ACTE I, SCÈNE IL 5j
Et c'est moi cependant , c^est leur roi sacrilège Qui répand dans ces lieux Fhorreur qui les assiège! Je ne gémirois point sur leur destin affreux , Si le ciel étoit juste autant que rigoureux.
Mais ce n'est paaie ciel , c'est moi qui les foudroie : Juge de quels remords je dois être la proie.
Quels regret^, quand je vois mes peuples malheureux Craindre*pour moi les maux que j'attire sur eux; Prier que pour eux seuls le ciel inexorable Porte loin de leur roi le coup qui les accable !
• SOPHRONYME
Quoi ! seigneur, vous seriez l'auteur de tant de maux! Et de vous seul la Crète attendroit'son repos ! Quoi! des dieux irrites ce peuple la victime....
idoménée.
L'est moins de leur courroux qu'il ne l'est de mon crime. Cet aveu te surprend. A peine croirois-tu , Sophronyme, à quel point j'ai manqué de vertu : Mais telle est désorniais ma triste destinée....
SOPHRONYME
Quel crime a donc commis le sage Idoménée ?
Fils de Deucalion , petit-fils de Minos^
Vos vertus ont passé celles de ces héros :
Nous trouvions tout en vous, un roi , les dieux , un pèrrf
Seigneur, par quel malheur, à vous-même contraire,
A vez-vous pu trahir des noms si glorieux ? *
Qui fit donc succomber votre vertu ?
IDOMENEE.
Les dieux.
SOPHRONYME
Quel forÊiit peut sur vous attirer leur colère ?
IDOMENEE.
On n'est pas innocent lorsqu'on peut leur déplaire : Les dieux sur mes pareils font gloire de leurs coups ; D'illustres malheureux honorent l^r courroux. Entre le ciel et mm sois juge^ Sophronjrme :
Il prépara du moins ^ %'il ne fit pas mon crinae. Par vingt rois dès long-temps vainement rassemblés , Les Troyens à la fin se virent accalilés ; De leurs bords désolés tout pressoit la retraite : Ainsi , loin de nos Grecs ^ je voguai vers la C#ète. Le prince Mérion , prompt à m'y devancer , Sur mon trône peut^tre aurcât pu se placer , • Si mon fils n'eut dompté l'orgueil de ce rebelle. A Samos^ par tes soins , j'en reçus la nouvelle. .Je peindrois mal ici les transports de mon cœur Lorsque j'appris d'un traître Idamante vainqueur : La gloire de mon fils me causa plus de joie Que ne firent jamais les dépouilles de Troie. Après dix ans d'absence, empressé de revoir Cet appui de mon trône , et mon unique espoir , A regagner la Crète aussitôt je m'apprête , Ignorant le péril qui menaçoit ma tête.
• Sans que je te rappelle un honteux souvenir , Ni que de nos affronts je t'aille entretenir , Tu sais de quels forfeits ma race s'est noircie. Comme Pasiphaé, Phèdre au crime endurcie.
Ne signale que trop et Minos et Vénus.
Tous nos malheurs enfin te sont assez connus.