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cime puissance : son résultat enfin devait être un événement important au bonheur du genre humain; et jusqu’ici peut-être aucune guerre, même juste, n’avait eu cette excuse aux yeux de l’humanité. Il avait prévu, dès 1749» cet événement qui n’eut lieu que vingt-neuf ans après, en 1778. Dans un mémoire remis au feu roi, peu de temps avant son exil, il lui développait les moyens d’ouvrir, par l’intérieur du Canada, un commerce avec les colonies anglaises, de leur apprendre à aimer le nom français, et à regarder la France comme une alliée naturelle, qui les aiderait un jour à briser le joug de l’Angleterre, lorsque l’inexorable dureté du despotisme popidaire aurait rendu ce joug insupportable.
La mort vint surprendre M. de Maurepas à l’instant où son bonheur ne pouvait plus croître; et la fortune, qui l’avait toujours favorisé, lui ménageait, pour ses derniers moments, les deux événements qui pouvaient le plus en adoucir l’amertume.
La naissance d’un héritier du trône n’est pas seulement, pour le confident intime d’un monarque, un événement public qu’il partage avec tous les citoyens; c’est un bonheur particulier et personnel. Le roi le sentit : il vint annoncer lui-même cette nouvelle à son ami , et s'en féliciter avec lui ; expressions bien précieuses quand elles échappent au cœur d’un roi, dans un de ces instants surtout où la nature est seule entendue, et où les rois ne sont que des hommes. M. de Maurepas, déjà attaqué de la maladie sous laquelle il succomba, reçut cette preuve
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de la bonté de son souverain avec un attendrisse* ment dont il donnait rarement des marques , et comme s’il eût prévu que c’était la dernière qu’il dût recevoir. La nouvelle d’un événement heureux et décisif pour la guerre d’Amérique, arriva presque dans ces derniers moments : mais il eut le temps de l’entendre et d’en jouir, et il expira le ai novembre 1781, n’emportaut avec lui, sur le sort de l’État, que des espérances flatteuses et bien fondées, et laissant la France partagée entre la joie de la naissance d’un prince et celle d’une victoire.
Il fut pleuré du roi, et cet attachement constant d’un jeune prince pour un vieux ministre, avec qui l’habitude ne l’avait pas familiarisé dès l’enfance, est un éloge pour le ministre comme pour le prince.
M. de Maurepas fut désintéressé, et le fut sans faste : après trente-quatre ans de ministère, il en sortit sans épargnes et sans dettes. Lorsqu’il y entra, il vit à peu près quelle augmentation de dépense sou établissement à Versailles pouvait lui coûter, et borna ses appointements à cette somme.
Gouvernant lui-même ses terres avec une économie noble et sage , conciliant l’intérêt de son revenu et celui de ses vassaux , souvent bienfaisant et toujours juste, M. de Maurepas fut, pour les grands propriétaires, un modèle d’admiration, comme il en était un de désintéressement et de modestie pour les ministres. Dans les différentes époques où il eut part au gouvernement, il sut se plier à l’esprit dominant de chacune; mais il n’en
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conserva que ce qui s’accordait avec son caractère. 11 avait appris, sous la régence, combien ceux qui gouvernent peuvent gaguer de temps et s’épargner de tracasseries ou d’importunités, en ne mettant, aux petites choses, que le prix qu’elles ont. Il avait vu , dans plus d’une occasion , qu’un des moyens les plus sûrs de terminer facilement les affaires qui ne sont importantes que dans l’opinion, est de montrer, par la manière de les traiter, qu’on a su les réduire à leur juste valeur, il avait pris, sous le cardinal de Fleury , l’habitude de la modération et de la modestie, sans rien perdre de ce ton gai et facile qu’il avait vu, dans sa première jeunesse, remplacer la dignité des ministres de Louis XIV. Son extérieur, ses discours n’annonçaient qu’un homme de bonne compagnie, doux et aimable; sa maison était celle d’un particulier riche , mais ami de la simplicité et de l’ordre.
