‹ Œuvres de BourdaloueChapitre 67 sur 225 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Toute âme chrétienne doit désirer la communion, et rien n'est plus utile pour nous ni plus efficace que ce désir, dès qu'il n'excède point la mesure qui lui convient, et que nous savons le contenir dans les justes limites qu'une prudence évangélique lui prescrit. Observez , s il vous plaît , ce que je dis, qui se réduit à ces trois points : le premier, que nous devons tous désirer la communion , et vous en comprendrez aisément les raisons ; le second , que ce désir nous est très-salutaire, et vous en verrez les fruits; le troisième, que ce désir néanmoins doit être conduit par la sagesse de l'Évangile, et vous apprendrez à le régler. Ainsi les motifs de ce désir, les avantages de ce désir, les règles de ce désir, voilà sur quoi j'ai d'abord à m'expliquer et à vous donner tout l'éclaircissement nécessaire.

Je prétends donc et j'avance que toute âme chrétienne doit désirer la communion. Pourquoi ? Par ce grand motif où tous les autres sont renfermés, savoir que toute âme chrétienne doit désirer souverainement et par-dessus toutes choses d'être unie à Jésus-Christ, puisque c'est en Jésus-Christ qu'elle trouve tous les biens , car c'est en lui qu'elle trouve sa nourriture, sa force, sa consolation, son espérance , toutes les lumières et tous les secours pour marcher dans le chemin du salut et pour arriver à ce bienheureux terme. D'où il s'ensuit que par amour, que par intérêt, mais un intérêt solide et tout spirituel , rien n'est plus à souhaiter ni à rechercher pour elle dans la vie que cette union étroite qui rattache à son Sauveur et qui la fait entrer en participation de tous ses trésors. Or ce qui nous unit réellement, intimement, substantiellement à Jésus-Christ , c'est la communion. Celui qui mange ma chair demeure en moi, et moi je demeure ea lui : Qui manducat meam camem, in me fn<met, et ego in iilo, (Joân., 6.) Union si singulière , qu'elle ne peut être suppléée en ce monde par nul autre sacrement ; et de là cette maxime universelle des Pères et de tous les maîtres de la vie intérieure et dévote, que, par rapport à ce lieu d'exil où nous sommes, et pendant que nous y sommes, le plus grand mal que nous ayons à craindre est d'être séparés du corps de notre Dieu , comme notre plus grand bien est de le recevoir.

Tout cela , mes chers auditeurs , est évident : mais vous me demandez si ce désir de la consmunion peut convenir à un pécheur dans l'état actuel de son péché; car dans cet état il est indigne de communier. Il est vrai, dit saint Chrysostême, cettt indignité peut bien être une raison pour ne pas approcher de la commonion , mais elle ne peut ni ne

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doit jamais être une raison pour ne pas désirer la communion. Autre chose est de communier en effet , et autre de le désirer seulement et dans la manière que nous devons Tentendre. De communier en effet, ce serait pour un pécheur, tant qu'il est encore dans la disgrâce de Dieu et dans rengagement du péché , un sacrilège et une profanation ; par conséquent la table du Seigneur lui est interdite alors , et il doit s'en exclure lui-même. Mais tout exclu qu'il est de cette sainte table, il peut désirer d'y être rappelé, d'y être rétabli , d'y être admis tout de nouveau , non point avec son péché , mais après s'être lavé et purifié de la tache de son péché. Touché de son malheur et de la triste disette où n languît, il peut entrer dans le même sentiment que l'Enfiant prodigue, et se dire à lui-même : Qttanii mercenarii in domo pains mei abimdant panibus! ego autem hic famé pereo. (Luc, 16.) Combien d'âmes sur qui Dieu peut-être n'a jamais répandu ses grâces avec autant d'abondance que sur moi , parce qu'elles ont été fidèles et qu'elles ont profité du peu de talents qu'elles avaient reçus , s'avancent, s'entretiennent, et, pour ainsi parler, s'engraissent dans la maison du Père céleste, tandis que je péris de faim I II peut, en faisant de solides réflexions sur le funeste abandonnement où il vil, et regrettant les dommages infinis que lui cause l'éloignement de la communion , s'écrier avec les paroles de David : Quando veniam et apparebo antefaciem Deif {Ps. 41.) Serai-je donc toujours bamni de la. présence de mon Dieu et de son sanctuaire ? Quand viendra le temps où je pourrai paraître devant lui parmi les conviés, et prendre place comme eux à son festin ? A quoi tient-il ? et ne ferai-je point pour cela quelque effort ? Voilà , disje , comment le pécheur peut souhaiter la communion , et comment même il la doit souhaiter. Ainsi, soit que je sois positivement indigne de la communion , ou que je ne le sois pas, il me convient tonjours de la d^irer. Si je n'en suis pas absolument indigne , ce désir contribuera toujours de plus en plus à m'en rendre digne ; et si mon indignité est expresse et absolue par le péché qui me domine et qui règne en moi , ce désir au moins me préservera d'un endurcissement total , et sera toujours une ressource pour moi.

