ET DE LA RESURRECTION
E suis obligé de déclarer en commençant que je. ne m'occuperai pas dans ce chapitre excentrique, et placé hors de toutes les doctrines écrites , du système des palingénésies sociales.
* Ces deux expressions s'excluent mutuellement y à mon sens ) puisque la génésie est une œuvre de création qui suppose Faction d'un pouvoir supérieur, et que la société v! est qu'une œuvre d'instinct , dont l'accomplissement est attribué à l'organisme borné d'une espèce.
L'homme a fait sa société selon sa puissance, parce qu'il lui a été donné de la. faire. Il ne lui a pas été donné, à lui, de se faire meilleur.
Je respecte profondément cependant toutes les théories que l'homme a imaginées pour le bonheur de l'homme. Une pensée d'améhoration dans le sort de l'humanité, quand elle est exprimée avec sincérité , est la plus haute manifestation possible de l'intelligence. Il n'y a rien de plus digne de vénération.
Le système de Saint-Simon se composait d'inductions rationnelles qui mérîtoient d'être discutées, et qui pouvoient soutenir un examen approfondi. Je suis porté à croire que ses apôtres se sont maladroitement détournés de ses voies toutes matérielles et toutes positives , en substituant au calcul des hypothèses et à la critique des faits l'autorité d'un enseignement où l'on n'a oublié quej'élément essentiel de •
HUMAINE. * 339
renseignement mystique, c'est-à-dire le spiri- * tualisme. Je n'en ai pas moins d'estime pour les saint-simoniens de conviction. Tout homme qui est fermement convaincu de sa parole a droit a être écouté, même quand il se trompe;
Le système de M. Fourier est beaucoup plus spécieux, par la raison qu'il est plus simple , plus naïf, plus dégagé de cérémonies et de mystères , plus facile à soumettre à l'épreuve qui juge tous les systèmes en dernier ressort, celle de l'expérience. Je sais bien ce qui en adviendra, mais je ne suis pas étonné qu'on cherche à le savoir. Cette recherche du mieux possible est d'ailleurs une des nécessités de notre nature , une des déceptions qui sont attachées à la condition d'homme , et dont j'expliquerai la caus^.
Le système de Ballanche est autre chose que ceux-là. Il a sur eux l'avantage de n'être qù'expectatif , ce qui le fait sortir de la catégorie des illusions de l'humanité.
C'est une inspiration orphéique , dans un siècle oii toutes les inspirations de ce genre finissent par tomber à la merci des bacchantes- C'est un calcul d'Archimède qui dépend d'un
fcE LA PALtNGÉNÉSIE
petit mouvement à imprimer au monde / et pour lequel l'artisan sublime n'a de levier que son génie , et de point d'appui que le néant . C'est l'œuvre d'un grand homme auquel la nature a imprimé par mégarde le sceau du sacerdoce sur le$ nations , quand le sacerdoce et les nations s'en alloient.
Et ceci n'est pas sans dessein. Les monde% .
qui sont morts sont encore des astres longtemps.
Ballanche est une des plus puissantes intelligences comme un des plus grands écrivains de tous les âges. Voilà tout.
Non 'y il n'y a point dé palingénésie spécifique pour l'organisation actuelle de l'homme.
Si lés espèces avoient ce privilège , le métal auroit végété^ la plante auroit senti, l'animal auroit pensié^ et je conclurois hardimeiît de ce perfectionnement progressif* que nous sommes à notre tour sur le chemin de la corn- ^préhension. Rien de tout cela n'est arrivé de* puis le jour immémorial où la création commença, parce que tous les êtres sont etifernij|s * daias de certaines possibilités de progrès *
Nous avons touché cent fois à cette barrière. ,
HUMAINE
5Ai
Cent fois nous avons rétrogradé devant elle ^ parce qu'il ne nous appartient pas de la rompre. L'honime embrasse comme Anthée la terre dont il est sorti pour lutter avec plus de force contre le Dieu qui le presse , et il se relève pour mourir. Cette fable du Titan est l'histoire invariable du mondç.
. . Non ! il n'y a point de palihgénésie spécifique pour l'organisation actuelle de l'homme, parce que l'homme approche du temps oii il *aura fini ^on rôle sur la terre, comme Iç re^te des animaux fantastiques du monde fossile , à moins qu'il ne redescende , brut et sauvage, à ia tête des espèces inférieures , pour •*. faire pla,ce à une espèce nou:^elle.
Quand une idée est aussi complexe que celle " de cette proposition, il faut bien la déplier, avec soin pour la rendre intelligible aux es- • prits qui s'en soucient.
