LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE
Convenu» Peins viéU titiw» diefyuhm quem diUgébai Jetui êequentem^ qui H recubmi in çœna super pectue ^m,
Pierre, se retournant, vit Tenir apfèi loi le disdplt que Msus aimait , et qui pendant la cène 8*était reposé sar son sein. SAiiVT-JEAtf , chap. 20.
Tel est , chrétiens , en deux mots ,, l'éloge du hienheureux apôtre dont nous solennjsons la mémoire en ce saint jour ; voilà ce qui .nous le doit rendre vénérable , ce qui.nçus doit inspirer four lui et un {NTofopd respect, ^t une tendre dévotion. C'est le disciple que Jési^ aimait : caractèrequi le distingue, et qui luidonne entre tous.les saints de lalpi d^ grâce un rang si élevé. Saint Jean fut appelé comii^e les autres à l'apostolat; il porta, comme saint Jacques, le nom d'eqfant du tonnerre» Ézécbielnous Iq présente qoDfime l'aigle entre les^ évangélistes,: çon . Apocalypse tn a fait le premier et le plus éclairé de tous les prophètes du Nouyeiiu Testament ; il a souffert une cruelle persécution pqvr Jésus-Christ, et mérite d'être mis au nombre de.sesplus ^és martyrs ; il tient dans le culte que nous lui rendons , una
POUR LA FÊTE DE SAINl JEAN UBVANGÊUSTE.
place hooorabla parmi les vierges; les Églises d'Asie Tont reeoDiui pour leur patriardie et leur fondateur : mais tout cela ne nous donne point de sa personne l'idée singulière qu'expriment ces paroles de mon texte : Discipulus quem diUgebat Jésus ; le disciple que Jésus-Christ aimait. Attachons-nous donc à cette idée , et puisque la règle la plus sûre pour louer les saints est de nous proposer leur sainteté comme le modèlede la nôtre, ne nous contentons pas de dire que saint Jean a été le bien-aimé disciple de Jésus, et, pour parler de la sorte, son disciple faTori; mais examinons comment il est parvenu à cette ûiTeur, de quelle manière il en a usé, les effets qu'elle a produits en lui ; et de là, tirons de quoi nous édifier et nous instruire. Car, quelque imparfaiu et quelque éloignés que nous soyons des voies de Dieu, nous devons, mes chers auditeurs , aspirer nous-mêmes à la faveur de Jésus-Christ ; et de tous les sainU qui font possédée, il n'y en a point dont l'exemple soit plus propre à nous y conduire, à nous y disposer, à nous y former, que celui du glorieux apôtre dont f entreprends le panégyrique. Ainsi je veux aujourd'hui vous enseigner l'important secret de mériter la ûiveur de Jésus-Christ, de trouver grâce devant ses yeux , d'être de ses disciples bien-aimés, et de lui plaire. Fasse le dd que ce discours ne soit , ni pour vous ni pour moi , une vaine spéculation ; mais que les leçons que j'ai à vous tracer entrent dans tout le règlement et tout l'ordre de notre vie! c'est ce que je demande par l'intercession de cette divine mère, qui fut, entre toutes les femmes, la plus chérie de Jésus son fils. Àve, Marta.