Il y a plus encore, et , fondé sur la maxime que je viens d'établir, je soutiens même que plus un homme est pécheur, plus il doit désirer la communion , et la preuve en est convaincante ; parce que plus il est pécheur, plus il est malade, plus il est faible, plus Il est éloigné de Dieu : or, plus il est malade, plus il doit désirer ce qui peut le remettre dans une santé parfaite; plus il est faible, plus il doit désirer ce qui peut réparer ses forces perdues ; plus il est éloigné de Dieu , plus il doit soupirer après Dieu poiur

UOt«DALO0E. — T. H.

le retrouver, et pour se rejoindre à lui. Dès là donc que la communion est le remède le plué efficace dont nous puissions user, dès que c'est contre nos faiblesses le secours le plus puissant que nous puissions employer, dès que c'est le sceau de notre réunion avec Dieu, plus nos plaies sont profondes et nos maladies dangereuses, plus devons-nous avoir d'ardeur pour approcher du médecin dont nous attendons notre guérison; et plus nous nous trouvons loin de Dieu, plus devons-nous aspirer vers l'autel, où il veut bien encore se communiquer à nous et nous réconcilier pleinement avec lui.

Il faut pour cela des dispositions , je le sais ; mais voici les avantages de ce désir que je voudrais allumer dans vos cœurs. Car, pour passer maintenant à l'autre article que je me suis proposé, je dis deux choses , que je vous prie de bien comprendre : premièrement, que le désir est lui-même la première disposition que nous devons apporter à la communion ; et secondement que ce même désir est encore le principe et le mobile de toutes les autres dispositions que demande la communion. Expliquons-nous. C'est la première disposition : je ne dis pas que c'est une disposition suffisante , mais encore une fois que c'est de toutes le^ dispositions la plus convenable et la première. En effet, le sacrement que nous recevons dans la communion , en quelle qualité et pourquoi nous est-il donné? Comme l'aliment et la nourriture de l'âme. C'est un pain , Panis quem ego dabo (JoAN. , 6) ; c'est une viande , Caro mea vere est cibus (Id.); c'est un breuvage , 5awywi5 mew5 vere est potus. (Id.) Voilà comment Jésus-Christ Fa institué, et comment il nous l'a fait entendre dans les termes les plus formels. Or une viande ne profite jamais mieux , et n'est même communément utile et saine au corps , que lorsqu'on la prend et qu'on la mange avec appétit. A insien est-il de cette viande divine qui nous est distribuée par les mains des prêtres. Le goût qu'on y trouve, la sainte avidité qui nous la fait rechercher ou du moins désirer , est un signe de la préparation du cœur à en tirer le fruit qu'elle peut produire. Et parce que ce fruit dépend de la grâce de Dieu , j'ajoute que c'est encore ponr Dieu une espèced'engagement à nous accorder cette grâce et à la verser sur nous dans toute son abondance. Pourquoi cela? parce que cette faim , que cette soif de la communion , si j'ose m'exprimer de la sorte, est un honneur particulier que nous rendons au sacrement de Jésus-Christ, puisque c'est un témoignage de l'estime que nous en faisons , et de la haute idée que nous en avons conçue. De là cette invitation du Sauveur du monde, que je puis bien appliquer à mon sujet : Si quis sUU, veniat ad me. (Id. , 7.) Celui qui se sent pressé de la soif, qu'il vienne à moi. Plus il sera altéré , plus je répandrai sur lui ces eaux vivifiantes dont mon sacrement est la source întaris-

