DE L'AVEUGLE -NÉ
PrœUriens Jésus vidit hominem ectcum a naiivitate.
Jésos passant, vit on bomme qoi était aveugle depuis sa naissance. Saint Jean, chap. 0.
De tous les faits qu'ont rapportés les historiens sacrés et dont ils ont composé leurs saints évangiles, nous pouvons dire, chrétiens, qu'il n'en est point où ils se soient étendus dans un plus long détail , ni qu'ils nous aient représentés avec des traits plus vifs , que la guérison miraculeuse de cet aveugle-né , à qui le Sauveur du monde ouvrit les yeux, et en qui il voulut faire éclater sa gloire. Il semble que le fidèle évangéliste qui nous en fait aujourd'hui le récit ait pris à tâche de n'en pas omettre une circonstance; et la peinture qu'il nous en trace est si naturelle et si sensible , que nous croyons, en lisant ce miracle, y être présents nous-mêmes et voir tout ce qui s'y passe. Je ne puis donc, ce me semble, mes chers auditeurs, mieux contenter votre piété, qu'en suivant de point en point, dans ce discours, tout l'évangile de ce jour, pour en tirer, comme dans une simple homélie, les instructions salutaires qui se présenteront et qui serviront à l'édification de vos âmes. Or, dans toute la suite de cet évangile, je remarque surtout deux sortes de personnes qui s'y distinguent, et qui doivent particulièrement occuper notre attention. Nous les entendrons parler, mais du reste tenir deux langages bien différents. Nous les verrons agir, mais avec des sentiments bien opposés. D'une part c'est l'aveugle même guéri par Jésus-Christ, et bénissant à haute voix son bienfaiteur : mais d'autre part, ce sont les pharisiens ennemis de Jésus-Christ, et piqués d'une mortelle envie contre ce Dieu Sauveur. Touché de la plus juste reconnaissance , et se faisant un devoir indispensable de confesser et de publier la vérité à la gloire de cet Homme-Dieu, qui vient d'opérer en sa faveur un prodige si merveilleux, l'aveugle reconnaît de bonne foi et déclare avec assurance le bienfait qu'il a reçu, en nomme l'auteur, en marque toutes les particularités, et se reprocherait comme un crime et une monstrueuse infidélité , non-seulement de rien dire qui pût obscurcir ce miracle, mais de rien taire de tout ce qui peut en rehausser l'éclat. Voilà comment s'explique un cœur droit; et par
> C*e«( rérangile du mercredi de la quatrième semaine de Carême, où Ton pourra dans la suite placer cette homélie, qui est restée des Sermons du père Bourdaloue.
une règle toute contraire , voici , dans l'exemple des pharisiens , comment se laissent aveugler des cœurs préoccupés , des cœurs envenimés ; en un mot qui exprime encore mieux ma pensée, des cœurs intéressés. Car, selon les vues de ces faux docteurs de la loi , il était de leur intérêt de rabaisser les œuvres de Jésus-Christ et de les décréditer, parce que luimême , par ses œuvres, il diminuait leur crédit , et c'est pour cela que, malgré l'évidence du miracle fait dans la personne de l'aveugle-né, ils ne peuvent jamais se résoudre à en convenir, et qu'ils en prennent même occasion de calomnier le Fils de Dieu et de le traiter de pécheur. De là , nous comprendrons d'abord en quel aveuglement l'intérêt propre est capable de nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pharisiens ; ce sera la première partie. Et nous apprendrons ensuite du témoignage de l'aveugle, à dissiper, par les lumières de là foi , les ténèbres de l'erreur, et à confondre le mensonge par une sainte confession de la vérité ; ce sera la seconde partie. Pour vous faire bien entendre Tun et l'autre , j'ai besoin des grâces du ciel , et je les demande par l'intercession de Marie. Ave,