‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 207 sur 225 · LE QUATORZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE QUATORZIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SCS L'&OIGIŒllElfT ET LÀ FUITE DU HORDE.

Sujet. Jésui dit à ses disciples : Nul né peut servirdeux maîtres. Cary ou H haira Fun et aimera Vautre; ouils'attaehera àeetui-là et mépriseracelui<i.

Bien et le monde sont ces deox maîtres. Pour être à Dieu , il faot renoncer au monde.

DiTBioif. Le monde nous distrait on même nous corrompt. Or les occupations et les soins du monde ne penvent Jamais dispenser un homme chrétien de s'éloigner an moins quelquefois du monde qui le distrait, et d'avdr dans la yie des temps spécialement consacrés à Taffoire de son salut : première partie. Tous les engagements du monde ne justifieront jamais devant Dieu un honome pécheur, de n'avoir pas fui, même absolument, le monde qui le cor- | rompait, et de n*y avoir pas renoncé pour jamais, afin de mettre en assurance ralTaire de son salut : deuxième partie.

Première partie. Les occupations et les soins du monde ne peuvent jamais dispenser on homme chrétien de s'éloigner au moins quelquefob du monde qui le distrait, et d'avoir dans la vie dés temps spécialement consacrés à l'affaire de son salut Car sans cet éloignemâit du inonde à certains tempsel sans cette retraite, il n*est pas moralement possible de connaître tous ses devoirs , de remarquer tontes les fautes qu'on y commet , et de se prémunir contre tous les dangers où l'on se trouve exposé, c'es^à-dire qu'A n'est pas moralement possible de se sauver. Or, quand il s'agit du salut, l'importance de celte affaire doit évidemment l'emporter sur toutes les autres affaires. C'est ce que le Fils de Dieu fit si bien entendre à Marthe , lorsqu'il lui dit : Marthe f vous vous embarrasses de beaucoup de choses , mais il n'y a qu'une seule chose nécessaire. Cependant nous sommes assez aveugles pour vouloir justifier notre négligence à l'égard d'une telle afGûre par l'attention que demandent les afOedres du monde.

On dit qu'on est accablé d'occupations ; mais c'est en cela même qu'est le désordre. Dieu ne veut pas que vous TOUS en laissiez tellement accabler au préjudice de votre salut. Déchargez-vous d'une partie de ces occupations, si elles ne peuvent compatir avec le premier soin qui vous doit occuper. Belles maximes de sahit Bernard écrivant làdessus au pape Eugène. Le remède, c'est d'avoir certains temps de retraite où Ton rentre en soi-même.

Mais on ajoute : Je ne suis pas le mattre dans^ma condition de me retirer ainsi. Trois réponses : 1. Quittez cette condition ; il n'est pasnécessaireque vous y soyez, mais il est nécessaire que vous vous sauviez. 2. D'autres que vous , dans les mêmes conditions que vous, on dans des conditions plus exposées que la vêtre aux embarras du monde, ont su trouver du temps pour penser à eux-mêmes et à leur sanctification. David, saint Louis. 3. Ces soins, que vous faites tant valoir, ne vous empêchent pas de ménager des temps de retraite pour votre santé , pour votre intérêt , pour vos divertissements. Il faut bien disthiguer dans nos conditions deux sortes de soins : ceox que Dieo y a attachés,

BOURDALOUB, — T. H.

et ceux que nous y ajoutons Dous^nêmes. Si nous nous es tenions aux premiers, ils nous laisseraient tout le loisir tine demande le soin de notre Ame et de notre avancement dans les voies de Dieu. Reconnaissons notre injustice, et corrigeons-la. lii*» i*ti =n

Deuxième partie. Tous les engagements du monde ne justifieront jamais devant Dieii un homme pécheur, de n'avoir pas foi même absolument le monde qui le corrompait , etden'y avofrpasrenoncépourjamais,afindemettreen assurance l'affaire de son salut. Rien de plus contagieux que le inonde ;nousen convenons nous-mêmes. La conséquence, c'est donc de renoncer au monde , afin de nous préserver de sa contagion , surtout lorsque nous remarquons qu'elle agit plus fortement sur nous. Voilà le préservatifnécessaire ; et sans cela ne comptons point sur les grâces de Dieu. Mais nous nous excusons sur les engagements qui nous attachent au monde, et voici quelques réflexions qui détruisent ce prétexte et qui paraissent convaincantes.

