'être ce que j'étais , et toutes m^s vertus m'ont abandonné : Sed postqnam iUam pro merito su» ccuUlatit colère ccepi, omnes me ilUco deseruere virMeté

Que veux-je conclure de là, chrétiens? Vous le voyez : que , comme il n'y a rien à quoi la censure s'attache plus malignement qu'à ce qui regarde ces fréquents entretiens des mim'stres de Jésus-Christ avec ses épouses; rien où il soit plus difficile à un serviteur de Dieu d'avoir pour soi le suffrage du public , puisque les saints même les plus autorisés, tel qu'était entre les autres saint Jérôme , y sont à peine parvenus : aussi n'est-il rien où ce qui s'appelle exactitude de devoir, sainteté de mœurs, irr^iréhensibilité de vie, soit plus nécessaire et tout ensemble plus glorieux : c'est donc là ce qui fait la gloire de saint Etienne. Car pourquoi est-U respecté, révéré , canonisé par la voix publique, dans un ministère où les autres sont si sujets à être calomniés et décriés ? Ah l mes frères répond saint Augustin ,

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ne vous en étonnez pas; c'est quil était rempli de cette grâce qui rend les hommes parfaits selon Dieu et selon le monde , Siephanus atUempletws grafia ; c'est que, pour correspondre à cette grâce, il avait toute la vigilance et tous les égards que demandait rhonneur de sa profession; c'est qu'agissant par le mouvement de cette grâce , il se comportait envers le sexe dévot comme un homme au-dessus de rhuroanité , avec la pureté d'un ange et la modestie d'une vierge ; grave sans a£fectation , prudent sans dissimulation , mortifié et austère sans dureté, charitable et doux sans £aâblesse; c'est qu'étant sanc* tifié par l'onction de cette grâce, on pouvait à la lettre dire de lui qu'il était cet ouvrier dont parle TApétre, qui marche la tête levée, et qui ne fait rien dont il puisse rougir : Operarhan incot^fusibilem. (2. Tim., 2.) Pour cela, reprend saint Augustin , on lui donne la conduite des femmes , et par là il reçoit authentiquement le témoignage qu'on lui doit, de la plus épurée, de la plus solide et de la plus consommée vertu : rirgo prseponUur/eminis, et U hoc tesUmonium atcipit bUegerrim» casH- Mis : par là il s'acquiert l'estime, non-seulement des domestiques de la foi , mais des étrangers ; par là il triomphe de ses ennemis, qui , transportés de fureur, après avoir fait de vains efforU pour opprimer son innocence, grincent des dents contre lui , parce que toutes les accusations dont ils le chargent se détruisent d'elles-mêmes, et ne peuvent rien contre cet honorable témoignage que lui rend malgré eux la vérité : IHssecabantur eordibus stds , et êtridebant dentibus in eum (Act.j 7) : par là , dis^e , il triomphe de la calomnie, et c'était aussi le grand moyen , le moyen unique d'en triompher ; car pour continuer à faire de cet éloge notre instruction particulière , prétendre être à couvert de la médisance sous un autre voile que celui de l'innocence ; espérer que les hommc^ nous épargneront , tandis que nous ne marchons pas dans les voies droites ; croire qu'on excusera nos vices par la considération de nos personnes, c'est nous flatter , chrétiens, et nous méconnaître : fussions-nous les dieux de la terre , on nous .jugera ; et s'il y a du faible en nous , on nous condamnera. Il n'y a que la probité et la probité reconnue, qui puisse être au-dessus des discours et des jugements du monde.

Venons an détail, et développons ce point de morale si naturellement enfermé, dans mon sujet» Ainsi, mes chers auditeurs, prétendre, surtout dans le siècle où nous vivons , échapper à la maUgnité du monde par une autre voie que par celle d'une exacte et constante régularité; pour une femme, par exemple, se persuader qu'elle pourra se donner impunément toute sorte de liberté, sans que l'on pense à elle, ni qu'on parle d'elle; qu'il lui sera permb d'entretenir tels commerces qu'il lui plaira sans

