DEUXIÈME PARTIE
C'est une vérité dont l'amour-propre qui* nous domine voudrait bien ne pas convenir, mais dont il ressent tous les jours l'effet malgré lui-mê:iie, que quiconque s'aime au préjudice de son devoir, beaucoup plus au préjudice de sa religion, en s'aimant de la sorte devient son plus dangereux ennemi ; qu'il se perd en se cherchant, qu'il se détruit en se conservant; et, par une providence toute particulière, qu'il s'attire le sort que David, dans une espèce d'imprécation, souhaitait aux pécheurs, quand il disait à Dieu : Âedcle retrihutlonem eorum ipsis (Ps. ^7) : Seigneur, confondez-les dans leurs propres voies, et faites retomber sur eux-mêmes leur iniquité. Voyez-en la preuve, mes chers auditeurs, et l'exemple sensible dans ces hommes du siècle, dont il me reste à vous tracer le caractère ; je veux dire , non plus dans ces sages et ces prudents, mais dans ces lâches chrétiens, qui, par une faiblesse de cœur, par une crainte servilc, par un respect tout humain , contre les reproches de leur conscience, lorsqu'ils devraient exercer leur zèle pour Dieu, abandonnent indignement ses intérêts. Ce qu'ils ont en vue, c'est de se ménager eux-mêmes; mais qu'arrive-t-il? c'est que, bien loin qu'ils y réussissent , leur lâcheté se termine pour eux à des effets tout contraires. Car, premièrement, elle les prive du plus grand honneur qu'ils auraient pu prétendre, même dans l'opinion du monde , savoir, d'être les défenseurs , et , selon la mesure de leur pouvoir, les protecteurs de la cause de Dieu. Secondement, elle les rend odieux et méprisables tout à la fois : odieux aux gens de bien , qui , témoins de leur infidélité , ne peuvent se défendre de concevoijr contre eux une juste indignation; et méprisables même aux impies, dont ils croient néanmoins par là devoir se pron.etfre r^iffection et l'approbation. En troisième
lieu, cette lâcheté se dément et se contredit dans eux, mais d'une manière, comme vous le verrez, dont ils ne sauraient se parer, et dont la conviction et le remords leur est déjà insupportable dès cette vie. Enfin, elle oblige Dieu à retirer d'eux ses grâces les plus spéciales, et à leur faire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice. Quatre points que je vous prie de bien méditer, et qui demandent encore de votre part une nouvelle réflexion.
Oui, chrétiens, vous renoncez à votre propre gloire, lorsque, dans les sujets qui s'offrent à vous et où votre zèle vous doit faire entrer, vous n'osez, par une timidité faible et lâche, ni parler ni agir pour l'intérêt de Dira. Car qu'y a-t-il de plus digne d'une grande âme, d'une âme noble et élevée, que la défense d'un tel intéà^êt; et que pouvpns-nous nous proposer dans le monde de plus honorable? Quand vous travaillez pour vous-mêmes, comme vous ^s vous-mêmes petits, quoi que vous fassiez, tout est petit, tout est borné, tout est réduit à ce néant inséparable et de vos personnes et de vos états. Mais quand vous vous intéressez pour Dieu, tout ce que vous faites, dans l'idée même des hommes, a je ne sais quoi de divin que l'on est comme forcé d'honorer, et qui donne pour vous une secrète vénération. Vous cherchez la gloire , écrivait saint Augustin à un homme du monde, et cette gloire que vous cherchez, où la trouverez-vous mieux que dans l'exercice d'un zèle sincère pour tout ce qui touche le culte de votre Dieu ; c'est-à-dire pour protéger ceux qui l'observent , pour réprimer ceux qui le violent , pour faire cesser les abus, pour maintenir la discipline, pour vous opposer comme un mur d'airain et comme une colonne de bronze aux entreprises de l'erreur, du vice, de l'impiété? Si vous avez un mérite solide à acquérir pour vous rendre recommandable, par quelle autre voie devez-vous espérer en venir à bout? qu'est^e qui a immortalisé le nom de tant de grands hommes dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau? Qu'est-ce qui a imprimé dans tous les esprits les sentiments d'une estime si générale, et d'une admiration si constante pour ces illustres Machabées? Qu'est-ce qui a distingué, entre les empereurs chrétiens, les Constantin et les Théodose? IS'est-ce pas ce zèle de l'honneur de Dieu et de sa loi, dont ils ont été animés? Parcourez, disait ce brave Mathathias étant au lit de la mort et instruisant ses enfants , parcou)*ez toutes les générations , et voyez si ceux de nos ancêtres dont la mémoire est en bénédiction ont autrement mérité ces éloges et ce respect des peuples , que par la force et le courage qu'ils ont témoigné quand il a été question de soutenir la cause du Seigneur. Ne pensez pas arriver jamais au degré de gloire où ils se sont élevés, que par la même résolution ; et ne soyez pas assez aveu-