1. De quelque nature que puissent être les engagements qui vous arrêtent , l'intérêt de votre salut, comme on l'a déjà dit, est un engagement supérieur qui doit prévaloir. Nous raisonnons ainsi au regard de la vie du corps, et à plus forte rais<m devons-nous raisonner de même an regard de la vie de l'Ame. Mais je suis résolu de me soutemr dans les dangers où m'engage le monde : vous le dites, mais fausse résolution, on du nK>ins résolution inefficace. Le passé doit vous l'apprendre, et l'avenir achèvera de vous le faire connaître.

2. Si Tons voulez bien examiner ces engagements qui vous retiennent dansie monde, vous trouverez que la plupart ne sont point des engagements nécessaires, mais des engagements de passion , d'ambition , de curiosité , de sensualité, de mondanité. Or de tds engagements doivent- ils vous arrêter ? Le monde parlera de votre divorce avec lui : hé bien , vous laisserez parler le monde. Ne le laissez- vous pas parler sur mille autres sujets, sans vous mettre en peine de ses discours? Fuyons donc le monde, et sortons de cette Babylone. Ce n'est pas après tout qu'il n'y ait un certain monde dont la société peut être innocente , et avec qui nous pouvons converser.

LE QUINZIÈME DIBfANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

, SUR LA CRAINTE DE LA MORT

Soiet. Lorsque Jésus-Christ était près delà ville y on portait en terre un mort, fils unique d'une femme veuve ^ et cette femme était accompagnée d^une (fronde quantité de personnes de la ville. Jésus Voyant vue, il en fut touché, et dit : Ne pleurez point,

La seule imagede la mort nous contriste et nous effirayCi mais nous devons combattre ou dn moins régler cette crainte.

Division. Rien de plus fimeste que Fétat de l'impie et du libertin qui craint la mort parce qu'il est tombé dans le désordre de l'hifidéllté : première partie. Rien de plus déplorable que l'état du mondain qui brahit la mort parce qu'il est attaclié au monde : seconde partie. Rien de plus déraisonnable que l'état de tout homme , je dis en particulier de tout homme chrétien, qui craint la mort, parce qu'il ne fait, pour s'afTermir contre cette cratote naturelle, nul usage de sa religion : troisième partie. De là nous aurons lieu de parler, en conduant , à ceux mêmes qnl craignent

ANALYSES DSS SEBHOKS.

k mort par one trop Tire MipiélieBita des jagemeaU de

Dieu.

PREMiteB PARTIE. RiCD ds phtt fàiieete que Fétat de rimpîe et du libertin, qui craint la mort parce qu'il eat tombé dans le désordre de nnfidéUté. Dès qu'A ne croit point de Tie fotore , tt en est phn attaché à la Tie présente, et quoi qu'il en dise, ce doit être un objet bien affreux pour lui que la mort considérée comme ooe entière deetnictîon de lui-même. Le Juste PeuTisais atec consolation, U TOjant suivie d'une bienbemttse immortalité.

Uconditionde Pimpte est d'antanl plus malbeurme, que son inÛdéUié , en loi tissant rejeter la créance d'une antre Tie, n'eidut point de son esprit cette cnmile incer^ Utude qui lui reste malgré lui , s^ y a une autre vie, ou s'il n'y en a point Car 0 a beau A^ , 0 n'a rien là-dessus qui lui paraisse certain, et il est iorcé de craindre ce qu'a feit profession de ne pas croire. Ainsi la mort ne se présente

à ses yeux que sous deux images bien lerrfliles : on comme une mine totale de son être , on comme un passage à une damnation éteneOe. Craignons la mort ; mais, selon la belle maxime de Tapêtre, en la craignant, soulenons- Dous par respérance de l'avenir. Disons avec le saint

homme Jk)b : /è JOl* ^fis/tfl i«n Jî Afe«P<«w* »<wwi ' A» w lêeiel,etqvêJere$suteiUraidutMndelaterre,i)immB

avec David: Seigneur, la mort à laquelle vous nous condamnez, n'est pohit une Téritable mort, ce n'est qu'iule vmbre de ta mort. Ârmons-nous de cette pensée contre toutes lesatteintes du libertinage et de rhMrédnmé.