Quelque avantageuse que puisse être, selon le monde, la faveur des grands et des princes de la terre , il faut néanmoins convenir que, par rapport au monde même, elle est sujette à trois débuts essentiels : car, premièrement , il n'arrive que trop souvent qu*^le soit aveugle, et qu'au lieu d'être la récompense du mérite et de la vertu , elle s'attache sans discernement et sans choix, ou plutôt , par un choix bizarre , à d'indignes sujets ; secondement , elle devient souvent orgueilleuse et fière, et, par l'abus qu'en fait le favori , elle l'enfle en l'élevant , et le corrompt ; d'où il s'ensuit , en troisième lieu , qu'à l'égard de ceux qui en sont exclus, et qui auraient droit d'y prétendre, la faveur est presque toujours odieuse , et qu'en faisant le bonheur d^un seul elle est pour tous les autres un objet d*ekivie; trois défauts auxquels , par une fatalité presque inévitable , la faveur des hommes est communément exposée. Pour la rendre parfaite , que faudrait-il ? trois choses : qu'elle fât juste et raisonnable dans le choix du sujet ; c'est la première : qu'elle fût modeste et bien- £Biisante dans la conduite de celui qui en est honoré ; c'est la seconde : et qp'dle n'excitât ni la jalousie ni
les murmaresde eaux qui n'y parviennent pas ; c'ese la troisième : qu'elle fât juste dans le choix du sujet « parce qu'autrement ce que les hommes appellent ût. veur n'est plus l'ouvrage de la raison , mais un pur effet du caprice ; qu'elle fdt modeste et bienfeisante dans la conduite de celui qui en est honoré , parce qu'autrement il en abuse, ne la faisant servir qu'à son ambition et à son intérêt ; qu'elle n'excitât ni les murmures ni la jalousie de ceux qui n'y parviennent pas , parce qu'autrement la concemie et la pan en est troublée. Or , c'est sur ces principes, chrétiens , que je fonde l'excellence de la faveur spéciale dont le Fils de Dieu a gratifié saint Jean ; car voici les trois caractères et les trois qualités qui hii conviennent : elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus- Christ a fait de cet apôtre; elle a été solidement humble dans la manière dont cet apôtre en a usé, et elle n'a rien eu d'odieux à l'égard des autres disciples , auxquels cet apôtre semble avoir été préféré. Concevez bien le partage de ce discours. Je dis que le Sauveur du monde a fait un choix plein de sagesse, en prenant saint Jean pour son disciple bienaimé , parce qu'il a trouvé dans lui un mto'te particulier que n'avaient pas les autres apôtres : ce sera la première partie. Je âk que saint Jean a usé de la faveur de son mattre de la manière la plus sainte, parce qu'outre qu'il ne s'en est point laissé éblouir , il en a répandu les fruits , en communiquant à toute l'Église ce qu'il avait puisé dans la source des lumières et des grâces , lorsqu'il reposa sur le sein de Jésus-Christ : ce sera la seconde partie. Enfin , je dis que la faveur de saint Jean n'a point été odieuse aux autres disciples , parce que , tout fsnrori qu'il était , il n'a point été plus méuagé que les autres , ni plus exempt de souffrir : ce sera la dernière partie. Trois points , mes chers auditeurs , qui me donnent lieu de traiter les plus solides vérités du diristianisme, et qui demandent toute votre attention*
Il n'y a que Dieu, chrétiens, qui puisse choisir et se faire des fiivoris , sans être obli^ pour y garder la loi de la justice, à discerner leurs mérites; et ce qui est encore bien plus remarquable, U n'y a que Dieu qui, se faisant ainsi des favoris sans nul discernement de leurs mérites, soit néanmoins incapable de se tromper dans le cheix qu'il en fait : pourquoi ? les théologiens après saint Augustin , en apportent une excellente raison t Parce qu'il n'y a que Dieu , disent-ils, dont le choix soit efficace pour opérer tout ce qu'il lui platt de vouloir ; c'est-à-dire, parce qu'il n'y a que Dieu qui, choisissant un favori, lui donne, en vertu de ce choix , le mérite qu'il frat pour l'être. Il n'en est pas de même des rois de la terre. Qu'un roi honore de sa faveur un courtisan il ne lui donne
POUB LA FÊTE DE SAÏNT JEAN L'EVANGÉLISTE
* pas pour cela ee qui lai serait nécessaire pour en être digne : il peut bien le faire plus riche, plus grand , plus puissant ; il peut le combler de plus d'honneurs ; mais il ne peut le rendre plus parfût ; et quoi qu'il fasse pour l'élever, par cet accroissement d'élévation et de fortune , il ne lai Ate pas un seul défaut , ni ne lui communique pas un s^degrédè vertu. Il n'y a donc , encore une fois, que la faveur de Dieu qui porte avec sol le mérite. Comme Dieu , il a seul le pouvoir de perfectionner les hommes par son amour; et qiffiûd il les admet au nombre de ses favoris (c'est la belle réflexion de Jérôme), il ne les y appelle pas parce qu'ils en sont dignes; mais il fait , en les y appelant, qu'ils m soient digues : Non idoneos vocat, sedvocandofacUidoneos. (Hieb.) Cette raison seule devrait sirffire pour justifier le choixque