‹ Œuvres de ChamfortChapitre 2 sur 32 · ARSÈNE HOUSSAYE · texte numérisé non relu

ARSÈNE HOUSSAYE

Depuis que cette étude a paru (Revue des Deux Mondes y !•' juillet 1848), mon excellent ami, M. Sainte-Beuve, notre maitre à tous dans l'art du portrait à la plume, a publié une vive physionomie deChamforl (Constitutiotinel, 15 septembre 1851), dont voici les premiers traits :

c En parlant de cet esprit pénétrant et amer, je tâcherai d*étre

modéré comme toujours, et, sans prodiguer la sympathie là où elle n'a que faire, je me tiendrai à ce qui est de juste sévérité. Gardons-nous, en jugeant Chamfort, de cette aigreur qu'il avait en jugeant les autres et que nous lui reprochons.

< Il a laissé un nom et bien des mots qu'on répète. Quelques- UDS de ces mots sont comme de la monnaie bien frappée qui garde sa valeur ; mais la plupart ressemblent plutôt à des liéelles acérées qui arrivent brusquement et sifflent encore. »

Voilà qui est juste avec la concision imagée de Chamfort ; mais voici qui est sévère :

« Chamfort, malgré quelques parties perçantes et profondes* n'était qu'un homme d'esprit sans vraies lumières et fanatisé. »

Fanatisé par l'esprit de révolution. Pourquoi reprocher à Chamfort d'avoir suivi cette vague, trompeuse comme la sirène, tpi nous appelait vers Thorizon rêvé ?

Chamfort n'était qu'un homme d'esprit, mais non sans vraies

< Son nom restera attaché à quantité de mots concis, aigus, vibrants et pittoresques, qui se fixent bon gré mal gré dans te souvenir. Méfiez-vous pourtant! je crains qu'il n'y ait toujours un peu d'arsenic au fond. »

Si Chamfort mêle l'amertume dans sa coupe, Sainte-Beuve, après y avoir bu, n'en garde- t-il pas trop sur les lèvres pour pwler de Chamfort?

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