DnixiàuB PABTn. Rien de plus d^>lorable que fétat du mondain qui craint te mort, parce qu'il est attaché au monde. Cène sont point prédsément les iMbesnl les grands quiGralgnentplustemort,maislesricbesattadiésà lenrs richesses et les grand» attachés à lemv grandeurs. Qui est triste en effet à nn homme qid avait établi sa paix et sa félicité dans les biens temporels et dans les grandeurs humaines, de se vofa* condamné à lesperdrel C'est ainsi que le Sain^Esprits'ett est lui-même expliqué dans te Sagesse.

L'état du mondahi n'est pas seulement déploraUe psrœ qu'étant attaché aux biens de cette vie fl appréhende te mort, mais parce qu'envisageant te mort, fl a été asses aveugle pour s'attadier à des biens qui passent si vite , et que te nécessilé de mourir ne Fen détache pas. S'il devait toiUours vivre sur te terre , ou du moms s'il y devait vivre autant que les anciens patriarches , son attachement lui pourrait être plus pardonnable; mais notre vie se trouvant bornée à un si petit nombre de jours , n'y a-t il pas de te folie à compter sur te vain bonheur du monde et à y vouloir ntettre son repos ? Cest ce que nous devons sans cesse nous représenter à nous-mêmes , mate c'est àquoi nous ne pensons guère. Quel spectade qu'un riche mondain aux prises avec te mort, et dont toutes les vues et tous les projets Tont êtie renversés! Quelles agitations et quête comhate ! Mounms dès maintenant et de k>onne heure en esprit, pour ne plus tant cratedrè de mourir en effet.

TnoisiteB pÀiTiB. Rien de plus déraisonnable que Fétat de tout homme , je dis en parlienlier de tout homme chrétien , qui craint te mort, parce qu'U ne fait, pour s'affermir contre cette crahite naturelle, nul usage de sa rdigion. Les sages même du paganisme ont trouvé ou cru trouver dans leur phUoSophie de quoi s'aflemdr contrete crainte de te mort U n'y a qu'à Hre ce qu'ite en ont écrit. Or te reU-

gion que nous proDMSQBs nooi feomil encore des moCtt bien plus puissants pour nous adoadrtemort, et nous In firira considérer d^m mfl tranquiUe et assuré. Ces motilh notti: 1 . te vue de Jésns<:hrist mourant; l. Tattente duroyauoM de Dieu. 3. Texempte des saints et de tant de Justes; 4. tes trésors infinis de grâces dont te mort peut être enriclâe. QueUe impression penrent faire tontes ces censidémtioiis ! Mate nous ne nous en servons pas.

Je ne crains pas te mort en elle-même, dira-t-on, main je te crates à cause de ses suites ; car je ne sate quelle ma destinée étemeUe , dont elte doit décider. Il teot nir qu'elle est en effet à craindre par là; mate d'une crainte modérée, mate d'une crafakte mêlée d'amour et de confiance. De sorte qu'A en est, selon te pensée de saint Augustin , de te mort comme de Dieu même. Dieu est tout à te fbis terrible et aimabte; et tout terribtequH est, fl doit encore être plus aimé que craint Afaisl , quoique d*one part noos devions craindre te mort, nous devons de rentre, dans lec vues de te foi, encore plus faimer et te désirer. Sentiments de saint Paul , de David , de samt Jérôme. Ayons toujooT^ te mort devant les yeux , et occupons-nous volontiers de cette pensée , puisqu'U n'en est pomt de plus efficace , ê€it pour nous pr^erver du péché si nous y sommes exposés, ou pour nous en retirer si nous y sommes tombés.

LE SfilZlÈBIE DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE.

mm L'AMBfnoif.

Stan. U aàrtita entuite aux cùnvUs une parabole , preiiaiitiiMirdeoomiiieiititecMsteialeiitlespremièy^fff ploceim

Cfest ahisf que rambKion nous porte toujours à recfaerdier les premiers rangs et à vouteh* partout dominer.

Dinsmif . L'ambition aveugte dans ses recherches , premièie partie, présomptueuse dans ses senthnentSydeuxiënae partte; odieuse dans ses suites , troteième partie.

PtuonÉas PABTIB. L'ambitfon aveugle dans ses recherches. Comment cete? Parce qu'eUe se propose dans les honneors qu'elle recherche, I. un prétendu bonheur, el qu'efle n'y trouve qoe des chagrins et des croix; 2. one vâdtabte grandeur, et qu'efle n'y trouve qu'une gnmdeor Taine , et souvent même sa honte et son homUlatfon.

