‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 208 sur 225 · LE DIX-SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE DIX-SEPTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

SUR LE CARÀCràRB DU GBBÉTIElf .

SfUBT. les pharisiens étant assemblés, Jésus leur fil celle question : Que pensez-vous duChrist?

yexamfaonspointanjourd'hui ce que c'est que le Christ; la foi nous l'apprend assez : mais voyons ce que c'est que Je chrétien qui en doit être le fidèle imitateur.

«7S DfTisioN. Qu'est-ce qu'un chrétien ? Un homme par étal

séparé du monde, première partie; on homme par état

consaeréà Dieu , deuxième partie.

PnEMiÈRE PAaTiB. Uu hommo par état séparédomondo.

Denx^oses sont essentiellement requises pour foire un

chrétisB : la grâce on la vocation , du côté de Dieu , et une fidèle eorrespoodanœ à cette vocation ou à cette grâce, du oêté ^ rhomme. Or, Tune et l'autre n'ont point de caractère plus marqué que cehd de la séparation du monde. Voici donc comtnent nous deirons raisonner. La grâce de iâ vocation an christianisme est une grâce de s^ratlon. Ainsi nous Fa enseigné saint Augustin , après JésusOhHst et saint Paul. Or, la correspondance à une grâce doit être confirme à cette grâce. Par conséquent la correspondance à la grâce du christianisme doit être une correspondance de sépara* tion, et voilà comment nous sommes chrétiens. De là s'ensuivent trois vérités.

1. n suffit précisément d'être Chrétien , pour être obligé de vivre dans cet esprit de séparation du monde. Aussi, dès notre baptême , avons-nous renoncé au monde , et les Pères autrefois , pour détourner les fidèles des vains divertissements du siècle et de son luxe, ne leur en appo^ talent pofait d'autre raison, sinon qu'ils étalent, oomme chrétiens , séparés du monde. Ne disons donc plus par une grossière enrenr : je suis du monde, et je ne puis me dispenser de vivre selon le monde. Mais renversons la proposition, et disons : en qualité de chrétien , je ne suis pfaisdn monde» et il ne m'est plus permis de vivre selon |e monde.

3. Plus un homme , dans le christianisme , se sépare du monde, phis il est chrétien; et plus 11 a de liaison avec le monde, je dis de liaison hors de te nécessité et de sa condition , moins il est chrétien : pourquoi ? parce que , selon la diflitoice de ces deux états, il participe plus ou moins à cette grâce de séparation qui fait le chrétien. Chose si avérée , que ceux qui ont le plus aspiré à ia perfection du christianisme, se sont retirés dans les clottres.

3. n est Impossible qu'une âme chrétienne se convertisse et retourne véritablement à Dien, à moins qu'elle ne soit résolue de faire un certain divorceavee le monde qu'elle n'apasenoerefoit,etily a de la contradiction à vouloir être autant dn monde et aussi engagé dans le monde qu'auparavant, et néanmoins à prétendre marcher dans te voie d'une pénitence sincère qui produise le salut. C'est le monde qui vous a perdu, vous en convenez : il teut donc pour vous sauver, que vous quittiez le monde. Je ne dis pas précisément le monde en général, mate surtout nn certain monde particulier dont vous connaissez le danger par rapport à vous. Si cette séparation vous est douloureuse, vous ToAHrez à Dieu comme une satlsfiMtion de vos atta^ chements criminels. SI le monde en parle, vous mépriserez ses discours. Vons vous occuperez de Dieu et des devoirs de votre état

Mate encore qu'estes que cette séparation du monde que demande le chitetianisme? S^Mration intérieure de Pesprit et du coeur, et séparation même extérieure et corporelle. Sans la s^Miration intérieure de l'esprit et du cœur, l'extérieure ne sert à rien ; mais aussi , sans la séparation extérieure, du moins à certains temps , Tintérieure ne se peut bien maintenir. Usage des retraites. Séparons-nous du monde avant que te monde se sépare de nous : séparonsiion»entandte que cette séparation nous peut être méiî-

ANALYSES DES SERMONS

foire derantlMea; flëparons-noiis-en afin qoe Dîeo , dans | -son jugement, no nous sépare pas de ses élus. Noos troo- Terons dans la retraite des consolations plus pnres et pins , sensibles qae toutes les fausses joies du siècle.

Deuxième partie. Un homme par étal consacré à Dieu. Sur cela trois considérations : 1. TexceUence de la consécration du chrétien; % Tobligation indispensable de sainteté que cette consécration impose an chrétien ; 3. la tache particulière qui se répand, en conséquence de celte consécration, sur tons lespédiés du ciu*étien.

1 . L'excellence de la consécration du chrétien. CTcst par l'onction du baptême que nous sommes consacrés à Dieu , mais consacrés en différentes manières que l'Écriture et les Pères nous ont marquées. Consacrés comme rois , comme prêtres , comme temples de Dien, comme ttifants del)ieu, comme membres de Dien.

2. L'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose au chrétien. Car il faut soutenir tons ces caractères; et par où, si ce n'est par notre sainteté? Cest pour cela que Fapôtre n'appelait point autrement les premiers fidèles que du nom de saints. Cest dans nous, selon le même apôtre, que doit être édifié le temple de Dieu ; et comment ce temple de Dieu peut-il être édifié dans noussinon par la sainteté? Si les prêtres de Fancienne loi devaient être saints, à combien plus forte raison dcTons-nons trarailler h le devenir, puisque nous ofTroos des victimes beaucoup plus nobles , et rAgneau^roême de Dieu?

d. La tache particulière qui se réi>and;, en conséquaice Se cette consécration, sur tous les péchés du chrétien. Car tout péché dans un clirétien est une espèce de sacri* lége, puisque c'est la profanation d'une chose consacrée à Dieu et unie à Dieu. Vérité que saint Paul représentait si fortement aux premiers chrétiens. Rien néanmoins de plus ordinaire dans le christianisme que le péché : la corruption y est générale. Qn'avons-nous donc à craindre? c'est que Dieu , qui noya le monde entier dans un déluge universel , pour punir les péchés des hommes, ne laisse le flambeau de la foi s'éteindre parmi nous.

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