Lesautres peuvent la laisser là. Ife n'auraient
' ricm à y apprendre , et c'est un petit malheur,
ç|ir uneins^ciance déci^éejest probablement
'^, ' ie plus* haut' point auquel puisse atteindre la*
raison humaine, si l'hypothèse qui me reste
• à développer n'est qu'une erreur. ' * %
Mais avant'de sonder les profondeurs d'une pensée hasardeuse , il faudroit dire sans doute comment on y a pénétré, et quel parti on espère en tirer dans Fintérét de Fespèce -actuelle.
*" Ce sont là deux choses que je ne sais pas , et que je me suis peu inquiété de sayoir.
^ Voici ce qui m'est personnel dans ces questîons.
J'ai vécu obscur, solitaire, inoccupé, in- . f différent aux mouvements passionnés de la so- • ciété, et même aux recherches curieuses *<le la science, depuis le jour inexorable oii, en jetant un regard de désespoir sur la desflna- I tion de l'homme, je me suis aperçu qu'elle étoit ou imparfaite ou fausse, et qu'elle trom- ^poit toutes^les conjectures que j'avois formées , plus jeune , sur la merveilleuse harmonie de la création.
Je me lïiis retiré alors du milieu de ces dé-
• bats inutiles qui occupent douloureusement
une fourmilière d'êtres inachevés ou déçus.
^Je m'y suis soustrait avec des pleurs amers
» \ pour ceux qui souffrent, et dont le malheur
intin^e est incomparablement plus grand.- J'ai
HUMAINE. j^^ 3Jh5
fermé les yeux sur la société,' et je me suis caché d'elle dans mon oubli.
J'ai cherché cependant des distractions dans l'étude. J'en ai cherché dans la méditation.
J'en ai cherché surtout dans le sommeil, qui* est le meilleur des états de l'homme, si ee n'est la mort.
Je me suis- engagé sur les pas de Cuvier, qui étoit une idée kitelligente incarn^ , dans les mystères du monde ancien, et j'ar regretté qu'il n'eût pas g^couru le cycle d'inductions op il étoit si heureusement entré , pour dévoiler les mystères du monde nouveau ou à venir, qui ne sont pas nK)ins évidents, car tiout ce qui est conséquent dans la cr'éation y . est essentiel. La chaîne des êtres . s'étoit brisée • dans sa main à l'anneau intellecttrel. Il ne falloit que la renouer.
J'ai senti alors que toutes les conséquences du monde créé s'étoient accomplies en leur temps, à l'exception de celles qui complétç- < roient l'existence de l'homme^ et j'en ai con-
clu que si la destinée de' l'homme n'étoit pa4 finie, c'est ,que l'homme n'est pas une fin de. laxréation. C'est qu'il n'en est qu'un épisode
'^ ^Âi ^1^ bE LA P*AUNG]éNÉSIÈ *
passager dont le dénoueiiient $é cache dané ifceltii de l'action universelle. ^ , ^ J*ai compris que l?i vie de dérision et d'er-
reur que ^lOlis traînons ^r la terre, et qui ne \ * paroîtroit autrement que le jeu ironique d'un
% '' mauvais esprit ^ ëtoit au contraire tout ce » qu'eUe doit. être dan§ le système toujours vi-
• ' ;♦ ' vant et toujoujjjs.^p'rogro^ïçif d'unè^ création qui
'se continua * ,» « *
* J'ai jpèj^ enfin la'^ercep.tiqn d'une création
\ complète et sublime dont l'i^^mble ne laisse lîen If désirer' aux, doutes inquiets de notare ' * croyance, si facile à découi?ag€ïr, et qui mé- , riteroil d'être l'œuvre de Dieu , si elle ne •l'é- "n ^ toit pas. ♦. ;
* Et je me» suis prosterné sous le poids de
cette conviction, parcequ'elle m'est pÏEU'venue
éclairée de tant de certitudes et d'acquisitions
comprébensives de la pçnsçe, que je ij'ai pas
'^ pu supposer qu'elle vînt xle moi.
*- *.De moij gran4^Dieu ! vi'un être mobile,
. . foible, irritable, inconsidéré , qui s'égare tous
. les jours dai^s 1$ conduite de sa propre vie ,
H qfyi se <lébat dans* le limon de l'homme ;
comme dans-1^ langes de son berceau !
HtlMAÎNE. ' #► # 3>i5
' D^un copur débileet malade qui 9 voit embrassé tant d'affections, et qu'une iréactidn* nécessaire sur lui-même n'a peut-Hetre isolé de toute la nature que pour le perdre dans des . chimères ! '• «
D'un de ces vieillards, de l'âge' mûr que leur prison organique, importune dépuis long-temps, et qui ont lise les ressorts de leur courage contre la vie, à force de' les * exercer ! • -, ' , ' . ' * a.