qu'on en tire des conséquences an préjudice de son honneur; qu'elle aura droit d'avoir dans le monde des liaisons dangereuses et suspectes , sans qu'on ait droit de s'en scandaliser ; et que, quoi qu'elle fasse, on sera obligé à ne rien croire, à ne rien soupçonner, à ne rien voir ; ou plutôt qu'on sera obligé de s'aveugler soi-même, pour la supposer régulière et sage; n'est-ce pas une prétention aussi chimérique qu'injuste? cependant c'est la prétention de tant de femmes mondaines. On veut avoir tout le crédit de la bonne vie et toute la réputation de la vertu , sans qu'il en coûte de se contraindre, ni de s'assujettir à aucune règle ; disons mieux : on veut avoir tout le crédit de la vertu et de la bonne vie, avec toute l'indépendance du libertinage et du vice. Ainsi verrez*vous des femmes engagées dans des sociétés que la charité même la plus indulgente ne peut excuser, ni favorablement interpréter, se piquer néanmoins d'être exemptes de reproche, vouloir qu'on les estime telles , trouver mauvais qu'on n'en convienne pas, prendre à partie ceux qui en doutent et qui se malédifient de leurs actions; et cela, sous prétexte de l'obligation que Dieu nous impose de ne point juger. Obligation sur laquelle elles sont éloquentes, parce qu'elles y sont intéressées, sand considérer que , si ce principe avait toute l'étendue qu'elles lui donnent, les plus honteux désordres régneraient tranquillement denslemonde , puisqu'il ne serait plus permis d'en considérer les apparences, qui néanmoins en font tout le scandale; et ^le les apparences, ainsi autorisées, en fomen* teraient les plus pernicieux effets. Mais, ce sont, me direz-vous, des jugements téméraires qu'on fait de moi ; et moi, je prétends que ce sont des jugements raisonnables, prudents, bien fondés. Ils peuvent être faux; mais, dans la conduite peu dr* oonspecte que vous tenez, ils ne peuvent Are téméraires : car vous devez savoir que tout jugement désavantageux n'est pas jugement téméraire; et que souvent, dans la matière dont je pùle, moins de chose que vous ne pensez suffît pour nous mettre en droit de prononcer. £t en effet, du moment que vous ne gardez pas les bienséances qui conviennent à votre état ou à votre sexe, et que vous vous donnez certaines libertés qui choquent les lois de la modestie et de la prudence chr^enne^ vous justifiez tous lesjogements que je fais de vous. Si je me trompe en me scandalisant, vous êtes responsable devant Dieu de mon scandale et de mon erreur. Mais cet homme, ajoutez^vous, dont on me reproche la fréquentation comme un crime, est rhomme du monde à qui je dois le plus de reconnaissance, et qui m'a le plus sensiblement obligée. Que concluez-vous de là? En est-il moins homme? en est-il moins dangereux pour vous? en étes-vous moins un objet de pasnon pour hAÎ? n'est-ce pas

POUR LA FÊTE DB SAUTT ÉHENIVE.

pour cela même que vous devez le eramdre, et qm ce qui serait peut-être Hidifféra»t à 1'^^ Â'«i»ettr tre, doit à sob égard alaroieir vo^^MM^cienee et vous troubler? Cest en ceci, ijaee chersAudilears, plus qu'eu tout 4e reste, (jpi'il faut accomplir le précepte de l'apôtre, lequel nous ordoune de Caire le bieo, non-seulement devant Dieu, qui en est le ji^, mais devant les hommes , qui ep sont lea témoins i proviffefUes bcna, notk tofdmn cwrmn ûeoy 9ed eikan corammnnHnu kotninilms. (Ao^^ 12*} Voitt en quoi saint Etienne s'est signalé^ et œqu'a opéré dans sa personne 4a grâce dont 14 était rempli ; Ste» phanm pkmu gratia*

Maïs allons plus avant. J'ai cfit qu'en préebaat Jéius-Christ) îtiennet avait /ait paraître dans son ministère une sagesse toute divînet et je n'en veux point d'autre preuve que cet ineomparsèle discours qu'il fit dans la synagogue v lorsque, toutes les seete» du judaïsme s'étant élevées contre lui , il soutint seul la cause de Dieu et l'honneur de TÉvan*^ gile. Vit-on jamais dans un discours tant de dignité avec tant de modestie , tant de véhémence avec tant de douceur, tai^ de force avec tant d'insinuation , tant de fermeté avec tant de charité? et ne fut-ce pas là le plus évident témoignage de ki haute et su* l>lime sagesse qui l'éclairait? Avec cela, faut-il s'étonner s'il eut le don de persuader ou du moins de confondre les Juifs les plus passionnés pour lemr loi ? Vous êtes infidèles à Dieu , leur disait-il aminé de zèle, et ne respirant que leur conversion (car pour votre édification, chrétiens, sou&ez que je le rapporte ici en propres termes, ce discours de saint Etienne, qui, sans contredit, est un des mo-* numents les plus authentiques du christianisme ); vous êtes infidèles à Dieu ; mais je n'en suis point surpris, vous ressemtrie^ à vos pères : td a été leur aveuglement et leur sort malheureux ; ainsi ontils, par leur conduite, irrité Dieu dès les premiers temps. YoyeK comme ils |trahiretit Joseph le plus innocent des hommes et la figure du Messie, en le vendant à des étrangers : voyez comme ils traitèrent Moïse, leur législateur et leur chef, en murmurant contre ses ordres, en se révoltant malgré ses BHrades , en adorant un veau d'or pour lui faire hn* suite ; c'^ait ce Moïse qui leur promettait iln Dieu sanveurv et ils ne l'ont pas cru : voye? conune ils ont leçiï les prophètes; en est^il venu un seul qu'ils n'aient pas persécuté? dites-moi celui dont Hs^ ont épargné le sang? et néanmoins ces prophètes étalenil les députés de Dieu , et leur annonçaient la ve* nue dtt:€hrist. Il n'est donc pas surprenait, con<» duait Etienne, que leur mauvais exemple vous i&i séduits; mais ce que je déplore, c'est que vous ne vouliez pas enfin obvrir les yeux, que vous ne profitiez pas de \mt mdfaeur, et que, au tteu de vous rendre iMg«s paHa vue des diâtiments que Dieu a