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sable. De là cette effusion de toQS les dons célestes que fait ce même Sauveur sur l'âme affamée, selon le mot du prophète : Animam eiurientem saHavit bonis, (Ps. 106.) Il n'épargne rien pour elle; et plus

il voit croître sa faim , plus il prend plaisir à la rassasier. De là aussi ce redoublement, cette vivacité de désir, ce nouveau fen dont une âme quelquefois est embrasée. Une communion, bien loin de l'éteindre, ne sert qa*à l'enflammer davantage; et c'est en cette âme que s'accomplit toute la parole du Saint-Esprit : Qui edunt tne, adhuc esurient. (Eccks.y 24.)

Mais , chrétiens, je vais trop loin : revenons. Outre que le désir est lui-même la première disposition pour bien communier, c'est encore le principe et comme le mobile de toutes les autres dispositions que demande la communion. Car quand je désire sincèrement et efficacement une fin, dès là je suis déterminé à tous les moyens qui sont nécessaires pour y parvenir. Si donc je désire de bonne foi la communion , ce seul désir m'engage à ne rien négliger de tout ce que ma religion exige de moi pour participer dignement au divin mystère.

Je sais, par exemple, quedetoutes les dispositions, la plus essentielle est la pureté de la conscience , et que je ne puis , avec un cœur ou corrompu par l'intérêt , ou enflé par l'orgueil , ou amolli par la sensualité, ou aigri par le ressentiment et la vengeance, ou flétri de quelque autre sorte que ce soit, m'unir à un Dieu qui est la sainteté même, et le saint des saints; que fais-je , si c'est un vrai désir qui me porte à la communion? Ne voulant pas profaner le sacrement , et ne voulant pas non plus l'abandonner, je conclus que je dois rentrer en moi-même , et purifier mon âme de tout ce qui pourrait blesser l'œil du Seigneur au moment qu'il daignera la visiter. C'està-dire , je conclus que je dois me dessaisir de ce bien qui ne m'appartient pas , que je dois réparer ce dommage dont je suis l'auteur et que j'ai injustement causé; que je dois rabattre cette hauteur d'esprit qui me rend en mille occasions fier et impérieux , vain et méprisant, colère, violent, emporté; que je dois réprimer cette ambition , qui dans le cours de ses entreprises me fait violer tant de devoirs et commettre tant d'injustices; que je dois renoncer à cet attachement, pardonner cette injure, me réconcilier avec cet ennemi , surtout me réconcilier avec Dieu , et pour cela avoir recours au tribunaî de la pénitence, par une confession exacte, et accompagnée de tous les sentiments et de toutes les résolutions qui en font le mérite.

Je sais que , pour un fréquent usage de la communion, ce n'est point assez d'une vie exempte de certains vices grossiers , et du reste remplie de mille imperfections, lâche, tiède, négligente; mais que cette communion fréquente suppose la ferveur de la

