‹ Œuvres de ChamfortChapitre 23 sur 32 · IMITATION D'OVIDE · texte numérisé non relu

IMITATION D'OVIDE

Je ne sais point porter de chaînes éternelles. Et j'ose me vanter de ma légèreté :

Quand IHinivers nous offre tant de belles, Pourquoi n'aimer qu'une beauté?

Si je vois une fille innocente et tranquille,

Qui baisse ses regards sur un sein immobile,

Son timide embarras, sa naïve candeur,

Sont des pièges cachés qui surprennent mon cœur.

Si, marchant d'nn air leste el la tête assurée.

Attaquant, provoquant la jeunesse enivrée,

Laîs vient à paraître, elle enflamme mes sens ;

J'ai bientôt oublié ma modeste bergère,

Et c*est la volupté, c'est Tart que je préfère,

Afin de savourer des plaisirs différents.

Du haut de sa grandeur, de sa tige éclatante.

J'aime à faire descendre une superbe amante;

Et je crois» triomphant d'elle et de ses aïeux,

M'élever dans ses bras jusques au sein des dieux.

Tn n'as pas moins de droits sur mon âme inconstante,

Toi, dont Tesprit orné rend Tentretien charmant :

Aux plaisirs de l'amour se borne T ignorante,

Et ses soins délicats flattent un tendra amant.

Que la voix de Ghloé me pénétre et me touche !

Quel plaisir, quand le cœur et Toreille sont pris,

D'interpréter, par un htàset surpris, Les sons pleins de douceur qui sortent de sa bouche !

Je ne puis voir, sans un trouble soudain,.

Dans les bras d'une belle une harpe enlacée^ Et mon œil suit en feu , sur la corde pincée, Le jeu vif et brillant d'une charmante main.

Les grâces de Cynthie et sa taille légère M'offrent les souvenirs des nymphes de nos bois ; Et quand ses pas hardis l'enlèvent de la terre, Je voudrais, embrassant sa taille entre mes doigts, La porter en triomphe aux bosquets de Gythère.

Le frais matin de la beauté,

Les premiers jours de sa naissance,

Portent dans mon sein agité

La plus active effervescence.

Son été même a des charmes pour moi.

m GBÂIffOiT.

femmes ! je ne ? tg que pour voug dang le monde ; Mais j*aime à partager l'encens que je vous doi. Et la brune me rend infidèle à la blonde :

Mon cœur ne brave pas un seul de vos attraits. Enfin, quelque beauté que Ton cite dans Rome, Que Tunivers possède et Funivers renomme, EUe est d'abord l'objet de mes ardents souhaits :

Et, comme un nouvel Alexandre,

Animé d'un feu tout divin, Dans mon ambition, prêt à tout entreprendre.

Je voudrais coijiquérir le monde féminin.

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