eixeroés sur eux, tow remplissiez la mesure de leun crimes, et vous deveniez «neoine plus coupables qu^eux : car îisn'dnt fait momrir qiie les prophètes et les précurseurs du Messie r et vous avez cnksifié Je Itasie même, et le Dieu des prophètes. Cest ainsi, dispje, que smnt Etienne pressait tes Juifs , «ans quTaucun d'eux pût résister à la sagesse et à Tesplnt devin qui pariait en lui : ^ nonp&ètrant re- 4isiere4apimlimetSpifiMquihqvebantur. {Act., 60 S'il eût dittoue cela aveeifieité et d'une manière iflPt)érieu8s, en tes convaincant même par 9its raisons, il les amvit aigris; mais puioe qu'ii était plan de sagesse, il aocompagnsât tout cela de tSMt de grâce, de roénagementy de respect pour feér« personnes, qu'il montrait bieni que c^ait en ^!te la sagesse ^ui parlait par «a bouche : FiH fratres , et paires, emdUe (Ibid., 7) : Mes ârères, ajoutaitil, écoutez-moi; c'est pour votre salut que Dieii m'inspire te zèle dont je suis touché; je ne suis ni un inconno, niunitiai^ieràTotre^ard; jefais profession de la même 4bî ^ae >;^NU ; je suis comme tous de la race d'Abraham, je vous hdnore tous oomnra mes pères:: luiisy encore uàe fois, ne méprisez pas mt pairoie, rendez-vous âmes remonttanœs, et ne rejftez pasla gritee que Dieu vous offire par mon ministère il parlait, chrétiens , comme un ange du ctel , et ses ennemis mêmes aper^ Devaient dans son visage je ne sais quoi de céleste r Eé intuebamktr vvMim^ ^fut tanqtmm tmUum aitgeU stemtisifUer Hhs. (Bbid.) Mais enfin parce qu'il en voit quelques-uns , malgré de ei sakitaires avertissements , persister d«is leur incrédulité, son zète s'enfiamme , et il en vient aux rephiches et aux menaces : DuraeervieeetinciroumetsiscorM>us, voM temper SpirUui sancto re$lstitis. (Ibid.) Allez, âmes indociles, espritsdûrs, cmurs Incirconds, vous êtes parvenus au cMibte de l'obstination, et il n'y a rien è attendre^ de vous qu'une étemelte résistance au Saint-Esprit et à la vérité. Eti bien ! confirmez*^ous dans votre malice , achevez ce que vos pères ont ^mmencé , soyez des réprouvés comme 0aai:Situtpatret^\!>estH,itaetvùê. (Ibid.) Autant de foudres , mes chers auditeurs , qui partaient de la bouche de saint Etienne , tandis que les Juifs confondus demeuraient dans te sitence : pourquoi? parce que c'était la sagesse, non pas de l'homme, mais de. Dieu, qui s'expliquait par l'organe de ce fervent prédicateur*

Or , à combien de pécheurà pourrais-Je adresser ces reproches qu'Etienne faisait à une nation aveugle et rcâielte ? H y a si longtemps, c)H*étiens , qu'on vous prêdie dans cette chak« (es vêrftés du sahit : Dieu vous a envoyé des ministres dé son Étangite , qui vous ont mèno persuadés , éés pirédicâteurs éloquents et touchants^ que plusieurs ont éébutës avec fruit. Si donc il y aVait Id de ees cœurs liidompta-

POUH LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

tiles et inflexibles de qui saint Etienne parlait. Dura eervfce , et incirctmciHi cordibta ; Pourquoi , leur diraia-je , voiis ohstlnez-vous à ne pas sortir Ae votre désordi'e, et pou^luoî opposez-vous aux ssintee maximes de la sagesse chrétieime. dont on a soin de vous instruireiUnefaussesHgessedà monde, qui est ennemie de Dieu? car voilà, tiômmes doBJècle, à qui vous endurcit et ce qui vous perd. Comme les Juib voulaient être sages selon leur loi , et non pas selon la loi de Jésos-Ctirist , vons voulez Stre sages selon le monde, prudents seloni le monde, intelligents , prévoyants , habiles , selon le monde r vous voulez accorder Jésus-Christ avec le monde, son Évangile avec tes lois du monde , son esprit avec l'esprit du monde; tout convaincus que vous £tA de vos devoirs envers Dieu , vous ne pouvez vous résoudre à aller contre le torrent du monde , vous craignez la censure du monde , vous vous faites une obligation et une nécessité de vous conformer aux usages du monde , et de vivre comme on vit dans le monde. Tel est le principe de cette dureté de cceur qui, comme un obstacle invincible, arrête votre conversion : or , pensez-vous que ces Juifs soulevés contre Jésus-Christ , et dont saint Etienne avait entrc|iris de combattre l'infidélité, fussent plus coupables que vous dans leur endurcissement et dans leur impénitence? Je soutiens, njoi, que votre endurcissement est, sans comparaison, plus criminel, et que par mille endroits leur împéniténce a dd paraître devant Dieu plus excusable et plus pardonnable que la vâtre.

non, mes chers auditeurs, ne nous Qattons point : ces Juifs que saint Etienne a confondus , quelque idée que nous en ayons , étaient moins infidèles que nous. Ils pécbaiént par un faux zèle de religion, et D0U8 péchons par un fonds de libertinage qui va Eouventjusqu'à l'irréligion; ils fermaient leurs oreilles et leurs coeurs h la parole de Dien , et nous , par un outr^ encore plus grand , nous n'entendons cette parole que pour en être le^ censeurs et les prévaricateurs : ils résistaient au Saint-Esprit, mais dans un temps où le Saint-Esprit était à peine Gvuaa*,iiotreconfusionesiquece divin Esprit ayant rempli tout l'univers de ses lumières , et sanctifié le monde pu sa venue, il trouve en nous la même résistance, et qu'après les merveilleux effets et les prodigieux changements dont sou adorable mission aétésuivie, on puisse encore nous dire: ^oifemper Spirilid lOTtcto reiisUtie. La source de ce dérèglement , je le répète, c'est cette malbeureuse sagesse du inonde dont nous sommes prévenus ; car avec cela il est impossible que Dieu se ' communique à nous , puisque cette sagesse, du monde , selon saint Paul, est une sagesse cbarnelle, etiiuaDieuestun pni esprit. Tout ce que Dieu opère en nous, cette sagesse du monde le détruit : Dieu nous éclaire, et