le Sauveur du mondé fît de smnt Jean. Ce Dieu- Homme le voulut ainsi ; c'est assez, puisque en le voulant , il rendit son disciple tel qu'il devait être pour devenir le favori d'un Dieu. Mais sans prendre la chose de si haut , et sans remonter à la source de la prédestination étemelle, je prétends que le Fils de Dieu eut des raisons particulières qui l'engagèrent à aimer saint Jean d'un amour spécial ; et que la prédilection qu'il lui marqua , fut, de la part même de ce glorieux disciple , très-solidement fondée. Sur quoi fondée? sur le mérite de cet apêtré , lequel , entre tous les apêtres , a eu des qualités personnelles qui l'ont distingué et qui lui ont acquis la faveur de son maître. L'Évangile et les Pères nous en proposent surtout deux, et les voici : car il a été vierge , dit saint Jérôme , et de plus il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation ; il a été vierge, et c'est pour cela qu^il eut l'honneur de reposer sur le sein de cet Homme-Dieu dans la dernière cène; Qtd et recubuU super pectus e^us (Joan., 31 ) : il a été fidèle à Jésus-Chriât dans la tentation , lui seul l'ayant suivi jusqu'au Calvaire ; et voîlà par où il mérita d'entendre cette consolante parole qui lui donna spécialement Marie pour mère, et qui le donna spécialement lui-même à Marie pour fils : Ecce mater tua, eccefilius tmts. ( Joan.^ 19.) Or, ces deux avantages qu'eut saint Jean, de reposer sur le sein d'un Dieu, et d'être substitué au Fils de Dieu, pour devenir après lui le fils de Marie, sont les deux plus illustres et plus authentiques preuves d'une faveur toute singulière, et vous voyez qu'ils ont été l'un et l'autre les récompenses de sa vertu : celui-là de sa virginité; cekn-ci de son attadiement à son devoir et de sa fidâité. H est donc vrai que le choix de Jésus-Christ fut un choix d^estime, et fondé sur le mérite de la personne. Écouteî-tnoi, s'il vous plaît, tandis que je vais développer ces deux pensées.
Ne nous étonnons pas , chrétiens , que saint Jean ayant été, de tous les disciples du Sauveur, le seul
BOORDALOVB. — T. U.
vierge par état, comme nous l'apprenons de la tradition, il ait eu sur eux la préférence et la qualité de disciple bien-aimé. Dans l'ordre des dons divins , l'un semblait devoir être la suite de l'autre : car de même que saint Bernard, parlant de l'auguste mystère de l'incarnation, ne craignait point d'en tirer ces deux conséquences, ou d'avancer ces deux propositions , savoir, que si un Dieu incarné et fait homme a dû naître d'une mère, il était de sa dignité que cette mère fût vierge; et que si une vierge, demeurant vierge, a dû concevoir un fils, il était comme naturel que ce fils fût Dieu; Neque entm aut partus cUius virginem, emt Deum decuU partus alter. (Bbbn.) Aussi puis-je dire autourd*hui que si un Dieu descendu du ciel devait avoir un favori sur la terre, il était convenable que ce favori fût vierge; et que si le titre de vierge devait être nécessaire pour posséder la faveur d'un maître, ce maître ne pouvait être qu'un Dieu. En effet, qui méritait mieux d'avoir part à la faveur de Jésus-Christ, que celui de tous qui, par le caractère de distinction qu'il portait , je veux dire par sa virginité, s'était rendu plus semblable à Jésus- Christ? qui devait plutôt reposer sur ce sein vénérable où habitait corpordlement la plénitude de la divinité, que cet apôtre dont la sainteté était, en quelque sorte, au-dessus de Thomme, parla profession qu'il faisait d'une inviolable pureté? qui se trouvait plus digne d'être le dépositaire et le confident des secrets du Verbe de Dieu, que ce disciple, lequel^ ayant épuré son cœur de tous les désirs charnels, était, selon l'Évangile, par une béatitude anticipée, déjà capable de voir Dieu, et par conséquent ce qu'il y avait de plus intime et de plus caché dans Dieu? Quiconque, dit le Saint- Esprit, aime la pureté du cœur, aura le roi pour ami : Qui déUgit cordU munditiam, habébit amictm regem. {Prov., 12.) Voilà, chrétiens auditeurs, l'accomplissement de cet oracle. Les autres apôtres, engagés dans le mariage, en avaient comme rompu les liens, pour s'attacher au Fils de Dieu; et c'est pour cela même que le Fils de Dieu , le Roi des rois, ne dédaigna point de s'attacher à eux par le lien d'une étroite amitié : Jam non dicam voiservos, vosautemdixi amicos. (Joàn., 16.) Mais saint Jean n'avait point de liensàrompre; et parce qu'il était vierge, il est parvenu à un degré bien plus haut; car il est entré non-seulement dans l'amitié, mais dans la familiarité, dans la privante, dans la confidence de ce Roi de gloire: DUc^ndus quem (Mgebat Jésus, (Id. , 18.) Ceux-là ont été les amis, parce qu'ils ont aimé la pureté; mais celui-ci a été le favori , parce qu'il a aimé la plus parfaite pureté, qui est la pureté virginale : Qui amatcordU munditiam^ habebU amicum regem. Voyez-vous mes frères , nous fait remarquer
POUB lA FÊIB DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE.