I piété, la fidélité aux moindres devoirs, la pratique des vertus. Si donc mon désir, sans se borner à quelques communions éloignées les unes des autres, m'ÎMpIre de les réitérer aussi souvent que je le pourrai et que mon état le permettra , quelles sont les saintes conséquences que je tire? Voulant communier souvent et voulant communier utilement, je conclus que je dois sanctifier ma vie et la conformer au nombre de mes communions : c'est-à-dire je conclus que je dois vivre dans la retraite et la séparation du monde, parce que la fréquente communion ne peut s'accorder avec une vie mondaine et dissipée; que je dois renouveler sans cesse l'ardeur de ma dévotion, et m'adonner sans relâche à tous les exercices du christianisme, parce que la fréquente communion ne peut convenir avec une vie paresseuse et inutile ; que je dois , autant qu'il est possible, veiller à la garde de mon cœur, en régler tous les mouvements, en modérer toutes les passions, en déraciner les plus légères habitudes, en bannir tout ce qui n'est pas selon le gré de Dieu et selon la perfection de sa loi , ou du moins le vouloir ainsi et y travailler, parce que la fréquente communion ne peut compatir avec des imperfections où l'on s'entretient volontairement, et dont on ne prend ni l'on ne veut prendre nul soin de se défaire; que je dois être humble, charitable, patient, mortifié, assidu à la prière et à toutes les œuvres pieuses, ou du moins que je dois m'appliquer à le devenir, parce que la fréquente communion est le prix de tout cela , de même aussi que tout cela est communément le fruit de la fréquente communion. Voilà encore une fois ce que je conclus , et à quoi le désir de la communion me détermine.

Or par là ce désir n'est-il pas pour nous comme un principe de sanctification; et en quelques égarements que nous soyons tombés , tant que nous conserverons ce désir, ne sera-ce pas toiyours un fonds d'espérance pour notre retour à Dieu et pour notre conversion ? D'où vous jugez , mes chers auditeurs , ou vous devez juger avec moi , de quelle conséquence il est de ne laisser pas éteindre ce désir dans le christianisme, mais de le réveiller incessamment dans les cœurs et de l'y faire croître. Voici néanmoins l'abus de notre siècle : qu'il me soit permis de m'en expliquer aujourd'hui , et de le déplorer en votre présence. Au lieu de nourrir dans les âmes ce désir de la communion, au lieu de le rallumer continuellement parmi les fidèles et de le redoubler, on le ralentit , on le refroidit , et l'on vient peu à peu à l'amortir tout à fait et à l'anéantir. Comment? en ne représentant jamais la communion au peuple chrétien que sous des idées et àe^ images effrayantes , en ne lui retraçant dans l'esprit et ne lui mettant devant les yeux que l'excellence du sacrement . que l'indignité de l'homme, que le danger d'une mau-

DESIR ET DÉGOÛT DE LA COMMUNION

▼aise communion et les suites malheureuses qu'elle traîne après soi ; en exagérant les dispositions requises pour communier dignement, et les proposant dans un degré de perfection où il est d*une extrême difficulté et presque impossible d'atteindre. Car n'est-ce pas là que tendent ces maximes outrées d'une morale prétendue sévère? Maximes que l'on débite dans les entretiens particuliers, que l'on fait entrer dans les discours publics , dont on compose d'amples volumes, et que l'on appuie de citations sans nombre et souvent sans fldélité : mais surtout maximes dont se laissent préoccuper, ou, pour mieux dire, infatuer des âmes faibles, d'autant plus aisées à séduire qu'elles sont moins instruites du fond des choses et moins capables de s'en instruire par ellesmêmes ; donnant en aveugles à toutx» qui porte un caractère de rigueur; suivant sans réflexion et sans modération les premiers sentiments d'une timidité naturelle et mal réglée; ne distinguant ni l'illusion ni la vérité ; n'écoutant rien là-dessus , et ne pouvant presque revenir de leurs préjugés contre la communion.