cette sagesse du monde nous aveugle; Dieu noua anime et nous excite, et cette sagesse du monde nous rend froids et lAcfaes; Dieu nous donne des désirs de pénitence, et cette sagesse du monde leï étouffe, n feut donc , si je veux que l'esprit de ïiien agisse en moi , quejê renonce à cette fausse sagesse, et que la première %le de ma conduite sott la sagesse éyangélique. Non, Je ne veux plus vivre selon les lois de cette sagesse mondaine que Dieu réprouve, Non-seulement je 'déleste les folies du monde, lesextravagatices du monde , mais la sagesse même du monde : i de Dieu,

est réprouvé jusqut i sagesse

prétendue est son affectait

moins d'être sage, il gérait

moins corrompu, { t sa plus

dangereuse corrupi que lui

ins[Hre la sagesse dont il se pique. Je veux donc, en m'attacbant pour jamais h la maxime do l'Apdtre , devenir fou selon le monde, pour être sage selon Dieu; passer pour insensé aux yeux du monde , afin d'Être fidèle et chrétienaux yeux de Dieu : Si quis videlur sapiens esse in hoc ixculo , slultiu fiai ttt sittapiem. (l. Cor., 3.) Revenonsà l'éloge de saint Etienne. Vous l'avez vu plein degrâcedans l'accomplissement de son ministère; voyez-le maintenant pldn de force dans la consommation de son martyre : c'est le si^et de. la seconde partie. DEUXIÈIdE PARTIE.

C'est un païen qui Ta dit, et ta seule raisoA humaine , indépendamment de la foi , lui a suffi pour le comprendre : il n'y a point de spectacle plus digne de Dieu qu'un homme aux prises avec la mauvaise fortune, et gui triomphe par sa constance de ses disgrâces et de ses malheurs : Et tpectaatlum ad quod rétpiciat itUentus opert suo Detti, vlr cornposltuscwnmala/ortwta.{StTiw:«.)Iepvis,(itt6tiens, pour la gloire de notre religion, enchérir sur la pensée de ce philosophe, et vous faire voir dans la personne de saint Etienne un spectacle encore pins divin ; je veux dire un homme, non pas simplement aux prises avec la mauvaise fortune, mais livré à la cruauté et à la rage de tout un peuple qui t'accable de coups, et dont il triomphe par son héroïque patience ; un homme vainqueur de soi-même , et qui , supérieur à tous les sentiments de la nature, triomphe de la haine de ses ennemis par son héroïque charité : deux miracles où notre saint a fait éclater cette force dont il était rempli : Plenus fortitudlne , fadébat prodigta et signa magna in populo : deux prodiges digne de Tattention de Dieu , Speetatmhim adquud retpidat Inlentus operi stio Detis : le prodige de la patience de saint Etienne dans toutes les drconstances de sa mort, et le prodige de sa charité envers les auteurs de sa mort. Or, si ces deux

POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE

prodiges ont servi de spectacle à Diea, pouvez- vous, mes chers auditeurs , être assez attentifs à les contempler, tandis que je vous les propose comme des modèles qui doivent vous instruire et vous édifier? Saint Etienne est le premier qui ait souffert la mort pour Jésus-Christ; c*est4-dire qui! a été le premier témoin de la divinité de Jésus-Qirist, le premier confesseur de son nom, le premier martyr de son Évangile, le premier combattant des armées de Dieu , en un mot , le premier héros du christianisme et de la loi de grâce. Ainsi I*Église le reconnatt-elle dans la solennité de ce jour. Et afin que vous ne pensiez pas que cette primauté soit un vain titre qui n'ajoute rien au mérite du sujet , souvenez-vous de ce qui arriva en figure au peuple juif, lorsque, poursuivi par Pharaon , il se trouva réduit à la nécessité inévitable de traverser la mer Rouge , pour se délivrer de l'oppression et de ta servitude des Ëgyptiens. Cest saint Chrysostôme qui fait cette remarque. Moïse , par une vertu divine , ayant étendu sa main sur les eaux , les avait déjà divisées , et montrait aux Israélites, dans la profondeur de cet abtme qui venait de s'ouvrir à leurs yeux , le chemin qu'ils devaient prendre, et qui les devrft sauver. Toutes les tribus étaient rangées en ordre de milice ; mais, quelque confiance qu'ils eussent tous dans la protection de leur Dieu , chacun frémissait à la vue de ce passage ; les flots élevés et suspendus de part et d'autre faisaient trembler les plus hardis. Que finit Moïse? Pour les rassurer et les fortifier, il marche le premier, il entre dans ce gouffre afifreux, le franchit , arrive heureusement à Tautre bord , et détermine par son exemple et par son intrépidité, tout le reste du peuple à le suivre; figure dont voici l'accomplissement dans saint Etienne. Le Sauveur du monde, qui fut souverainement et par excellence le conducteur du peuple de Dieu , mourant sur la croix , avait ouvert à ses élus , pour arriver au terme du parfait bonheur , une voie aussi difficile que nouvelle; savoir, la voie du martyre, qui selon la pensée des Pères , devait faire , par l'effiision du sang, comme une espèce de mer Rouge dans l'Église. Un nombre infini de chrétiens étaient destinés à essayer , si je puis parler de la sorte, le passage de cette mer; mais parce qu'ils étaient faibles, il fallait les encourager et les soutenir. Qu'a fait Dieu, ou plutôt qu'a fait saint Etienne, suscité de Dieu pour étreleurchef après Jésus-Christ? Comme un autre Moïse , il s'expose le premier , il marche à leur tête , il les attire par son exemple , en leur faisant voir que la mort endurée pour Dieu, que la voie du sang répandu pour le nom de Jésus-Christ, est un chemin sôr qui conduit à la gloire et à la vie : et voilà ce qui lui acquit la qualité de prince des martyrs. Après hii , tous es autres sont devenus inébranlables, et les plus sanglantes persécutions

