‹ Œuvres de CondorcetChapitre 47 sur 90 · ÉLOGE DE M. MAI.OUIN · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. MAI.OUIN

pecté la médecine. On opposait un jour à cette opinion l’exemple de Molière, à qui personne ne pouvait refuser ni un grand génie, ni une raison supérieure : Foyez aussi comme il est mort , répondit M. Malouin; mot d’autant plus plaisant qu’il est vrai ; et sans doute le médecin de Molière (car on sait qu’il en avait un) aurait pu lui dire avec raison : Faites îles comédies contre nous, si vous voulez ; mais la médecine vous défend de les jouer , sous peine de la vie. •

On pourrait demander lequel doit inspirer le plus de confiance à un malade, ou d’un médecin trop persuadé de la certitude de son art, ou d’un médecin pyrrhonien qui traite une maladie qu’il n’est pas sûr de connaître, et donne des remèdes dont l’effet lui parait douteux à lui-même? Cette question n’est peut-être pas facile à décider. Le doute semble caractériser un esprit plus sage; mais il est si facile et si commode de douter de tout; on acquiert si aisément , par ce moyen, la réputation d’un bon esprit, que la charlatanerie et l’ignorance ont aussi appris à douter. La bonne foi de M. Malouin était si connue, que l’excès de sa confiance ne lui fit rien perdre de celle de ses malades.

Il entra comme chimiste à l’Académie en 174a. Il s’était fait connaître auparavant par sa Chimie médicale, ouvrage utile dans un temps où quelquès médecins vantaient les remèdes chimiques avec un enthousiasme aussi ridicule que dangereux, et où ces mêmes remèdes étaient entièrement rejetés par d’autres médecins, d’après un préjugé absurde qui

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les regardait comme moins naturels que les remèdes tirés du règne végétal. On ne songeait pas que c’est la même nature qui produit les mixtes des laboratoires et ceux des jardins.

M. Malouin nous a donné plusieurs mémoires de chimie. On y remarque une vaste érudition, beaucoup de scrupule et d’exactitude dans les expériences; mais nous ne pouvons dissimuler qu’on en tirerait peu de vérités nouvelles.

La chimie doit à Stahl l’heureuse révolution qui en a fait une branche , ou plutôt une des bases de la physique; et cet illustre chimiste était encore peu connu en France, lorsque M. Malouin s’était appliqué à l'étude des sciences. Les ouvrages de Stahl , malheureusement trop obscurs, avaient besoin qu’un homme né avec le génie de la chimie nous apprît à les entendre; c’est une des obligations que nous avons eues à M. Rouelle. Mais lorsque M. Rouelle commença ses cours, M. Malouin se livrait & d’autres études. Nous sommes donc contraints d’avouer qu’il n’a point contribué aux progrès rapides que la chimie a faits en France dans ces derniers temps; et nous l’avouerons avec d’autant moins de peine , que la nature lui avait accordé, dans un autre genre, des talents distingués.

Aussi renonça-t-il bientôt à la chimie, pour se donner tout entier à la médecine. Obligé quelquefois, malgré son enthousiasme, de reconnaître l’incertitude de son art, il regardait cette incertitude comme une suite des mauvaises méthodes , et non comme un défaut attaché à la science. Il avait vu

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