gles pour croire que par des succès purement humains, dont le monde peut-être yous félicitera, vous puissiez les ^^er. Ainsi parlait ce saint et généreux pontife ; et c'est, chrétiens « ce que je vous dis après lui. Non, qui que vous soyez, n'attendez point d'dutre gloire véritable que celle qui vous viendra de la sainte ardeur que vous marquerez à Dieu et pour Dieu. Avec de prétendus succès qua vous aurez d'ailleurs, et à quoi les hommes pourront applaudir, vous ferez un peu de bruit dans le monde ; mais avec cebruit, comme l'Écriture nous l'apprend, votre mémoire périra. Cette gloire, que vous aurez cherchée hors de Dieu, et où Dieu n'aura nulle part, s'évanouira comme une fumée, et, après vous avoir ébloui pour quelque temps d'une fausse lueur, elle vous laissera dans une éternelle obscurité.
Mais savez-vous encore quel doit être en cela le malheur de votre destinée? C'est qu'étant lâche pour Dieu comme vous êtes, Dieu, qui n'a besoin de personne, et qai choisit ceux qui M plaisent, ne daignera pas même se servir de vous. Usant bien des talents et des avantages que vous aviez reçus de lui, vous pouviez être les instruments de sa gloire, mais il ne voudra pas vous y employer. C'était un honneur qu'il vous eût fait, mais dont il vous trouvera indigne. Vous ne méritez pas d'avoir place entre ces hommes connus pour être à lui , et déterminés dans le besoin à se sacrifier pour lui : il en suscitera d^autres qui le mériteront mieux que vous; d'autree qu'il remplira de son esprit, et qui , dans la médiocrité de leur condition, fei^ont pour ses intérêts des prodiges de vertu. Ceux-là oseront tout et risqueront tout quand il s^agira de le glorifier,- et voilà pourquoi il les glorifiera eux-mêmes. Vous craignez de vous exposer : eh bienl il se passera de vous ; mais aussi n'aurez-vous pas l'honneur de lui avoir été fidèles, et l'oracle qu'il a prononcé se vérifiera à la lettre : Qtdcumque glor\ficaverU me, ghrijkabo eum; qid autemcontemnmU nie^ erunt i$fno^5.(,l./i£9r.,3.) Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toutedivine dont ils tâchaient à les piquer; et p.^ût à Dieu que ce discours fût accompagné d'une grâce assez forte et assez puissante pour faire sur vous de pareilles impressions!
Mais ce n'est pas tout : car en même temps que TOUS vous privez de l'honneur et du mérite que vous auriez à prendre le parti de Dieu, vous devenez, par une suite nécessaire, odieux et méprisable aux hommes. A qui odieux? je l'ai dit, à tout ce qu'il y a de vrais fidèles qui aiment Dieu , et qui voyant avec quelle faiblesse vous mollissez dans toutes les rencontres,en gémissent, etdisent intérieurement comme le roi David : f'idi prxvaricantes , et tabeseebam (/*5.,1 18) : J'ai vu Seigneur, ces lâ-
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ches prévaricateurs, qui, par des complaisances intéressées, ou par une crainte mondaine, ont négligé votre cause ; je les ai vus , et j'en ai sédié d'ennui et de regret. Car quelle amertume a un juste qui a le cœur droit et qui brûle d'un zèle évangélique, de voir les intérêts de Dieu trahis par les vaines considérations et les timides, mais criminelles réserves , des partisans du monde et de ses esclaves ! Que peut-il moins faire que de s'en prendre à eux, et de former contre eux dans son coeur ce sentiment de haine qu'une semblable indignité excitait dans le cœur de David ? haine dont il ne se £dsait nul scrupule, que dis-je? qu'il s'estimait heureux de ressentir, et dont il se foisait un mérite auprès de Dieu; haine qui procédait en lui des plus pures sources de la charité, et qui lui donnait droit de dire : Per/e* cto odio oderam illos, et inimici facH sunt mihi : Je les haïssais, mais d'une haine parfaite; et j'étais leur ennemi , parce qu'ils étaient les ennemis secrets de mon Dieu : Perfecto odio oderam illos. {Ps., 138. } Or je vous demande s'il est rien , même selon le monde, de plus difficile à supporter et qui approche plus de la malédiction , que cette haine et cette aversion des gens de bien. Je sais qu'il y a de ces cœurs durs que leur lâcheté même pourrait rendre insensibles à ce