ne les ont point étonnés; mais ils marchaient sur les pas de saint Etienne; c'était saint Etienne qui les animait tous ; et, s'il m'est permis de dire, ils participaient tous à la plénitude de sa force : Plenus fortUudùie.

Ce n'est pas assez : outre qu'il souffre le premier, il souffre de tous les genres du martyre un des plus cruels; car on le condamme à être lapidé : supplice prescrit pour punir le plus grand des crimes, qui fut le blasphème contre la loi, dont on accusait Etienne. Que dis-je ? ce supplice eut quelque chose encore pour lui de singulier, et le voici ; au lieu d y procéder dans l'ordre et selon les formes de la justice, on le fait avec emportement et avec fureur : Et impetum/ecerunt tmanimiter in eum. {Act,,!.) On se jette sur ce saint diacre, on l'outrage et on l'insulte, on l'entraîne hors de la ville, et là, sans nul sentiment d'humanité, après avoir déchargé sur son sacré corps une grêle de pierres, on le laisse expirer dans les plus violentes douleurs. Que vît-on jamais de plus barbare? mais aussi vit-on jamais rien de plus surprenant que la patience de cet illustre martyr? Sous cette grêle de pierres, il demeure ferme et immobile ; il conserve au milieu de son tourment toute la tranquillité et toute la paix de son âme ; il s'entretient avec Jésus-Christ , il hii recommande les besoins de l'Église, il pense à la conversion de saint Paul. Quel miracle de force! il est si grand , que te Fils de Dieu en veut être lui-même spectateur ; car c'est pour cela qu'il se lève de son trône , et que , touché de ce prodige , il se tient debout pour le considérer : Fideo cœloi apertos, et FlUum hominis ttantem a dextrU Dei. (Ibid.) U ne se lève pas, dit saint Ambroise, pour compatir à saint Etienne ; une si heureuse mort n'était pas un objet de compassion; mais il se lève pour voir combattre son serviteur dont il regarde la patience comme son propre triomphe. Surgit exultons de Victoria famuU sid, et ilUus patiendam suam ducens triumphum ( Ambr. ) : il se lève pour être plus prêt à recevoir dans le sein de la gloire ce généreux athlète de la foi ; Surgit, ut paratior sit ad coronandum athktam. Car c*est bien ici , Seigneur , que vous vérifiâtes à la lettre ces paroles du psaume : Postdsti in capite ^us coronam de lapide pretioso, {Psalm, 20.) Les Juifr accablaient Etienne de pierres , et vous vous serviez de ces pierres pour le couronner; ils lui en faisaient un supplice, et vous lui en faisiez un diadème d'honneur : leur cruauté semblait être de concert avec votre magnificence ; vous vouliez mettre sur sa tête une couronne de pierres précieuses, et ils vous en fournissaient la matière : en effet , quelles jarres furent jamais plus précieuses que celles qui produisirent à l'Église ce premier martyr de notre religion?

POUR LA FÊTE DE SAINT ÉTIBNNË

Or, pour D0U8 appliquer ceci , chrétiens , savczvooB 08 qui m'afQige? C'est la comparaisou que je fais de notre lâcheté avec cette force héroïque de saint Etienne. Je dis de notre lâcheté ^ soit dans les maux de la vie que nous avons à supporter , soit dans les biens dont nous avons à user , puisque dans l'un et dans l'autre état nous la faisons également paraître : car voilà , mes chers auditeurs , ce que nom devons aujourd'hui nous reprocher devant Dieu. Saint Etienne, avec un courage invincible, a soutenu le plus rigoureux martyre, et nous, dans les moindres épreuves , nous témoignons des faiblesses honteuses; une légère disgrâce , une contradiction, une humiliation, nous fait perdre le coeur; et de là viennent ces abattements, ces chagrins, ces impatiences et ces désespoirs où notre vie se passe. De là ces troubles qui nous agitent, qui nous désolent , qui nous ôtent toute attention à nos devoirs les plus essentiels, qui nous causent de mortels dégoûts pour les plus saints exercices de la piété, qui nous mettent dans une espèce d'impuissance de nous élever à Dieu, qui ébranlent jus* qu'aux fondements de notre foi , et qui nous font non-seulement croire que Dieu nous abandonne, mais souvent douter s'il y a un Dieu et une Providence , ne considérant pas , aveugles et insensés que nous sommes, et ne voyant pas que c*est par là même que nous devons être convaincus qu'il y a un Dieu qui nous gouverne, et une Providence qui veille sur nous , puisqu'il est vrai qu'à notre égarîd , comme à l'égard de saint Etienne, les persécutions et les croix sont la précieuse matière dont notre couronne doit être formée; que sans cela le royaume de Dieu ne serait plus cette place de conquête qui ne peut être emportée que par violence; que c'est pour cela que nous sommes les enfants des saints, et que nous n'avons pas encore résisté, comme eux, jusqu'à verser du sang.