En vérité, je lïe guis ni sectaire / ni thauma- a turge, rit prophète. Je ne suis pas philosophe .*^ . ^
Je me feroîs même* scrupule d'être penset^r , j» * . dans l'acception feree qu'on donne à Cfi. rmjfty / ^
parce que la pensée eaj presqyi^ toujours d^ùn ' *■ * . mauvais usage. 'La vérité ne s.'est commiini- • *
quée à moi ni dans le buisson de Moïse , ni ^ dans le bosquet de Numa. Elle ne m'a emporté dans les cieux , ni suf ié char d'Elie , lîi sur la ♦
flèche d'Abaris. Elle rie m'est arrivée ni re-, • "*» vêtue de l'éclatante révélation qui l'a commu- * ^ : niquée aux évangélistes , ni rayonnante de' l'inspiration de$ poètes. ^ ï' i
• Je l'ai sollicitée avec la fcfifiideâV diuné.éme simple, et je l'ai trouvée peu^êttè: ^
DE LA PALINGENESIE
S'il en est ainsi, vous pourrez la reconnoître à un signe certain : vous comprendrez.
Tout ce qui n'est pas compréhensible à un esprit attentif, tout ce'cjui ne parvient pas à l'âme avec la netteté d'un souvenir et la vivafcité d'un sentiment y n'est que vérité de dialecticien, vérité de sophiste, vérité scolastique et Iwresque, vérité de conventidïi , c'est-à-dire aberration ou mensonge. •
Du moment où l'on aura fait en soi le dé-
. part de ces deux vérités, et je n'en demande
"^pas -davantage à jceux qui daignent me lire .
,ils sauront autant que moi si jç sais 5 ils sau-
^ rpnt mieux si je me trompe, et ils pourront
' me quitter — ou me suivre.
Ces commencements seront plus rebutants que je ne l'aurois voulu , mais nous en sorti- « ^ rons en quelques pas. ' •
* L'inconvénient que je subis est inévitable ,
. * quand on ouvre un sentier qui n'a jamais été
pratiqué, pour parvenir à une porte qui n'a
/ ■ * * * jamais été ouverte. Jfe ne l'enfoncerai pas; j'ai
ladef.
Il seroit inutile aujourd'hui de r^enir loh-
HUMAINE. ^ 3417
gueiïient sur les hautes dérisions dont la Genèse a été l'objet dans le triste siècle des philosophes. Deux mots suffiront pour les réduire àleur juste vgjeur, c'est-à-dire à l'expression d'un pédantisme ignorant et d'une présomp- • tion étourdie.
Premièrement, les jours A'^ la. Genèse jCLétoîent pas des jours de yingt-(juatre heures, comme qnt voulu le prouver quelques niais ^ de scoliastes. La distribution quotidienne de nos heures est en raison de notre globe , qui n'étoit pas fait quand la lumière fut faite ^ par une intelligence qui n'avoit pas précisément , comme l'Institut , son orient à Bercy et son occident à Vaugirard.
Les jours de la création ont donc été calcu- ^ lés sur la marche d'un autre soleil , ^ qui n'est pas celui de l'homme, et dont aucun homqie ne connoît le cours.
Secondement, l'astronomie, la' physique et l'histoire naturelle de la Bible ne sont pas dès faits dogmatiques : ce sont des faits apparentes . Ces notions ont été coordonnées avec une mesure sublime à l'intteUiggnjce humaine , et . prises par conséquent dans la portée des facultés moyennes de rhupaanité. Elles sont tout
318 « DE LA PÂLINcélSËSIË
ce qu'elles doivent être, parce qu'elles sont ' faites pour Thomme , et pour l'homme primitif, dont un enseignement plus complet auroit forcé la nature, et c'est leuE imperfection apparente qui fait leur spécialité. Il y a un catéchisme pour le sauvage koquois, il y en a ui^ pour Pélisson et pour Turenne ; il y en auroit un pour Socrate, si Socrate venoit à renaître. — La Bible est pour tous.
A force d'accommoder à l'homme l'histoire
, de la création de l'homme, sans respect pour le vague évident que son divin auteur y avoit . laissé à dessein , Esdras et les autres rhapsodes de l'Ecriture ont dénaturé la Genèse. Plus on remonte aux premiers textes et aux premiers interprètes , plus on s'assuire que la semaine de la création n'est pas pleine, et qu'il y manque un de ces jours dont les minutes sont des siècles.