motif, et qui compteraient pour rien d'être dans la haine des serviteurs de Dieu, pourvu qu'ils pussent contenter l'amour-propre qui les possède : mais n'est-ce pas une autre malédiction qui prouve encore plus clairement ce que j'ai avancé? Car, dans la pensée du sage, être content lorsque l'on s'attire la haine des hommes, c'est être d'autant plus odieux qu'on le veut bien être, et qu'on n'est point touché de l'être. Et ne me dites point que ce qui est condamné des uns est approuvé des autres : vous vous trompez , chrétiens. Votre lâcheté, outre la haine des gens de bien, vous fera tomber encore dans le mépris des libertins et des pécheurs. Pourquoi ? parce que les pédieurs et les libertins seront assez clairvoyants pour découvrir le faible de votre conduite , et qu'ils s'apercevront bien que votre indulgence pour eux n'est dans le fond qu'une petitesse d'âme, et que, si vous les épargnez , c'est que vous n'avez ni la force ni la hardiesse de les entreprendre. Or la lâcheté reconnue, selon la remarque de Cassiodore, est toujours méprisée, et de ceux mêmes à qui elle est utile. Si, du moment que le vice se produit et que le scandale paraît , vous qui le devez arrêter, vous faisiez votre devoir, les scandaleux et les vicieux, en vous redoutant comme leur persécuteur, seraient obligés néanmoins malgré eux de vous estimer et de vous respecter. Ce qui vous perd dans leur esprit, c'est la complaisance même que vous leur témoignez. Ainsi , manquant à l'une de vos plus essentielles obligations par rapport à Dieu , vous n'avez pas
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même le monde pour vous : comme si le inonde , tout perverti qu^il est, vous faisait en cela votre le- ^on, voQS reprochant votre peu de zèle au même temps qu'il en proGte y et vous méprisant par où vous pensiez lui plaire.
Mais vous n'avez pas, à ce que vous prétendez, assez dé fermeté pour vous opposer au progrès du vice et pour résister à l'insolence du libertinage. Ah ! chrétiens , c'est un troisième pojnt où j'ai dit que riniquité de l'homme se dément elle-même, et où je prétends que, pour peu qu'on se fasse de justice, on ne peut éluder ni soutenir le reproche de sa conscience. Car voilà, mes chers auditeurs, le comble de notre misère; confessons-le humblement et avouons-le de bonne foi. Nous ne manquons de fermeté que lorsqu'il faut en avoir pour les intérêts de Dieu , et pour nos intérêts propres nous ne péchons que parce que nous avons trop de fermeté. Je m'explique. Que Dieu soit outragé, que son nom soit blasphémé, que le culte de sa religion soit profané, nous demeurons dans un repos oisif et dans une langueur mortelle; mais qu'on nous attaque dans nos biens, qu'on nous blesse dans notre honneur, il n'y a point d'excès où le ressentiment ne nous porte. £r , pour en venir au détail , qu'un esprit impie et corrompu raille en notre présence des choses saintes, c'est là qu'une crainte humaine nous ferme la bouche; mais que la raillerie s'étende sur nous, sur nos personnes , sur nos actions , nous nous déchaînons contre elle jusqu'à la fureur. Qu'un libelle injurieux et diffamatoire se débite dans le public, et que nous nous y trouvions notés, nous remuerons tout pour en savoir l'auteur, et nous le poursuivrons jusqu'au tombeau ; mais qu'un livre abominable se répande, où la pureté des mœurs et la charité du prochain soient violées , à peine le condamnons-nous , et Dieu veuille que nous ne nous en fiassions pas un divertissement! En un mot, qu'on déshonore Dieu et qu'on crucifie Jésus-Christ, comme l'apôtre nous apprend qu'il est encore tous les jours crucifié à nos yeux , ce n'est rien pour nous; mais qu'on nous pique, même légèrement; mais qu'on nous rende un mauvais office, c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte. Quelles aigreurs, quelles inimitiés, quelles vengeances, suivant cette belle parole de saint Jérôme, In Dei injuria benigni sumus, in nostris contumeliis ocUa exercemus. ( Hisboiv. ) Or il est bien étonnant que nous ayons des sentiments si opposés, et que notre esprit , par une étrange contradiction , soit tout à la fois si patient et si fier, si tiède et si ardent, si lâche et si courageux. Je dis si courageux , si ardent , si fier dans nos propres injures , et si patient ou plutôt si lâche et sans vigueur dans celles de Dieu. Mais c est à nous à nous justifier devant Dieu sur une si monstrueuse contrariété.