Tel est, dis-je, le premier sujet de ma douleur; et voici l'autre, encore plus touchant : saint Etienne, plein de force, a triomphé des tourments et de la mort; et nous, tous les jours, nous sommes vaincus par la mollesse et par les 'douceurs de la vie. Ah! mes frères, disait saint Cyprien, parlant au peuple deCarthage, il est bien étrange que la paix dont jouit présentement l'Église n'ait servi qu'à nous corrompre et à nous pervertir. Tant que la persécution a duré, nous étions vifs et ardents; mais maintenant que le christianisme respire, nous languissons ; nous n'avons plus à combattre que nousmêmes , et nous succombons ; nos vices sont nos seuls persécuteurs , et nous leur cédons. C'est l'oisiveté qui nous affaiblit , c'est la prospérité qui nou^ relâche, c'est le plaisir qui nous endiante : Etnunc Jrangunt oUa, guos bella non vicerant. (Cypb.) Je vous dis de même, mes chers auditeurs, notre

confusion est que la foi ayant été , dans les martyrs « victorieuse de la barbarie et de l'inhumanité , elle soit aujourd'hui dans la plupart des chrétiens esclave de la volupté et de la sensualité : car, il faut l'avouer et en rougir, on ne sait plus de nos jours ce que c'est que la force chrétienne; on ne pense pas seulement à résister au péché; on ne se met pas même en défense contre l'iniquité du siècle. Des trois ennemis du salut que l'apêtre nous marque, le démon, la chair et le monde, le plus redoutable c'est la chair; mais bien loin de la traiter en ennemie, on la flatte, on l'épargne, on la nourrit autant qu'il est possible dans les délices, et l'on se trouve ensuite honteusement asservi et livré à ses désirs impurs : le plus artificieux , c'est le démon ; et bien loin d'être en garde contre lui , on est d'intelligence avec lui , on se platt à en être tenté , ou plutôt on se suscite à soi-même des tentations plus dangereuses que toutes celles qui viennent de lui : le plus contagieux, c'est le monde; et bien loin de le Âiir, on le recherche, on l'idolâtre, on en veut être approuvé et applaudi , on se fait un mérite de s'y attacher : ces armes spirituelles dont le même saint Paul voulait que nous fussions revêtus pour repousser des ennemis si formidables, c'est-à-dire ce bouclier de la foi, cette cuirasse de la justice, ce glaive de la parole de Dieu , on se rend tout cela inutile , parce qu'on n'en fait aucun usage. Ces moyens établis de Dieu pour se fortifier contre les attaques et les ruses du tentateur, c'es^à-dire la pénitence, la vigilance, la persévérance dans la prière et dans les bonnes œuvres , ne nous servent à rien, parce qu'on refuse de les prendre; on se rebute de tout, on s'effraye de tout; les moindres difficultés sont des monstres pour nous , et de spécieux prétextes pour ne rien entreprendre , ou pour tout quitter. Ce n'est pas qu'on n'en ait des remords , ce n'est pas qu'on ne s'ap^çoive bien que le relâchement où l'on vit est directement opposé à l'esprit de l'Évangile ; mais on se contente d'en accuser sa faiblesse, sans l'Imputer jamais à son infidélité, ni à sa malice. Votre feiblesse, mon cher auditeur, et à qui est-ce de la vaincre qu'à vous-même? Or, quelles violences vous faites-vous? quelles victoires remportez-vous? vous êtes faible dans les moindres rencontres; mais que serait-ce donc s'il fallait rendre à votre Dieu le témoignage que lui ont rendu les martyrs? auriez-vous le courage de souffrir comme eux? et pour juger si vous l'auriez alors, l'avez-vous dès à présent? si vous ne l'avez pas, êtes- vous chrétien? si vous l'avez, que ne le faites- vous voir dans les occasions que Dieu vous en fournit? C'est là ce que saint Etienne vous prêche : et je vous annonce, moi , que quand la voix de son sang ne le dirait pas , les pierres dont les Juifs le lapidèrent vous le feront entendre malgré vous dans le jugement de Dieu :

POUH Lk FÊTE DE SAli^X ETIENNE.

