‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 184 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La promptitude à suivre l'attrait et le mouvement de l'Esprit de Dieu , quand il s'agit de conversion , c'est le premier caractère de la véritable pénitence, et celui que je remarque d'abord dans l'exemple de la bienheureuse Madeleine. Ut cogtuh vit, dit l'évangéliste : Sitôt qu'elle connut, c'est-àdire dans le moment même que Dieu lui ouvrit les yeux et que la grâce, par ses saintes lumières, lui éclaira l'esprit , elle renonça à son péché ; elle n'hésita point,'elle ne délibéra point , elle n' écouta point l'esprit du monde qui lui inspirait de ne rien précipiter, et de ne pas faire légèrement une démarche d'un aussi grand éclat, et qui devait avoir d'aussi longues suites que celle-là ; elle n'eut point de mesures à prendre, ni d'affaires à régler, avant que d'en venir à l'exécution. Tous ces é&m que l'amour-propre tâche à ménager quand une âme chrétienne est sur le point de se convertir , et, comme parle saint Grégoire , pape , qui sont déjà une demivictoire remportée sur elle par le démon : tous ces raisonnements, disonsmieux, tous ces prétextes, que la prudence du siède ne manque pas d'opposer à un pécheur pour lui persuader qu'il ne faut point aller si vite, et que dans les choses même de Dieu , on ne saurait procéder avec trop de circonspection, tout cela, dis-je, ne fit nulle impression sur son cœur ; elle n'attendit point un temps plus commode et une occasion plus favorable : pourquoi ? parée qu'elle agissait déjà par l'esprit de la pénitence. Or, en matière de pénitence, dit saint Chiysostôme, à une âme qui connaît Dieu, il n'est pas même permis de délibérer, non plus qu'en matière de foi il n'est pas même permis de douter. Quiconque doute volontairement n'a pas la foi, disent les théologiens; et quiconque délibère n'a pas l'esprit ni la vertu de la pénitence : car à parier exactement, la pénitence est l'accomplissement actuel de tous les désirs et de toutes les délibérations. Se convertir, ce n'est pas raisonner, mais conclure; ce n'est pas proposer, mais exécuter ; ce n'est pas vouloir se résoudre mais être déjà résolu : d'où il s'ensuit que, tandis que je consulte , que je raisonne, que je délibère, je ne me convertis pas.

Voilà, chrétiens, ce q}ït Madeleine comprit d'abord , et voilà pourquoi le texte sacré porte : Ut cognovit, Dès qu'elle connut. Ah! mes frères, remarque saint Augustin, que cette parole exprime

POUR LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE

bien le mystère de la grâce!. Ut cognovU; elle se convertit dans Tinstant même qu'elle connut , parce que le temps de la connaissance est celui de la pénitence. En effet, ajoute ce saint docteur, on ne se convertit point sans connaître; et connaître à regard des prédestinés et des élus , est le point décisif de la conversion ; parce que dans un prédestiné, cette connaissance dont je parle produit infailliblement Tamour, et que l'amour est la conversion parfaite du pécheur. Il y avait des années entières que Madeleine était engagée dans le désordre d'une vie scandaleuse, et qu'elle ne se convertissait pas : pourquoi ? parce qu'elle ne connaissait pas encore ce qui la devait toucher, ou , pour m'exprimer plus correctement , parce qu'elle ne le connaissait pas de cette manière spéciale qui fait le discernement des âmes dans l'exercice de la pénitence. Elle n'attend pas à demain pour se convertir, parce qu'elle ne sait pas si elle connaîtra demain , de cette espèce de connaissance particulière qui fait que l'on se convertit véritablement ; elle se convertit aujourd'hui, parce qu'elle connaît aujourd'hui : Ut cognovit. Auparavant, quoiqu'elle eût des lumières plus que suffisantes pour être inexcusable devant Dieu et pour comprendre ce que Dieu demandait d'elle, on peut dire qu'elle était dans les ténèbres et dans faveuglement du péché ; et c'est pour cela qu'elle ne cherchait pas Jésus-Christ. Demain ce rayon favorable de grâce dont elle est prévenue , aurait peut-être cessé pour elle , et c'est pour cela qu'elle ne remet pas à ce lendemain. C'est aujourd'hui qu'elle est éclairée, et c'est aujourd'hui qu'elle marche : yimbtUate, dum lucem habetis,

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