Ce n'est pas ici une proposition témtéraire.
Elle a frappé saint Jérôme et saint Augustin.
- Iles plus vieux commeiï^ateur^, cités îpar Jean Mercerius \, pensent que le jour vide a été
' Commentarius in Genesin, Genevae, i58q, tn-fol., p. iS*
HUMAINE
rempli par la création des esprits supérieurs à l'homme, et que ce jour devoit être le second, ce qui est contraire à la marche con- « nue et progressive de Faction créatrice , qui procède toujours du plus simple an plus parfait, comme nous le verrons tout à l'heure.
De nouveaux critiques hébreux rectifièrent leur méprise d'une manière très-rationnelle, en transportant cette lacune au sixième jour % et, en attribuant à ce jour supplémentaire, comme leurs prédécesseurs, la production de l'être compréhensif ; de sorte que l'espèce par excellence de la création apparoît dans ie^ir hypothèse immédiatement après l'homme, comme dans l'ordre logique delà progression.
Ceux-là touchèrent à la vérité sans le savoir et sans la connoitre, puisqu'ils placèrent dans un temps prétérit ce qui'n'étôit qu'une des nécessités infaillibles de l'accomplissement de^ choses, ou bien ils ne révélèrent que ce qui . leur étoit donné à révéler; mais le 'principe étoit acquis et il $ubsisfe.
Le sage Ambroise Catharin, archevêque de
' DomCalmet, Genèse, chap. 2. Paris, 1767, in-4*.
Gonza , explique leur réticence y en disant que rhomme n'étoit ni capable ni digne de com-
» prendre ce mystère * \ — Etonnant mystère en effet que la perception universelle d'une intelligence jilacée entre l'homme et Dieu , et que la religion pratique enseigne elle-même aux fidèles, quoique cette idée ne résulte explicitement d'aucun; passage des ancienslivres sacrés , où l'ange ne signifie jamais qu'une créature sut
• generisy que Dieu emploie à ses messages.
Voilà donc un fait d'intuition qui n'est pas un fait de révélation, et qui est commun à tous Içs homines , à tous les siècles et à toutes les croyances , l'existence nécessaire d'une espèce compréhensible.
Voilà un fait de critique sacrée qui est reconnu par les chrétiens et par les juifs, par les savants et par les saints , la lacune matérielle d'un jour dans la semaine mystique de
- la création.
. Ce que je sais de ces faits, et ce qye je ferai
' Kondum erat capax et dignus homo ad hoc mysterium capessendam . ,
Explar^adones inprimum caput Geneseos. Aomse^ i553, infolio ^p.^ 33.
HUMAINE
voir, c'est que l'espèce compréhensive sera , et que la création doit s'achever en son temps.
Ce que je viens d'écrire ici, je l'adresse à mes frères les chrétiens , qu'un scrupule injuste auroit pu détourner de m'accompagner dans les découvertes que ces prémisses vont me fournir, et j'ai voulu le dire pour leur prouver que la vérité qui me reste à démontrer par elle-même , c'est-à-dire en la nommant^ n'a rien d'opposé aux enseignements de l'Ecriture dont elle est plutôt le développement essentiel.
Maintenant je quitte les théologiens, j'interroge les sayants, je m'instruis avec ceux qui doutent , je discute avec les athées , et quand nous aurons emprunté quelques rayons à l'immense faisceau de lumières qui éclaire aujourd'hui le monde, pour porter une clarté rassurante sur la route inconnue où je m'engage, nous y marcherons sans obstacle, car ce qui me reste à déclarer ne demande de mon ^ auditoire que de l'attention et de la bonne foi. '
La géologie n'a pas daigné écrire sa genèse, et ce n'étoit pas la peine, car elle est écrite dans toute la nature. La géologie , qui est une admirable science, n'est d'ailleurs qu'une science expérimentale, une science exacte, une science de faits. Elle ne nous a appris que le passé.
Cette genèse géologique , déployons-la , lucide, palpable et parlante, sauf à remplir ses dernières pages. La voici :
Au commencement la matière fut, la matière épandue en fluides aériens , la matière subtilisée en fluides sonores et lumineux^ la matière dispersée en atomes ou en monades, la matière pénétrée dans toutes ses molécules de la faculté d'être et de la faculté de produire, • la matière agitée du désir de progression, de l'amour fécondant, de Y aima f^enus de Lucrèce, c'est-à-dire du principe de motion et d'accroissement , qui est le véhicule immortel de toutes les existences :
Et cela fut le premier jour , à prendre le jour sur ce cadran, dont nous ne pouvons ni marquer les divisions, ni toiser le diamètre. ^ La matière subît les lois de son . essence *;
HUMAINE
elle les sollicita^ les anticipa quelquefois^ conçut des antipathies', se soumit à des affinités , se condensa en sphères, en cubes, en prismes, • en polyèdres de toutes les formes , devint monde ou devint gravier : c'est égal. Elle s'accrut, s'étendit, grandit enfin par juxta-position : c'étoit un commencement de vie , et ce fut le second jour.