On lui a reproché d’avoir eu peu d’amis. Placé, à quatorze ans, dans le tourbillon de la cour et des affaires, comment aurait-il pu avoir le bonheur de connaître ces attachements profonds qui se nourrissent par le silence, par la conformité des goûts, des opinions, des sentiments? On n’a d’amis, dans le ministère, que ceux qu’on avait avant d’y entrer; et M. le comte de Maurepas avait presque toujours été ministre. Mais du moins a-t-il souvent trouvé une reconnaissance vive, constante; et il la méritait, puisqu’il savait obliger sans faste et sans jamais faire éprouver, soit avant, soit après ses services , ce despotisme des bienfaiteurs , qui fait plus
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d’ingrats encore que la perversité ou l’orgueil de ceux qu’on oblige.
Son esprit était naturellement juste. Les circonstances de la vie l’avaient empêché de se former à une application suivie et profonde; mais, également au-dessus des préventions de l’habitude, des préjugés desa jeunesse et de ceux du ministère, il adoptait sans peine des principes nouveaux, quoique contraires aux opinions reçues, et même aux siennes, lorsque ces principes le frappaient par ce caractère de vérité et de simplicité, qui trompe rarement. Mais il était trop distrait par le courant des affaires, trop souvent entraîné par les événements, pour méditer un plan général d’après les principes dont il avait reconnu la vérité, ou pour en suivre l’exécution avec constance.
La finesse qu’on remarquait en lui n’était pas cette subtilité d'un esprit faux et bizarre qui ne trouve profond que ce qui est obscur, et vrai que ce qui est contraire à l’opinion des hommes éclairés. Sa conduite, ses discours montraient combien il avait de finesse dans l’esprit; mais fallait-il examiner ou juger, un sens droit et simple était son seul guide. Sa mémoire était prodigieuse : il n’oubliait ni les affaires, ni les noms, ni les personnes, ni les anecdotes, ni même les généalogies; mais il ne s’en souvenait qu’à propos et lorsqu’il en avait besoin. Sa conversation était naturelle et gaie; il aimait à conter, et contait bien, paraissant moins songer à l’effet qu’il pouvait produire sur ses auditeurs, que se livrer au plaisir de se rappeler ce qui l’avait occupé
ou amusé autrefois. Alors même on l'écoutait avec intérêt, parce qu’il s’attachait moins à faire des contes plaisants , qu’à rapporter des anecdotes peu connues, de ces traits qui peignent les mœurs, les caractères, ou à raconter les petits événements arrivés à ces hommes dont le nom réveille la curiosité. 11 plaisait aux vieillards en leur rappelant les aventures de leur temps qu’ils avaient oubliées, aux jeunes gens en leur faisant connaître la génération qui les avait précédés, à tous en leur parlant avec confiance et une sorte d’abandon des événements de sa vie et de ceux dans lesquels il avait été acteur ou témoin.
Il y a peu d’hommes dont la tête ait moins senti l’influence de la vieillesse : comme il faisait tout sans effort, cet affaiblissement des organes que l’âge amène nécessairement n’avait produit sur son esprit aucun effet sensible.
11 avait épousé, en 1718, M"* de la Vrillière: durant une union de soixante-trois ans , leur plus longue séparation fut d’un mois. 11 trouva auprès d’elle les consolations dont il eut besoin, soit dans sa disgrâce , soit dans ses deux ministères; souvent de bons conseils, et toujours cette fermeté contre les événements, qu’il est si doux et si utile de trouver dans ceux dont le sort est lié avec le nôtre.
M. de Maurepas devint, en 17^5 , un de nos honoraires ; il fut le premier des ministres chargés de ce département que nous ayons vu occuper une place parmi nous, et tous ses successeurs ont suivi son exemple. Il devint de bonne heure doyen de 11. 33
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l'Académie, et le resta longtemps. Il prenait plaisir à se parer de ce titre aux yeux de cette compagnie lorsqu’elle avait occasion de le voir; et dans son second ministère, où l'administration des académies il était plus un de ses devoirs, il avait soin de se montrer toujours aux académiciens comme leur confrère , et jamais comme un ministre.
Sa place d’honoraire à l’Académie a été remplie par M. le duc de la Rochefoucault.