Cependant qu'arriv»-t-il de là ? c'est que la plupart , si je puis rapporter ici cet exemple , raisonnent à l'égard de la commum'on comme les disciples de Jésus-Christ raisonnèrent à l'égard de l'état du mariage , lorsque ce divin maître leur en marqua les engagements. S'il en est de la sorte , lui dirent-ils , il vaut donc mieux demeurer libre et ne se point lier à de telles conditions : Si Ua est, non expedU fwbere. (Matth., 19.) Voilà justement ce qu'on dit : Puisqu'il y a tant à craindre en communiant , il est donc plus à propos de s'abstenir de la communion et de n'en avoir pas un usage si fréquent. Puisque la communion demande é^ dispositions si relevées et si parfaites, quand serai-je parvenu là? et le plus sûr pour moi n'est-ce pas de rendre mes communions plus rares , et d'attendre le temps que je m'y croirai assez préparé,? On le dit , et on le feût. Cette crainte de la communion en détruit le désir. D'un jour à un autre il diminue. On le perd enfin ; et n'ayant plus ce désir, on n'a plus l'aiguillon le plus piquant pour nous exciter à la pénitence et à la réformation de nos mœurs, pour nous tenir dans une vigilance perpétuelle sur nousmêmes, pour nous tirer de nos lâchetés et de nos tiédeurs.

Vous me direz que ce n'est pas là l'intention de ceux qui s'énoncent en des termes si forts sur la communion ; qu'ils n'en combattent pas le désir, et qu'au contraire ils l'approuvent et le louent; mais que, pour l'honneur de Jésus-Christ et l'avancement des âmes, ils ne se proposent autre chose que d'arrêter et de prévenir les excès où ce désir mal conçu pourrait nous mener. Ah ! mes chers auditeurs, n'examinons point ici les mtentions : c'est

à Dieu à en juger; mais peut-être si nous voulions là-dessus entrer dans une sérieuse discussion , trouverions-nous que ces intentions si pures en apparence et si saintes ne sont rien moins que ce qu'elles paraissent. On a certams principes touchant la fréquentation du sacrement de nos autels. On voudrait contre les vues de Jésus-Christ, contre la pratique des premiers fidèles, contre la conduite des plus habiles maîtres dans les voies de Dieu , retrancher le pain aux enfants, selon l'expression de l'Écriture; c'est-à-dire qu'on voudrait abolir dans l'Église les fréquentes communions ; et pour y réussir, il n'y a point de plus sûr moyen que d'inspirer aux âmes l'éloignement de la communion : par ou ? par ces menaces qu'on leur fait entendre , par ces peintures qu'on leur trace , par ces frayeurs dont on les remplit. Quoi qu'il en soit, et sans pénétrer davantage dans les desseins qu'on peut avoir, je m'en tiens à l'effet, et je n'en puis assez gémir. Car ce qui s'ensuit immanquablement de là , c'est ce que nous voyons : je veux dire qu'on vit dans une ind ifférence mortelle à l'égard de la communion, et qu'on va jusqu'à se faire devant Dieu un prétendu mérite de cette indifférence et une vertu.

Ce n'est pas que j'approuve tout désir de la communion ; et comme il n'y a rien de si saint en soi qui ne puisse être sujet à l'illusion, dès que nous ne le prenons pas dans les vues ni selon l'esprit du christianisme, je n'ai point de peine à convenir que dans le désir dont je relève ici \qs avantages , il y a des égarements à craindre et des écueils à éviter. Ce st un désir réglé que je demande. Or, un désir r^lé n'est pointun désir présomptueux qui nous ôte le sentiment de notre bassesse, et qui nous fiasse aller à l'autel du Seigneur avec un orgueil de pharisien. Ce n'est point un désir aveugle qui n'examine rien , et qui ne soit accompagné de nulle réflexion sur nous-mêmes et de nulle connaissance de nousmêmes. Ce n'est point un désir précipité, dont le premier mouvement nous emporte , sans accorder à une juste et solide épreuve de soi-même le temps nécessaire. Ce n'est point un désir volage et capricieux, que l'humeur gouverne, et qui soit sujet à de bizarres et de perpétuelles vicissitudes. Ce n'est point un désir frivole et visionnaire , qui par la plus chimérique alliance prétende concilier ensemble la communion, et une vie lâche, une vie molle, une vie toute naturelle. Ce n'est point un désir opiniâtre et entêté , qui ne se conduise que par ses idées et qui les suive avec obstination, ne prenant conseil de personne et ne voulant dépendre de personne. Car voilà les désordres qu'il y aurait à condanmer dans le désir de la communion , et que je condamne en effet moi-même, mais un désir humble, mais un désir éclairé ou demandant à l'être , mais un désir prudent et sage, mais un désir docile et sou«

ift.