L'impatience vitale qui l'animoit ne pouvoit pas s'arrêter. Ses pores s'élargirent à une sève inattendue, à la circulation, au phénomène nouveau d'une intus-susception nourricière. Elle passa de son mode primitif d'accroissement à un mode de reproduction d'abord spontanée^ et puis régulière, et puis • constante. Ses affinités sourdes et mécaniques firent place à des sympathies presque intelligentes . Elle végéta ; elle eut la naissance ^ la vie et la mort : la mort , condition nécessaire de l'état des êtres qui se perfectionnent, et que le minéral n'a voit pas connue. Elle forma desdébris féconds de ces générations entassées, accumulées par les siècles, un humus virginal, où toutes les plantes de la terre germé-
mu
DE LA PALINGÉNJÉSIE
rentdans une incroyable succession d'espèces.. — Et celui-là fut le troisième jour.
Le végétal ne faisoit que vivre ; il eut besoin de sentir. A force d'aspirer à de nouvelles métamorphoses, la matière toujours agissante acquit des organes, la sensibilité, la perception des objets extérieurs et la locomotion.
Les animaux existèrent , et le quatrième jour s'écoula, comme les autres, en tendances passionnées, en essais, en progrès, en développements. Les espèces perfectionnées se Jurent sociales, ouvrières, industrielles, mues qu'elles, étoient par l'appétence insatiable qui doit tourmenter toutes les créatures jusqu'au jour du repos.
Le cinquième jour fut celui de l'homme ou de l'être pensant, et ce cinquième jour est le dernier de la création philosophique. On ne peut plus arriver au-delà que par des inductions, et toute induction seroit fausse, si l'homme étoit réellement, comme il le dit et n'oseroit le croire , l'être culminant et complet d'une création rationnelle. Mais, hélas ! s'il en étoit ainsi , l'homme ne tendroit plus à changer, et aucune espèce ne s'est élancée
HCJMAIKE.
plus impatiemment* vers les limites de sa sphère pour les franchir. Révolté contre la pauvi'eté de son organisation, contre la dé-^ ception de ses espérances, contre la misère de sa destinée, il ne cherche qu'à faire illusion à lui-même et aux autres sur les facultés qui lui manquent; et la haine de cette création, dont il ne peut pénétrer le secret, Fa rendu cruel envers ses semblables et ingrat envers son auteur. Il s'indigne de l'ignorance humiliante oii la nature a voulu le tenir, et il blasphème dans son orgueil irrité, parce que ses vaines sciences ne Font pas amené à comprendre qu'il n'étoit aussi que la création transitoire d'une des journées du monde.
Toutes les progressions qui ont été appelées par l'instinct créateur de la matière se sont accomplies à leur jour : l'accroissement, la vie, le sentiment, la pensée.
La progression inaccomplie que sollicitent les instincts de l'homme, c'est la compréhen- .sion de la vérité.
L'être compréhensif arrivera.
où6
DE LA PALINGENESIE
Je ne veux cependant pas qu'on me reproche ce que se reproche à lui-même un de mes écrivains bien-aimés, de devenir obscur en travaillant à être concis. Ces développements de la matière créatrice qui viennent d'attirer nos regards, suivons-les un moment dans leurs progrès générateurs , et ne me demandez pas trop, car j'ai peu de temps, je tien* peu de place, et je sais peu.
Le minéral s'est divisé en espèces, en familles, en genres variés. Il est complet dans «a nature. Le jour de sa création vient à pencher vers son déclin ; mais il faut qu'il s'en lève un autre. Alors l'être régnant se modifie et se perfectionne ; il acquiert deux sens à la fois dans l'aimant, le tact qui appelle de loin les corps sympathiques, et la polarité qui nous a ouvert plus tard la route des mers. Ce n'est pas tout : il s'élève en tiges semblables à des arbres , se déploie en filons semblables à des branches, s'amincit et se dentelle en ciselures élégantes, semblables à des feuilles, s'effile en fibres chevelues dans l'amiante, s'épanouit en corolles diaprées dans le cobalt , ou 9e floconne en elïlorescences cotonneuses dans
HUMAINE