I . L'ambition se propose dans les honneurs qu'efle recherche on prétendu bonheur, et efle n'y trouve que des chagrins et des croix. Car pour ptrvenirà ce Antdme de bonheur où aspire rambltieax,tt teut prendre mflle mesnres, toutes également gênantes et fatigantes. Pour contenter nneseule passion qui est de s'étever, fl faut devenir te proie de toutes les passions; pour se pousser à cet état que ren amlHtionne,il faut surmonter miUe obstacles et soutenir autant drcombata qu'A y a de compétiteurs. Dans l'attente de cet état, fl teut supporter des retardemento capables d^épuiser toute te patience d'un cœur, etc. Or voflà ce que l'ambition cache à l'ambitieux, et qu^ ne reconnaît qni trop dans te suite.

). L'ambition se propose dans les honneurs qn'dte r» dierche une véritable grandeur, et elte n*y trouve qu'ans grandeur vaine et souvent même sa honte et son hooallia* tioo. Grandeur vaine en elle-même : dte ne donne con* munément et ne suppose nul mérite réel; vaine dans les moyens de l'acquérir, miUe bassesses; vaine dans sa da« lée, grandeur mortelte et passagère; vatee dans les reveri

auxquels elle est sujette , chutes et dëcsdenees. Or, ra?ea-

glemeatderambiUeaxestdene faire à tout eeUuaUesttentioo.

DscxièiiB PARTIE. L'andtitUm présomptueose daas ses seDliiuents. L'ambitieux prétend à tout : 1. il se croit donc capable de toot; 2. il se croit capable de tout, sans s'ôtro auparavant éprouvé soi-ménae.

1 . n se croit capable de tout. Demandez-lui s'il aura de quoi remplir tous les devoirs d'une telle citarga, il vous répondra sans hésiter oomme les deux eofimts de Zébédée : Nous le pouvons. Ce qu'il y a de plus jétnage^ c'est que ce sont les sujets les plus incapables qid se tiennent plus assurés d'eux-mêmes» et qui SstmM plus d'intrigues pour s'ingérer dans les premiers emplois.

3. 11 se croit capable de tout sans s'étro aupanvant éprouvé soi-même. C'est assez qu'U ait de quoi acheter cette charge, pour croira qu'il est eo état de la posséder et de l'exercer, sans avoir fait nul essai de son esprit, de ses talents , de son naturel. Il aspb« même à des dignités , dont la première condition, selon le témoignage de saint Paul , est d'êtro irrépréhensible. D'où saint Grégoire condut qu'il faut donc qu'il se juge en effet irrépréhaisible et sans défaut. Suivons le grand principe de la prudence chré* tienne, qui est de présumer peu de soi, ou plutôt de n'en point présumer du tout

Troisième partib. L'ambition odieuse dans ses suites. H y a deux sortes de grandeurs, les unes légitimes et naturelles, comme, par exemple, celle des rois; les autres iri^gn- Hères, et, pour ainsi dira, artifietelles, eommeceUe dotant

d'ambitieux, qui ne s'élèvent que par brigues et par maeh^ nés. Noos aimoos lespromières, mais les autres nous sont insupportables. Pour le mieux comprendra, il n'y a qu'à considérer Tambitieox en deux états.

1. Daos la poursuite de la grandeur, lorsqu'il n'y est pas encora parvenu. Quels ressorts ikitil jouer? A quelles perfidies, à quelles iniquités ne se porte-t41 point, que ne sacrifie-t-U point à l'avancement de sa fortune et au succès de ses desseins? Or, est<il rien qui doive plus exciter l'envie et l'indignation du public?

2. Dans l'usage de la grandeur, quand une fois il est arrivé au terme de ses espérances. Quelle fierté, et quelle faauteurl Et c'est ici que nous devons observer h différence de ces deux espèces de grandeur que nous avons d'abord distinguées. La grandeur Intime et natureUe, qui est celle des princes et de ceux qui tirant de leur naissance et de leur sang leur supériorité ; ceUe grandeur, dis-je , est communément civile, afEable, douce, modeste, bienfaisante, et c'est ce qui la fait respecter et honorer. Mais l'autre , qui n'a pour fondement et pour appui que l'industrie et l'artifice, est une grandeur &rouche, brusque, inaccessible , méprisante, tyrannique, et c'est ce qui lui attire la haine. Bienheureux les humbles : ils possèdent tout à h fois et le cœur de Dieu et le cœur des hommes.

Page 1