là-dessus saint Grégoire de Nysse, Jusqa^à quel pdûl notre divin Rédempteur a aimé cette Terta? Entre toutes les femmes, il en a choisi une pour mère; et entre tous les disciples qui le suivaient, Oen a choisi un pour son favori; mais il a voulu que cette mère et ce &vori eussent le don et le mérite de la virginité. Marie devait être vierge, pour porter dans ses chastes flancs le corps de Jésus- Christ; et saint Jean le devait être, pour devenir M homme selon le cœur de Jésus-Ourist : ZM^sbaiemn Jetuê, quotUam spêciaUê prmrogaUva tatUtatit an^^iiori dUectUmê ficerat digmtm. (Qsie. IfTss.)
Vous me demandes pourquoi ce Sauveur adorahle, étant sur la croix, voulut encore, par une autre grâce, donner à saint Jem le gage le plus précieux de son amour, en lui résignant, si je puis ainsi m*exprimer, sa propre mère : et ne vous al*Je pas dit d*abord que ce fut pour reconnaître la fidélité et la constance héroïque de ce généreux aptoequi le suivit dans sa passion et Jttsqu^è sa mort, lorsque tous les antres Favaient lichement et honteusement abandonné? Représentes-vous, chrétiens, ce qui se passait au Calvaire : le Sauveur du monde était à sa dernière heure, et sur le point d'expirer; il avait nn trésor dont il voulait disposer en mourant, c'était Marie, la plus parfaite de toutes les créatures. A qui la donnera-t-il, ou plutêt^ y eut-il lieu de délibérer f Un dépôt si cher ne devait être confié qu'an plus fidèle : or le plus fidèle, ne fut-ce pas cehii qui fit paraître un attachement plus solide àson devoir ? De tous les disciplesde Jésus^tZhrlst, Jean est le seul qui dans Padversité n'a point manqué à son maître; tout le reste l'a trahi , ou renoncé, ou déshonoré par une fuHe scandaleuse. Il n'y a que Jean qui, sans erainteetsansnulleconsidérationfaumaine, Fait accompagné jusqu'au pied de la croix ; il n'y a que lui qui y demeure avec une fermeté inébranlable. Jésus-Christ r^iardant de toutes parts , n'ape^ çolt que lui. Cest donc à lui que ce Sauveur se trouve comme obligé de laisser Marie; et puisqu'il veut partager avec un de ses disciples la possession de ce trésor, c'est à Jean, préfirablement à tout autre, qu'il doit foire cet honneur. Mais admirez, mes chers auditeurs, la mam*ère dont il le fait. Tout attaché qu'il est à la croix, tout réduit qu'il est dans une mortelle agonie, il jette les yeat sur son disciple, Cum vUU$$ei cUscipulum stanUm ( JoAif. , 19) , dans un temps où il est appliqué an grand sacrifice de notre rédemption, interrompant, si je l'ose dire, pour quelques moments l'affaire du salut du monde ; où plutêt, selon l'expression de saint Ambroise, difiÉérant de quelques moments à la consommer, PauUsper publioam (^fferens salutem (Ambb.)* H pense à saint Jean , il lui recommande sa mère, il le substitue à sa place, il en
fait un autre lui-même. Gomme s'il kdeûtdit : Cher et fidèle disciple, recevez cette dernière marqua de ma tendresse, oonm>e je reçois id la dernière preuve de votre zèle. Mes ennemis m'ont tout 6xé , et je meurs pauvre, après avoir voulu naître et vivre pauvre; mais il me reste une mère dont le prix est inestimable, et qui renferme dans sa personne des trésors infinis de grâce. Je vous la donne , et Je veux qu'elle soit à vous;mais en sorte que vous soyez pa> reiUement à elle. La voilà, Ecce Mater tua ( Joàh., 19) : Soyez son fils comme je Fai été moi-même, et elle sera votre mère comme elle a été la mienne. Qui parle ainsi , chrétiens? c'est un Dieu ; et à qui parle-t-il ? à saint Jean. Ne fedlait-il pas, dit le savant abbé Rupert, que Jean fût un homme bien parfût , puisqu'on ne le jugeait pas indigne de remplir la place de Jésus-Christ? Marie, ajoute ce Père^ perdait un fils ( void une pensée qui vous surprendra» mais qui n'a rien néanmoins d'outré, puisque c'est le fond même du mystère que je vous prêche) , Marie perdait un fils , et elle en acr|uérait un autre; die perdait un fils qui Fêtait par nature , et elle en acquérait ;un qui le