Nous n'avons ni crédit, ni industrie, ni intelHgence contre les progrès et les attentats du libertinage ; ainsi parions-nous quand il ne s'agit que de Dieu seul et de sa cause. Mais que ce qui était la cause de Dieu devienne la nôtre , que cette cause de Dieu commence à nous toucher personnellement, que notre intérêt s'y trouve mêlé; et l'on verra si nous sonunes aussi peu agissants et aussi dépourvus d'adresse que nous le disons. Il n'y a point alors de ressort que nous ne sachions faire jouer, il n'y a point d'obstacle que nous n'ayons le secret de rompre. Auparavant nous ne pouvions rien, maintenant nous pouvons tout. Nous n'osions employer nos amis pour Dieu , nous les fatiguons et les épuisons pour nous-mêmes. Il semble que nous soyons transformés en d'autres hommes, et que notre lâcheté, par un changement merveilleux, se soit convertie dans la plus intrépide et la plus inébranlable constance : In Dei injuria b^Ugni sumus, in nosiris contumeliis odia exercemus. Encore une fois, pour peu que nous soyons équitables , pouvons-nous entendre sur cela le témoignage de notre cœur, et n'en pas rougir de confusion ? Si nous n'en rougissons pas, chrétiens; si, par une ferveur toute nouvelle qui doit aujourd'hui nous ranimer, nous ne profitons pas de ces leçons que je vous fais, Dieu saura bien nous faire porter la peine de notre injustice et nous punir de notre infidélité. Car s'il y a rien qui soit capable de l'irriter contre nous et d'attirer sur nous les fléaux de sa colère ( apprenez-le , grands de la terre, et humiliez- vous sous sa main toute-puissante), si, dis-je, il y un sujet qui l'engage à se tourner contre vous, et à vous traiter avec plus de sévérité , c'est celui-ci. Quelque bien que vous puissiez faire d'ailleurs, si, par une condescendance trop facile , vous souffrez que la religion , que l'Église , que la piété , que la vérité , que la saine doctrine, soient impunément attaquées, fiissiez-vous dans tout le reste des hommes irréprochables, vous êtes des anathèmes que Dieu rejettera , qu'il confondra même dès cette vie , et sur qui il fera éclater toute la rigueur de ses jugements. Ne comptez point sur toutes les autres vertus que vous auriez pratiquées. Vous n'êtes pas plus saints que l'é- Uit iléli : il aimait l'ordre, il voulait que Dieu îùl servi , et il le servait lui-même; il était touché des scandales que ses deux enfants, Ophni et Phînées, donnaient dans le temple : mais il manquait de fermeté pour les tenir dans le devoir, et pour réparer les outrages qu'ils faisaient à Dieu. Vous savez ce qui lui en arriva. Quia magis honorasii filios iuos quam me, lui dit le Seigneur, par la bouche de son prophète , ecce (fies veniunty etprxcidam brachium Hmm, et non erit senex in domo tua (i. Reg,y 2) : Parce que tu as eu plus d'égard pour tes enfants que pour moi , parce que tu as plus craint de leur déplaira
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qu'à mol , parce que ta n'as pu te résoudre à les contrister ea les châtiant et qu'ils font été plus chers que moi , voici le jour de ma justice oui approche. Comme tu m'as offensé en eux , je te punirai par eux : ils mourront Tun et l'autre d'une mort funeste, et dans leurs personnes toute la gloire de ta maison sera pour jamais anéantie. Ah! mes chers auditeurs, combien de pères dans le christianisme à qui Dieu pourrait faire, au moment que je parle, )a même menace et la même prédiction! Quia magis honorastiJUios (nos quant me : Parce que vous vous êtes laissé amollir par une tendresse criminelle , et que vous l'avez conservée à mon préjudice pour des enfants impies, athées, perdus de conscience; parce que, voyant leurs désordres, vous n'avez pas voulu oublier que vous étiez leur père , pour vous souvenir que j'étais votre Dieu , ou que vous vous êtes seulement souvenu que vous étiez leur père pour les aimer, sans vous souvenir que vous Tétiez encore pour les corriger; parce qu'en mille occurrences où je vous demandais raisonde leurs déportements, vous n'avez pu consentir à vous élever contre eux pour venger mes intérêts : h^cce dies veniurU, et prœcidam brachium tuum, et non erit senex in domo tua ; je vous priverai de ces bénédictions que j'ai coutume de répandre sur mes serviteurs et sur ceux qui leur appartiennent. Elles ne seront ni pour vous ni pour ces enfants dont vous êtes idolâtres , et sur qui vous fondiez vos espérances dans l'avenir. Je détruirai votre maison , j'abaisserai votre grandeur, je saperai les fondements de cet édifice imaginaire que vous vous promettiez de bâtir ; et par la juste sévérité de mes châtiments , vous reconnaîtrez que je n'ai besoin que de moimême pour tirer, quand je le veux, une vengeance exemplaire des injures que je reçois , et de ceux qui les pardonnent trop aisément.