DESIK Ei D1:G0UT DE LA COMMUNION.

mis, en un mot un désir chrétien , ah! mes frères (je parle à vous , ministres de Jésus-Christ ) , c'est ce que nous ne pouvons entretenir avec trop de soin parmi le peuple de Dieu et dans son Église. Or, vous savsz si c'est là toujours le soin qui vous occupe , et si , par une pratique toute contraire , on ne tourne pas aujourd'hui ses soins à ralentir toute Fardeur que le premier esprit de TÉvangile avait là-dessus excitée dans les âmes.

Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, c'est ici que vous pouvez vous appliquer l'avis de saint Bernard. Si le guide que vous avez choisi , idit ce Père , pour vous diriger dans les sentiers de la justice et dans le chemin de la perfection évangéliquc , vient à se relâcher envers vous et à vous mener par une voie trop douce, ne perdez rien des sentiments dtf votre pénitence , et par des exercices volontaires et libres suppléez à ceux qui ne vous sont pas ordonnés. C'était la maxime de ce saint docteur; et, suivant cette maxime , je vous dis , moi : Quelque spécieuse que puisse être la direction que vous recevez, du moment qu'elle va à refroidir votre zèle pour la communion, tenez-la dès lors pour suspecte; et si vous ne voulez pas encore l'abandonner, du moins vous-mêmes , avec le secours de la grâce et par toutes les considérations que la religion vous fournit, travaillez chaque jour à renouveler dans votre cœur ce que peut-être on cherche secrètement à y détruire. Quelque leçon qu'on puisse vous faire, et en quelques termes qu'on puisse s'exprimer pour vous peindre à vous-mêmes comme pécheurs, comme indignes de la table d'un Dieu si saint, dites toujours avec le prophète royal : Quemad' modum desiderat cervus ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te, Deus. (Psal. 41.) Il est vrai. Seigneur, et je le reconnais devant vous, je ne suis que faiblesse et que misère ; mais', dans îa connaissance de mes faiblesses et de mes misères , que dois-je souhaiter plus ardemment que de trouver en vous mon soutien et le remède à mes maux? Plus donc je sentirai mes besoins, plus j'aspirerai vers celui qui y peut subvenir; et le cerf pressé de la soif ne court pas aux foutaines d'eau vive avec plus d'ardeur que je soupirerai sans cesse après l'heureux moment où je pourrai recevoir mon Dieu et le placer dans mon sein. Sitivit anima mea ad Deumfortem, vivum. ( Ibid. ) C'est le Dieu fort, et sans lui mon âme languit dans une triste défaillance dont il n'y a que lai qui la paisse relever. C'est le Dieu vivant et le principe de la vie , et sans lui mon âme demeure dans un état de mort , d'où f 1 n'y a que loi qui la puisse retirer. Fuef^unt mihi îacrymx meœ panes die ac nocie , dttm dicitur mihif Ubiest Deustuusf (Ibid.) Dès que je me vois éloigné de ce Dieu d'amour, il me semble que mon cœur s'élève contre moi , et qu'il me demande, Où

est ton Dieu ? où sont ces heureux moments où tu goûtais à sa table les douceurs de cette viande divine qu'il te présentait? Et dès que je crois pouvoir encore être admis à cette table sacrée, et qu'on m'annonce que j'y puis aller tout de nouveau, c'est pour moi la plus agréable parole , et je la reçois comme un homme affamé qu'on appelle à un repas délicieux : In voce exultationis et confessionis , sonus epulantis.{Ps. 41 . ) Puissiez-vous , chrétiens, vous maintenir toujours dans ces sentiments , et vous préserver ainsi de ce dégoût de la communion dont j'ai a vous parler dans la seconde partie !

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