devenait par adoption : or Fadoption est une espèce de ressource pour consoler les pères et les mères de la perte de leurs eufisuits. Marie allait perdre Jésus-Christ, et par l'ordre de Jésus-Christ même die adoptdt saint Jean. U fallait donc qu'elle trouvât dans saint Jean, non pas de quoi se dédommager, ni de quoi réparer la perte qu'elle faisait de Jésus-Christ, mais au moins de quoi l'adoucir, et se la rendre plus supportable; Il fallait qu'entre saint Jean et Jésus-Christ il y eût des rapports de conformité, telieinfent que Marie, voyant saint Jean, eût toujours devant les yeux comme une image vivante du fils qu'dle avait perdu et uniquement aimé, afin que la parole du Sauveur se vérifiât : Ecce FiUus tuus, (Id.) Peut-on rien concevoir de plus glorieux à ce saint apdtre? Non, répond saint Augustin; mais aussi fut-il jamais une plus grande fidélité que la sienne, et js* mais vit-on attadiement plus inviolable et plus constant?
Voilà, mes firères, par où saint Jean mérita la faveur de son mettre, et voilà par où nous la mériterons*nous-mêmes. Voulez-vous que Dieu vous aime, et voulez-vous être du nombre de ses dos; travaillez à purifier votre coeur : Qiâ dUigit cordk nneM^am^ kabèbU amicwn regem. {Prov., 2S.} Sans cda, mondier auditeur, qui que vous soyez, vous êtes indigne et même incapable d'être aimé de votre Dieu : or du moment que vous êtes exdo de son amour, dès là vous êtes anathème et un sujet de malédiction. Il est vrai que Dieu, comme souverain arbitre de la prédestination des hommes, n'a acception de personne; qu'il n'a égard ni aux qualités, ni aux conditions de ceux qu'il
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eh^t : rÉentrare nooftriippreiid, el c'est un artioto de notre foi : N(m est penonantm aoe^tor Deus. {Àct, 10.) Mais il n'est j^s moins de 1«^ foi , qae le même Dîea, qui ne considère ni les eondi* tioos, ni les qualités des hommes prises dans Tordre naturel, sans déroger à cette règle, ne laisse pas, dans Tordre de la grâce, d'avoir àut égards particuliers pour les âmes piues , jusqu'à les élever aux premiers rangs de ses prédestinés , Jusqu'à les combler de ses don» les pins «zquis , jusqu'à les ho^ Bfffor de iset phu lotîmes communications. Ceet pomrGelaqn'illes traited'épouses dans le Cantique, <f eot pour cela que dans l'Apoeiâypse , les vierges seules nous sont représentées comme les compagnes de l'Agneau; c'est pour cela qu'elles environnent son trAne, et que plus elles sont pures, plus eUes ont d'accès anpvès de lui ; c'est pour cela que rien de souillé n'entrera jamais dans le ciel, qui est sa demeure et le palais de sa gloire. Ahl mon tkut anditenr, si Je vous disais qu'il dépend aujourd'hui de vous d'être en foveur auprès du plus grand roi du monde; si je vous en marquais le moyen , et si je vous le garantissais comme un moyen inMIible, que foriez- vous ? y a-t-it sacrifice qui voœ étonnât? y ft-t-il engagement et passion qui. vous an^ét? la oondkion que je vous proposerais pour cela vous paraitrait*eUe onérane ? y trOuverieB-vâius quelque difficulté? Or ce que je ne puis tous piDmettre de la foveur d'un roi de la terre, c'est ce que je vous promets et ce qui est incontestablement vrai de la foveur d'un plus grsmd que tous les rois de hiniversi car je dis que la foveur de Dieu vous est acquise, pourvu que vous vous préserviez de la corruption de ce péché qui souille votre âme en déshonorant votre corps; s'il vous reste une ésmeelle de foi, pottvo-vous être insensiUe à ce motif? Pour en venùr au détail et vous mieux instruire, je dis que vous n'avez qu'à rompre ces amitiés sensuelles qui vous lient à la créature, ces funestes attaches qui vous portent à tant de désordres', ces passions que le démon de la chûr inspire, ces commerces qui les entretiennent > ces libertés prétendues innocentes, mais évidemment criminelles dans les principes de votre religion : dès que vous vous ferez violence là^essus, jevous r^^ds du coeur de Dieu.