Dico vobUy qida lapides clamabunt. (Luc , 19.) i rite et de Tantiour divin : Dum lapidei Judd^ Ste*

Je dis plus : parce que saint Étienxie était plein de force , j*ajoute qu*il a triomphé d'un autre ennemi plus difficile encore à vaincre que la mort, qui est la passion de la vengeance : et voilà le prodige de sa charité. Si je vous disais qu^il s'est contenté de par* donner à ses ennemis , en ne leur voulant point de mal, peut-être vous flatteriez-vous d'accomplir aussi bien que lui la loi de la charité parfaite : car c'est» dans le style du monde, à quoi communément oa la réduit. Cet homme m'a offensé et je lui pardonne « mais qu'on ne me demande rien davantage; j'oublie l'injure qu'il m'a faite , mais qu'on ne me parle point de lui; je ne lui ferai nul tort, mais qu'Û n'attende de UH)! nulle grâce. Fantôme de charité, dont on se laisse aveugler jusqu'à s'en faire une fausse conscience. Mais quandi pour vous détromper d'une erreur si pernicieuse, je vous dis que saint Etienne a voulu du bien à ceux qui le lapidaient ; quand je vous dis qu'il les a aimés jusqu'à se fiire leur iitfereesseur auprès de Dieu, jusqu'à prier Dieu pour eux avec plus de zèle que pour lui-même, jusqu'à leur obtenir, par son crédit, des grâces insignes ; qu'avezvous à répondre, et que pouvez-vous opposer à eet exemple? Oui, mon cbor auditeur, c'est à cet exemple que j'en appelle de toutes les maximes que vous inspire le monde, pour vous justifier à vous-même vos vengeances : saint Etienne a aimé ses ennemis ; il n'avait garde de les ha!r, dit saint Augustin, car n savait qu'il leur était redevable de toute sa gloi re , et que c'était par eux que le royaume du ciel lui était cuvert : NescfeM iU ir^cirper quos sibi videbcU regni cœksHs aidam qperM. ( AdgustO Si vous agissiez dans les vm^ de la foi , ce seul motif suffirait pour étouffer tous les ressentiments qui se forment dans votr0 cœur^ £q effet, eet homme que vous prétendez être votse ennemi; cet hon^me qui vous a piqué, qui vous «raiiléy qui vous a déerié et calomnié ; œt homme qui vous a rendu et qui vous rend sans cesse de mauvais offices, est celui que laProvideuceadestioé pour être un des instruments de votre salut, pour être un moyea de votre sanctificatioa, pour servir à vous faire pratiquer ce qu'il y a de plus méritoire et de plus saint devant Dieu. Or en cette qualité, quoiqued'ailleurs votre ennemi , n'est-il pas juste que vous l'aimiez et même que vous le respectiez? Non-seulement saint Etienne a aimé ses persécuteurs , mais il les a aimés parce qu'ils étaient ses persécuteurs. Que font les Juifs , en le lapidant ? Écoutez la penséede saint Fulgeace, qui vous parattra aussi solide qu'ingénieuse : saint Etienne , dit ce père, comme limier martyr du christianisme, est une des pierres vivantes dont Jésus-Christ commence à bâtir son ËgUse » et les Juifs , qui sont eux-mêmes des cœurs de pierre, frappant cette pierre mystérieuse, en loBt sortir les étincelles de la eha-

phanum percutivM^ ignem gx eo charUaUs e£C* ciuîU, (FuLO.) Excellente idéed'uoecbarké vraiment chrétienne. Aimer ceux qui vous font du Jbien , ceux qui sont dans vos intérêts , ceux qui vous servent et qui vous plaisent, c'est la charité des païens, et pour cela il ne faut point avoir recours à l'È vangLIe ; mais aimer ceux qui vous baissent, ceux qui vous persécutent, ceux qui vous oppriment, etles.aimer, lors même qu'ils travaillent avec plus d'ardeur et qu'ils sont même plus obstinés à vous opprimer, c'est la charité du chrétien, c'est l'esprit de votre rehgion, c'est ce qui doit vous discerner du juif et de l'infidèle : sans cette charité parfaite, dont Jésus-Christ a été le modèle et le législateur , en vain seriez- vous aussi mortifié et aussi austère que les plus fervents religieux : pour un homme du monde comme vous, voilà en quoi consiste votre essentielle austérité et votre première mortification.

Ah! chrétiens, 4*admirefe-vouB par jusqu'où va la force de ce prodigieux amour d'Étienoe pour ses ennemis?Pendant qu'ils le lapident, il intercède pour eux, il demande grâce pour eux, il plaide leur cause ; et il la plaide si éloquemmeat, dit saint Augustin , qu'il paraît bien que c'est la charité même et le Saint-Esprit qui parie par sa bouche. Seigneur , s'écrie-t-il en s'adressant au Fils de Dieu, ne leur imputez pas ce péché : c'est vous-même qui sur |a croix m'avez appris, par votre exemple, à tenir ce langage; et je ne crains point que ma prière en faveur de ces malheureux soit téméraire et présomptueuse, puisqu'elle est conforme à la vôtre, et fondée sur la vôtre. Il est vrai que leur crime est grand ; mais souvenez-vous que vous avez prié votre Père pour la rémission d'un crime mille fois encore plus grand : car vous étiez le maître, et je ne suis qae le serviteur et le disciple. J'ai donc droit d'espârer que, puisque vous avez vous-même jugé digne de pardon l'attentat et le déicide commis dans votre adorable personne, l'outrage qu'on me fait aujourd'hui ne sera point irrémissible; et qu'après que vous avez dit pour ceux qui vous crudfiaient, pater, dimUie i//ii (Luc, 33), je puis dire pour les auteurs de ma mort , Domine, ne statuas iUis hoc peccatum, {Aet.y 7.) Cest ainsi que la diarité de saint Etienne cherche à excuser et à disculper ses enneuiis. Cela vous paraît hélroîque ; et moi je soutiens que cet héroïsme , bien entendu , n'est point un simple conseil, mais un prééepte, et que, si vous ne priez sincèrement et de bonne foi pour vos plus cruels ennemis , il n'y a point de satut pour vous. I^'est ce pas ce que vous enseigne l'Évangile, et n'y avezvous pas lu cent fois ces paroles si expresses : Orute pro perseguenHbvs vos, utsiiisfiUi Patris vestri (MiiTTH. , 6} ; Priez pour ceux qui vous outragent , afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste?