Oui, mes frères, c'est ainsi que Dieu pourrait voa»parleT et a bien d'autres. La prédiction se vérifia à l'égard d'Héli, l'effet répondit à la menace; tout ce que le prophète lui avait annoncé s'exécqU ; et , selon Ws règles de la prédestination divine , ce fut encore une grâce que Dieu fit à ce père infortuné : car tous les maux qui tombèrent sur lui n'étaient après tout que des maux temporels , dont il profita; mais il j a des coups de la justice de Dieu plus terribles, que nous avons à craindre. Et qu'est-ce quand Dieu, se retirant de nous, laisse peu à peu se refroidir et s'éteindre tout notre zèle? Or voilà ce qui arrive souvent, et ce qu'il nous a (ait entendre par son prophète : Auferetur zelus m^itf a^. (EzBCH., 16.) Il laisse un juge, un magistrat dans le plus profond assoupissement sur des abus qui s'introduisent, et qui le condamneront au tribunal de Dien pour ne les avoir pas d'abord condamnés à son tribunal. Il laisse un maître aban-
donner tout au gré de ceux qui le servent, et fermer entièrement les yeux sur leur conduite , pour n'être point forcé de les avertir et de les reprendre; mais pour se charger devant Dieu d'un fardeau mille fois encore plus pesant que celui dont il a voulu se décharger, et qu'il ne croyait pas pouvoir porter. Il laisse un ministre dé sa parole, un directeur, un confesseur flatteries consciences, les perdre \ en les flattant , et se précipiter lui-même dans l'abîme ; car ce sont là les suites malheureuses de cette ^ crainte mondaine qui nous lie tout à la fois et la , langue et les mains , pour ne rien dire et pour ne rien entreprendre dans des occasions qui demandent toute la liberté de la parole et toute la force de Faction. Ah! chrétiais auditeurs, si la crainte nous doit gouverner, que ce soit la crainte du Seigneur, de ce Dieu tout-puissant , et surtout de ce Dieu jaloux : car il l'est, et il l'est souverainement. Et ne peut-il pas bien l'être? et quen'a-t-il pas fait pour avoir droit de l'être? et n'est-ce pas notre avantage qu'il le soit, et qu'il daigne attendre de nous et en recevoir ce témoignage dont il a prétendu nous faire un mérite? Que lui était du reste nécessaire le témoignage d'aussi faibles créatures que nous le sommes? Ne pouvait-il pas , sans nous, mettre à couvert ses intérêts? Mais, par une conduite toute miséricordieuse de sa providence et de son infinie bonté , il a voulu que nous eussions de quoi lui marquer notre attachement et notre zèle, afin qu'il eût de quoi nous récompenser. Secondons ses desseins, puisqu'ils nous sont si favorables; et, par une ardeur toute nouvelle, disposons-nous à entendre un jour de sa bouche cette glorieuse invitation : Venez, bons serviteurs; parce que vous m'avez été fidèles, entrez dans la joie de votre Seigneur. C'est là que nous trouverons le centuple de tout ce que nous aurons donné à Dieu, et que nous jouirons éternellement de sa gloire, que je vous souhaite, etc.
SUR LA FRÉQUEîNTE COMMUNION.
SERMON
room LK BIMAIf CHE DANS L'OCTAVE