Je vais plus avant , et je dis aussi que, sans cette pureté, vous êtes du nombre de ces réprouvés que TÉcriture traite d'infâmes , et contre lesquels notre apêtre a prononcé ce formidable arrêt : Foris canes êtimpucUci ( Àpoc,, 22) ; Hors de la maison de Dieu, Voluptueux et impudiques. Je dis que dès le commencement du monde. Dieu s'en est lui-même déclaré par ces paroles de la Genèse : Non permanebU Spir rUus meus in œtemum in homine, quia caro est {Gènes., 6); Non, mon Esprit ne demeurera jamais
dans Thomme , tandis que Thomme sera esclave de k chair. Et en efilet, mon Dieu , ne voyons-nous pas l'accomplissement de cet oracle? n'éprouvons-nous pas tous les jours , qu'autant que nous nous laissons dominer par la chair, autant votre Esprit se retirede nous : qu'après avoir succombé à une tentation impure, confos et piqués des remords secrM de notre conscience, nous n'osons plus nous présenter devant vous vque, semblablesàrinfortunéGaîn, nousfoyons de devant votre foce, nous nous éloignons de vos autels , nous nous regardons comme bannis de votre sanctuaire , et absolument indignes du sacrement de votre amour ? au lieu que nous en approchons avec une humble et ferme confiance , quand nous croyons avoir ce cœur pur que vous béatifiez dès cette vie : Beau tmmdo corde. (Màtth. , 6.) Sainte pureté qui nous ouvre le del ! c'est le premier titre pour obtenir la foveur de Dieu , et Tautre est la fidélité et une persévérance que rien n'ébranle.
Car, selon la bdie remarque d'un Père de l'Église, il se trouve assez de dirétiens qui suivent Jésus* Christ Jusqu'à la cène, comme les autres apêtrea; mais il y en a peu qui le suivent, comme saint Jean « Jusqu'au Calvaire; c'est-à-dire, il s'en trouve asseï qui marquent de la forveur et du zèle quand Dieu leur aplanit toutes les vdes du salut et de la sain* teté chrétienne, mus peu qui ne se relâchent, dès qu'ils n*y sentent plus les mêmes consolations, et qu'il s'y présente des obetacles à vaincre. Or c'est néanmoins à cette constance que la foveur de Dieu est attachée. Oui , Seigneur , une victoire que nous remporterons sur nous-mêmes , un effort que nous ferons, un dégoût, un ennui que nous soutiendrons, sera , devant vous, d'un plus grand prix , et cootri» huera plus à nous avancer, que de stériles senti* ments à certaines heures Où vous répandez Tonctiott céleste , et que les plus sublimes élévatbns de l'âme ; car ce sera dans cette victofare, dans cet effort, dans ce dégoût et cet ennui soutenu constamment, que nous vous donnerons les preuves les plus solides d'un dévouement sincère et fidèle. Les hommes du siècle qui n'ont nul usage des choses de Dieu, ne comprennent pas ce mystère; mais les justes (pu m ont l'expérience, et à qui Dieu se foit sentir, le conçoivent bien. Cest ainsi que saint Jean est par* venu à la foveur de Jésus-Christ : voyons de quelle manière il en a usé. Je prétends que , comme le choix de ce fovori a été juste et raisonnable de la part da Fils de Dieu , la foveur du Fils de Dieu a été , de la part de ce bîen-aimé disciple, également modeste et bienfaisante : je vais vous le montrer dans la seconde partie.