POUR LA FÊTE DE SAIiST JEAN L'EVANGÉLISTE,

Pouvii;it-on vous déckurer ce point en des termes pk» fort»? n'est-ce pas la règle que saint Etienne a flaim^en avez-vous une autre que lui? Tentendez*vou6 mieux.que lui? penses-vous et prétendezvous qu'iUoys en ooAte moins qu'à lui?

Qu*il estiûdportant, ehréttens, de méditer soU* vent ces vérilésrje tous ai dit que saint Etienne avait iwlÀfKDiir ceii& qui le lapidaient aveo. plus de lèle^epsourluHiBême, C'est oe qui parait encore dans la decieription que saint Luc nous a faite de son mait^ : etor^ pourquoi pens^-vous que ce saîBtiiacM^ après s!ét3^teQ»d6&«it en necommandant $w âo^e k Bi^u 9 t^^sse les genoux pour recommander le saiut de ses bourreaux, posHis auiem genifmsf iAçLj 7) c'est qu'il ^it que dan* cette posture, il sera plus en état d'être exaucé, et d'obt^oir pour ei^.miséi^icorde* D avail donc pour .ses eunemis, conclut saii^t Berpard, unie charité plus ardente que pour s^ pr^P^e personne ; AmpUorem ergo pro( ini^Uçis, qiiam pro se ipsfi ». habebat solUeUwUnem. (BiW.) Mais de plus ,. pourquoi bansse-t-il alorsla voix « et pousse-t-il un grand cri vers le ciel : ÇlfimavU voce magiMf Pour empêcher, répond le canlinal Pierre Damien, que les cris des Juift 9>'a}lleat jusqu'à Dieu^. et n'attirent sur eux sa vengeance, iics. Ji|ifs criaient par un emportement defiireiw, ?t s^i^t tx\p^ni^ par.uQ excès de charité : Çlan^n'.lapUiqnfitmvfiaroris eraiidamor StephatUy pieiaUs. (P^tb. Pàh.) Or, il fallait, igoute.ee père, que le. cri ,dc. la çbarjté l'emportât sur les cris de la ^urem^, et c'est, ce qui arrive : la voix de saint JÈtienn,e est si forte, qu'jslle se fait seule entendre; Dieu n'a d'oreilles que pour lui ; et il est si touché de sa prière , qulil ne peut , ce sembl^ , l^i résister et qu'il répand ^r 1«|S plus indignes sîijet^ ses gr&ces Içspi^ abondantes.,Cestde là que Saul« le plus violent perséçutjBur ^e TÉgli^ , est changé en un apôtre,. iet devient un vaisjseac^ d'élection, comme si Dieu avait entrepris de seconder , par le plus éclatant miracle d^ sa misé|ricorde, les prodiges de la charité d'Etienne : car c'est à la charité d'Étienoe qu'était attachée la prédestins^on^ ^ ^ocation^ la conversion de Paul; puisqu'il est vrai, comme l'a xemaxqoé saint Augustin > que si saiot Etienne nVût prié, VÉ^sen^urait pas eu ce docteur des . nations et «ette grande tomière : Si Stepkantêê non orasiei, EcGie9ia.Paukmn^n kflberet. (Àx&ovt.) Otf tireji la oonsécpienee pour vousmêmes, mes. ehers auditeurs» et. prenez pour un des signes les plus certains de votrç |tf édestinatipu bienhaureuse^ cette chari^ envers vos ennemis.

Vous êtes pécheurs > et peut-être, au moment que je vous parie, votre conscience est-elle dans un désordre qui vous doit faire trembler ; mais espérez tout, si vous pouvez vous rë8<>ttdre à aimer chrétieunement cet homme qui s'est tourné contre vous.

ot dont vous avez reçu une injure qui vous blesse : ^mr cette victoire que vous remportez sur vousmême, ce sacrifice que vous faites de votre ressentiment, est une preuve convaincante que vous Kimez Dieu ^ et dès que vous aimez Dieu , vous êtes en grâce avec Dieu.

Ce fut en achevant sa prière , que saint Etienne Vendormit paiâUenient dan» ielSe^eur : Cum haec (Uxisset, obd&rmMi in Domino. {Act, 7.) Et il était juste, reprend saint Augustin, qu'il monrât de la sorte , et qu'il ne survécût pas à une prière si aainte. Qu'aurait-il pu dke, ou qu'aucait-â pu faire dans la suite d'une plus longue vie , qiii approchât du mérite d'une telle charité? C'est par là même aussi que je fiais, chrétiens ^ en vous conjurant d'imiter la charité de ce saint martyr, de l'exercer comme lui, cette charité si digne de la perfection et de l'excellence de votre foi ; cette charité que le paganisme n'a poii)t connue , et que la nature ne peut inspirer. Pardonnons, afin que Dieu nous pardonne : car il nous traitera ayec la même indulgence que nous aurons eue pour les aiOres ; il nous rendra bien pour bien et grâce pour grâce ; autant que nous aurons remis d'offenses, autant il nous en remettra ; disons jnieux : pour une offense remise, il nous remettra toutes les nêtres, et nous couronnera dans son royilume éternel, que je voys souhaite, etc.

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POUR

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