‹ Œuvres de CondorcetChapitre 77 sur 90 · I-LOGE 1)E M. PRINGLE. Si J · texte numérisé non relu

I-LOGE 1)E M. PRINGLE. Si J

vaslation et du carnage, lui seul exerce uu ministère consolateur ; citoyens, ennemis, tous également confiés à ses soins, ne sont pour lui que des frères. Entouré d’une multitude immense occupée à exécuter des projets destructeurs, il peut se livrer aux sentiments de son cœur, et céder à toutes les impressions de la vertu. Les lois terribles de la guerre sont muettes pour lui, c’est à lui seul qu’il est permis d’écouter la voix de la nature. Il paraît, au milieu des hommes qui l’environnent, un être d’une espèce supérieure, ou plutôt lui seul est véritablement homme, et peut en conserver, sans atteinte, le caractère et la dignité.

En remplissant les fonctions de cette place, M. Pringle aperçut combien l’art de la médecine, employé avec sagesse, pouvait diminuer le nombre des victimes de la guerre. Au milieu d’une multitude d’hommes obligés aux memes travaux, respirant le même air, ayant la même nourriture, le même habillement, le même logement, les mêmes vices et les mêmes habitudes, il eut occasion d’observer en grand quels pouvaient être les effets des différentes constitutions de l’air, des saisons, de la température, des logements humides ou resserrés, des diverses sortes d’aliments et des différents régimes, ceux enfin de la négligence et de la malpropreté ; il put examiner quelles maladies ces causes, ou séparées ou réunies, produisent parmi les soldats; les caractères qui distinguent les épidémies des armées, des épidémies ordinaires, elles maladies qui sont vraiment épidémiques de celles que l’on confond avec

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les premières, parce qu’elles attaquent en même temps et dans un même lieu un grand nombre d’individus : il avait étudié la marche et les symptômes du mal , les différentes méthodes que l’art peut employer, les avantages ou les dangers de ces méthodes, les effets des remèdes qui paraissent indiqués par la maladie, et de ceux que l’esprit de système ou la routine ont introduits.

Ces observations servirent de base à son ouvrage sur les maladies des armées : ce traité, réimprimé un grand nombre de fois, traduit dans presque toutes les langues, a été regardé, dans l’Europe, comme un de ces livres fondamentaux si rares dans les sciences. Ce n’est point seulement un ouvrage destiné à instruire les médecins; tous les hommes peuvent y puiser des leçons utiles; et ceux qui sont chargés ou de l’administration d’un pays, ou de gouverner un grand nombre d’hommes, peuvent y apprendre à connaître les précautions nécessaires pour la conservation de ceux qui leur sont confiés, et s’éclairer sur des soins importants qui sont une de leurs premières obligations.

M. Pringle fait voir combien le défaut de propreté, l’humidité des vêtements ou’ des habitations, les lieux où l’air ne circule point, où les hommes sont entassés, les terrains inondés, l’air infecté d’exhalaisons marécageuses, produisent de maladies et font périr de malades. Ce n’est point ici un de ces amis de l’humanité qu’on accuse de se plaire à en exagérer les maux; c’est un physicien exact qui ne parle que de ce qu’il a vu , dont les observations répétées.

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